L’éthique dans les conflits de la modernité Broché – Grand livre, de Alasdair MacIntyre (Auteur), Godefroy Desjonquères (Traduction)

L’éthique dans les conflits de la modernité Broché – Grand livre, 22 janvier 2026

de Alasdair MacIntyre (Auteur), Godefroy Desjonquères (Traduction)

« Il est des philosophes méconnus ou non médiatiques qui construisent la pensée sans crier et continuent leurs chemins en toute tranquillité, J ’aime beaucoup les lire pour ne pas sombrer dans la tradition. P B CISSOKO

Une morale est-elle encore possible aujourd’hui ?

Qu’avons-nous de bonnes raisons de désirer ? Dans cette enquête philosophique d’une rare ampleur, MacIntyre montre que l’on ne peut répondre de façon satisfaisante à cette question sans rejeter les grandes affirmations de la modernité sur la nature humaine et la rationalité. Repartant de nos interrogations pratiques quotidiennes, il réfléchit aux affirmations morales, à la possibilité que nous avons de développer une connaissance authentique et féconde de nous-même, et à la manière dont il convient de concevoir nos vies, défendant à chaque fois la pertinence de l’approche aristotélicienne et thomiste face aux traditions rivales qui coexistent dans la modernité. Dans cet ouvrage aux allures de testament, il récapitule les acquis de sa dernière période depuis Après la vertu, tout en montrant l’importance de la pensée de Marx pour leur donner leur pleine intelligibilité. Son aristotélisme s’y affirme résolument révolutionnaire, une invitation à vivre nos vies contre l’ordre économique et philosophique dominant.

« L’Ethique dans les conflits de la modernité », d’Alasdair MacIntyre : la chronique « philosophie » de Roger-Pol Droit

Chronique

Roger-Pol Droit

Le dernier essai de ce singulier philosophe, mort en 2025, rassemble ses principaux apports à l’analyse contemporaine de l’éthique.

« L’Ethique dans les conflits de la modernité » (Ethics in the Conflicts of Modernity. An Essay on Desire, Practical Reasoning, and Narrative), d’Alasdair MacIntyre, traduit de l’anglais (Etats-Unis) et introduit par Godefroy Desjonquères, PUF, 490 p., 29 €.

CONNAISSEZ-VOUS ALASDAIR MACINTYRE ?

C’est un philosophe très singulier. Né à Glasgow en 1929, mort presque centenaire à South Bend, dans l’Indiana, il y a quelques mois, le 21 mai 2025, Alasdair MacIntyre a parcouru un itinéraire qui peut dérouter. Il fut dans sa jeunesse à la fois marxiste et presbytérien, puis devint athée et relativiste, et finalement se convertit au catholicisme et construisit, au fil des décennies, une réflexion marquante sur l’éthique des vertus. En s’efforçant de montrer comment la conception de la « vie bonne » chez Aristote, revue par saint Thomas, peut surmonter quantité de dilemmes contemporains, il a acquis une audience et une notoriété importantes.

On aurait tort de le croire versatile. Au contraire, les épisodes de son trajet découlent d’une seule et même exigence : comprendre sur quoi reposent nos jugements moraux, nos désirs, nos refus, nos espérances et nos craintes et trouver ainsi, si possible, le sens et l’ancrage de ce que nous considérons comme vertus et vices, échec ou réussite d’une existence. Chemin faisant, il a récusé l’universalisme abstrait : à ses yeux, rien n’est affaire de raison pure, l’essentiel se trouve ancré dans une époque, une communauté, un ensemble de liens et de gestes concrets. Inutile de supposer une « nature humaine » pour définir la vertu. Elle surgit plutôt de la pratique quotidienne et des liens sociaux, de ce que signifie, selon les temps et les lieux, « être bon » – dans tel milieu, telle société, telle culture.

Dernier ouvrage publié par Alasdair MacIntyre, L’Ethique dans les conflits de la modernité, paru en 2016 et aujourd’hui traduit, a le mérite d’éclairer avec précision ces lignes de force, tout en rassemblant les principaux apports de ce philosophe à l’analyse contemporaine de l’éthique. Leur singularité et leur intérêt ne tiennent pas à un quelconque « retour aux Anciens », ni à une conception religieuse de l’existence. Plutôt dans l’accent mis sur ce que toute action morale exige de concret.

LEMONDELIVRES ROGER POL DROIT

Tentons de bien vivre, avec “L’Éthique dans les conflits de la modernité”, le dernier livre d’Alasdair MacIntyre

PHILOSOPHIE MAGAZINE JANVIER 2026

Figure majeure de la philosophie contemporaine dans le monde anglo-saxon, Alasdair MacIntyre, récemment décédé, reste peu connu en France. La sinuosité de sa trajectoire intellectuelle – marxiste chrétien, puis athée, puis aristotélicien, thomiste enfin – n’a pas aidé. Le cheminement tortueux du penseur écossais dissimule, en réalité, l’unité profonde d’une quête dont la traduction de son ultime ouvrage permet de prendre la mesure. Pour MacIntyre, la philosophie libérale héritière des Lumières a provoqué une crise en déliant la morale de toute réalité factuelle, objective, et de tout contexte sociohistorique pour en faire l’affaire d’une raison universelle. Sur quoi fonder les injonctions éthiques ? La morale a besoin d’un critère extérieur : une idée de la nature humaine qui définit les conditions auxquels nous pouvons nous épanouir. Problème : toutes les traditions ont leur conception du bien. En est-on réduit alors à un choix arbitraire ? MacIntyre reconnaît cette aporie, cette indétermination, mais entend dépasser le relativisme. La tradition n’est pas une réalité morte : elle progresse au gré des crises morales que doivent affronter collectivement ceux qui en sont les dépositaires.

À propos de l’auteur

Alasdair MacIntyre is Senior Research Professor of Philosophy, University of Notre Dame. He is the author of several bestselling books, including After Virtue, Whose Justice? Which Rationality?, and A Short History of Ethics (a Routledge Classic).

Alasdair Chalmers MacIntyre, né le 12 janvier 1929 à Glasgow (Écosse) et mort le 21 mai 2025[1] à South Bend en Indiana[2], est un philosophe britannicoaméricain.

Il s’est rendu célèbre pour ses contributions à la philosophie morale et politique. Il est également réputé pour son travail en histoire de la philosophie et en théologie.

Biographie

Alasdair MacIntyre a étudié à l’université Queen Mary de Londres, puis à l’université de Manchester, et est ensuite enseignant-chercheur à l’université Notre-Dame-du-Lac dans l’Indiana aux États-Unis.

Alasdair MacIntyre est souvent apparu comme un intellectuel nomade : il a en effet enseigné dans de très nombreuses universités américaines, entre autres l’université de Boston et les universités Duke, Brandeis et Vanderbilt. Il a été président de la Société américaine de philosophie.

Il a épousé la philosophe Lynn Joy. Alasdair Chalmers MacIntyre meurt le 21 mai 2025 à l’âge de 96 ans.