Grèves, bourses en retard, diplômes déconnectés du marché : quel avenir pour l’étudiant sénégalais ?

Grèves, bourses en retard, diplômes déconnectés du marché… les maux sont connus, mais les solutions tardent. Lors d’une conférence publique à l’Ucad organisée par Wathi, Gilles Yabi et les acteurs du système ont plaidé pour passer de la réaction à l’anticipation : centres d’insertion professionnelle, recherche souveraine, filières pro renforcées. Le temps presse.

Sous la direction du Dr Gilles Olakounlé Yabi, fondateur de Wathi, le débat a réuni des acteurs institutionnels, académiques et privés dans l’Auditorium Khaly Amar Fall. Plutôt que de s’attarder sur les maux déjà connus, la réflexion s’est concentrée sur la fragilité persistante du système malgré une décennie de réformes. La question centrale demeure : comment accélérer la transition vers une université qui forme réellement pour l’avenir du Sénégal et de l’Afrique de l’Ouest ? Intitulée sobrement «Enseignement supérieur au Sénégal : défis & transformations», la rencontre -en partenariat avec l’Ifan-Ucad et soutenue par l’ambassade d’Irlande- a réuni, dans l’Auditorium Khaly Amar Fall, des voix institutionnelles, académiques, étudiantes et privées pour un diagnostic lucide et des propositions concrètes.

Le débat n’a pas cherché à dramatiser les maux connus (surpopulation, bourses en retard, grèves cycliques, inadéquation formation-emploi), mais à poser une question centrale : pourquoi, malgré des réformes annoncées depuis plus de dix ans, le système reste-t-il si fragile ? Et surtout : comment accélérer le passage à une université qui forme vraiment pour l’avenir du Sénégal et de l’Afrique de l’Ouest ?

Reconnaître ce qui avance, pour mieux exiger plus vite

Gilles Yabi a tenu à nuancer le discours du «tout est immobile» en rappelant des avancées concrètes : création des Instituts supérieurs d’enseignement professionnel (Isep), diversification des filières sous plusieurs ministres, réflexions engagées dès les années 2010. «On ne peut pas dire que tout est immobile», a-t-il insisté. Mais il a immédiatement ajouté : «Le vrai défi, ce sont la vitesse et le partage de ces dynamiques.» Cette posture équilibrée a marqué l’ensemble des interventions. Dr Nouhou Diaby (ministère de l’Ensei­gnement supérieur), Pr Yankoba Seydi (Rectorat et chercheur), une représentante étudiante et des acteurs du secteur privé ont tous reconnu des progrès, tout en pointant ce qui bloque encore massivement : un diplômé sur deux sort sans les compétences de base pour le marché du travail (Cv correct, codes de l’entretien, posture professionnelle).

Proposition phare de Gilles Yabi : implanter rapidement des centres d’insertion professionnelle dans les universités ; un tissu économique trop faible pour absorber les sortants. Même avec une meilleure offre de formation, sans entreprises formelles qui croissent et recrutent durablement, l’effet restera limité ; une recherche scientifique dépendante et sous-valorisée. Les chercheurs sénégalais collectent souvent les données pour des projets financés à l’étranger, mais les analyses et la valorisation se font ailleurs, faute de laboratoires modernes. La piste : des financements mixtes public-privé avec retour sur investissement clair pour le privé.