La station balnéaire de Saly Portudal accueille, depuis ce lundi, la 3ème Conférence internationale annuelle de la Society of Women in taxation (Swit). Ce forum de haut niveau plaide pour une intégration accrue de la dimension genre dans les politiques budgétaires de l’espace Cedeao. L’enjeu : transformer le statut de la femme, de simple contributrice à actrice stratégique, pour booster la mobilisation des recettes et renforcer l’indépendance financière du continent.
Comment harmoniser l’égalité des genres et la responsabilité fiscale ? C’est l’équation complexe sur laquelle se penchent expertes, administratrices et représentantes du secteur privé ouest-africain. Sous le thème «Femmes, politiques fiscales et souveraineté économique en Afrique de l’Ouest», cette édition ambitionne de placer la femme au centre des grandes décisions financières. Un levier de développement durable !
Pour Ndèye Fatou Cissé, vice-présidente de Swit West Africa et présidente de l’antenne sénégalaise, l’enjeu dépasse la simple équité sociale ; il s’agit d’un véritable moteur de croissance. «Les femmes participent activement à l’économie et à la mobilisation des recettes. Cependant, lors de la définition des politiques fiscales, il est impératif de prendre en compte la dimension genre», explique-t-elle. Selon Mme Cissé, la femme demeure le pilier de l’économie de proximité : «C’est elle qui dynamise le commerce et se lève tôt pour faire bouger les familles. Pour favoriser le consentement à l’impôt, les politiques doivent impérativement s’adapter à cette réalité socioculturelle.» Pour lever les obstacles structurels !
Malgré leur présence massive dans le segment informel, les femmes se heurtent à des barrières persistantes : accès limité aux financements, déficit d’éducation fiscale et poids parfois écrasant des prélèvements. Le plaidoyer de Saly est sans équivoque : il faut réduire la pression fiscale sur les entrepreneures et mettre en place des mesures incitatives pour sécuriser leurs activités. L’objectif est de permettre aux femmes de contribuer sans que leur capital ne s’érode. «Nous devons réfléchir à des incitations permettant de s’acquitter de ses obligations fiscales sans mettre en péril la survie financière de nos entreprises», a martelé la présidente de Swit Sénégal.
La méritocratie comme boussole
Présente à la conférence, la Direction générale des Impôts et domaines (Dgid) du Sénégal a affiché son soutien à cette dynamique. Djariétou Aïdara Kamara, Inspectrice principale des impôts et représentante de la Dgid, a rappelé que l’Administration sénégalaise a déjà entamé sa mue. «La Dgid a été la première administration fiscale au Sénégal à être dirigée par une femme. Aujourd’hui, les femmes occupent des postes clés au sein du top management», souligne-t-elle.
Toutefois, Mme Kamara insiste sur l’importance de l’excellence : «Il ne s’agit pas de réclamer des postes par simple principe de genre. Il faut faire jouer la méritocratie et renforcer sans cesse nos compétences techniques.»
Les discussions, qui réunissent plus de 200 professionnelles, devraient aboutir à une feuille de route concrète. Ces recommandations seront transmises aux instances de la Cedeao afin d’encourager une forme de «discrimination positive» dans les codes généraux des impôts de la région. Pour les participantes, la conviction est claire : une souveraineté économique forte en Afrique de l’Ouest ne pourra se construire sans une fiscalité qui reconnaît, protège et valorise le travail des femmes.

