Exposition – Bataille de Samba Sadio : «Un tournant» de l’histoire nationale

Une exposition sur la bataille de Samba Sadio, également appelée bataille de Boumdou, a été présentée hier mercredi à Louga, dans le cadre de la commémoration de cette guerre ayant représenté un tournant majeur de l’histoire du Sénégal, de l’avis des spécialistes.

«Cette guerre fratricide avait opposé deux grandes coalitions au cœur du pays, l’une dirigée par les Français et l’autre conduite par Sheexu Ahmadu Bah de Wuro Mah­diw, figure d’un islam réfor­miste et promoteur de la confrérie tidjane», a dé­claré Sadikh Sall, président de la commission culturelle des originaires de Wuro Mahdiw, un village du département de Podor (Nord). Après sa victoire sur Serigne Koki en 1869, Sheexu Ahmadu Bah s’était imposé au Jolof pendant cinq ans, à partir de sa base de Dakhar Sheexu, à Mbëlëxe, tout en laissant l’administration de ce terroir au Buurba Jolof acquis à l’islam. Il aurait mené une vingtaine de batailles au Centre du Sénégal et au Fuuta contre les pouvoirs traditionnels et les troupes françaises. A Samba Sadio, les forces françaises comptaient, selon lui, environ six mille hommes, parmi lesquels des spahis, des volontaires de Saint-Louis et des supplétifs du Waalo. Elles disposaient notamment de deux canons de montagne rayés, considérés à l’époque comme des armes particulièrement destructrices, en plus de compter sur le soutien de Lat Joor Joob, Damel du Kajoor, Alboury Njaay, prince du Jolof, ainsi que des marabouts du Fuuta. En face, les troupes de Sheexu Ahmadu, estimées à près de deux mille combattants, n’auraient pas bénéficié du soutien habituel de certains alliés, notamment les contingents de Dabia et du Waalo, retenus dans leurs territoires respectifs, a expliqué M. Sall.

La bataille de Samba Sadio s’est soldée par une lourde défaite pour les partisans de Sheexu Ahmadu. Ce dernier aurait été mortellement atteint au lieu-dit Sump Sheexu, sa dépouille n’ayant pas été retrouvée à ce jour. Son cheval aurait toutefois été retrouvé sur les lieux des affrontements, selon Sadikh Sall. «Cette défaite a marqué la fin du jihad armé de Sheexu Ahmadu, et l’ouverture d’une nouvelle phase de diffusion de la Tijaniya à travers plusieurs foyers religieux dont Thiénaba, Ngay, Saïr, Keur Yaba Diop, Roumdé et Mérina Sarr», a-t-il expliqué. M. Sall estime que les événements de Sump Sheexu ont contribué à consolider la présence fran­çaise, ouvrant la voie à la domination coloniale sur l’ensemble du territoire. Il a insisté sur l’importance de préserver la mémoire des combattants et d’encourager un travail historiographique croisant archives coloniales et récits mémoriels pour une meilleure compré­hension de cette période de l’histoire nationale.

Samba Sadio : un héritage de réformes, de foi et de patriotisme

Sheexu Ahmadu Bah était «un réformateur inspiré par les enseignements de Thierno Souleymane Baal et de Nasirou Dine», a signalé Sadikh Sall, selon qui Sheexu Ahmadu prônait une gouvernance fondée sur les principes de l’islam, notamment l’équité et la justice. «Les chefs ne devaient pas être des autocrates qui exploitent le peuple, mais des dirigeants justes, respectueux des principes religieux», a-t-il relevé, en évoquant la vision de Sheexu Ahmadu Bah. S’inspirant de la pensée de Thierno Souleymane Baal, il a rappelé que l’imamat, dans cette tradition, n’était pas héréditaire, mais revenait «à celui qui a le plus de mérite et de savoir». «Souleymane Baal disait que si un imam s’enrichit, c’est qu’il a volé son people, et il faut l’écarter», a ajouté Sadikh Sall.

Concernant la bataille de Samba Sadio (1875), M. Sall a fait observer que les combattants des deux camps étaient animés par des convictions profondes. Certains chefs du Kajoor et du Jolof, alliés aux Français, «défendaient leurs terres et leurs communautés», alors que les partisans de Sheexu Ahmadu Bah s’inscrivaient, selon lui, dans un projet de réforme religieuse et politique visant à instaurer des autorités justes. «Ce sont de vaillants hommes qui sont tombés à Samba Sadio, de part et d’autre», a-t-il estimé, appelant les jeunes générations à s’approprier cette page de l’histoire nationale. «Notre pays s’est construit par la volonté de toute une communauté, au prix du sacrifice de ses meilleurs fils», a-t-il conclu.

Aps