Ladite baisse tombe au moment où le pays annonce une nouvelle levée de fonds importante sur le marché de l’Uemoa. Ce qui ne semble pourtant pas convaincre l’agence de notation.
A peine le ministre des Finances et du budget Cheikh Diba avait-il fini de donner sa justification sur un emprunt contracté de manière discrète auprès d’Africa Finance Corporation (Afc) et de la First Abu Dhabi Bank en juin 2025, et rendu public par le Financial Times en mars 2026, que l’économie sénégalaise reçoit un autre coup. Alors que les services du ministre Diba voudraient jouer la carte de l’optimisme et de la confiance renouvelée en déclarant que leur dernier Appel public à l’épargne (Ape) a été, comme les précédents, couronné de succès, ayant pu mobiliser plus de 304 milliards de Cfa, là où l’Etat en attendait 200, l’agence de notation Standard & Poor’s (S&P) vient d’annoncer avoir baissé une fois de plus la notation souveraine du Sénégal. Un communiqué publié sur le site de l’agence a informé le vendredi dernier : «Nous avons donc abaissé la notation en monnaie locale du Sénégal à «CCC+/C» et confirmé sa notation en devises étrangères à «CCC+/C»… La perspective est négative.» Petite consolation, s’il en faut, le pays n’est plus dans la liste de surveillance.
S&P avait déjà, en novembre 2025, baissé la note du Sénégal, la faisant passer de B- à CCC+. La justification à ce moment était «des besoins de financement public particulièrement élevés pour 2026 : les besoins bruts de financement sont estimés à 26% du Pib selon les chiffres officiels du Sénégal, et à environ 29% du Pib selon l’estimation plus prudente de S&P». Il y a aussi, ajoutent les médias, «une charge de la dette publique déjà très élevée : la dette du Sénégal s’élèverait à 119% du Pib à fin 2024, sans tenir compte des arriérés budgétaires et des engagements des entités liées à l’Etat qui ajouteraient environ 9% de Pib, ce qui classe le pays parmi les plus endettés de la catégorie spéculative».
Il faut croire que peu de choses ont véritablement changé, 4 mois après, si l’on tient compte des dernières remarques : «Avec des besoins de financement bruts estimés à environ 26% du Pib en 2026, et en l’absence de progrès significatifs en vue du renouvellement d’un programme du Fmi, la dépendance croissante du Sénégal à l’égard du marché régional de la dette accroît le risque de refinancement, car le financement régional s’accompagne généralement de délais plus courts et de coûts plus élevés que la dette commerciale et concessionnelle en devises étrangères à laquelle l’Etat a partiellement perdu accès, suite aux conclusions de l’audit de la dette.»
De plus, l’agence estime que «le budget 2026, qui vise une consolidation budgétaire ambitieuse, s’avérera difficile à mettre en œuvre, car les répercussions du conflit au Moyen-Orient font grimper les dépenses publiques, notamment les coûts d’intérêt, que nous estimons à environ 25% des recettes publiques».
L’un des éléments notables, souligné par l’article du Financial Times qui a tellement fait couler de salive, dit pourtant que «l’accord de swaps de la First Abu Dhabi Bank lui permet d’exiger un remboursement du Sénégal si le pays perd sa notation de crédit minimale de Caa1 chez Moody’s ou de CCC+ chez S&P Global, et si les parties ne parviennent pas à s’entendre sur une restructuration». Cheikh Diba et ses services doivent prier fort pour que la notation du pays ne se dégrade pas trop rapidement. L’agence dit, dans sa notation, qu’elle se réserve de revoir sa note «si les pressions de refinancement s’intensifiaient davantage, ou si une détérioration des performances budgétaires entraînait une hausse des besoins nets d’emprunt au-delà de nos projections actuelles».
Avec la guerre au Moyen-Orient entre la coalition d’Israël-Trump contre le vaillant Peuple d’Iran, on doit prier pour que le Sénégal puisse rapidement devenir autosuffisant dans sa consommation d’énergie, un domaine particulièrement budgétivore pour notre économie.
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