Cession de 80 ha des terres de Ndingler : Quel avenir pour les 80 hectares ?

Par un geste symbolique fort, Babacar Ngom, président du Groupe Sedima, a annoncé hier la restitution à l’Etat de 80 hectares dans le département de Mbour. Cette décision intervient quelques mois après une décoration controversée par le Président Bassirou Diomaye Faye, marquant la fin d’un conflit emblématique de la lutte pour la terre au Sénégal. Sans le dire, il y a l’ombre de Ndingler, un conflit devenu symbole contre l’agrobusiness.

Coup de théâtre dans le dossier de Ndingler : dans un communiqué officiel, le patron du Groupe Sedima a déclaré renoncer à 80 ha de son titre foncier au profit de l’Etat du Sénégal, sans exiger aucune compensation financière. Il insiste sur le renoncement volontaire et sans contrepartie. Bien que l’entreprise réaffirme la légitimité de son acquisition, réalisée selon elle dans le strict respect des procédures légales, M. Ngom invoque un besoin de «dépassement» et une volonté de «prendre de la hauteur» face aux enjeux sociaux et humains.

Pour comprendre la portée de cet acte, il faut remonter à l’affaire dite de «Ndingler». Ce conflit foncier opposait depuis des années le géant de l’aviculture aux paysans de la localité, située dans le département de Mbour, qui accusaient le Groupe Sedima d’accaparement de terres ancestrales nécessaires à leur survie. Le bras de fer était devenu le symbole national de la résistance paysanne contre l’agrobusiness, cristallisant les tensions sur la gestion du Domaine national. En choisissant de céder ces terres aujourd’hui, Babacar Ngom cherche explicitement à contribuer à l’«apaisement du climat social» et à clore une situation qui n’a «que trop duré».

De la décoration à la restitution

Cette annonce prend une résonance particulière sous le magistère du Président Bas­sirou Diomaye Faye. Il y a peu, le chef de l’Etat avait élevé Babacar Ngom au rang de Chevalier de l’Ordre national du Lion. Ce geste avait suscité une vive polémique, une partie de l’opinion et des mouvements citoyens y voyant une trahison envers les paysans de Ndingler que le candidat Diomaye avait soutenus par le passé. S’agit-il d’un «renvoi d’ascenseur» républicain ? Pour beaucoup d’observateurs, cette restitution est la suite logique de ce rapprochement entre le pouvoir et le secteur privé national. Le texte mentionne d’ailleurs un attachement à la «solidarité républicaine» et un «sens élevé des responsabilités partagées».

Quel avenir pour les 80 hectares ?

Le communiqué précise qu’il appartient désormais aux autorités étatiques d’apprécier «souverainement la destination à réserver à cet espace», situé dans le département de Mbour. La question reste de savoir si l’Etat procèdera à une redistribution de ces terres aux communautés locales de Ndingler et environs, transformant ainsi ce geste patronal en une victoire définitive pour le monde rural.