Causes du décès de Abdoulaye Ba : Levée de boucliers contre le procureur de la République

Le procureur de la République a annoncé l’ouverture d’une enquête exhaustive pour déterminer les circonstances exactes de la mort de Abdoulaye Bâ, survenue le 9 février dernier à l’université de Dakar. Si le maître des poursuites appelle à la retenue en soulignant l’absence de preuves immédiates de violences, le milieu médical, porté par le Comes, conteste vigoureusement toute hypothèse de mort naturelle ou accidentelle, réclamant une Justice rigoureuse et impartiale. 

Le procureur de la Répu­blique près le Tribunal de grande instance hors classe de Dakar a annoncé l’ouverture immédiate d’une enquête exhaustive suite à la mort de l’étudiant Abdoulaye Bâ, le 9 février dernier à l’Ucad. Le Parquet, qui donne l’information dans un communiqué publié samedi 14 février, renseigne que la Sûreté urbaine a été saisie pour déterminer les responsabilités liées aux incidents. Dans la même veine, il souligne que la Division des investigations criminelles (Dic) est chargée d’établir les causes et circonstances du décès de Abdoulaye Bâ, étudiant en deuxième année à la Faculté de médecine.

Faisant savoir que les investigations sont actuellement en cours et ont déjà donné lieu à plusieurs actes, notamment des auditions, un transport sur les lieux, ainsi qu’une autopsie, le procureur souligne dans son communiqué qu’à «ce stade, les éléments disponibles ne corroborent pas les rumeurs faisant état de violences physiques exercées sur la victime». Cette précision intervient dans un contexte où les résultats de l’autopsie font penser à un traumatisme physique subi par la victime. Le procureur de la République appelle cependant à la retenue et au respect du cours normal de la Justice, dans l’attente des conclusions définitives de l’enquête.

Le Comes rejette «toute hypothèse laissant entendre que la victime aurait pu s’infliger elle-même un traumatisme physique mortel»

Cette sortie du procureur de la République a fait réagir le Collectif des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes en spécialisation du Sénégal (Comes). Dans un communiqué publié le même jour, ce collectif indique avoir pris connaissance du communiqué du Parquet affirmant que «les éléments disponibles ne corroborent pas les rumeurs faisant état de violences physiques exercées sur la victime». Cependant, le Comes souligne que «les conclusions de l’autopsie ont permis d’écarter l’hypothèse d’une cause naturelle isolée, et orientent clairement vers l’existence d’un mécanisme traumatique majeur». Et de s’interroger : «Dès lors, une question fondamentale demeure : quelle est l’origine de ce traumatisme ?» Les médecins en spécialisation rejettent donc «catégoriquement toute hypothèse laissant entendre que la victime aurait pu s’infliger elle-même un traumatisme physique mortel». Pour eux, c’est «inconcevable qu’un jeune de 20 ans, plein de vie, porteur de l’espoir de toute une famille et engagé dans un parcours exigeant en chirurgie dentaire, ait volontairement causé sa propre mort».

Relevant «la gravité des faits» et «l’émotion légitime» que ce drame a suscitée au sein de la communauté médicale et de l’opinion publique, le collectif invite les autorités compétentes à poursuivre les investigations afin d’«identifier, le cas échéant, les responsables». Le Comes reste donc attentif à l’évolution de la procédure judiciaire. Dans son document, il dit également suivre «avec une attention soutenue l’évolution du dossier relatif au décès tragique» de l’étudiant, survenu dans un contexte national marqué par un déficit de spécialistes en santé.

Le Comes invite les autorités judiciaires à conduire l’enquête avec «rigueur, justesse et impartialité», afin de faire toute la lumière sur les circonstances du décès de leur collègue Abdoulaye Bâ.

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