CASAMANCE : « Il est temps d’arrêter de gérer un problème politique avec des réflexes de police »

Depuis quarante ans, la Casamance est enfermée dans un récit qui tourne en boucle : insécurité, rébellion, trafic, surveillance. Un récit qui justifie tout, explique tout, écrase tout. Et au cœur de ce récit, un coupable idéal : le cannabis. Il est temps de dire les choses clairement : cet amalgame est un écran de fumée qui empêche toute solution durable.

Le cannabis n’a pas créé le conflit. C’est la pauvreté qui l’a nourri.

La culture du cannabis en Casamance n’est pas née d’une idéologie, ni d’un projet armé. Elle est née d’un besoin : survivre. Elle existait avant le conflit, dans des zones enclavées, abandonnées par les circuits économiques nationaux. Mais au lieu de regarder cette réalité en face, on a préféré un raccourci commode : cannabis = rébellion. Ce raccourci a permis de criminaliser des villages entiers, de justifier des opérations militaires, de masquer l’absence de politique de développement.

Quarante ans de répression pour quel résultat ?

Soyons honnêtes : la stratégie sécuritaire a échoué. Spectaculairement.
•⁠ ⁠Le trafic n’a pas disparu : il s’est professionnalisé.
•⁠ ⁠Les prix ont explosé : la prohibition a créé une rente illégale.
•⁠ ⁠Les cultivateurs sont restés pauvres : seuls les intermédiaires ont prospéré.
•⁠ ⁠La corruption s’est installée : quand tout est clandestin, tout devient négociable.

On a détruit des champs, mais jamais les causes. On a militarisé la région, mais jamais développé l’économie. On a surveillé les populations, mais jamais écouté leurs besoins.

Légaliser, ce n’est pas capituler. C’est reprendre le contrôle.

La légalisation n’est pas un geste idéologique. C’est un choix stratégique. C’est décider que l’État encadre plutôt qu’il réprime. C’est transformer une économie illégale en filière agricole, industrielle et médicale. C’est donner des licences aux cultivateurs locaux, tracer les circuits, taxer les revenus, créer des emplois. Légaliser, c’est sortir du déni. C’est reconnaître que la répression n’a rien réglé. C’est accepter que la Casamance mérite mieux qu’un traitement policier.

Une opportunité historique pour la région

La Casamance manque d’emplois, d’infrastructures, d’industries. Le cannabis — médical, industriel, thérapeutique — peut devenir une filière structurante, créatrice de valeur, d’emplois, d’espoir. Il peut offrir une alternative crédible aux trafics, redonner du pouvoir économique aux jeunes, et assécher les circuits illégaux qui alimentent les tensions. Ce n’est pas une théorie. C’est ce que montrent les expériences menées ailleurs dans le monde.

Le vrai risque, ce n’est pas la légalisation. C’est l’immobilisme.

Oui, il existe des risques :

•⁠ ⁠La capture du marché par des multinationales,
•⁠ ⁠La banalisation de la consommation,
•⁠ ⁠Les résistances politiques.

Mais ces risques se gèrent. Ce qui ne se gère plus, c’est la stagnation. Ce qui ne se gère plus, c’est une région traitée comme un problème de sécurité plutôt que comme un territoire à développer.

La question centrale est politique : veut-on vraiment la paix ?

Parce que si l’objectif est la paix durable, alors il faut agir sur les causes :

•⁠ ⁠L’économie,
•⁠ ⁠L’inclusion,
•⁠ ⁠Les perspectives pour les jeunes,
•⁠ ⁠La fin des économies de guerre.

Continuer à déployer des soldats là où il faudrait déployer des ingénieurs, des agronomes, des coopératives et des investissements, c’est choisir l’impasse.

Une expérimentation en Casamance : « le courage politique à portée de main »

Une expérimentation territoriale encadrée — licences locales, coopératives, partenariats internationaux, insertion des jeunes — serait un premier pas concret. Un pas mesurable. Un pas réversible. Un pas courageux.

Conclusion : il est temps de changer de logiciel
La Casamance n’a pas besoin de plus de surveillance. Elle a besoin de vision. Elle a besoin de développement. Elle a besoin qu’on arrête de confondre un problème économique avec un dossier sécuritaire.
L’audace politique, aujourd’hui, ce n’est pas de continuer comme avant. L’audace, c’est de reconnaître que la légalisation peut devenir un outil de paix, de justice économique et de dignité.

*La vraie question n’est plus : “Pourquoi légaliser ?”

*La vraie question est :
“Combien de temps encore allons-nous nous interdire d’essayer ce qui pourrait*enfin marcher ?”*

Par Amadou SYLLA
Citoyen Senegalais- Militant Associatif
Délégué Général de l’association SOS CASAMANCE