L’Université sénégalaise traverse l’une des zones de turbulences les plus sombres de son histoire récente. Ce qui a commencé comme une énième grogne pour le paiement des bourses a basculé dans l’indicible, ce lundi 9 février 2026, avec le décès de l’étudiant Abdoulaye Ba, inscrit en deuxième année de médecine.
Le décès de Abdoulaye Ba, survenu à la suite de l’intervention policière dans l’enceinte même de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad), ne peut être réduit à un simple fait divers tragique. Il est le symptôme d’une crise de gouvernance académique et sécuritaire qui menace l’avenir du système public. Le détonateur est la précarité étudiante, au cœur d’une crise structurelle exacerbée par ces événements tragiques.
Depuis décembre 2025, la tension montait sur les campus. La source du conflit est chronique : dans un contexte économique difficile, les allocations d’études représentent le seul filet de sécurité pour des milliers d’étudiants. La fermeture des services de restauration suite au refus des étudiants de payer des repas -alors que leurs bourses sont impayées- a transformé le campus social en baril de poudre.
La rupture des «franchises universitaires»
Le point de rupture symbolique a été atteint le 9 février. Les témoignages rapportent que les Forces de l’ordre ont pénétré jusque dans les chambres du campus social. La mort d’un étudiant «passé à tabac dans sa chambre», selon ses camarades, ravive les blessures des crises universitaires précédentes. Face à cette situation chaotique, le Saes (Syndicat autonome de l’enseignement supérieur) exige désormais le retrait total des Forces de défense des campus, rappelant la loi de 1994 sur l’inviolabilité des espaces académiques.
Une paralysie nationale
Le drame de Dakar a provoqué une onde de choc immédiate. La crise n’est plus dakaroise, elle est nationale, avec des villes mortes universitaires : à Saint-Louis (Ugb), Thiès (Uidt) et Ziguinchor (Uasz), les activités pédagogiques ont été suspendues en signe de solidarité et pour porter des revendications similaires. En ordonnant l’évacuation de l’Ucad dès le 10 février, les autorités ont jeté des milliers d’étudiants sur les routes, dont beaucoup se retrouvent sans logement ni ressources.
Les enjeux de la sortie de crise
Le gouvernement a promis de «faire toute la lumière» sur ce décès, mais la réponse semble aujourd’hui dépasser le cadre judiciaire. L’opposition et la Société civile pointent du doigt une gestion répressive de la question sociale. Aujourd’hui, un péril plane sur l’année académique : avec des calendriers qui se chevauchent déjà, cette nouvelle interruption risque de proroger ces «années illimix» ou induire des sessions de rattrapage intenables.
Vers une refondation nécessaire
Le système universitaire sénégalais ne peut plus se contenter de mesures d’urgence (paiement ponctuel de bourses, fermeture de campus). L’urgence est à une refonte du pacte social universitaire : autonomisation financière des œuvres universitaires, respect strict des franchises et modernisation des infrastructures pour absorber les 80 000 étudiants de l’Ucad devenue une véritable poudrière. Sans compter le respect des engagements de l’Etat en ce qui concerne la prise en charge financière et sociale des étudiants.

