La présidente de l’Alliance mondiale des institutions nationales des droits de l’homme appelle à consolider les mécanismes africains de protection, face aux menaces sécuritaires, climatiques et sanitaires qui fragilisent l’État de droit sur le continent.
La présidente de l’Alliance mondiale des institutions nationales des droits de l’homme, Amina Bouayach, a plaidé pour un renforcement des systèmes africains de protection des droits humains, estimant que les crises politiques, sécuritaires et environnementales réduisent la capacité des États à honorer leurs obligations légales. Elle s’exprimait lors de l’ouverture d’une conférence du Réseau africain des institutions nationales des droits de l’homme (RINADH), organisée la semaine dernière à Yaoundé.
Également présidente du Conseil national des droits de l’homme du Maroc, Mme Bouayach a alerté sur un contexte régional et international marqué par un recul du multilatéralisme en matière de droits humains, conjugué à une intensification des crises économiques, sécuritaires et environnementales. Devant des représentants de l’Union africaine, d’organisations internationales et des experts venus de plusieurs pays, elle a souligné que l’État de droit devait rester un pilier central de la stabilité et du développement en Afrique.
Selon elle, les mécanismes africains et internationaux de protection des droits humains ne doivent pas être perçus comme concurrents. Les traités internationaux fournissent des normes de référence, a-t-elle expliqué, tandis que les dispositifs régionaux jouent un rôle clé dans leur interprétation et leur adaptation aux réalités locales. Elle a insisté sur la nécessité de renforcer l’articulation entre ces niveaux pour améliorer l’effectivité des droits et libertés.
Elle a par ailleurs dressé un constat des principaux obstacles persistants sur le continent, citant le faible recours aux mécanismes juridiques africains, des capacités institutionnelles limitées et un décalage durable entre les engagements internationaux et les législations nationales. L’accès restreint à la justice pour une large part de la population demeure, selon elle, l’un des défis majeurs.
Les menaces sécuritaires, le changement climatique et les crises sanitaires ont également de lourdes conséquences sur les droits humains, a-t-elle relevé. Elle a notamment évoqué le conflit en cours au Soudan, qui limite l’accès à l’alimentation, aux soins et à la justice, ainsi que la situation en Somalie, où l’insécurité chronique affaiblit les institutions étatiques.
Reconnaître les difficultés de mise en œuvre n’est pas un aveu de faiblesse mais un acte de lucidité, a estimé Bouayach, jugeant cette démarche indispensable pour combler l’écart entre les textes et la réalité du terrain et restaurer la confiance des citoyens.
Elle a enfin souligné le rôle central des institutions nationales des droits humains, tout en appelant les États africains à renforcer leurs garanties d’indépendance et leurs moyens, et à aligner pleinement leur fonctionnement sur les Principes de Paris, standards internationaux de référence en la matière.
APA

