Au cours d’une séance électrique, ce lundi 16 février 2026, l’ancienne Garde des gceaux, Aïssata Tall Sall, a troqué sa robe d’avocate pour son écharpe de députée. Dans une intervention mémorable, elle a fustigé une procédure «illégale» et averti ses collègues qu’en acceptant de lever cette immunité dans de telles conditions, c’est l’institution parlementaire elle-même que l’on fragilise.
Alors que le ministère de la Justice alignait les preuves matérielles, Me Aïssata Tall Sall a choisi de ramener l’Hémicycle à l’essentiel : le respect de la hiérarchie des normes et de l’immunité parlementaire. Pour la députée, le dossier Farba Ngom est entaché d’un «vice originel» qui devrait invalider toute la démarche du Parquet. L’ancienne ministre de la Justice a rappelé, avec la précision chirurgicale qu’on lui connaît, la chronologie des faits. Selon elle, la gendarmerie et le procureur ont agi à l’envers. Fouilles, garde à vue, défèrement : tous ces actes de contrainte ont été exécutés avant même que l’Assemblée ne soit saisie pour la levée de l’immunité. «Ce qui est contesté, ce qui est contestable et ce qui est illégal, c’est la procédure qui a été engagée», a-t-elle martelé.
Elle s’est particulièrement insurgée contre l’exploitation des téléphones et clés Usb mentionnés par l’actuelle Garde des sceaux, Yassine Fall. Pour Aïssata Tall Sall, ouvrir un téléphone hors de la présence du député et de ses avocats constitue une violation flagrante des droits de la défense et du secret des communications électroniques. Dépassant le cas personnel du député-maire des Agnam, Aïssata Tall Sall a haussé le ton pour interpeller la conscience de ses pairs. Selon elle, le précédent qui se jouait hier pourrait sonner le glas de la protection des élus au Sénégal. «Cet après-midi (hier), ce n’est pas un homme qui est à la barre. C’est l’Assemblée nationale. Si nous laissons passer cette affaire, alors déchirons le Règlement intérieur. Il n’aura plus de sens.»
La métaphore du soleil
Dans une conclusion aux accents lyriques, celle que l’on surnomme la «Lionne de Podor» a exhorté l’Hémicycle à ne pas se saborder au profit de l’Exécutif. Elle a appelé les députés à refuser une subordination qui ne dit pas son nom, utilisant une métaphore astronomique pour marquer les esprits : «Dans la galaxie de la démocratie, l’Assemblée nationale est le soleil. Refusez l’éclipse qui vous est proposée.» Malgré cet appel à la résistance institutionnelle, le vote a finalement donné raison à la Chancellerie, ouvrant la voie à une instruction qui s’annonce déjà comme l’un des feuilletons judiciaires majeurs de l’année 2026.

