Processus de règlement de la dette : JOURS DÉCISIFS POUR LE SÉNÉGAL

A l’issue de la rencontre avec les bailleurs internationaux, un Comité officiel des créanciers a été mis en place pour assurer le suivi du processus devant aboutir à la régularisation définitive de la question de la dette du Sénégal et la reprise de la coopération avec les bailleurs internationaux. Une autre rencontre de ce type devra se tenir le mois prochain, avant l’approbation par le Conseil exécutif du Fonds du programme de gestion de la dette du pays et le démarrage des paiements des premières tranches du financement du Fmi.

Le Quotidien avait annoncé la rencontre du gouvernement et de ses principaux bailleurs internationaux, à savoir ceux dont les créances sont rédigées en euros ou en dollars, pour la journée d’hier, 6 octobre. Comme une horloge suisse, la rencontre a pu se tenir en distanciel et en présence de tous les concernés. Si tous les détails de la rencontre n’ont pas encore été rendus publics, on peut néanmoins, à ce jour, annoncer que les semaines à venir seront décisives pour toutes les parties prenantes.

Ainsi, au sortir de la rencontre virtuelle, devrait être mis en place un Comité officiel des créanciers du Sénégal, qui va coordonner l’action des différents bailleurs, tandis que presque en même temps, le gouvernement aura fini de prendre les mesures nécessaires permettant d’assurer une bonne gestion de la dette extérieure et d’éviter une résurgence de ce qui a été désigné comme des «dettes cachées», selon les termes lancés par l’ancien Premier ministre de Diomaye Faye. Il ne faut pas oublier que l’objectif de cette action concertée des différentes parties est d’éviter que le pays soit mis en défaut et dans l’incapacité de s’acquitter de ses obligations internationales.

Le mois de novembre devrait alors voir le Comité officiel des créanciers (Coc) donner des garanties quant au retour du Sénégal sur le marché financier international. Une décision qui viendra, il va sans dire, à la suite de la confirmation, par le Conseil exécutif du Fmi, que le Sénégal a pris toutes les dispositions nécessaires pour assurer la transparence dans la gestion et le traitement de sa dette extérieure. Ce qui ouvrira la voie à une seconde rencontre du Sénégal et de ses créanciers, à l’image de celle qui vient de se tenir hier. Ce sera, comme hier, toujours sous l’égide du Fmi.

Le but recherché par toutes ces rencontres est de parvenir à un accord entre le pays et ses différents créanciers, car c’est à la suite de tout cela que les différentes parties espèrent voir, au premier trimestre de 2027, le déblocage des 2, 2 milliards de dollars de financement du Fmi envers le Sénégal. C’est dire que le chemin est encore long pour le pays.

Mais quand on jette un coup d’œil en arrière, pour voir le chemin parcouru, on devrait tout de même reconnaître que beaucoup d’efforts ont été accomplis depuis septembre 2024.

Après l’annonce par le gouvernement d’une «dette cachée» héritée du régime précédent et l’arrêt de la coopération qui s’en est suivie avec le Fonds monétaire et tous les bailleurs internationaux, le gouvernement a entamé, sous la pression de ces différents partenaires -et face au risque de défaut de paiement dû au manque de liquidités qui risquait de s’ensuivre- d’opérer des audits pour avoir une idée précise du montant de la dette du pays et de la nature de ces créances. Une fois révélée l’ampleur de la créance, le gouvernement devait s’accorder face à la solution qu’il devait proposer aux créanciers. On peut dire que cette question a été l’une de celles qui ont coûté son poste à l’ancien chef du gouvernement dont l’opposition à une quelconque restructuration de la dette était devenue un mantra. Pour lui, tout accord avec le Fmi sur cette question risquait de se traduire à un retour aux Programmes d’ajustement structurel (Pas) de triste mémoire.

L’administration de son successeur, un banquier central retraité juste à temps pour rejoindre le nouveau régime, s’est donné lui pour objectif, sur cette question, de revenir à «une trajectoire fiscale soutenable, tout en garantissant une croissance durable et inclusive». Dans l’esprit de ses concepteurs, le plan pour obtenir ces résultats consisterait à, d’abord, élargir sa marge fiscale par la levée de taxes nouvelles, tout en assurant une protection sociale plus accrue. Cette tautologie se matérialise, entre autres, par la suppression de certaines subventions, portant notamment sur l’énergie, tout en reprenant le paiement des bourses de sécurité familiale et d’autres mesures de cash transfer aux ménages les plus démunis.

Il y a ensuite une gestion saine et transparente de la dette, ainsi que l’implication du secteur privé dans l’amélioration de l’environnement des affaires à travers des reformes structurelles. Lesdites réformes concernent notamment la mise en œuvre d’un nouveau Code des investissements, la réforme du cadrage des Ppp, ainsi que le renforcement de l’Arcop. La gestion de la dette du Sénégal se fait, à en croire des officiels du gouvernement, dans un cadre crédible, sous l’égide du Cadre commun du G20.

Il est à noter que tout en reconnaissant les efforts immenses opérés par des créanciers locaux et régionaux (dont les créances sont libellées en francs Cfa), le gouvernement ne les a pas inclus dans la cadre du Plan de traitement de la dette du Sénégal (Ptds), discuté hier. Pour le ministère de l’Economie, des finances et du plan, cette distinction vise à éviter des pressions inflationnistes, et influer sur les créances souveraines contractées sur les marchés national et sous-régional. Les banques locales pourraient en venir à souffrir d’un manque de liquidités.