Sonko est parti, les eaux sont restées

Inondations : deux ans après, le bilan de Sonko interroge et son successeur est déjà attendu au tournant

Je pose à Ousmane Sonko une question simple : quel a été son véritable bilan en matière de lutte contre les inondations durant ses deux années à la Primature ?

Il ne découvrait pas le problème. Il en connaissait l’ampleur, le coût et les limites des politiques menées avant lui. Il avait même promis aux Sénégalais un « règlement définitif ». Aujourd’hui, les quartiers sinistrés, les familles déplacées et les eaux stagnantes répondent à sa place : qu’est-ce qui a réellement changé ?

Je ne prétends pas qu’un problème vieux de plusieurs décennies pouvait être réglé en deux ans. Mais un gouvernement qui se présente comme celui de la rupture doit imprimer une nouvelle trajectoire à l’action publique. Or, le Président de la République lui-même a dû demander la finalisation d’un Programme national de prévention et de gestion des inondations, alors que le pouvoir était déjà en place depuis plus d’un an. Où était donc le cadre stratégique censé donner corps à la promesse de « règlement définitif » ? On ne promet pas l’avenir sans avoir préparé le plan.

C’est ici que se joue l’essentiel. Ousmane Sonko avait fait de la reddition des comptes et de l’efficacité de l’action publique son fonds de commerce politique. Il dénonçait avec véhémence les milliards dépensés par ses prédécesseurs sans résultats à la hauteur des attentes. Cette exigence, il doit désormais l’accepter pour lui-même.

La vraie question n’est pas de savoir si tout pouvait être réglé en deux ans, mais si une nouvelle trajectoire a été engagée. Si oui, qu’il la présente et en démontre les résultats. Sinon, qu’il explique pourquoi son passage à la Primature n’a rien produit.

Cette trajectoire se mesure aussi à la capacité de préserver ce qui fonctionnait déjà. Des progrès étaient en effet lisibles avant l’arrivée de Sonko à la Primature, notamment sous le gouvernement de Macky Sall dirigé par Abdoul Mbaye. À titre d’exemple, l’hôpital Maguilène Senghor avait cessé d’être régulièrement inondé pendant l’hivernage. Ce résultat, parmi d’autres, montrait que des solutions concrètes pouvaient produire des effets sur le terrain.

Or, au-delà des projets annoncés, même l’entretien des ouvrages et des dispositifs existants semble ne pas avoir été suffisamment assuré. C’est là une dimension essentielle du bilan : avant même de parler de nouvelles infrastructures, encore faut-il préserver celles qui ont permis d’obtenir des résultats.

Cette exigence ne s’arrête pas à l’ancien Premier ministre. Son successeur à la Primature, Al Amine Lô, hérite d’un dossier explosif, alors même que la saison des pluies expose à nouveau des milliers de Sénégalais. Il n’a pas à répondre du
passé, mais il répondra de l’avenir.

Les Sénégalais n’attendent plus de discours : ils attendent un programme national de prévention et de gestion des inondations clair, financé, calendarisé et évaluable. Ils veulent des ouvrages de drainage livrés à temps, des zones à risque identifiées, des responsables désignés et des comptes rendus publics. Ils ne veulent plus de ces annonces qui surgissent à chaque crue et s’évanouissent avec la décrue. Monsieur Sonko, vous avez promis un « règlement définitif ». Deux ans plus tard, il ne reste que des flaques et du silence. Les discours populistes ne pompent pas l’eau.

Quant à Monsieur Lô, qu’il ne compte pas sur l’état de grâce : il sera jugé sur ce qu’il construit, non sur ce qu’il annonce.

Ibrahima Thiam, Président du parti ACT