L’opposition sénégalaise ne se résume pas aux slogans les plus bruyants ni aux postures les plus spectaculaires. Elle peut aussi se construire dans le travail, la proposition et la responsabilité. Avec Ibrahima Thiam de l’Alliance pour la citoyenneté et le travail (ACT), Madana Kane de Dundu et Mbaye Dionne de l’Alliance des forces du progrès (AFP), une autre voie semble se dessiner : celle d’une opposition républicaine, organisée et tournée vers l’avenir.
Sortir de la politique du vacarme
Pendant trop longtemps, le débat politique sénégalais a été confisqué par la confrontation permanente, les invectives et la personnalisation du pouvoir. La politique s’est parfois réduite à une compétition de fidélités, où l’adhésion à un homme comptait davantage que la pertinence d’une idée.
Ibrahima Thiam, Madana Kane et Mbaye Dionne peuvent contribuer à rompre avec cette logique. Leur enjeu n’est pas de rivaliser avec les machines de mobilisation sur le terrain de la surenchère, mais de démontrer qu’une opposition peut être ferme sans être incendiaire, critique sans être destructrice et ambitieuse sans être démagogique.
Le Sénégal a besoin d’une opposition qui ne confonde pas le patriotisme avec l’approbation automatique, ni la contestation avec le rejet systématique. Une opposition utile ne cherche pas à affaiblir le pays pour affaiblir le pouvoir ; elle cherche à empêcher le pouvoir de s’égarer.
L’ACT, la citoyenneté en action
Avec Ibrahima Thiam, l’ACT peut porter une conception de la politique fondée sur la citoyenneté, le travail et la responsabilité. Cette orientation rappelle une évidence trop souvent oubliée : un parti ne doit pas seulement conquérir le pouvoir, il doit préparer la société à mieux l’exercer.
La citoyenneté ne se limite pas au vote. Elle suppose la participation, le contrôle des gouvernants, le respect des institutions et la capacité des citoyens à demander des comptes. Dans cette perspective, l’ACT peut jouer un rôle important dans la reconstruction d’une culture politique moins émotionnelle et davantage centrée sur l’intérêt général.
Son défi sera toutefois de transformer les principes en présence politique réelle. Une opposition crédible doit être visible dans les territoires, proche des populations et capable de formuler des réponses concrètes sur le coût de la vie, l’emploi, l’éducation, la santé et la sécurité.
Dundu, le pari du renouvellement
Madana Kane et Dundu incarnent, à leur manière, une exigence de renouvellement. Le Sénégal ne manque pas d’intelligence ni de compétences ; il manque souvent de structures capables de les rassembler et de les faire travailler ensemble.
Dundu peut devenir un espace de réflexion, de mobilisation et de transmission entre les générations. Le renouvellement politique ne consiste pas seulement à remplacer des visages. Il exige aussi de changer les pratiques : moins de culte du chef, davantage de débat interne ; moins de promesses générales, davantage de politiques publiques évaluables.
Cette ambition suppose une organisation patiente. Les mouvements qui veulent durer doivent construire des cadres, former des militants, écouter les territoires et accepter la contradiction. Sans cette discipline, le renouvellement restera un simple slogan.
L’AFP, l’expérience comme ressource
Avec Mbaye Dionne, l’AFP peut apporter à cette dynamique une expérience institutionnelle et une mémoire politique précieuses. Dans un contexte où certains voudraient effacer tout ce qui a précédé leur arrivée au pouvoir, l’expérience ne doit pas être considérée comme un fardeau.
Elle devient une force lorsqu’elle permet de tirer les leçons du passé, de comprendre les mécanismes de l’État et d’éviter les erreurs déjà commises. L’AFP peut ainsi contribuer à réhabiliter…
Khaly M. N. Ndiaye

