Gestion de la dette : le Sénégal a engagé entretemps des réformes sur la gestion

Au lendemain des conclusions publiées par le Fonds monétaire international (Fmi) dans son Rapport sur l’observation des normes et codes (Ronc-Module données), le Sénégal confirme la solidité de son appareil statistique national. Si l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd) et la Bceao sont saluées pour leur rigueur, l’institution financière internationale appelle à des réformes urgentes pour consolider les statistiques de la dette publique et résorber les disparités entre ministères. Evidemment, le Sénégal a engagé entretemps des réformes en mettant un logiciel unique sur la gestion : Direction générale des financements et de la dette ou le Plan de traitement de la dette du Sénégal. 

C’est un diagnostic approfondi et nuancé que vient de livrer le Département des statistiques du Fmi dans son dernier rapport d’évaluation (portant sur la mission menée en mars 2026) et s’appuyant sur les informations disponibles au moment où il a été achevé le 12 août 2026. Alors que le Sénégal souscrit depuis novembre 2017 à la Norme spéciale de diffusion des données (Nsdd), les experts de Washington reconnaissent un haut niveau d’expertise, de professionnalisme, et un engagement fort en faveur de la qualité chez les producteurs de données statistiques du pays. Cependant, le rapport met en lumière un défi majeur : l’existence d’un «système statistique à deux vitesses».

D’un côté, l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (responsable des comptes nationaux et des indices de prix) et la Bceao (chargée des statistiques monétaires et du secteur extérieur) affichent des standards de conformité élevés avec les normes internationales (Système de comptabilité nationale (Scn 2008), Manuel Mbp 6 de la balance des paiements). De l’autre, les services statistiques des ministères sectoriels (Agriculture, Santé, Education, etc.) et certaines directions du Ministère des finances et du budget (Mfb) accusent un retard de moyens, de personnel et d’harmonisation méthodologique. Cette hétérogénéité crée un risque de discordance entre agrégats économiques et fragilise la cohérence globale des données nationales.

Le point noir : la dette du secteur public et les statistiques budgétaires

Le Fmi pointe en particulier des vulnérabilités dans le suivi de la dette du secteur public et des finances publiques. Bien que la Loi de finances 2026 ait marqué une avancée majeure en interdisant le recours aux «lettres de confort», le Fmi note que la centralisation des informations sur la dette demeure incomplète à la Direction de la dette publique (Ddp). Certains projets financés sur ressources extérieures ou des engagements anciens continuent d’échapper à un contrôle centralisé direct. De plus, en dehors de l’audit systématique mené au début de chaque mandat présidentiel, le Fmi souligne l’absence de mécanismes d’audit réguliers et obligatoires par la Cour des comptes ou l’Inspection générale des finances (Igf).

Pour préserver la confiance des marchés et des citoyens -un sentiment confirmé par l’enquête du Fmi selon laquelle 89% des utilisateurs jugent la qualité globale des données sénégalaises comme «bonne»-, la mission du Fmi formule trois exigences prioritaires : doter légalement l’Ansd d’un mandat clair de coordination de l’ensemble du Système statistique national (Ssn) et créer un comité permanent interinstitutionnel pour rapprocher périodiquement les données macroéconomiques (comptes nationaux, finances publiques, balance des paiements) ; établir des Statistiques de finances publiques (Sfp) et de la Dette du secteur public (Sdsp) exhaustives englobant les administrations locales, les unités extrabudgétaires et les entreprises publiques, couplées à des audits réguliers. Et harmoniser les normes méthodologiques et les moyens humains/technologiques entre l’Ansd et les directions sectorielles pour mettre fin au système à deux vitesses.

Alors que le Sénégal ambitionne d’adhérer au niveau le plus rigoureux des normes du Fmi -la Nsdd Plus-, ces réformes institutionnelles et juridiques constituent la feuille de route indispensable pour garantir une transparence totale des finances publiques.