Ukraine: des milliers de manifestants expriment leur colère après la démission du populaire ministre de la Défense

Depuis l’annonce soudaine du président Volodymyr Zelensky d’un remaniement gouvernemental dimanche 12 juillet, le monde politique ukrainien est en ébullition. Alors que le pays tout entier attend de connaître les nouveaux candidats proposés par la présidence au Parlement, le très populaire ministre de la Défense Mykhailo Fedorov a annoncé, mercredi 15 juillet, qu’il quittait ses fonctions à la Défense. Son départ, dans le cadre du remaniement voulu par le président, a poussé des milliers de personnes dans les rues des différentes villes du pays.

Quelques heures après des frappes russes, des centaines d’Ukrainiens se sont rassemblés jeudi à Kiev, comme dans différentes villes du pays, pour protester contre la démission du populaire ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov, dans le cadre d’un remaniement voulu par le président Volodymyr Zelensky.

 

De la capitale Kiev à la deuxième ville ukrainienne, Kharkiv, en passant par Lviv, des manifestations quasi spontanées ont traduit le fort mécontentement de la population ukrainienne réclamant le retour de Mykhailo Fedorov, rapporte notre correspondante à Kharkiv, Emmanuelle Chaze. Certains manifestants pointent la responsabilité du commandant en chef des armées Oleksandr Syrskyi dans son départ, les rumeurs étant que les deux hommes ne s’entendent pas en raison des nombreuses réformes entamées par le ministre de la Défense et des licenciements auxquels il a procédé au sein de son ministère. D’autres brandissent des pancartes où ils enjoignent la Rada, le parlement ukrainien, à ne pas accepter les propositions de nomination de nouveaux ministres faites par le président. 

Six mois de réformes

Vu comme un réformateur de l’armée ukrainienne, tourné vers l’inclusion des nouvelles technologies sur le front pour épargner des vies de soldats, Mykhaïlo Fedorov, nommé à ce poste en janvier dernier, a déclaré mercredi soir qu’il quittait ses fonctions.

 

Par cette réforme, Mykhailo Fedorov venait d’entamer la refonte des systèmes d’acquisition d’équipement de l’armée, pour éviter les fraudes, et avait licencié nombre de personnalités controversées au sein de son ministère. Il n’est pas allé assez loin, selon lui, mais cela a suffi pour irriter jusqu’au commandant en chef des armées Oleksandr Syrskyi.

Cette annonce intervient après que le Parlement ukrainien a entériné, mardi 14 juillet, la démission de la Première ministre Ioulia Svyrydenko, voulue par le président ukrainien, qui a annoncé dimanche un remaniement gouvernemental afin d’accompagner un changement de « stratégie politique ».

Nommé à 35 ans, Mykhailo Fedorov était le plus jeune ministre de la Défense que l’Ukraine ait jamais connu. Il avait pris la tête du ministère avec la tâche d’insuffler une énergie nouvelle dans la machine de guerre de Kiev, après quatre ans d’invasion russe. Il a été l’un des premiers avocats de l’utilisation croissante des drones, devenus incontournables sur le front. « Nous avons acquis plus de drones en quatre mois qu’au cours de l’année précédente tout entière », a-t-il affirmé dans son communiqué.

Un des ministres les plus populaires

Mais pour beaucoup d’Ukrainiens, la décision de Volodymyr Zelensky de se défaire d’un Mykhailo Fedorov devenu très populaire est contestable. Les activistes de lutte contre la corruption s’en inquiètent, comme Martina Boguslabets, à la tête de l’ONG anti-corruption Mezha : « Je m’insurge contre le limogeage du ministre qui a permis de bloquer l’accès à Starlink pour les Russes, et contre le fait que Volodymyr Zelensky souhaite nommer à sa place, comme ministre de la Défense, l’actuel ministre de l’Intérieur [Ihor Klymenko, NDLR], qui dirige l’une des structures les plus corrompues du pays. »

Tout comme l’été dernier, lors de la tentative de muselage des agences de lutte anti-corruption, le départ de Mykhailo Fedorov, un ministre perçu comme innovant et efficace par une majorité d’Ukrainiens, est perçu comme un pas en arrière. 

La mobilisation populaire rappelle celle de l’été dernier, qui avait fait suite à la tentative du gouvernement de museler les agences de lutte anti-corruption. Cette fois la population craint qu’un ministre perçu comme honnête et très efficace n’ait fait les frais de sa popularité et que le pays retombe dans les mains d’une faction plus traditionnelle à un moment critique pour la défense ukrainienne.