A l’occasion de la commémoration en différé de la Journée de l’enfant africain ce samedi 20 juin 2026, la municipalité de Mbour, le Comité communal pour la protection de l’enfant (Ccpe) et les Ong Fel Yook et ChildFund se sont mobilisés autour d’une urgence absolue : garantir l’accès universel à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène (Wash). Entre réalités du terrain et statistiques officielles contrastées, les acteurs locaux et internationaux s’engagent à moderniser les infrastructures scolaires et les daaras pour faire de ce droit fondamental une réalité quotidienne.
Près d’un demi-siècle après le massacre tragique des étudiants de Soweto, le 16 juin 1976, la municipalité de Mbour a commémoré en différé, ce samedi 20 juin 2026, la Journée de l’enfant africain (Jea). Placé sous le thème crucial de la garantie de l’accès universel à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène (Wash), cet événement majeur a rassemblé à la mairie l’ensemble des acteurs clés du territoire. L’objectif commun affiché : mobiliser d’urgence les ressources nécessaires pour moderniser les structures Wash dans les quartiers périphériques et les milieux d’apprentissage, notamment les écoles publiques et les daaras.
La célébration de cette année s’aligne directement sur les priorités de l’Union africaine pour 2026 et son Agenda 2063. Face aux réalités poignantes du terrain, la présidente du Comité communal pour la protection de l’enfant (Ccpe), l’Ong Fel Yook et son partenaire stratégique ChildFund ont uni leurs voix pour transformer cette journée mémorielle en un catalyseur d’engagements politiques et financiers concrets.
Les structures sanitaires : un enjeu de protection humaine et scolaire
Au cœur de la cérémonie, la présidente du Ccpe, Mme Kadidiatou Diouf Faye, a rappelé que la question de l’accès à des infrastructures sanitaires de base transcende les simples indicateurs techniques : «Au Ccpe, nous sommes chaque jour les témoins des réalités du terrain. Nous savons que la question de l’eau et de l’assainissement dépasse largement le cadre technique des ingénieurs ; c’est une question de protection sociale et humaine. L’insuffisance des services d’eau et d’hygiène n’expose pas seulement nos enfants à des maladies ou à la malnutrition. Elle est une cause majeure d’absentéisme scolaire, en particulier pour les jeunes filles lorsque les structures ne sont pas adaptées.»
La présidente a lancé un appel solennel en direction des milieux d’apprentissage, insistant sur le fait que l’eau doit être disponible, potable et durable. Elle a exigé que les établissements scolaires, et surtout les daaras, soient urgemment dotés de toilettes décentes et adaptées au genre, afin de préserver l’intimité des talibés et des élèves. Tout en saluant les efforts colossaux de l’Inspection de l’éducation et de la formation (Ief), de l’Aemo, à travers M. Baba Lissa Ndiaye, et l’appui de la Fondation Farrah, elle s’est directement adressée aux enfants présents : «Soyez assurés que le Ccpe continuera à se battre sans relâche pour que l’accès à une eau saine et à un environnement propre ne soit plus un luxe, mais une réalité quotidienne pour chacun d’entre vous.»
Le paradoxe des statistiques officielles
Prenant la parole, le président de l’Ong locale Fel Yook, M. Alpha Faye, a apporté une perspective analytique rigoureuse à la discussion. Tout en rappelant que son organisation siège à l’Ecosocc (le Conseil économique, social et culturel de l’Union africaine), il a exposé les paradoxes des données officielles du secteur : «Au Sénégal, les taux d’accès à l’eau et à l’assainissement indiquent 98, 7% en milieu urbain et 96, 9% en milieu rural. Ces statistiques semblent indiquer que le Sénégal a presque atteint l’accès universel. Toutefois, elles cachent des inégalités très fortes. La disponibilité et la qualité de l’eau restent encore un véritable défi dans de nombreuses localités périurbaines de la circonscription de Mbour, où beaucoup d’écoles ne disposent pas encore d’un système Wash aux normes.» M. Faye a rappelé l’urgence mondiale en citant les Nations unies, selon lesquelles la moitié de la population mondiale subit de graves pénuries au moins un mois par an, et qu’un élève consomme en moyenne 10 litres d’eau par jour à l’école. Face à ce constat, Fel Yook déploie des approches intégrées et holistiques pour cibler les hameaux et les centres scolaires les plus reculés.
L’action concrète des partenaires au développement
Représentant le Directeur pays de ChildFund Guinée & Sénégal, M. Sagane Thiaw a axé son intervention sur la responsabilité collective et l’action concrète. ChildFund s’est positionné comme un allié de premier plan des collectivités territoriales en faisant la démonstration de l’efficacité de ses récents investissements : «L’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène est bien plus qu’un besoin essentiel : c’est un droit fondamental. Au cours de l’année 2025, ChildFund a mis en œuvre un projet Wash d’envergure dans les départements de Mbour et Ziguinchor, afin d’améliorer l’accès à l’eau potable et de promouvoir de bonnes pratiques d’hygiène auprès de 34 744 personnes.» Ce projet majeur, exécuté main dans la main avec Fel Yook, a permis d’obtenir des résultats impressionnants. M. Thiaw a souligné qu’une commune qui investit dans ses enfants sécurise durablement son développement local et sa cohésion sociale.
L’engagement ferme de la municipalité
En sa qualité de premier magistrat de la commune, le maire Cheikh Issa Sall a réaffirmé le rôle pivot de la municipalité malgré les contraintes budgétaires actuelles. Saluant l’organisation et la légitimité du Ccpe, il a rappelé que son engagement pour l’extension du réseau d’eau potable dans les zones périphériques avait débuté bien avant son accession officielle à la mairie. Le maire a par ailleurs rappelé que la municipalité prend intégralement en charge les factures d’eau de nombreuses écoles de la commune et s’emploie à installer des blocs sanitaires fonctionnels dans tous les établissements publics. Il a insisté sur la nécessité absolue de préparer l’avenir : «L’enfant d’aujourd’hui, c’est le gestionnaire de demain, le Conseiller municipal, le ministre ou le président de la République. Il faut les préparer et les protéger. Nous y sommes et nous y serons pour que cette protection vous soit totale.»

