Le coup de tonnerre est survenu en pleine séquence de concertations républicaines : Ousmane Sonko limogé

Le coup de tonnerre est survenu en pleine séquence de concertations républicaines. En mettant fin aux fonctions du Premier ministre Ousmane Sonko au moment même où il consulte la «mémoire d’Etat» ou les «boites noires» de la République, le Président Bassirou Diomaye Faye opère une rupture radicale au sommet de l’Exécutif et prend l’entièreté des rênes du pouvoir.

Une concomitance calculée ? Le timing de cette décision est tout sauf un hasard de calendrier. Alors que le palais de la République enchaînait les audiences avec les anciens ministres des Finances et de l’Intérieur (MM. Amadou Kane, Abdoulaye Daouda Diallo, Ousmane Ngom, Cheikh Tidiane Sy, André Sonko), après les ex-premiers ministres jeudi, le chef de l’Etat s’entourant de l’expérience de gestionnaires d’anciens régimes, le ci-devant Premier ministre était à l’Assemblée nationale, où il a à nouveau étalé ses divergences avec Diomaye Faye.

En s’affichant comme le pivot du Dialogue national, Bassirou Diomaye Faye a manifesté sa volonté d’incarner une posture républicaine classique et inclusive. Va-t-on vers un gouvernement d’union nationale ? Wait and see ! Cette ouverture vers les anciennes figures politiques entrait en contradiction frontale avec la ligne de rupture stricte et parfois polarisante défendue par la Primature. Ce limogeage traduit l’épuisement d’un modèle de gouvernance à deux têtes qui bousculait les codes de la République sénégalaise, après seulement 26 mois de pouvoir.

Aujourd’hui, plusieurs zones de friction ont pu mener à cette rupture devenue inéluctable : l’équilibre des pouvoirs au sein de l’Exécutif a été mis à rude épreuve ces derniers mois, même si les deux hommes ont voulu pendant longtemps différer cette rupture. Depuis plusieurs mois, le fonctionnement du binôme laissait poindre une dualité constante. Entre un Président constitutionnellement garant des institutions et un Premier ministre chef de parti (Pastef) hyperactif sur les fronts politique, administratif et international, la ligne de partage des rôles est devenue de plus en plus poreuse. Le tandem marchait sur la crête en regardant dans des directions opposées.

Il y a aussi les divergences sur la méthode économique et budgétaire : les récentes séances de travail sur le Document de programmation budgétaire et économique pluriannuel (2026-2028) et la gestion des relations avec les partenaires financiers internationaux ont pu révéler des arbitrages inconciliables entre le pragmatisme d’Etat et les engagements idéologiques de la rupture systémique.

Aujourd’hui, le départ de Sonko de la Primature ouvre une période d’incertitude et de reconfiguration majeure pour l’espace politique sénégalais : quel avenir pour la majorité ? La question centrale est désormais de savoir comment réagira la base de Pastef majoritaire à l’Assemblée. Assistera-t-on à une rupture ouverte entre le parti d’origine et le président de la République, ou à un réajustement stratégique en vue des prochaines échéances ? Hier, des députés laissaient entrevoir des menaces de motion de censure en cas de nomination d’un nouveau Premier ministre.

Par ailleurs, le choix du futur Premier ministre sera le premier indicateur du nouveau cap tracé par Bassirou Diomaye Faye : un profil purement technocratique pour rassurer les marchés et consolider les finances, ou une figure politique capable de rebâtir une coalition élargie autour du Palais. Le «Sénégal des deux têtes» a vécu sans avoir réussi à concrétiser son Projet.