Assemblée – Relations Majorité-Oppositions : LE GRAND ÉCART

Alors que la séance des Questions d’actualité du 24 février 2026 devait être un moment de vie institutionnelle, elle a tourné au psychodrame parlementaire. Dans un communiqué conjoint virulent, les groupes de l’opposition dénoncent un comportement «inqualifiable» du président El Malick Ndiaye. Entre accusations d’injures publiques, violations du Règlement intérieur et favoritisme envers le Premier ministre, la rupture semble totale au sein de l’Hémicycle. Analyse d’une crise qui fragilise l’institution législative.

Entre la majorité parlementaire et l’opposition incarnée par le Groupe parlementaire Takku Wallu et des non-inscrits, l’ambiance est délétère. Le climat politique a franchi hier un nouveau palier de tension. Dans un communiqué conjoint d’une virulence rare, les groupes de l’opposition, menés par Me Aïssata Tall Sall (Takku Wallu Senegaal) et le coordonnateur des non-inscrits, Adama Diallo, tirent à boulets rouges sur le président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, dont le comportement est souvent décrié par la minorité. Au cœur du litige : la séance des Questions d’actualité au gouvernement du 24 février dernier, qualifiée de «parodie démocratique». Lors de cet évènement, une partie des députés non inscrits avait opté pour le boycott, montrant les signes d’un grand malaise en cours depuis plusieurs mois, à l’image des derniers boycotts de la venue du Premier ministre à l’Hémicycle. Une rupture consommée malgré le vernis institutionnel ?

Alors que M. El Malick Ndiaye avait promis, lors de son installation, une Assemblée «moderne et rigoureuse», l’opposition dénonce aujourd’hui une dérive autoritaire et un parti pris flagrant en faveur de l’Exécutif. Les griefs sont précis et visent directement la gestion des débats par le Perchoir. L’opposition accuse le président de l’Assemblée de violation flagrante du Règlement intérieur (Rian), notamment l’article 77, en octroyant de manière discrétionnaire 5 minutes de temps de parole supplémentaires au Premier ministre tout en refusant le droit de réplique aux députés. Le communiqué évoque aussi une carence d’autorité : car le texte pointe du doigt son incapacité à sanctionner les invectives de certains députés de la majorité (cités nommément : Ayib Daffé et Alioune Dièye) qui auraient tenu des propos injurieux envers leurs collègues et leurs familles.

El Malick Ndiaye : arbitre ou partisan ?

Cette situation révèle une fracture profonde. Pour l’opposition, El Malick Ndiaye a «fui ses responsabilités de garant de la dignité de l’institution». En laissant le gouvernement se substituer aux députés pour répondre à leur place, il est accusé d’avoir permis au Pm de s’adonner «à son jeu favori : invectiver l’opposition, dire du mal de tout et de tous, avant de fuir le débat et ne jamais répondre aux vraies questions».

L’incident impliquant le député de Pastef Alioune Dièye, accusé de s’être attaqué au père de la députée Anta Babacar Ngom, illustre l’effondrement de la courtoisie parlementaire que l’article 64 du Rian est censé protéger. En prenant à témoin «l’opinion nationale et internationale», Me Aïssata Tall Sall et Adama Diallo ne se contentent plus de protestations verbales. Ils annoncent vouloir «tirer toutes les conséquences de Droit» de ces manquements. .

Jamais, depuis le début de la Législature 2025-2026, la tension n’avait été aussi palpable entre le Perchoir et les bancs de l’opposition. Le «style» de El Malick Ndiaye, autrefois décrit comme maîtrisé, est désormais perçu par ses détracteurs comme un outil de musellement de la minorité parlementaire. Le communiqué souligne que le but initial de la séance était de répondre aux «interrogations légitimes des populations» (article 104). En échouant à maintenir un débat «serein, courtois et impersonnel», l’Assemblée nationale risque de s’enfoncer dans une instabilité qui pourrait paralyser les réformes législatives attendues pour 2026.

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