Procès -Supporters détenus à Rabat : Les 18 Sénégalais ne veulent pas comparaître et poursuivent leur grève de la faim

Dans un communiqué, Me Patrick Kabou, avocat de la défense, annonce que les 18 supporters sénégalais refusent désormais de se présenter devant le Tribunal de première instance de Rabat. Ils exigent des garanties d’un procès équitable, notamment l’accès au dossier dans une langue comprise, des entretiens libres avec leurs avocats et un suivi médical urgent. Leur mouvement de jeûne, entamé le 6 février, se poursuit.

Accusés de «hooliganisme» à la suite d’échauffourées survenues lors de la finale de la Can 2025, les 18 supporters sont en détention provisoire depuis plus de trois semaines. Les incidents, qui ont impliqué des violences contre les Forces de l’ordre, des dégradations et des jets de projectiles, ont conduit à leur arrestation immédiate. Selon Maître Patrick Kabou, la situation judiciaire est marquée par de graves irrégularités : absence de communication claire des chefs d’accusation dans une langue accessible, l’avocat a notamment souligné que personne ne parle wolof dans les échanges, entrave à l’accès des avocats au Tribunal et aux geôles, impossibilité de consultations confidentielles régulières avec les détenus, et absence de soins médicaux pour l’un d’eux, malgré des promesses répétées.

«Devant une situation manifeste de non-garantie du procès équitable et de non-respect des droits de la défense, nos compatriotes ont décidé de ne pas se présenter devant un juge sans au préalable savoir ni comprendre les éléments de l’accusation», écrit l’avocat dans son communiqué.

Les prévenus conditionnent toute comparution future à la satisfaction de ces quatre exigences principales. Il s’agit : «De la transmission des infractions reprochées dans une langue qu’ils comprennent ; l’accès libre des avocats au Tribunal ; le droit de s’entretenir avec leurs conseils en prison avant les audiences ; le suivi médical effectif, notamment pour le détenu privé de son traitement.»

Parallèlement, les supporters maintiennent, depuis le vendredi 6 février, un «jeûne», présenté comme un acte de protestation spirituelle plutôt qu’une grève de la faim totale. Le Parquet de Rabat a démenti toute privation alimentaire forcée, affirmant que les repas sont fournis en prison, mais la défense insiste pour que ces points soient débattus uniquement à l’audience.

Le procès, déjà reporté à plusieurs reprises (notamment en raison d’une grève des avocats marocains), était fixé au 12 février 2026. Cependant, Maître Kabou a indiqué, ce lundi, que le mouvement de grève de ses confrères locaux pourrait se prolonger au-delà de cette date, ouvrant la voie à un quatrième renvoi. L’avocat dénonce également son propre blocage : «A l’heure où je vous parle, je n’ai toujours pas accès au dossier. Je ne peux pas communiquer librement avec mes 18 clients, et je suis empêché d’entrer au Tribunal comme les autres.»

L’affaire suscite une vive émotion. De nombreux appels à la libération des supporters se multiplient sur les réseaux sociaux et dans les médias. Elle intervient dans un contexte de tensions sous-jacentes entre supporters des deux Nations, après la finale disputée. La mobilisation se poursuit, tandis que la prochaine audience reste suspendue à l’évolution de la grève des avocats marocains et à la réponse des autorités judiciaires.