Élimination de l’excision : L’Ong Grandmother project a choisi Badiara

L’Ong Grandmother project (Gmp-changement par la culture) a choisi Badiara, village situé à un jet de pierre de la frontière entre le Sénégal et la Gambie, pour célébrer la journée internationale zéro tolérance à l’égard de l’excision. Les argumentaires religieux et sanitaires en défaveur de la pratique ont encouragé plusieurs participants à exprimer sur place, leur décision d’abandonner cette tradition à la peau si dure dans le Fouladou.

Dimanche passé, sous l’ombrage d’un figuier géant du village de Badiara, situé à un jet de pierre de la frontière entre le Sénégal et la Gambie, jeunes filles et garçons, des adultes des 2 sexes, des grands-mères, des religieux et des agents de santé ont, assis à la ronde, discuté de la problématique de l’excision, à bâtons rompus : ses origines, les peuples qui la pratiquent, les argumentaires pour et contre, la position de l’islam et surtout les conséquences sanitaires à court, moyen et long terme. Au démarrage de la rencontre vers 9 heures, les différents groupes de travail formés à l’occasion ont indiqué que les participants étaient divisés sur la perpétuation d’une tradition séculaire dans ce patelin du département de Vélingara, au sud du Sénégal : une bonne partie croyait encore en la pertinence de la pratique en termes de purification religieuse de la fille et de discipline sexuelle. Moussa Mbaye, père de famille, a notamment affirmé : «J’ai clairement dit que j’étais contre toute décision de mettre fin à la pratique de l’excision.

C’est une tradition bien ancrée et tous les argumentaires sanitaires en sa défaveur ne sont pas vérifiés. Pas en ma connaissance. Nos filles se portent bien.» A la fin de la rencontre peu après 17 heures, Moussa Mbaye retourne sa veste : «J’ai fait subir l’excision à mes filles. Pour le reste de ma vie, je ne le ferai plus. Nous ne savions pas que ce n’était pas une recommandation de l’islam et puis les conséquences sanitaires sont une réalité. Nous ignorions les tenants et aboutissants de cette pratique. Nous allons convoquer une réunion du village pour arrêter une position commune contre l’excision.» Moussa Mbaye n’était pas un cas isolé dans cette rencontre. Mme Diouldé Baldé, grand-mère : «Nous avons connu des cas de femmes fistuleuses que tout le monde fuyait dans ce village. Nous ignorions que c’est l’excision qui était passée par là. Cette rencontre a fait défiler dans ma mémoire toutes ces femmes que j’ai connues qui, soit ne pouvaient pas arrêter leurs urines, refusaient toute relation sexuelle avec leur conjoint ou encore dont l’accouchement se faisait dans la douleur. La pratique a déjà beaucoup reculé dans le village, désormais, je crois que nous allons l’abandonner totalement.»

Pour en arriver là, les participants, après la restitution des travaux d’ateliers ont écouté les éclairages des religieux et des personnels de santé sur la question. Seyda Yassine Sow Ndiaye, maîtresse d’arabe à l’école élémentaire Thierno Moustapha Barry de la ville de Vélingara a enseigné : «L’excision est une pratique antéislamique. Le prophète de l’islam (Psl) ne l’a pas formellement interdite. Il ne l’a pas non plus recommandée. La preuve, la plupart des nations de référence de l’islam ne la pratiquent pas. C’est le cas au Maroc et en Arabie Saoudite. Et puis des communautés animistes ne la pratiquent pas, tout comme d’autres la pratiquent.

Considérons que c’est juste une tradition, qui s’est révélée néfaste pour la santé. Et de ce fait, l’islam préfère abandonner toute pratique qui viole l’intégrité physique de l’être humain.» Mme Ansatou Baldé, matrone au poste de santé de Saré Nagué, non loin de Badiara, a révélé : «Dans le poste de santé nous rencontrons des cas d’accouchement difficile de jeunes filles, imputables à l’ablation du clitoris. Nous remarquons aussi que les quelques femmes non excisées que nous recevons ont moins de difficultés à expulser le bébé que celles qui le sont. En plus, toutes ces femmes qui refusent tout contact sexuel avec leur conjoint ou qui ont des difficultés à stopper leurs urines sont des victimes de l’excision. » Des arguments religieux et sanitaires qui ont eu le don de convaincre les délégués du village de Badiara à cette rencontre. Ils se sont engagés à prêcher la bonne attitude vis-à-vis de l’excision auprès de leurs populations.

Amadou Dièye Sow, coordonnateur départemental de la Rencontre africaine de défense des droits de l’homme (Raddho) a magnifié l’approche Grandmother project de lutte contre l‘excision. Il a dit : «Grandmother project a une approche particulière de lutte contre l’excision. Elle utilise une méthode de clarification des valeurs : on pose la problématique, on en cherche les causes puis les conséquences, on en discute, on réfléchit, on pose le tout sur la balance. Et puis on voit de quel côté penche la balance. Et on laisse les populations prendre position. On n’indique pas la voie à suivre. C’est une méthode qui sied à l’approche Droits de l’homme. Cette méthode a l’avantage de clarifier les éléments autour de l’excision. Chaque acteur sait sur quoi il s’appuie pour le faire ou non et en assume l’entière responsabilité.»

L’Ong Grandmother project (Gmp-changement par la culture) «entend jouer pleinement sa partition dans le combat mondial pour l’élimination définitive de l’excision à l’horizon 2030, dans le respect des communautés pratiquantes et de leurs valeurs culturel­les. Sans rien imposer.» A dit Mamadou Coulibaly, directeur national de l’Ong.