Le premier, sur lequel a longtemps couru de mauvaises rumeurs à propos de supposées relations pédocriminelles, est aujourd’hui mis en cause dans l’affaire Jeffrey Epstein, le criminel sexuel américain qui s’est suicidé dans sa cellule, quand au second il vient d’être condamné définitivement pour « corruption de mineurs » après avoir tripoté des jeunes gens. Leur point commun ? Les deux s’accrochent à leur position et leurs privilèges, l’un à la présidence de l’Institut du monde arabe, IMA, et l’autre à son poste d’animateur sur la chaîne CNews. Cette attitude affligeante, est indécente et déshonore les deux hommes.
Jack Lang est l’un des derniers rescapés de la Mitterandie et si personne ne songe à remettre en cause le rôle influent qu’il joua dans le monde de la culture et la création de la fête de la musique, ce n’est pas pour autant qu’il mérite l’absolution de ses péchés. L’opinion publique se souvient encore qu’il a été pour le moins impliqué dans trois affaires, celles du Coral en 1982, l’affaire Marjorelle (2003 – 2007) et l’affaire Verdin (1999 – 2013). Il y a quelques années Le Canard enchaîné, et l’Obs ont aussi révélé qu’entre 2003 et 2018 il a également été mis en cause après avoir reçu plus de 500 000 euros de cadeaux divers. L’ancien intime de Mitterrand est connu pour avoir toujours aimé le luxe et pour sa pingrerie, l’un n’étant guère compatible avec l’autre, sauf à bénéficier des largesses d’autrui. Cela a été notamment le cas avec Jeffrey Epstein, où son nom apparaît six cents fois dans le dossier de la justice américaine. Alors que le parquet financier (PNF) annonce vouloir ouvrir une enquête, pour blanchiment aggravé de fraude fiscale, cette situation lui vaut d’être entendu ce dimanche au Quai d’Orsay par le Ministre des affaires étrangères, qui veut connaître son implication réelle auprès du sulfureux américain, dont ses anciennes relations se défendent d’avoir eu une quelconque amitié avec lui. Quelle ingratitude pour ceux qui hier ont bénéficié de ses largesses, il faut dire que l’individu n’est plus en odeur de sainteté et que même mort, tout le monde fuit son cadavre comme la peste. Dans la famille Lang, au demeurant, Jack n’a pas été le seul à entretenir une liaison dangereuse avec Epstein, sa fille Caroline, elle-même amie du magnat américain, a préféré prendre les devants et démissionner cette semaine du poste de déléguée générale du Syndicat de la production indépendante (SPI) où elle venait d’être élue, suite aux révélations de Médiapart, sur ses liens financiers avec Jeffrey Epstein. Cette compromission sent néanmoins la poudre, Caroline Lang ayant fondé en 2016 une société offshore avec l’homme d’affaires américain qui de surcroît l’a « couchée » sur son testament pour cinq millions de dollars. Décidemment dans la famille Lang on ne peut s’empêcher d’idolâtrer le dieu fric, même si on se revendique de gauche, ce qui n’est pas, semble-t-il, incompatible.
Au demeurant, si Jack Lang s’accroche urbi et torbi à son fauteuil de président de l’Institut du monde arabe, (IMA) c’est qu’il peut vivre comme un pacha grâce à lui. Cela va faire bientôt quinze ans (il a été reconduit pour un 4ème mandat en 2024) qu’il « palpe » dix mille euros mensuels (très précisément 9 250 euros, selon la Cour des comptes) sans compter ses voyages en Orient aux frais de la princesse. Il faut d’ailleurs savoir qu’il a obtenu de toucher un salaire, là où ses prédécesseurs étaient bénévoles. A 86 ans, en plus de sa retraite pour ses mandats d’élus : 2 400 euros en tant qu’ancien député du Pas-de-Calais et d’un fond de pension en tant qu’ancien eurodéputé, il perçoit une pension comme ancien maire. Selon certaines informations dignes de foi, le montant total qu’il perçoit mensuellement s’élèverait à 25 000 euros !! A ce compte là, on comprend qu’il puisse vivre comme un nabab dans son somptueux appartement de près de 250 m2 de la place des Vosges à Paris, sa propriété du Lubéron, où il a notamment pour voisins Riley Scott et John Malkovitch, ou encore son Riad de Marrakech. Jack Lang fait partie de ces nombreux socialistes de la gauche caviar qui ont le cœur à « gôche », mais le portefeuille à droite, sont enclins à critiquer les riches mais peu diserts avec leur propre patrimoine et plus généreux en paroles qu’en actes.
Pour en revenir à l’affaire Epstein, le prestige de la France étant entamé au sein du monde arabe, par votre présence à la présidence de l’IMA, nous n’avons qu’une chose à dire : Mr. Lang, démissionnez, partez ! Faites preuve d’un peu de dignité, et d’un brin de fierté, s’il vous en reste.
Quant à vous, Jean-Marc Morandini, au moment où on apprend la démission de Sonia Mabrouk de CNews, une journaliste remarquable, écœurée par votre attitude ignoble, votre présence dans Morandini live, est un véritable affront public. La chaîne de Bolloré aurait dû vous virer aussitôt après votre condamnation à deux ans de prison pour « corruption de mineurs » . Comment peut-on admettre en effet que la chaîne soit obligée de protéger ses jeunes stagiaires en les accueillant à un autre étage que le vôtre, afin que vous n’ayez aucun contact avec eux ? Comment expliquer, alors que vous êtes plus contagieux que le choléra, plus radioactif que l’uranium 235, elle ose vous maintenir à l’antenne, ce qui est proprement scandaleux et indécent. En agissant ainsi, Bolloré ternt non seulement l’image de son propre média, mais il fait un véritable bras d’honneur aux téléspectateurs de la chaîne. Alors, vous aussi, démissionnez, partez !
Ces deux affaires sont tristement révélatrices d’un monde où certains se croient hors-la-loi, hors des règles, hors de ce que l’on nous enseigne, un monde où certains, plus que d’autres, devraient donner l’exemple, un monde où les élites se recrutent et se protègent entre elles. Dans ce monde, la loi ne s’applique pas de la même manière pour tous. On se réclame sans cesse d’un Etat de droit, mais qu’en est-il vraiment ? Notre monde vit une régression morale, éthique profonde, où la loi s’applique aux petits, aux sans grade, et où on assure l’impunité aux puissants. Rien n’a changé depuis Monsieur de La Fontaine, lui qui disait : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront noir ou blanc », une maxime toujours d’actualité dans notre société qui secrète en son sein trop d’intouchables, ce qui est insupportable.
Il est temps de se poser la seule question qui vaille : Dans quel monde vivons-nous vraiment ?
Jean-Yves Duval, journaliste écrivain

