Lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles : Des étudiants s’exercent à la plaidoirie pour briser le silence

Le collectif «Dafa Doy» a franchi une nouvelle étape dans son combat contre les violences sexuelles en organisant, ce samedi, un concours de plaidoirie destiné aux étudiants en Droit. En plaçant la jeunesse au cœur de l’analyse juridique et de la prise de parole publique, l’association ambitionne de déconstruire la culture du viol et de favoriser une meilleure application de la loi criminalisant ces actes au Sénégal.

Le collectif «Dafa Doy» a organisé, ce samedi, un concours de plaidoirie axé sur la thématique du viol. Cette association, qui œuvre pour la promotion des droits humains et la protection des femmes et des enfants, cherche ainsi à renforcer l’information sur les violences sexuelles à travers des activités de sensibilisation et d’éducation. «L’objectif est de renforcer l’engagement des jeunes, et particulièrement celui des étudiants, dans la lutte contre le viol par l’analyse juridique, la réflexion critique et la prise de parole», a expliqué Marina Kabou, coordonnatrice du collectif. L’idée centrale est de susciter l’intérêt de la jeune génération pour cette problématique de société majeure.

Briser la culture du silence

Pour Marina Kabou, les violences sexuelles sont omniprésentes : «Elles s’invitent dans toutes les sphères sociales et constituent une violation flagrante des droits des femmes et des enfants. Les conséquences sont désastreuses pour les survivantes, les familles et la communauté dans sa globalité.» Face à l’insuffisance des politiques de soutien et au poids de la stigmatisation qui freine encore les dénonciations, le collectif mise sur la formation. Selon sa coordonnatrice, le silence ne fait que renforcer la «culture du viol». Malgré la loi criminalisant le viol au Sénégal, les agressions persistent. «Les jeunes représentent plus de la moitié de la population. Ils doivent être outillés pour porter ce combat. En conjuguant nos forces, il est possible d’éradiquer ces violences», plaide-t-elle.

Des magistrats en herbe au service de la loi

Le concours a réuni des étudiants en Droit, âgés de 20 à 25 ans, sélectionnés sur la base d’un appel à candidatures rigoureux. Durant une matinée, ces juristes en formation ont endossé la robe pour livrer des plaidoiries percutantes. Pour le collectif, ces futurs professionnels du Droit sont des alliés essentiels pour vulgariser la loi criminalisant le viol et la pédophilie. Présente lors de l’événement, la représentante de la ministre de la Famille, Dr Diokhané, a salué le talent de ces «magistrats en herbe». «Ces étudiants seront les acteurs de la prise en charge juridico-judiciaire de demain. Si la prise en charge médicale et la réinsertion sociale progressent, l’application de la loi dans toute sa rigueur dépendra de ces futurs hommes et femmes de loi», s’est-elle réjouie.

Selon Dr Diokhané, cette initiative est un levier indispensable pour un changement de comportement durable : «Dans un pays de Teranga, où les valeurs de Jom (dignité), de Teranga (hospitalité) et de Kersa (pudeur/respect) sont le socle de notre société, il n’y a pas de place pour la violence envers les femmes.» Elle a conclu en rappelant l’idéal visé : un pays où chaque fille et chaque femme peut jouir de ses droits et vivre librement. Ce concours ne fut pas qu’une simple joute oratoire, mais un véritable moment de plaidoyer pour rappeler qu’une femme n’est pas faite pour être violentée.