Les bailleurs étrangers ne se bousculent pas encore pour assister l’Etat, mais les partenaires traditionnels sont toujours fidèles au poste, toutefois sans forcer le pas. Les ressources que l’Etat tire principalement des impôts et des emprunts obligataires, servent donc principalement aux dépenses de fonctionnement, au détriment d’investissements productifs.
Au troisième trimestre de l’année qui vient de s’écouler, la situation des ressources financières s’est nettement améliorée, tout en étant toujours assez délicate. Le Rapport trimestriel d’exécution budgétaire (Rteb T3), publié par le Ministère des finances et du budget (Mfb), note une certaine embellie, notamment dans la réalisation des recettes, qui a pu atteindre 73, 1% des prévisions de la Loi des finances rectificative (Lfr) de 2025. Ce document avait tablé sur 4382, 3 milliards de Cfa pour cette période, mais n’a pu engranger que 3202, 1 milliards de francs. En comparaison à la même période l’année précédente, les recettes ont connu une hausse non négligeable de 211, 1 milliards, grâce aux impôts directs et indirects. Ce qui montre les efforts de l’Etat pour «surimposer» les citoyens, ainsi que les entreprises.
L’une des leçons à tirer de ces données, est que le Sénégal continue à subvenir à ses besoins principalement grâce aux efforts de ses citoyens. En effet, l’essentiel de ces ressources provient des recettes, aussi bien fiscales que non fiscales. Parallèlement, les dons de l’étranger, aussi bien budgétaires qu’en capital, n’ont fait que stagner depuis deux années environ.
Dons ou aumône ?
Le Rapport trimestriel le souligne de manière crue. Là où la Lfr tablait sur 45 milliards en dons, le pays n’a pu en obtenir que 3, 3 milliards, soit 7, 3%. Et pour ce qui est des dons en capital, le Trésor n’a pu enregistrer que 20, 2% de ses espérances, à savoir 48, 7 milliards, sur les 241, 6 milliards escomptés. Le tableau détaillé est, sur ce point, assez cruel. Si l’on peut se féliciter que la Banque mondial reste toujours l’un de nos principaux bailleurs, avec 18, 4 milliards de Cfa, que l’Agence française de développement (Afd) nous juge toujours digne de soutien, et nous offre 9, 1 milliards de Cfa, malgré le discours ambiant empreint de «souverainisme» et d’autonomie, on pourrait s’interroger sur le peu d’enthousiasme de partenaires comme la Bad (1, 7 milliard), la Banque arabe pour le développement économique de l’Afrique (Badea, 0, 2 milliard de Cfa), ainsi que d’autres, comme les fonds koweitien, qatari, ou des partenaires saoudiens et turcs, qui n’apparaissent même pas sur ce tableau. A croire que certains de nos partenaires imaginent nous faire l’aumône plutôt que d’appuyer un partenaire dans une passe difficile.
Ainsi, les Chinois, eux, privilégient une «coopération» en marge des circuits établis avec les organismes de l’Ocde, eux seuls savent pourquoi…
A noter que malgré l’annonce officielle de sa dissolution par Donald Trump, l’Usaid a trouvé le moyen d’avancer 1, 8 milliard de Cfa au Sénégal, en termes de dons en capital. Et les Japonais, l’Allemagne, à travers la Kfw, ou la Coopération italienne se sont portés au secours du régime souverainiste, en dépit du manque d’accord avec le Fonds monétaire international.
Peut mieux faire pour les dépenses d’investissements
Si le gouvernement ne reçoit toujours pas l’aide qu’il pourrait espérer de ses partenaires, et qu’il s’appuie toujours sur la fiscalité interne et sur le marché financier sous-régional pour combler ses fins de mois, on peut dire que depuis un certain temps, il oriente un peu plus ses ressources dans la satisfaction des besoins de la population. Le Rteb T3 souligne que «les dépenses ordinaires ont atteint 3220, 8 milliards (72, 7% des prévisions budgétaires), portées essentiellement par les transferts courants (1169, 4 milliards) et la masse salariale (1082, 8 milliards). Les charges financières de la dette se sont situées à 705, 7 milliards, traduisant la prise en charge des emprunts bancaires contractés hors autorisation parlementaire».
Cette dernière phrase, très anodine, montre que la fameuse «dette cachée» du chef du gouvernement ne l’a jamais été aux yeux du binôme financier de son équipe, qui a toujours su comment la gérer, ainsi que l’avaient dit les deux ministres devant les députés à l’Assemblée.
Le Rteb T3 souligne, en plus, que «les investissements sur ressources internes ont atteint 418, 9 milliards (soit un taux d’exécution de 71, 4%), et ceux sur ressources externes, 673, 3 milliards (49, 9% de réalisation). Les transferts en capital ont connu une exécution globalement satisfaisante avec 378, 1 milliards pour une cible de 437, 7 milliards (soit 86, 4%), tandis que les investissements directs de l’Etat sont demeurés relativement faibles, atteignant 40, 8 milliards (soit 27, 4%)».
Une bonne manière de dire que si des efforts sont faits dans ce domaine, beaucoup reste encore à faire. Sans doute le verra-t-on lors de la publication du prochain Rteb.

