
UNE JOURNEE DE LUTTE NEE DANS LES RUES
Pour comprendre le 8 mars, il faut remonter au début du XXᵉ siècle. En 1908, à New York, des milliers d’ouvrières descendent dans la rue pour réclamer le droit de vote, de meilleures conditions de travail, et l’égalité juridique. Le slogan qui circule alors résume tout : « Du pain et des roses » survivre, oui, mais aussi vivre dignement. En 1910, la militante socialiste allemande Clara Zetkin propose, lors d’une conférence internationale à Copenhague, d’instituer une Journée internationale des femmes. L’objectif est explicitement politique : coordonner les luttes pour l’égalité à l’échelle mondiale. En 1977, les Nations Unies officialisent le 8 mars sous le nom de Journée internationale des droits des femmes et de la paix internationale. Le mot « droits » est là, central. Ce n’est pas un hasard. Cette journée n’a donc jamais été pensée comme un moment de célébration symbolique. Elle est née comme un espace de mobilisation collective, pour rappeler que les droits des femmes n’ont jamais été offerts : ils ont été conquis, souvent au prix de luttes longues et éprouvées.
COMMENT UNE REVENDICATION DEVIENT UNE FETE
Alors comment en est-on arrivé aux fleurs et aux promotions ? Progressivement, dans plusieurs pays, la journée s’est transformée en un moment de reconnaissance symbolique : on remercie les femmes d’exister, on leur rend hommage. Le commerce s’en est emparé, les marques publient des messages inspirés, les entreprises partagent des portraits de « femmes extraordinaires ». Le paradoxe est frappant : plus la journée est visible, plus elle se vide de son contenu politique. Fêter les femmes, c’est suggérer que l’égalité est acquise, que le combat est terminé. Or, ce n’est pas le cas.
EN AFRIQUE : LE PAGNE ENTRE SYMBOLE ET REVENDICATION
En Afrique subsaharienne, le 8 mars s’est traduit par une expression culturelle bien visible : le pagne commémoratif. Au Sénégal (le nourowalé*), au Cameroun, en Côte d’Ivoire et dans de nombreux autres pays, les femmes revêtent un tissu aux couleurs de la journée lors de défilés, de rassemblements ou de rencontres communautaires. Vu de l’extérieur, cela peut ressembler à une fête. Mais cette tradition peut aussi être lue autrement : comme un moment où les femmes se rendent collectivement visibles dans l’espace public, affirment une appartenance commune, et transforment le vêtement en symbole de solidarité. Le risque, cependant, apparaît lorsque le symbole prend toute la place et que la revendication disparaît. Car derrière le pagne, la question reste entière : quels droits réels pour les femmes ? Quelle place leur accorde effectivement la société ?
DES INEGALITES QUI NE SE CONTENTENT PAS DE DISPARAITRE
Malgré les avancées, les inégalités persistent. Elles prennent des formes différentes selon les contextes : écart de salaire entre femmes et hommes pour un même poste, accès inégal aux responsabilités et aux postes de décision, violences domestiques, pression sociale autour du mariage et de la maternité, codes de la famille encore favorables aux hommes dans plusieurs pays, accès limité à l’éducation (et aussi choix de filières) ou aux ressources économiques dans certaines régions. Ces réalités ne sont pas l’apanage des pays dits « en développement ». Dans les sociétés qui se pensent les plus avancées sur ces questions, les débats récents, autour des violences sexuelles, de la place des femmes en politique ou dans les grandes entreprises ; montrent que ces sujets restent profondément actuels.
L’EGALITE, UN ENJEU DE RESPONSABILITE COLLECTIVE
Au-delà du symbole, la question des droits des femmes dépasse aujourd’hui le seul cadre militant et s’inscrit dans une réflexion plus large sur la responsabilité des institutions, des entreprises et des sociétés. Dans le champ de la responsabilité sociétale des organisations (RSE), l’égalité femmes-hommes est devenue un indicateur majeur de progrès social. Accès aux postes de décision, égalité salariale, lutte contre les violences et promotion de l’éducation des filles ne relèvent plus seulement d’un débat militant : ce sont désormais des critères qui permettent d’évaluer la capacité d’une société à construire un développement réellement durable. En Afrique, cette réflexion passe aussi par une reconnaissance plus forte du rôle économique des femmes dans le secteur informel et le monde rural. La vendeuse au marché qui fait vivre sa famille, l’agricultrice qui travaille la terre sans toujours en avoir la propriété, les femmes des zones rurales dont le travail reste largement invisible dans les statistiques officielles. Reconnaître, sécuriser et valoriser ces contributions est l’un des grands défis du développement du continent. Car aucune société ne peut prétendre au progrès en laissant de côté la moitié de son potentiel humain. Le 8 mars ne devrait pas être un moment où l’on remercie les femmes d’exister. Il doit être celui où l’on se demande, collectivement, si nos sociétés leur donnent réellement la place, les droits et la liberté qu’elles méritent.
Cécile Thiakane
Consultante RSE
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in seneplus.com sénégal

