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Morgan Howen

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Menace terroriste de plus en plus forte au Sahel

Le week-end dernier à Paris lors du forum sur la paix un homme, le président du Niger, Mahamadou Issoufou a tiré le signal d’alarme : « Au Sahel, si l’on ne fait pas attention, nos Etats pourraient disparaître ». Malheureusement il est un peu seul à prêcher dans le désert alors que la situation sur place  se dégrade dangereusement au fil des mois.

Et pourtant les 15 000 soldats français, qui se sentent un peu seuls dans la lutte contre les djihadistes, à 4000 kms de chez eux, traquent sans relâche des bandes terroristes dans un territoire grand comme l’Europe. Le président du Niger, le premier, regrette cette absence de solidarité internationale pour le Sahel, peut-être dit-il « que celui-ci est moins attrayant que la Syrie ou l’Irak avec leur pétrole, oubliant que si le Sahel cède la menace touchera l’Occident car c’est bien celui-ci qui est l’objectif des terroristes en remplaçant les Etats laïcs actuels par des émirats islamiques ».

Et il a totalement raison Mahamadou Issoufou qui sait que la menace s’intensifie chaque jour dans le nord et au centre du Mali comme dans le nord du Burkina Faso. « Une menace qui déborde même chez nous au Niger mais aussi plus au sud, au Togo, au Ghana, au Bénin ou en Côte d’Ivoire. Sans oublier l’activité criminelle de Boko Haram. Ces menaces mettent en question la survie de nos Etats ».

Les armées locales font ce qu’elles peuvent de leur côté avec leurs moyens pour épauler la force Barkhane qui doit intervenir dans cinq pays : Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad. Mais il faut intensifier leur formation et leur fournir du matériel et de l’armement dont elles ont le plus grand besoin. Début 2018, Bruxelles a promis de débloquer une aide de 420 millions en faveur du G5 Sahel, notamment pour acheter de équipements lourds. Un an plus tard le président du Niger attend toujours après le déblocage des fonds même si la situation devrait enfin être résolue pour la fin de l’année. Mais que de temps perdu ! Car pendant ce temps les djihadistes se sont repliés dans la zone des « trois frontières » entre Mali, Burkina et Niger qui échappe au contrôle des armées locales.

On doit cependant saluer les manœuvres menées de concert comme l’opération Bourgou avec 1400 militaires déployés sur le terrain dont 700 Burkinabés qui a permis en deux semaines d’éliminer une vingtaine de terroristes et de détruire des caches d’armes et de ravitaillement en nourriture. Mais ainsi que le rappelle le président du Niger « l’adversaire dans la région est multiforme et dans le Sahel on recense pas moins de sept groupes terroristes dont Aqmi, Ansar Dine, le Mujao, Ansarulislam, l’Etat islamique sans oublier différentes katibas ou unités armées éparpillées ici et là dans l’immensité du désert ».

Les interventions sont rendues d’autant plus difficiles sur le terrain que ces groupes djihadistes se mêlent à la population, soit en rétribuant soit en terrorisant les civils. Il existe ainsi une sorte de soft power qui essaime à la faveur de la marginalisation économique et sociale des populations, mais aussi en raison de tensions communautaires entre Peuls et les ethnies Bamabaras Dogons. La présence de ces différents groupes armés terroristes favorisent bien sûr tous types de trafic (drogue, cigarettes, migrants, armements, etc.) dans un secteur où le commerce illicite a toujours prospéré.

Et on touche là un autre aspect du problème car comme l’affirme le président le président du Niger si l’on doit vaincre militairement le terrorisme on doit aussi le vaincre économiquement. C’est le complément indispensable à la réponse militaire. Il faut développer nos pays, lutter contre la pauvreté pour qu’elle cesse d’être le carburant qui entretient l’incendie terroriste. Parallèlement à l’aide publique au développement nous attendons aussi des investissements directs pour que l’Afrique se transforme, s’industrialise.

Dans le même moment, dans cette situation chaotique, on relève ici et là des manifestations d’hostilité à l’égard de la France au Sahel. Comment expliquerl ce sentiment antifrançais alors que comme le précise Mahamadou Issoufou « la France et l’armée française sont les seuls à être au front à nos côtés et nous apprécions ce soutien. En réalité il peut exister une minorité dans nos pays qui préfèrent dénoncer ceux qui nous aident à lutter contre les terroristes, y compris dans mon pays au Niger, plutôt que les terroristes eux-mêmes. Mais l’immense majorité des populations du Sahel apprécie l’intervention de la France sans laquelle les choses seraient beaucoup plus graves ».

Pour le président du Niger et ses homologues chefs d’Etat voisins une chose est sûre, ce qui se joue actuellement au Sahel est un affrontement de valeurs entre des Etats démocratiques et des groupes terroristes qui veulent instaurer des dictatures et pour lui ce sont là des positions irréconciliables. C’est bien pour cela que des pays européens autres que la France doivent se mobiliser pour leur venir en aide. La victoire sera remportée là-bas et pas ailleurs.

Jean-Yves Duval, Directeur d’Ichrono, ancien auditeur au Centre d’études diplomatiques et stratégiques.