Les députés de l’opposition n’ont pas été tendres envers le Garde des Sceaux, ministre de la Justice, Ismaila Madior Fall, lors de son passage à l’hémicycle hier, jeudi 29 novembre. En effet, dans leurs prises de parole, ces parlementaires ont multiplié les attaques contre le ministre en question, respectivement sur les cas Khalifa Sall et Karim Wade, sur le fonctionnement de la justice et sur son engagement politique.

La parlementaire libérale Sokhna Dieng Mbacké a été la première à dénigrer la gestion des droits et libertés dans le pays. A son avis, dire que le Sénégal respecte les droits de l’homme ne correspond pas à la réalité. Elle en veut pour preuve le fait que les recommandations de l’Organisation de Nations Unies et celles de la Communauté économique et monétaire ouest-africaine (Cedeao) ne sont pas appliquées.  Pis, pour le député, les Sénégalais ont l’impression d’être dans une république où les droits ne sont pas respectés. Pour autant, elle s’est demandé comment le Sénégal pourra présider le conseil des droits de l’homme des Nations Unies en janvier prochain alors qu’il n’est pas respectueux de ses recommandations. Marie Sow Ndiaye du Parti démocratique sénégalais (Pds), quant à  elle,  évoque un reniement par le Garde des Sceaux de ses convictions antérieures. Aussi juge-t-elle que les enseignements d’Ismaïla Madior Fall en tant que professeur de droit à l’université Cheikh Anta Diop ne sont plus conformes à ses actes. Mary Sow Ndiaye arguera par ailleurs par que le Garde des Sceaux est responsable de l’impopularité du régime actuel.

Enfonçant le clou, le député Aboubacar Thiaw s’est voulu ironique pour indexer Ismaila Madior Fall. « Je connais un brillant professeur qui se prêtait aisément à ce jeu d’équilibre pour la justice, en tout cas du moins théoriquement. Mais une fois devenu ministre de la Justice, il peine à dire en matière de droit la vérité, toute la vérité et rien que la vérité », a-t-il estimé. Aboubacar Thiaw dira en outre qu’il n’y a plus de justice au Sénégal et que tous les cas d’injustice servent à couvrir et à renforcer un régime totalement aux abois. Pour sa part, dénonçant un traitement sélectif dans les affaires de Khalifa Sall et de Karim Wade, la parlementaire Woré Sarr a jeté l’anathème sur une justice dite sélective. Selon elle, ces deux personnes condamnées n’ont pas fait pire qu’Alioune Sall qui a le contrôle de la Caisse de dépôt et des consignations, quoiqu’il ait été épinglé par l’Ofnac. Et de poursuivre : « La justice sélective se vérifie aussi par le traitement réservé à l’affaire du Prodac qui met en cause le ministre du Tourisme Mame Mbaye Niang».

Abondant dans la même dynamique,  le député de la diaspora Mame Diarra Fam trouve en ce qui la concerne que le Garde des Sceaux n’a une autre mission que de « tripatouiller, de gommer, serrer et d’effacer les lois ».  « Pour un professeur de votre trempe, respecté, ce n’est pas normal qu’on vous fasse déchirer, tailler, gommer», a-t-elle dit. Quid de Mamadou Diop Decroix ? Le député de l’opposition et leader d’And-Jef s’est tout simplement demandé si Ismaila Madior Fall est resté un professeur de droit. « Vous ne gérez plus la justice. Vous gérez la politique de l’Apr. Vous êtes un politicien. J’avais énormément de respect pour vous, mais je suis déçu », a-t-il déclaré. Parlant de l’engagement politique du Garde des Sceaux, le parlementaire a jugé qu’il est dans un domaine qu’il ne maitrise pas, raison pour laquelle il fait de nombreuses erreurs. Concluant les diatribes contre Ismaila Mador Fall, Cheikh Bamba Dièye du Fsd/Bj a dénoncé pour sa part « des décisions de justice partielles avec des détournements qui sont restés impunis pour la simple raison que leurs auteurs sont proches du camp présidentiel ».

LE MINISTRE DE LA JUSTICE SUR SON ENGAGEMENT ET SUR LE PARRAINAGE : «Je suis fier…du parrainage. Le Sénégal va organiser une présidentielle et les candidats ne seront pas nombreux»

« Je tiens à rassurer que je suis toujours professeur. Je suis fier des milliers de Sénégalais pour lesquels j’ai contribué à la formation.  Je suis fier  de la trentaine de docteurs que j’ai formés au Sénégal et en Afrique.  Je suis fier du nombre d’agrégés en droit et en science politique que j’ai formés.  Et je suis fier aujourd’hui d’être le Garde des Sceaux, ministre de la Justice et d’être à côté d’un président réformateur de notre génération…Je n’ai rien gagné avec la fonction de ministre du point de vue matériel. Tout ce que j’ai comme ministre, je l’avais avant dee l’être... Je  ne suis pas venu pour des conditions matérielles. Je suis venu parce que j’ai l’honneur d’avoir été appelé par un président jeune et réformateur. Depuis que je suis avec le président, je suis fier de tout ce que nous avons accompli ensemble. Je suis fier d’avoir participé au parrainage. Le Sénégal va en 2019 organiser une présidentielle et les candidats ne seront pas nombreux parce que ceux qui ne représentent absolument rien ne pourront pas être candidats ». 

Ismaïla Madior Fall recadre le débat

Attaqué de toutes parts par les députés de l’opposition lors de son passage devant l’Assemblée nationale hier, jeudi 29 novembre 2018, Ismaila Madior  Fall n’a pas mis de gants pour porter la réplique. De son engagement politique aux accusations de non-indépendance de la justice en passant par les cas Khalifa Sall et Karim Wade, le Garde des Sceaux, ministre de la Justice, s’est voulu explicite envers ses détracteurs.

Ismaila Madior Fall est formel.

Répliquant hier, jeudi, lors du vote du budget de son ministère à l’Assemblée nationale, aux critiques de l’opposition sur le fonctionnement de la justice, le Garde des Sceaux a tenu à préciser que « La tendance, c’est de réduire la justice à deux cas d’affaires ordinaires dans lesquelles sont impliqués deux hommes politiques. On égare les décisions qui sont rendues. On les politise, on caricature et après, on veut faire croire aux Sénégalais que c’est ça la justice». Et d’arguer dans la foulée : « La justice a un caractère multidimensionnel qu’on ne peut pas réduire à deux cas d’affaire pénale. La justice n’a aucun problème. Dans tous les tribunaux, les juges font leur travail. Si la justice avait un problème, les Sénégalais lui auraient tourné le dos. Les Sénégalais n’ont pas de problèmes avec la justice. Ce sont deux individus qui ont des problèmes avec elle parce qu’ils  sont impliqués dans des contentieux ordinaires et qui ont été condamnés ». Et le ministre de la Justice de brocarder à son tour les députés de l’opposition : « On ne peut pas accepter que des individus veuillent chahuter la justice parce que simplement leurs partisans sont impliqués dans des affaires ordinaires. Des pays viennent s’inspirer de la pratique de la justice au Sénégal. Ce ne sont pas des chahuts qui vont effacer le label démocratique du Sénégal ».

Revenant dans le fond sur le cas de la caisse d’avance de la mairie de Dakar, le ministre de la Justice dira : « Il y a beaucoup de confusions dans les recommandations de la Cedeao concernant l’affaire Khalifa Sall.  La Cour de justice de la Cedeao n’a pas ordonné la libération des prévenus et l’arrêt des poursuites. Elle a dit que certains droits ont été violés et l’Etat du Sénégal versera la somme de 35 millions s’il y a une décision définitive après que la Cour suprême a statué en cassation. Il faut aussi signaler que la décision n’invalide pas le jugement des juridictions sénégalaises ».

Pour ce qui concerne l’affaire Karim Wade également, le ministre de la Justice s’est clair devant la représentation parlementaire. Pour Ismaila Madior Fall, « Le comité des droits de l’homme de l’Onu ne peut pas invalider une décision rendue par les juridictions sénégalaises. Ce sont de simples constatations qui sont faites ». Et le ministre de tancer l’opposition parlementaire : «C’est de la manipulation que de dire que le Comité des droits de l’homme a condamné le Sénégal.  Il faut arrêter les manipulations de l’opposition même dans un contexte pré-électoral, il faut dire aux Sénégalais la vérité. Il faut avoir l’honnêteté politique de faire dire à ces organes ce qu’ils ont réellement dit ».

Quid du retour de Karim Wade ? A ce niveau aussi, le Garde des Sceaux n’a pas usé de langue de bois. «  Karim Wade a fait l’objet d’une condamnation. Il est gracié, mais l’amende elle est toujours valable. Il a le droit de rentrer dans son pays et de vaquer à ses occupations, mais s’il rentre dans le pays, il va rembourser les 138 milliards. A défaut, la contrainte par corps va s’exercer. Tant qu’il est à l’étranger, on ne peut pas le contraindre à payer. Mais, quand il  arrive au Sénégal, la contrainte par corps va s’exercer». D’ailleurs, concernant la candidature de Karim Wade, le ministre de la Justice persiste et signe : l’article L 15 du Code électoral qui stipule que tout candidat doit être inscrit sur les listes électorales disqualifie sa participation à la présidentielle de février prochain.

Fatou NDIAYE

 

Ibrahima THIAM, pourquoi je suis candidat à l’élection présidentielle ?

Nous sommes honorés de publier cette semaine l’interview que nous a accordé le Président du mouvement « Autre Avenir », Ibrahima Thiam, candidat déclaré à la prochaine élection présidentielle qui se déroulera au Sénégal en février prochain. Un entretien au cours duquel celui-ci nous révèle la sortie ces jours-ci d’un livre programme : « Un nouveau souffle pour le Sénégal ». Dans notre édito du mois d’août dernier, (lire ci-dessous) où nous dressions le portrait du candidat « idéal » susceptible de faire entrer le Sénégal dans le 21èmesiècle, nous ne pensions pas être à ce point prophétique car Ibrahima Thiam semble bien être cet homme capable de porter un « New Deal » Sénégalais, cet homme porteur d’une volonté, d’une ambition, d’une vision d’avenir pour les Sénégalais et les Sénégalaises, cet homme aussi incarnant une candidature de renouveau que nous appelions de nos vœux. L’interview d’aujourd’hui n’en a que plus d’intérêt, de sens et de force.

    

-      Question : Et pour commencer, à l’intention de ceux qui ne vous connaîtrez pas encore, qui êtes-vous Ibrahima Thiam ?

-      I.Thiam : Je suis né en 1965 à Kaolack, j’ai donc cinquante-trois ans. Ma mère, Katy Mbaye est Sénégalaise et mon père, Mamadou, Gambien. Mon enfance s’est déroulée au Sénégal ou je l’ai quitté pour me rendre en France afin de poursuivre mes études.

-      Question : Justement pouvez-vous nous présenter votre cursus universitaire ?

-      I. Thiam : Je suis titulaire d’un Deug de sociologie que j’ai obtenu à l’université de Nancy, d’un DUT de techniques de commercialisation auprès de Paris XII et d’une Maîtrise des sciences de gestion délivrée par l’université Paris Dauphine. Je ne suis donc pas un technocrate et ne suis pas passé par l’Ecole nationale d’administration. Mon parcours professionnel s’apparente davantage à ce qu’on appelle la société civile et j’en suis fier car j’ai le sentiment de ne pas appartenir à la caste de la haute administration et de n’avoir pas été formaté dans un moule comme tant d’autres dirigeants politiques. 

-      Question :D’accord, et donc quelle direction avez-vous prise au terme de vos études ?

-      I. Thiam : J’ai débuté ma première carrière professionnelle en tant que gestionnaire de patrimoine. En 1998, j’ai intégré comme Responsable du service budget de la Délégation Régionale Paris Ouest & Nord du CNRS (Centre National de Recherche Scientifique), un des plus grands instituts scientifiques de recherche dans le monde. Et en 2004, je suis devenu chargé de mission à l’INSERM qui est un des plus grands instituts de recherche médicale en Europe. Peu après j’ai intégré l’Institut Fédératif de Recherche en qualité de responsable administratif et financier avant de rejoindre en 2013 l’ICAN (Institute Cardiometabolism And Nutrition) où durant deux ans j’ai piloté la mise en place des plateformes scientifiques et cliniques durant deux, en 2015, j’ai à nouveau rejoint le centre de de recherche de Saint-Antoine de l’INSERM en qualité de secrétaire général. Changer d’entreprise plusieurs fois dans sa vie permet d’évoluer dans sa vie professionnelle, d’accumuler des expériences, s’enrichir au contact de nouvelles personnes, de milieux différents. Comme secrétaire général il me revient d’assumer la direction administrative et financière de l’établissement. Je suis aussi chargé de l’accompagnement, de la mise en œuvre et du suivi des projets scientifiques du centre de recherche. On pourrait résumer mon rôle en disant que je dois organiser, planifier et coordonner les différents acteurs et à ce poste on attend de moi une connaissance approfondie de la réglementation juridique, administrative et financière relative aux établissements publics. Cela nécessite également des qualités managériales car la plus grande richesse de l’entreprise est, d’abord et avant tout, humaine.

-      Question : Cette vie professionnelle en France, très prenante, vous a tenu éloigné du Sénégal, avez-vous pu néanmoins conserver une relation privilégiée avec le pays ?

Ibrahima Thiam :  J’ai un attachement viscéral avec mon pays et ma région d’origine et durant toutes ces années j’ai initié sur place diverses initiatives comme la création d’un incubateur de start-up (T4COM) et d’une exploitation agricole (SENAGRI). J’ai aussi contribué à l’équipement de douze bibliothèques à Kaolack avec la région Ile-de-France, le conseil général du Val-de-Marne et la ville d’Alfortville. J’ai également organisé des chantiers internationaux a travers des séjours de deux semaines à Kaolack avec des jeunes déshérités du département de Val-de-Marne, accompagné la scolarité pendant dix ans des jeunes enfants en décrochage scolaire et réalisé trois courts-métrages avec des collégiens en difficulté scolaire du collège Henri Barbusse. Pour moi l’engagement associatif, ou citoyen, est quelque chose d’essentiel, très enrichissant, très formateur et je suis fier de l’avoir fait au service de mon pays.

-      Question : Parallèlement à ces activités vous avez aussi milité dans le cadre politique en occupant même des responsabilités au sein de l’opposition sénégalaise en Europe ?

-      Ibrahima Thiam : En effet, car être loin des yeux ne signifie pas être loin du cœur et le sort de mes compatriotes au Sénégal ne m’a jamais laissé indifférent. Je m’inquiète de la situation de précarité dans laquelle se trouve beaucoup d’entre eux, pour ne pas dire de misère. Je m’inquiète de la gabegie financière et de l’usage des fonds publics pour des projets qui ne participent pas suffisamment au développement économique du pays et au niveau de vie des Sénégalais. Je suis scandalisé par le niveau de corruption atteint dans certains secteurs clés de notre économie alors que le Sénégal dispose de nombreux atouts pour en faire un modèle en Afrique. Même la démocratie, que l’on cite en exemple, subit des atteintes permanentes de la part d’un pouvoir autocratique, aujourd’hui à bout de souffle. La situation qui est faite à Karim Wade et à Kalifa Sall est de ce point de vue scandaleuse, en les empêchant de pouvoir se présenter aux élections de février prochain, et ce alors que l’ONU a contesté le bien fondé des poursuite entamées contre eux. Cela disqualifie le régime de Macky Sall, au niveau des instances internationales.C’est pour toutes ces raisons que voici un an j’ai créé le mouvement «Autre Avenir » afin de proposer un New-Deal aux Sénégalais et de redonner un nouveau souffle au pays. Aujourd’hui ce mouvement est présent à Dakar et dans chacun des quatorze départements du pays à travers des permanences animées par de nombreux militants. Nous sommes également présents aux côtés de la Diaspora, en France, mais aussi en Belgique, en Espagne, en Angleterre, en Italie et aux Etats-Unis, etc. Pour populariser notre mouvement on peut aussi consulter notre site : www.autre-avenir.com, qui se veut un outil de communication interactif destiné aux médias, aux sympathisants, aux militants et à toute personne désireuse de nous suivre, voire d’adhérer à notre cause. 

-      Question : Qu’est-ce qui a motivé votre décision de vous présenter à l’élection présidentielle ?

-      Ibrahima Thiam : Le désir d’offrir une alternative au pouvoir en place actuellement à Dakar. D’être une voie de recours après un septennat de Maky Sall qui s’est montré incapable de résoudre les difficultés quotidiennes de nos compatriotes. Il faut qu’une nouvelle génération accède aux pouvoirs, non pas en faisant de belles promesses qui n’engagent que ceux qui les entendent, ni même en venant avec de magnifiques projets qui plusieurs années après seront toujours dans les cartons. Ma démarche est différente et je l’explique dans un livre à paraître d’ici quelques jours « Un nouveau souffle pour le Sénégal ». A travers une vingtaine de chapitres je me suis efforcé d’analyser la situation au Sénégal, d’établir un diagnostic, un état des lieux en matière économique, sociale, dans les domaines de la santé, de l’enseignement et la formation, de la culture, de la justice, de la culture, de la pêche, du tourisme, de l’énergie, etc. Le but étant à partir de ce constat d’apporter les corrections nécessaires, mettre fin aux dysfonctionnements, aux inégalités criantes, faire que ce qui ne marche pas aujourd’hui fonctionne demain. J’attends énormément des jeunes et des femmes pour remettre le Sénégal sur la voie du développement et de l’amélioration des conditions de vie de nos compatriotes. Nous disposons sur place de ressources naturelles importantes, y compris le pétrole, nous pouvons aussi compter sur une élite intellectuelle capable de bâtir des projets entrepreneuriaux innovants. L’exil ne doit pas être une solution pour des jeunes inquiets de leur avenir et je veux qu’ils puissent trouver sur place un travail et des conditions de vie décente. Pour cela il nous faut soutenir et amplifier la croissance qui seule peut créer des nouveaux emplois, soutenir les jeunes créateurs d’entreprise, leur donner une chance de réussir et d’être fiers d’eux-mêmes. Les partis politiques traditionnels sénégalais sont épuisés, à court d’idées et de motivation. Essentiellement parce qu’ils sont dirigés par des caciques de la politique qui aspirent à obtenir des privilèges pour eux et à distribuer des avantages à leur entourage, à se servir de leur position, plutôt qu’à servir la nation. Ces mœurs sont d’un autre temps et sont condamnés par une grande partie de la population. Il est plus qu’urgent de procéder à un renouvellement des hommes et des idées, tel est le sens de ma candidature à l’élection présidentielle de février 2019. J’ajoute que je veux lui redonner ce qu’il m’a apporté en mettant au service du pays le fruit de mon expérience, de mes réflexions et de mon énergie. Le Sénégal à besoin de tourner une page et je l’invite à en écrire une nouvelle porteuse d’espoir et d’avenir.

Nous tenons à remercier Ibrahima Thiam de nous avoir accordé cet entretien et de nous avoir expliqué le sens de sa démarche et sa volonté d’être le représentant en février 2019 de millions de Sénégalais qui ne se reconnaissent pas dans la politique conduite depuis le début de son mandat par Macky Sall.

A noter qu’Ibrahima Thiam va être doublement en concurrence avec Macky Sall, en févier bien sûr mais aussi dès aujourd’hui en librairie car la sortie, ces jours-ci, de son livre « Un nouveau souffle pour le Sénégal » coïncide avec la mise en rayon d’un ouvrage du chef de l’Etat. Ouvrage dans lequel celui-ci glorifie son action depuis qu’il a été élu. Nous laisserons le soin aux Sénégalais de se prononcer sur cette démarche plus égocentrique que réaliste, plus passéiste que porteuse d’avenir. Mais peut-il y avoir meilleur éloge qu’écrit par soi-même ?  

Interview réalisée par le Directeur de la publication

 

Amzat Boukari-Yabara, Africa Unite ! Une histoire du panafricanisme


« Je suis rarement impressionné par mon milieu intellectuel, mais j'avoue que ce garçon est dense et pragmatique.je l'ai rencontré et écouté lors d'une conférence à laquelle était aussi incité Ousmane Sonko de pastef, candidat à la présidence de la république de 2019 au Sénégal. Ce garçon connait fort bien la géopolitique du Sénégal. Lisons-le avec attention ...P B CISSOKO »


Sommes-nous africains ? Qu'est-ce que l'Afrique ? De cette double interrogation, née au XVIIIe siècle dans la diaspora africaine déportée aux Amériques, a émergé un vaste mouvement intellectuel, politique et culturel qui a pris le nom de panafricanisme au tournant du XXe siècle. Ce mouvement a constitué, pour les Africains des deux rives de l'Atlantique, un espace privilégié de rencontres et de mobilisations.
De la révolution haïtienne de 1791 à l'élection du premier président noir des États-Unis en 2008 en passant par les indépendances des États africains, Amzat Boukari-Yabara retrace, dans cette ambitieuse fresque historique, l'itinéraire singulier de ces personnalités qui, à l'image de W.E.B. Du Bois, Marcus Garvey, George Padmore, C.L.R. James, Kwame Nkrumah ou Cheikh Anta Diop, ont mis leur vie au service de la libération de l'Afrique et de l'émancipation des Noirs à travers le monde. Mêlant les voix de ces acteurs de premier plan, bientôt rejoints par quantité d'artistes, d'écrivains et de musiciens, comme Bob Marley ou Miriam Makeba, la polyphonie panafricaine s'est mise à résonner aux quatre coins du « monde noir », de New York à Monrovia, de Londres à Accra, de Kingston à Addis-Abeba.
Les mots d'ordre popularisés par les militants panafricains n'ont pas tous porté les fruits espérés. Mais, à l'heure où l'Afrique est confrontée à de nouveaux défis, le panafricanisme reste un chantier d'avenir, insiste Amzat Boukari-Yabara. Tôt ou tard, les Africains briseront les frontières géographiques et mentales qui brident encore leur liberté.

On lira ici et là ceci ....


Eddy Banaré Publication commentée | Amzat Boukari-Yabara,


1Imaginons-nous dans une librairie ; ce livre passe difficilement inaperçu : sur la couverture, l'Afrique est représentée dans un cercle, peut-être une peau de tambour ou un disque solaire ; la gamme chromatique – noir, rouge, jaune et verte – évoque tour à tour le rastafarisme, le reggae et les drapeaux du continent. Le titre – Africa Unite ! – fait référence à l'un des morceaux phares de l'album Survival1 de Bob Marley enregistré en 1979. La pochette célébrait, dans une perspective grandiose, le martyr historique de la traite transatlantique et l'éclat des indépendances africaines : le titre Survival apparait, en effet, en surimpression d'une coupe d'un navire négrier du XVIIe, donnant à voir l'entassement d'hommes et de femmes enchainés en route vers les Amériques, la bannière se trouvant au-dessus d'une mosaïque de drapeaux des nouvelles nations africaines indépendantes.

Les basses puissantes de ce classique du reggae nous reviennent en mémoire ; dans le premier couplet d'Africa Unite2, Marley chantait : « How good and how pleasant it would be / Before God and men / To see the unification of all Africans »3. Les Africains que Marley appelle à s'unir sont ceux de la diaspora (créée tant par la traite que par les migrations). Revenant au livre, nous découvrons que nous avons à faire à « Une histoire du panafricanisme » que l'auteur, l'historien Amzat Boukari-Yabara, se propose d'aborder comme « une énigme historique [dont la] date et [le] lieu diffèrent selon les critères retenus pour le définir » (p. 5). Déjà auteur d'ouvrages sur le Nigéria4 et le Mali5, Boukari-Yabara travaille à renouveler le regard sur le continent africain. La traversée proposée dans Africa Unite ! s'annonce stimulante et mouvementée ; elle emprunte les voies de la traite transatlantique puis explore la violence des colonisations et les utopies grandioses des décolonisations.


• 6 Lara Oruno D., La naissance du Panafricanisme. Les racines caraïbes, américaines et africaines du m (...)
• 7 Ndiaye Pap, La condition noire : essai sur une minorité française, Paris, Calmann Levy, 2008. On pe (...)
• 8 Bouamama Said, Figures de la révolution africaine. De Kenyatta à Sankara, Paris, Zones, 2014. Lire (...)
• 9 Mbembe Achille, Critique de la raison nègre, Paris, La Découverte, coll. « Cahiers libres », 2013. (...)
2La nouveauté de l'approche de Boukari-Yabara réside dans le fait de prendre cette « énigme historique » c

omme point de départ où le panafricanisme tient à la fois de « concept philosophique » et de « mouvement sociopolitique » dont les actes de naissance respectifs seraient les « mouvements émancipateurs et abolitionnistes de la seconde moitié du XVIIIe » et une confluence de discours politiques anticoloniaux développés depuis l'Afrique, les Amériques et les Antilles « entre la fin du XIXe et la fin de la Seconde Guerre Mondiale » (p. 5). La lecture d' Africa Unite ! suggère que le panafricanisme est tout cela à la fois ; ce qu'Amzat Boukari-Yabara s'attache à montrer ici est un puissant mouvement en rhizome impossible à circonscrire tant historiquement que conceptuellement. On peut dire que ce livre vient combler une lacune de l'historiographie française en rappelant les contributions intellectuelles de personnalités francophones à une réalité qui a déjà été largement explorée dans les départements d'African Studies nord-américains. D'un autre point de vue, Africa Unite ! se situe dans le sillage de travaux pionniers en français : ceux des historiens Oruno D. Lara6 et Pap Ndiaye7, du sociologue Said Bouamama8 et, plus récemment, d'Achille Mbembe avec sa Critique de la raison nègre9.


• 10 L'intégralité du discours peut être lue sur : http://www.afrik.com/article12199.html. Ce discours a (...)
3L'approche de Boukari-Yabara est frondeuse et incisive : « pas d'histoire africaine sans histoire européenne pensait-on encore en 1960. Mais il faut aujourd'hui se rendre à l'évidence : entre Amériques, Europe et Afrique, il n'y a pas d'histoire universelle sans histoire du panafricanisme » (p. 6). On peut également trouver une dimension politique à ce travail en considérant qu'il se situe dans l'onde de choc provoquée en 2007 par le discours de Dakar dans lequel Nicolas Sarkozy, alors président, affirmait avec arrogance et sérénité que « l'homme africain n'était pas assez rentré dans l'histoire »10. Aussi, le récit historique que recompose Boukari-Yabara est-il plein de ferveur, travaillé par l'énergie du blues, du funk, du reggae et de l'afrobeat. Il permet de suivre des trajectoires individuelles et collectives, l'auteur insistant sur le fait que le panafricanisme est, avant tout, une « circulation des hommes, [une] circulation des idées [et une] une circulation des luttes » (p. 245). Trois grands chapitres structurent Africa Unite !, dont les titres reprennent les slogans qui ont scandé l'histoire du panafricanisme, donnant à voir son évolution et sa complexification du XIXe à nos jours.


4Dans ce premier chapitre, Boukari-Yabara décrit les détails d'une prise de conscience historique et transcontinentale face à la colonisation et à la traite. À partir de la fin du XVIIIe siècle, il devient évident à des groupes d'hommes que venir d'Afrique les prédestine à des rôles particuliers dans le monde : ceux d'esclave et de colonisé. Rôles qui ont précisément été créés par une Europe alors en pleine expansion coloniale dont il faut se sortir. Le chapitre couvre les débuts de l'abolitionnisme en Europe et dans les Amériques jusqu'aux mouvements pour le retour en Afrique du début des années 1930. L'historien fait se croiser les figures de Toussaint Louverture, Anténor Firmin, W.E.B. Dubois, Alioune Diop ou encore Marcus Garvey ; le panafricanisme apparait comme une accumulation de questionnements et de mises en tension.

La force du travail de Boukari-Yabara vient précisément du fait qu'il s'attache à dévoiler le panafricanisme en termes de flux de discours, de rencontres, d'alliances et de conflits. En bref, il ne cherche pas à en faire un objet monolithique, mais bien un magma d'idées et d'initiatives à la fois politiques, philosophiques et esthétiques. Le panafricanisme apparait donc à la fois comme une lente maturation et comme l'épopée d'une vaste prise de conscience qui débute dans les Amériques après les abolitions. La prise de conscience d'avoir été enlevé à une terre précède directement celle du retour en Afrique.

La question, nous montre Boukari-Yabara, gagne en intensité après l'indépendance du Libéria en 1847. Acquises en 1822 par The American Colonization Society– société philanthropique prônant le retour en Afrique – les terres du Libéria devaient permettre le retour d'esclaves affranchis sur leur continent d'origine. Le paradoxe était que ce retour en Afrique était fondé sur la doctrine coloniale, doctrine contre laquelle se sont élevées les mouvances panafricanistes de la seconde moitié du XIXe siècle. Les initiatives se multiplient, mais le retour n'a rien d'une délivrance idyllique ; il s'apparente plutôt d'une série de mises en tension que l'auteur expose sans donner dans le romantisme.


5Les chapitres consacrés à la négritude de Senghor et Césaire, puis à Frantz Fanon, sont peut-être les contributions historiographiques les plus précieuses. Boukari-Yabara rappelle en effet que le mouvement de la négritude « a fondé la contestation de la domination blanche et occidentale, et il a apporté à l'intelligentsia noire une nouvelle conscience de son rôle dans l'histoire » (p. 98). Ainsi, ce mouvement autant loué que critiqué, a joué le rôle de machine critique, il a créé une vigilance nouvelle face aux discours de domination. La profusion de publication (revues, poèmes, essais, etc.) rappelle que l'impact de la négritude est d'avoir efficacement et durablement investi le terrain intellectuel à partir des années 1930, posant ainsi les bases de projets politiques pour les indépendances africaines et d'un progrès social en Guyane, Martinique, Guadeloupe et à la Réunion.
6Le troisième chapitre de l'ouvrage est hautement politique et musical. Boukari-Yabara décrit notamment l'influence de compositeurs qui, de la Caraïbe à l'Afrique, ont chanté le panafricanisme et enrichi l'esthétique musicale de nouveaux genres comme le reggae et l'afrobeat. « Le reggae est probablement la musique qui a le plus diffusé la pensée panafricaine », observe l'auteur (p. 243). Le statut d'icône mondiale de Bob Marley lui donne raison. Sur le continent africain, des artistes comme le Nigérian Fela Kuti et la Sud-Africaine Miriam Makeba ont également participé à cette diffusion. Le premier, créateur de l'afrobeat, multiplie les attaques contre les gouvernements corrompus au point de faire l'objet de menaces et d'intimidations tout le long de sa carrière. Dans l'Afrique du Sud de l'apartheid, Miriam Makeba, en prenant la parole à la tribune de l'ONU en 1963, devient l'une des voix les plus respectées du panafricanisme. Sa dénonciation de la violence de l'apartheid et son appel à faire pression sur le régime lui valent le soutien de la plupart des leaders nationalistes africains. La description de la trajectoire de Thomas Sankara est un bel exemple d'une historiographie engagée et critique. Rappelant « [la] fougue et [la] lucidité étonnante » du révolutionnaire (p. 252), l'écriture de Boukari-Yabara se fait plus ardente et dénonciatrice. La traversée s'achève sur une description critique des forces en présence et pose des questions cruciales comme celle de la « recolonisation » de l'Afrique par la voie de l'ingérence occidentale dans les conflits internes et par les enjeux de contrôle sur les ressources naturelles.
7Africa Unite ! est donc une fresque impressionnante, ambitieuse et lucide qui marque un nouveau seuil dans l'historiographie française. Il met en évidence autant les singularités que les points de convergence d'initiatives politiques, esthétiques et philosophiques générées par la résistance à la traite, à la colonisation et au racisme. Mais en dévoilant la constellation de textes qui ont fait et font encore le panafricanisme (Africa Unite ! peut être considéré comme un texte panafricain), Boukari-Yabara montre également que l'humanité s'est trouvée armée d'utopies et de vigilances face aux injustices qui tissent encore notre époque.
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Notes
1 Lire cette présentation de l'album par le critique musical Lindsay Planer sur Allmusic.com : http://www.allmusic.com/album/survival-mw0000194795.
2 On peut visionner l'interprétation en live de ce titre en 1979 à Santa Barbara en Californie : https://www.youtube.com/watch?v=bZrNoFT7OTY.
3 Marley Bob, « Africa Unite », Survival, Kingston, Island/Tuff Gong, 2001, [1979].
4 Boukari-Yabara, Amzat, Nigeria, Bruxelles, De Boeck, 2013.
5 Boukari-Yabara, Amzat, Mali, Louvain-la-Neuve, De Boeck, 2014.
6 Lara Oruno D., La naissance du Panafricanisme. Les racines caraïbes, américaines et africaines du mouvement au XIXe siècle, Paris, Maisonneuve et Larose, 1999.
7 Ndiaye Pap, La condition noire : essai sur une minorité française, Paris, Calmann Levy, 2008. On peut en lire une recension dans la revue Gradhiva : Dominic Thomas, « Pap Ndiaye, La Condition noire. Essai sur une minorité française », Gradhiva, n° 10, 2009, disponible en ligne : http://gradhiva.revues.org/1594.
8 Bouamama Said, Figures de la révolution africaine. De Kenyatta à Sankara, Paris, Zones, 2014.


9 Mbembe Achille, Critique de la raison nègre, Paris, La Découverte, coll. « Cahirs libres », 2013. Lire le compte rendu sur Nonfiction : Justine Cannone. « Le devenir-nègre du monde », Nonfiction, en ligne :

http://www.nonfiction.fr/article-6949-le_devenir_negre_du_monde.htm.
10 L'intégralité du discours peut être lue sur : http://www.afrik.com/article12199.html. Ce discours a suscité de nombreuses réactions dans la presse, mais surtout l'écriture de deux ouvrages collectifs : Gassama Makhily (dir.), L'Afrique répond à Sarkozy : contre le discours de Dakar, Paris, Philippe Rey, 2008. Lire la critique de l'ouvrage par Philippe Bernard dans Le Monde : « Des intellectuels africains en colère », Le Monde, 28/02/2008, disponible en ligne : http://www.lemonde.fr/livres/article/2008/02/28/l-afrique-repond-a-sarkozy-des-intellectuels-africains-en-colere_1016843_3260.html ; Konaré Adama Ba (dir.), Petit précis de remise à niveau sur l'histoire africaine à l'usage du président Sarkozy, Paris, La Découverte, Essais, 2009.


Eddy Banaré, « Amzat Boukari-Yabara, Africa Unite ! Une histoire du panafricanisme », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2014, mis en ligne le 11 décembre 2014, consulté le 27 novembre 2018. URL : http://journals.openedition.org/lectures/16406


On pourra lire ceci dans l'huma


Amzat Boukari-Yabara : « Le panafricanisme est un projet d'émancipation, une vision du monde »
Rosa Moussaoui


L'aspiration panafricaine connaît aujourd'hui un nouvel élan. L'historien, qui a signé en 2014 Africa Unite ! Une histoire du panafricanisme (la Découverte), en est partie prenante. Pour lui, l'unité politique du continent africain, en connexion avec ses diasporas, est la condition de son émancipation.


Comment définir le panafricanisme ? Est-ce un projet politique, un fait historique, un courant culturel ?


Amzat Boukari-Yabara Le panafricanisme est un projet politique qui s'inscrit dans un mouvement historique. C'est un projet global de libération, d'abord anti-esclavagiste, puis anticolonialiste, anticapitaliste, qui concerne spécifiquement l'Afrique et les populations de ce continent déportées vers les mondes occidentaux. C'est un projet politique qui s'enracine dans une histoire longue.
Paradoxalement, le panafricanisme n'est pas né sur le continent africain. Comment l'expliquez-vous ?


Amzat Boukari-Yabara Il a d'abord pris corps dans la diaspora, parmi les Africains déportés comme esclaves vers les Amériques. Si ce projet politique est né ailleurs, c'est qu'il est étroitement lié à une rupture dans l'histoire de l'Afrique, divisée entre ceux qui sont restés sur le continent et ceux qui ont été coupés de son histoire. C'est ce qui explique la dimension globale du panafricanisme, le fait qu'il ne soit pas ancré dans une territorialité. Ce projet politique dépasse les limites géographiques de l'Afrique, il traduit une vision du monde.


Ce projet politique et cette vision du monde se sont pourtant ancrés en Afrique, au lendemain des indépendances. Quel fut, dans ce mouvement, le rôle de personnalités comme Kwame Nkrumah, le premier président du Ghana ?


Amzat Boukari-Yabara Premier chef d'État d'une nation indépendante au sud du Sahara, Kwame Nkrumah avait étudié durant dix ans aux États-Unis. De ce fait, il était considéré par les Africains-Américains comme l'un des leurs. De retour en Gold Coast (nom colonial du Ghana – NDLR), il a fait de la libération de son pays une étape pionnière de l'émergence des « États africains unis », qu'il appelait de ses vœux. Il était convaincu que les futurs États indépendants devaient se fédérer et même constituer un gouvernement continental. Il incluait, bien sûr, dans ce projet, l'Afrique du Nord, les espaces insulaires et la diaspora. Dans le combat de libération et ensuite pendant dix ans, à travers son expérience à la tête du Ghana, Kwame Nkrumah fut le premier à déployer une politique panafricaine. À l'échelle continentale mais aussi mondiale, puisqu'il a fait du Ghana une base pour les militants Africains-Américains et pour les peuples engagés dans des luttes d'indépendance. Il a porté ce désir d'unité continentale en même temps que ce soutien aux diasporas et aux mouvements de libération.


Comment l'idéal panafricain s'est-il articulé aux tentatives des pays du Sud d'organiser entre eux des solidarités ?
Amzat Boukari-Yabara À Bandoeng, en 1955, Kwame Nkrumah n'était pas personnellement présent puisque la Gold Coast n'était pas encore indépendante et qu'il entendait ménager, sur le plan diplomatique, les Britanniques et les Américains. Mais il envoie une délégation d'observateurs associés à cette conférence réunissant pour la première fois les représentants de vingt-neuf pays africains et asiatiques. Dans la façon dont...

Quand Maba Diakhou prend le dessus sur Pinet Laprade- Proposé par Majhmoute BA sur FB
152 ans après (30 Novembre 1865 – 30 Novembre 2018)

Pathé Badiane (Paoskoto) est un champ de bataille où les troupes coloniales françaises, conduites par le gouverneur du Sénégal, Pinet Laprade, sont défaites, le 30 novembre 1865, par les forces musulmanes de Maba Diakhou Bâ.

Paoskoto et Pathé Badiane. Ces deux lieux restent indissolublement liés dans la mémoire collective des Saloum-Saloum. Associés à des images de bataille sanglante, ils traduisent toute la fierté des populations du département de Nioro. Sur ces deux sites, il y eut, respectivement, la préparation militaire des troupes islamiques de Maba Diakhou Bâ et la bataille livrée contre les troupes coloniales. Des visages, ceux de Lat-Dior, de Maba Diakhou Bâ, des guerriers Goumba Guèye, Ndary Kany, Aly Khodia, Amath Khodia, Cheikh Kany, de Pinet Laprade...nous y apparaissent. Il y a surtout tous ces visages anonymes du Saloum, ces combattants intrépides qui refusent de voir leur province devenir, pour le colon français à l'appétit expansionniste, un pion stratégique et économique sur l'échiquier sénégalais. Cette bataille de Pathé Badiane, le 30 novembre 1865, est donc survenue il y a 145 ans. Mais, elle n'a pas fini de perpétuer une fierté. D'abord, à Paoskoto où la stratégie militaire a été pensée. Ensuite, à Pathé Badiane, un ravin où les troupes de Pinet Laprade ont été mises en déroute, l'énumération de ce combat d'une matinée arme les consciences et mobilise les populations dans l'union pour la défense de l'honneur.

C'est grâce à une ruse, élaborée à Paoskoto et consistant à placer des épouvantails à Pathé Badiane, que les forces musulmanes ont pris le dessus sur les troupes coloniales françaises.
C'est dans ce ravin que la marche des troupes coloniales vers Nioro a été stoppée.


Possédant des pièces d'artillerie, les troupes de Pinet Laprade croyaient facilement prendre Paoskoto, puis Nioro.
Les forces musulmanes ne les ont pas attendues à Paoskoto, préférant venir à leur rencontre, leur tendant un guet-apens à Pathé Badiane. L'armée coloniale comptait plus de 1.000 hommes de troupes régulières et 6.000 « volontaires » dont 2.000 cavaliers.


Maba Diakhou Bâ attira ses ennemis vers le Rip, à travers un pays encore aujourd'hui assez boisé et qui l'était beaucoup plus à l'époque. Ce terrain couvert obligeait la longue colonne à s'étirer, gênait le déploiement de la cavalerie et masquait les objectifs éventuels de l'artillerie.


A dix kilomètres au nord de Nioro, Maba Diakhou Bâ, conseillé par Lat-Dior, tendit une embuscade de part et d'autre du petit ravin de Paoskoto, appelé aussi Pathé Badiane. Tandis que la surprise désorganiserait le gros des forces françaises, Lat-Dior et ses cavaliers devaient amorcer un mouvement tournant, avec comme principal objectif le train d'artillerie, obusiers et munitions portés par des mulets. L'expédition commandée par le gouverneur Pinet Laprade en personne subit de lourdes pertes : 25 tués, 80 blessés, 06 disparus sans doute prisonniers. Pinet Laprade et plusieurs officiers avaient été blessés ; une partie des mulets d'artillerie capturés avec leurs charges.


Le Saloum est non seulement cette terre pleine de symboles et d'histoire, mais il donne plein de références et de repères et renseigne sur des Sénégalais de vertu et de foi morts à Pathé Badiane. Et sur place, un monument est érigé à la mémoire de tous les résistants morts pour la défense de la foi et de la liberté dans le Rip dont les Almamys ont joué un important rôle dans l'expansion de l'Islam et de la Tidjaniya, de leur enseignement au Sénégal et dans la sous-région ouest-africaine.

La famille de l'Almamy
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https://www.ucad.sn/files/Talla/Programme%20symposium%20Maba.pdf
lire ceci
Le Gouverneur et sa gouvernante
D'après une correspondance franco-sénégalaise dans la seconde moitié du XIXe siècle
François Salvaing Jacques Carol

Émile Pinet-Laprade (1822-1869) est né à Mirepoix (Ariège), Marie Assar on ne sait où, au Sénégal. Lorsqu'ils se rencontrent à Gorée, en 1849, Émile, 27 ans, est capitaine du Génie dans l'armée française ; Marie, près de dix de moins, est une esclave fraîchement libérée par la loi Schœlcher. Leur liaison durera vingt ans, jusqu'à la mort, par le choléra, d'Émile devenu gouverneur de la colonie par la grâce de l'empereur Napoléon III.


Le Gouverneur et sa gouvernante, s'appuyant sur un demi-siècle de correspondance (plus de mille lettres échangées entre la France et le Sénégal), reconstitue l'évolution des pensées et de la carrière d'un officier dans ces premiers temps de la conquête coloniale, l'histoire du long amour entre un Blanc et une Noire, scandaleux pour l'époque. L'histoire aussi, encore plus improbable, d'une Africaine venue, après la mort de son compagnon, protester de ses droits devant un tribunal français au tout début de la IIIe République...
Né à Casablanca d'une mère antillo-calaisienne et d'un père ariégeois, François Salvaing a écrit une vingtaine de romans, dont Misayre ! Misayre !, prix du Livre Inter en 1988, et Parti, grand prix de la Société des Gens de lettres en 2000.


Jacques Carol, ancien consultant international, a longtemps vécu au Sénégal. Il s'est plongé avec passion dans la riche correspondance que lui ont confiée les héritiers d'Émile Pinet-Laprade, ce bâtisseur et visionnaire à l'origine de Dakar et de son port.

 

Quand DSK se lance dans le débat sur le franc CFA...
| Par Victor Bérenger jeuneafrique

Le franc CFA déchaîne les passions. © Adria Fruitos pour JA


Dans un document de 29 pages, Dominique Strauss-Kahn présente son analyse de la Zone franc et fait une série de proposition de réformes. L'ancien directeur du FMI plaide pour modifier en profondeur le fonctionnement du franc CFA, dont les inconvénients fragilisent selon lui les économies de la région.


Dominique Strauss-Kahn a publié vendredi 13 avril une note intitulée « Zone franc, pour une émancipation au bénéfice de tous », dans laquelle il expose ses propositions de réforme du franc CFA. L'ancien directeur-général du FMI – qui conseille dorénavant des gouvernements, et notamment le Congo-Brazzaville comme le révélait en août 2017 l'hebdomadaire français Challenges – souligne la bonne performance de la Zone franc au niveau macroéconomique, grâce à la garantie dont elle bénéficie. Mais il estime que « le problème politique devient de plus en plus sensible comme l'ont montré les protestations de l'été 2017 ».


Des limites de la Zone Franc


« Les choix monétaires ont une dimension technique incontournable. Mais ils procèdent toujours, par ailleurs, d'un choix politique », écrit DSK. « Le caractère inexprimé du lien politique ne peut que favoriser un doute identitaire au sein d'une Afrique dont le rapport au passé colonial est particulièrement complexe et difficile à expliquer. »
En plus de « certains aspects pratiques [qui] nourrissent en Afrique le soupçon de néo-colonialisme » – dénomination « franc », dépôt des réserves auprès du Trésor français -, la Zone franc présente plusieurs défauts « qui en limitent les potentiels bienfaits », note l'ancien directeur-général du FMI. Il pointe notamment la quasi-impossibilité de modifier la parité et l'absence de dissociation entre les régions d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale.


La France assume, seule, un risque financier non rémunéré, pour lequel l'opinion africaine ne lui accorde guère de crédit
De même, « la détention de réserves africains, [...] ne représente pas l'avantage que certains imaginent ». Ainsi « la France assume, seule, un risque financier non rémunéré, pour lequel l'opinion africaine ne lui accorde guère de crédit et dont le bénéfice commercial est partagé avec toute la zone euro », juge l'ancien ministre français de l'Économie. « L'avantage tiré de la parité fixe CFA-euro s'étend aux autres pays de la zone euro (qui ne participent à la couverture du risque », écrit-il encore.


Une autre limite de la Zone franc, selon DSK, est celle de la faiblesse de l'intégration régionale :« Le marché commun est encore inachevé en Afrique de l'Ouest (région dotée de traditions d'échanges) et il est demeuré en grande partie nominal en Afrique Centrale (régions de forêts aux échanges traditionnellement limité et, aujourd'hui, sous l'empire de la rentre pétrolière) », écrit-il.
Une réforme en profondeur du Franc CFA


DSK s'inquiète d'une réforme du franc CFA qui ne serai que cosmétique. « Les symboles du lien avec la France sont autant de sujets permettant de changer à peu de frais l'image du franc CFA », mais ces modifications laisseraient en l'état les faiblesses de la Zone franc et rendraient les modifications de la parité encore plus problématique, affaiblissant les petits pays.
En conséquence, Dominique Strauss-Khan recommande une réforme plus en profondeur de la Zone franc. Il propose notamment la réattribution des sièges de la France au sein des instances des banques centrales africaines à des administrateurs internationaux indépendants, l'ancrage à un panier de monnaie plutôt qu'à l'euro, une meilleure coordination économique des économies de la région et un processus d'élargissement de l'Uemoa, notamment au Ghana.


C'est aux termes des Traités l'Union européenne qui est compétente en matière d'accord de change


Pour mener à bien ces réformes, 3 conditions pour DSK : une amélioration du dialogue avec les autorités africaines, « une communication mettant l'accent sur le renforcement de la monnaie » et une meilleure association des partenaires européens ainsi qu'une promotion de la coopération entre la BCE et les banques centrales africaines, rappelant que « c'est aux termes des Traités l'Union européenne qui est compétente en matière d'accord de change, non point ses États-membres ».


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Afrique-France : DSK fait cavalier seul pour décrocher des contrats de conseil
Réservé aux abonnés | 13 août 2018 à 15h58 | Par Jeune Afrique

Dominique Strauss-Kahn, alors directeur général du FMI, avec Faure Gnassingbé, en 2008. © stephen jaffe/AFP


Ibrahim Boubacar Keïta au Mali, Denis Sassou Nguesso au Congo, Faure Gnassingbé au Togo... Dominique Strauss-Kahn multiplie désormais les contrats de conseil en son nom propre avec les chefs d'État.
Début août, Dominique Strauss-Kahn (DSK) s'est entretenu par téléphone avec Faure Gnassingbé, comme c'est régulièrement le cas depuis quelques mois. Après avoir intercédé en vain en faveur de la société suisse Sicpa auprès du chef de l'État togolais, l'ex-patron du FMI a finalement décroché un contrat de conseil portant sur la mise en œuvre de la convention « modernisation de la gestion des finances publiques » UE-FMI. Et ce pour le compte de sa société Parnasse International, sise à Casablanca.


Après avoir sillonné le continent pour Sicpa et pour la banque-conseil Arjil, que dirige son ami Wladimir Mollof – avec qui il demeure lié par un contrat non exclusif –, DSK prospecte désormais seul. Les 25 et 26 juin, l'ex-ministre de l'Économie de Lionel Jospin s'est discrètement rendu à Bamako, où Ibrahim Boubacar Keïta l'a reçu à sa demande (JA n° 2999).
Au Congo, il conseille Denis Sassou Nguesso sur la restructuration de la dette et les négociations avec le FMI, une mission indépendante de celle menée par la banque d'affaires Lazard de Matthieu Pigasse. Lorsqu'il se rend à Brazzaville, un bureau est mis à sa disposition au palais présidentiel.


L'ancien patron du Fonds monétaire international (FMI) conseille plusieurs pays africains, dont le Congo-Brazzaville qu'il aide notamment à restructurer sa dette auprès de la Chine.
À Brazzaville, en octobre, Dominique Strauss-Kahn (DSK) s'est entretenu avec Denis Sassou Nguesso, qu'il continue de conseiller en matière de restructuration de la dette et pour les négociations avec le FMI, dont il fut le patron. Pour cela, il travaille en étroite collaboration avec la banque d'affaires Lazard du Français Matthieu Pigasse.
DSK conseille également l'homme d'affaires mauritanien Mohamed Ould Bouamatou. Ce dernier avait investi 5 millions d'euros dans la société de gestion en produits financiers Leyne Strauss-Kahn & Partners (LSK), avant que celle-ci ne fasse faillite en 2014. Le patron de Bouamatou SA est tout de même resté fidèle à DSK. Ils possèdent des riads voisins à Marrakech et se tutoient.
DSK s'est tourné vers le Sénégal et le Burkina, sans succès. En Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara se passe de ses services. Pour gérer ses relations avec le FMI, le chef de l'État est notamment conseillé par Amadou Gon Coulibaly, le Premier ministre, Adama Koné, le ministre des Finances, et Moussa Sanogo, le secrétaire d'État au Budget. Contacté par JA, DSK n'a pas souhaité commenter ces informations au nom du « secret des affaires ».


Le Congo n'ayant pas encore restructuré sa dette avec certains de ses créanciers, dont la Chine, les discussions avec le FMI peinent à déboucher sur un accord. DSK fait jouer sa notoriété et mobilise ses contacts au plus haut niveau à Pékin pour trouver un terrain d'entente.

Franc CFA : Carlos Lopes et Abdourahmane Sarr réagissent aux propositions de DSK
Par Victor Bérenger
Jeuneafrique


Le Bissau-guinéen Carlos Lopes, ancien secrétaire de la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique, et le Sénégalais Abdourahmane Sarr, ancien du FMI, réagissent pour Jeune Afrique aux propositions de Dominique Strauss-Khan sur la réforme du franc CFA.
Le 13 avril, Dominique Strauss-Kahn a publié une note dans laquelle il avance plusieurs propositions de réforme de la zone CFA. Parmi les pistes proposées par l'ancien directeur général du FMI, la réattribution des sièges de la France au sein des instances des banques centrales africaines à des administrateurs internationaux indépendants, l'ancrage à un panier de monnaie plutôt qu'à l'euro, une meilleure coordination économique des économies de la région et un processus d'élargissement de l'Uemoa, notamment au Ghana.
Carlos Lopes : politique monétaire et convergence


Pour Carlos Lopes, l'ancien secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique entre 2012 et 2016, les débats sur le franc CFA étaient jusqu'ici très « polarisés » entre les camps du maintient et ceux favorable à sa « suppression ».


« L'appropriation par la rue de cette question », et la montée d'une vision « populiste » parfois « faussée », a obligé ces deux positions opposées « à réfléchir sur des propositions de réforme », l'évolution du système devenant nécessaire, estime Carlos Lopes, qui enseigne désormais l'économie à l'université du Cap.


Les propositions récentes de Dominique Strauss-Kahn sont significatives, car elles émanent de quelqu'un qui était au cœur du dispositif lors de son passage au ministère français de l'Économie, des Finances et de l'Industrie entre 1997 et 1999. Pour Lopes, elles témoignent donc d'une évolution du consensus sur ces questions.
Selon l'économiste Bissau-guinéen, une éventuelle réforme de la zone CFA doit intégrer trois composantes essentielles.


La première est celle de la monnaie de référence. Comme l'Europe n'est plus le principal partenaire commercial des zones BCEAO et BEAC, « l'ancrage du franc CFA devrait évoluer vers un panier de devise, reflétant davantage des échanges internationaux de la région, et notamment le poids accru de la Chine ».
Il n'y a pas, véritablement, de politique monétaire

 


Second « point important » : « la convergence économique », explique Carlos Lopes. Les critères de convergence sont différents entre les différentes organisations régionales – à l'image, par exemple, de l'Uemoa, de la Cedeao et de la Zmoa en Afrique de l'Ouest -, tandis que l'intégration économique réelle est très faible.
Enfin, « il n'y a pas, véritablement, de politique monétaire », à part celle de la BCE. Les banques centrales ne jouent pas un rôle pro-actif, ne participant pas suffisamment au financement et au développement des économies de la zone.
Carlos Lopes semble donc plutôt en ligne avec les propositions de réformes portées par Dominique Strauss-Kahn. La mise en œuvre de ces changements doit se faire de manière progressive, afin d'éviter une dévaluation brutale, telle que celle subie dans les années 1990, détaille ce spécialiste du développement international.


Ces changements doivent permettre in fine aux pays africains de reprendre le contrôle de leur monnaie afin qu'ils puissent l'utiliser comme un instrument de développement.
Abdourahmane Sarr : autonomie des banques centrales


La position d'Abdourahmane Sarr est plus critique par rapport aux réformes proposées par Dominique Strauss-Kahn. Ce spécialiste des questions monétaires a travaillé pendant 14 ans pour le FMI, notamment en tant que représentant résident au Bénin et au Togo, avant de fonder le Centre d'étude pour le financement du développement local, un think tank sénégalais.
« Toute personne raisonnable considère que modifier le fonctionnement de la zone CFA est nécessaire » s'exclame Abdourahmane Sarr. « Le plus important est l'autonomie d'objectif pour les banques centrales », détaille l'ancien économiste du FMI.


Elles doivent, selon lui, pouvoir réagir et ajuster le régime de change sans avoir à en référer aux politiques, comme le fait notamment la Banque centrale européenne. « Dans le cas de la Cemac, une dévaluation du franc CFA dès 2014 aurait pu aider les économies à s'ajuster à une baisse durable du prix du pétrole » explique-t-il.
Il faut responsabiliser les institutions et leur donner davantage d'autonomie


Cet économiste considère qu'il n'y a pas besoins d'experts internationaux dans les banques centrales de la zone CFA, comme le défend DSK. « Il faut responsabiliser les institutions et leur donner davantage d'autonomie » poursuit-il.


La proposition d'un ancrage du franc CFA à un panier de devise ne trouve pas davantage grâce à ses yeux. Pour, lui il faudrait « un régime de change stable ajustable, mais sans garantie extérieure aucune. La formule pourra conjoncturellement produire ce qu'un panier de monnaie aurait dicté », explique ce partisan de la fin de la garantie française.


« Avec un objectif de stabilité des prix clair et une autonomie d'objectif sur le taux de change, toutes les formules sont possibles dans une gestion dynamique et responsable », assure-t-il.
Enfin, il juge irréaliste la perspective d'une entrée du Ghana dans l'Uemoa : « Le Ghana a déjà mieux à faire pour stabiliser sa situation macroéconomique que d'entrer dans une zone monétaire où l'absence de convergence va exiger un régime de change relativement fixe et commun à tous, qui ne correspondrait pas à ses besoins du moment ».


Pour Abdourahmane Sarr, il faut également « renforcer la gouvernance et rendre la communication plus transparente, comme le fait la Banque centrale européenne, s'exprimant régulièrement sur ses décisions de politique monétaire ». Et de conclure : « L'arrangement monétaire qu'il nous faut doit être un arrangement qui favorise à la fois les investissements directs étrangers et les entreprises locales.

 

Par Jeune Afrique

Dominique Strauss-Kahn, lors de sa nomination à la tête du FMI, en 2007. © MICHEL EULER/AP/SIPA


Le rapport de Dominique Strauss Kahn sur le franc CFA continue de faire des vagues. L'économiste Kako Nubukpo, ancien ministre togolais de la Prospective et de l'Évaluation des politiques publiques, estime que l'argumentaire de l'ancien directeur du FMI, s'il est parfois pertinent, pêche par manque de cohérence.


Le rapport publié le 13 avril dernier sur le franc CFA par Dominique Strauss Kahn intitulé « Zone Franc : pour une émancipation au service de tous » est intéressant à plusieurs égards.
Pertinence et manque d'élégance


1. C'est la première fois depuis bien longtemps qu'un (ex) officiel français ayant exercé des responsabilités de premier plan dans les domaines monétaire et financier – ancien ministre de l'Économie et des Finances, ancien directeur général du Fonds monétaire international – accepte de sortir du tabou monétaire françafricain. Son rôle de plus en plus assumé de conseiller de plusieurs Chefs d'Etats africains a dû certainement contribuer à ce « passage à l'acte ».

2. Monsieur Strauss Kahn reconnaît la pertinence de l'essentiel des critiques portées à l'encontre de la Zone Franc, même s'il n'a guère l'élégance de rappeler dans le corps de son texte, long de quelque 29 pages, que les économistes africains se sont largement emparés, et ce depuis fort longtemps, du débat.


Seuls ont eu grâce sous sa plume des auteurs français – lesquels, au demeurant, se sont souvent nourris des travaux des économistes africains – ce qui, paradoxalement, affaiblit son argumentaire censé sortir la France d'une forme de provincialisme désuet.
On l'aura compris, pour ce qui concerne la « libation » intellectuelle, il faudra donc repasser. Les deux ouvrages (co) publiés par des auteurs africains mentionnés dans sa bibliographie, prouve cependant qu'il en avait bel et bien connaissance.


L'économiste et le politique


3. Sur le fond de l'argumentaire, Monsieur Strauss-Kahn s'est livré à un exercice impossible d'un point de vue intellectuel. À savoir, d'une part, essayer d'analyser la gouvernance et le fonctionnement de la zone Franc au prisme de la théorie des zones monétaires optimales, travail louable d'économiste universitaire.
Et, d'autre part, définir les modalités de sauvetage de l'influence française en Afrique sur le plan monétaire et financier, travail d'homme politique. Il en résulte une dialectique des contraires sous-jacente, « Docteur Strauss » contredisant régulièrement « Mister Kahn ».
4. Florilèges : alors même que son rapport s'intitule « Zone Franc, pour une émancipation au bénéfice de tous », il n'hésite pas à recommander la tenue annuelle d'un Sommet de chefs d'États de la Zone Franc, incluant le président de la République Française. Drôle d'émancipation qui se traduirait par la mise en place d'un Sommet Françafrique monétaire, près de soixante ans après les indépendances africaines !

Une telle recommandation semble d'autant plus paradoxale que l'auteur propose dans le même temps le remplacement des représentants de la France au sein du conseil d'administration des deux principales banques centrales de la Zone Franc (BCEAO et BEAC) par des administrateurs indépendants.


À la limite, il eut été plus logique que l'auteur proposât la tenue d'un Sommet annuel « Union européenne (Zone euro) /Afrique (Zone Franc) : en effet, « Docteur Strauss » se livre à un vibrant plaidoyer en faveur de l'Union européenne qui, dans les faits, devrait prendre toute la place que lui confère en droit la décision de son Conseil des ministres du 23 novembre 1998, notamment le droit de regard sur les décisions majeures en Zone Franc telles que la modification du régime de change et/ou du périmètre de la Zone.


Sauf que dans le même temps, n'étant décidément pas à une contradiction près, « Mister Kahn » estime que la composition du panier de monnaies devrait être une décision africaine prise « en concertation avec la France ». Cherchez l'erreur...
Fixité du change et question du Ghana


5. En revanche, le choix d'un panier de monnaies, comme ancre d'une union monétaire en lieu et place du seul euro, paraît de toute évidence une proposition intéressante, portée depuis de nombreuses années [1].
Comme le souligne Monsieur Strauss-Kahn, le système actuel de fixité du change avec l'euro engendre « une addition des incertitudes », dans la mesure où la spécialisation primaire des économies de la Zone Franc au sein du commerce international, les expose à des variations erratiques des termes de l'échange, conjuguées à celles du taux de change euro/dollar.
L'auteur prend comme exemple le cas du Dirham marocain, omettant au passage de donner sa position sur la demande d'entrée du Maroc dans la Cedeao, question d'actualité évacuée de manière allusive.


6. A propos du Ghana, « Docteur Strauss » explique que ce pays, au contraire de ceux de la Zone Franc, a « massivement utilisé l'arme budgétaire », ainsi que l'outil monétaire (possibilité de dépréciation du cedi) comme instruments de réponse aux chocs affectant son économie.


Il explique en outre qu'eu égard à la taille importante de l'économie ghanéenne (deuxième économie de la Cedeao, derrière le Nigeria), il ne serait pas raisonnable d'élargir à cette économie les accords de la Zone Franc, du fait d'un risque budgétaire important devant peser sur le Trésor français.
Dans le même temps, « Mister Kahn » estime que la Zone franc devrait absorber le Ghana, incluant explicitement ce pays dans le plan d'élargissement qu'il propose à l'ensemble des États de la Cedeao hormis le Nigeria.
Monétariste friedmanien et socialiste keynésien


7. Il paraît surprenant qu'un économiste aussi compétent que Dominique Strauss Kahn n'ait pas placé au cœur de son analyse, la question de la coordination optimale entre politique budgétaire et politique monétaire – le fameux « Policy-Mix » – comme clé de voûte d'une réforme de la Zone Franc qu'il appelle pourtant de ses vœux, tout autant que la capacité de ce « Policy-Mix » à jouer un rôle contracyclique, ce qu'on attend en théorie des politiques économiques.


En effet, c'est de la volonté des dirigeants de la Zone Franc d'utiliser de manière concertée et cohérente les deux leviers de la souveraineté économique (le budget et la monnaie) qu'on peut espérer à court terme promouvoir une croissance forte, inclusive et, à moyen terme, obtenir la transformation structurelle des économies de cette Zone.
Des propositions sur l'avenir de la monnaie CFA, déconnectées d'une réflexion préalable sur le rôle de la monnaie dans une économie (notamment la question de la neutralité), sont forcément frappées du sceau d'une normativité arbitraire. Monsieur Strauss-Kahn est donc en butte à cette critique légitime.


Mais à y regarder de plus près, il ne saurait en être autrement, car « Docteur Strauss », ancien directeur général du FMI et donc grand promoteur du monétarisme friedmanien, ne peut échapper à la contradiction qu'il entretient avec « Mister Kahn », ancien ministre socialiste français keynésien par définition, sinon par conviction.

8. En définitive, Monsieur Strauss-Kahn a eu le mérite d'avoir voulu procéder à une énième tentative de sauvetage théorique et pratique de la Zone Franc. Pour ce faire, il a mobilisé plusieurs registres disciplinaires (théories de la souveraineté, théories des zones monétaires optimales, approche monétaire de la balance des paiements, théories des régimes de change, sociologie politique, histoire, etc.).
Il n'empêche, il échoue à répondre à la seule question qui vaille en définitive, celle de savoir s'il est normal que près de soixante ans après les indépendances, les États africains de la Zone Franc continuent de sous-traiter à la France les instruments de leur souveraineté, notamment la défense, la sécurité et la monnaie.


Le premier constat logique de sa quête d'émancipation « au service de tous » eut été de ne pas la rechercher à la place des Africains eux-mêmes. Espérons néanmoins que pour la partie française, ce rapport aura pour effet de sortir du tabou entourant le franc CFA, monnaie dont le traitement apparaît de plus en plus proche de celui réservé aux derniers jours d'un condamné.
[1] Le Franc CFA, un frein à l'émergence des économies africaines ? – L'Economie Politique, N°68, 2015/4, PP.71-79. Kako Nubukpo (2015)


Jeuneafrique

 

Contribution: Ces intellectuels qui snobent les médiaspar Khalifa TOURE

"Voici un concitoyen qui aime tenir ou critiquer les intellectuels, lisons-le attentativement pour comprendre ses angles d'attaque-P B Cissoko

Par https://www.senxibar.com/Contribution-Ces-intellectuels-qui-snobent-les-medias-Par-Khalifa-Toure_a34426.html


Depuis l'avènement de la démocratie moderne, les médias, à travers leurs différents supports d'expression, sont apparus comme l'un des éléments les plus constructifs de toute société qui se veut ouverte. Mais ils n'ont pas toujours bonne presse auprès des intellectuels. Il existe d'éminents intellectuels, des savants illustres et même de grands artistes qui ont une attitude tellement défiante vis-à-vis de la presse qu'ils évitent littéralement la télévision, internet et même les journaux.

Il y en a qui sont vraiment sincères et leur attitude peut s'expliquer par des raisons objectives. Par contre, il y a une certaine distance médiatique qui relève du snobisme ridicule, parfois de la frustration, la peur de se faire contredire et même une fausse idée selon laquelle un intellectuel médiatique se dévalorise.

Oui ! Quand il en fait trop.

En effet, il existe partout dans le monde des «intellectuels médiatiques» particulièrement prisés par la presse et dont la parole, loin d'être scientifique, ressemble plutôt à un bavardage continu. Les disciplines qui sont les plus exposées aujourd'hui sont la Sociologie, la Science politique, le Droit et... l'Economie en Europe. Au Sénégal, les économistes ne sont pas très médiatiques. La faute n'est certainement pas aux médias qui ne voient que les mêmes têtes faire le tour des chaînes de télé et de radio pour dire la même chose avec un tel aplomb que les jeunes journalistes qui les interrogent ont peur de les contredire.

Beaucoup ne savent pas qu'on peut mentir sous le couvert de l'autorité scientifique. Si jamais la tendance à contredire les experts en les poussant jusqu'à leurs derniers retranchements devient une attitude journalistique, vous verrez «une révolution» dans les profils qui passent souvent à la télé. Remarquez ! Il n'y a plus de passe d'armes dans les médias. Ce n'est pas aujourd'hui que Monsieur Djibo Leyti Kâ oubliera son fameux passage devant Mohamed Pascal Faye à Sud Fm, un violent duel à fleurets mouchetés qui a fait suspendre momentanément l'émission.

Et ce fameux débat entre le Professeur Malick Ndiaye et le philosophe Massaër Diallo qui a fini par des violentes injures savantes. Le même Massaër que l'on ne voit plus, qui pendant des années venait «analyser» de façon brillante l'actualité politique à l'aide de son savoir philosophique. Le jeune Yoro Dia a eu le courage de contredire Djibril Samb qui s'avisait à dire des choses non fondées sur Honoré De Balzac. Sa querelle radiophonique avec Me Doudou Ndoye qui tentait de le «rabaisser» comme à son habitude est encore fraîche dans les mémoires.

Mais il faut s'armer avant de le faire. Les plus jeunes aujourd'hui ne sont certainement pas au courant de la longue querelle par articles interposés pendant des jours et des jours entre Cheikh Tidiane Gadio et le Professeur Iba Der Thiam. A la fin des années 80, ce sont les Hamady Aly Dieng, Babacar Kanté, feu Mouhamadou Moustapha Kane l'historien et... le ministre Tidiane Sylla qui débattaient à travers «Cosmopolitique» de Daouda Ndiaye.

Tous les intellectuels qui ont déserté l'espace médiatique sous prétexte de retraite ou de distance intellectuelle par simple coquetterie ou snobisme ont contribué par leur attitude à corrompre l'espace public en créant un vide favorisant l'invasion massive d'analystes ridicules qui sont l'objet de moqueries de la part des talentueux humoristes Sylla Mougnal et Tonton Ada, sans parler de Saa Ndiogou. Ils sont suffisamment futés pour deviner que ces analystes disent des banalités. Il ne sera pas facile de les dégager. Ils commencent à s'incruster dans le décor médiatique, finalement ils vont s'enkyster.

Pendant longtemps, ce furent les Massaër Diallo et Mamadou Diouf qui venaient dire des choses très intelligentes à propos du Sénégal. Un écrivain comme Boubacar Boris Diop parle peu (aux médias sénégalais), pourtant des savants comme Jacques Derrida, Régis Debray et ici Hamady Aly Dieng, plus doctes que lui, ne manquaient jamais de venir parler à travers le petit écran. Tout cela est une méprise, un malentendu qui fait accroire à certains intellectuels qu'à force de prendre ses distances on devient plus mystérieux.

Le mystère ne se fabrique pas. Le voile est vite déchiré ! Djibril Samb ne dit plus rien depuis sa fameuse émission avec Daouda Ndiaye «En toute liberté». Mamoussé Diagne qui a vraiment quelque chose à dire est devenu aphone. Aminata Diaw Cissé et la brillante juriste Aminata Cissé Niang laissent parler des féministes ringardes. Qui connaît le brillant juriste Moussa Samb ?

Les sorties médiatiques intelligentes et mesurées de Souleymane Bachir Diagne n'ont en rien enlevé à son prestige intellectuel. Claude Lévy Strauss, qui était dans une indifférence bouddhique et qui ne regardait jamais la télé, nous a malgré tout laissé des vidéos d'un intérêt scientifique remarquable.

Aujourd'hui, même des jeunes chercheurs qui n'ont encore rien découvert, et qui peut-être ne découvriront jamais rien, se permettent de dire «j'évite les médias» ou «je préfère écrire des articles scientifiques».

Pour avancer en grade oui ! Le meilleur écrivain français du 20ème siècle est un chroniqueur, il s'appelle Louis Ferdinand Céline.

Du reste, il y en a qui ont complètement disparu du pays. Il s'agit du très rigoureux économiste François Boye et du juriste internationaliste Tafsir Malick Ndiaye. Même Makhily Gassama, ancien ministre de la Culture et brillant critique littéraire, ne s'exprime pas. Etonnant pour un homme qui a écrit Kuma ! qui signifie «Parle !» en Bambara ou «La parole» si le mot est usité comme substantif. Monsieur Gassama, «ité kuma ?» Parlez messieurs et dames !

SENEPLUS
https://www.senxibar.com/Contribution-Ces-intellectuels-qui-snobent-les-medias-Par-Khalifa-Toure_a34426.html

mardi, 27 novembre 2018 13:31

LE SILENCE DU TOTEM Roman Fatoumata Ngom

Poster par

 

LE SILENCE DU TOTEM Roman Fatoumata Ngom


Le silence du totem est une plongée dans l'histoire du peuple sérère, ainsi qu'une réflexion sur l'art et le patrimoine.

J'ai eu la chance de d'écouter cette jeune femme lors de la table ronde organisée par l'association sciences po Afrique aux côté de Ousmane Sonko candidat à la présidence 2019. Les idées défendues sur le patrimoine matériel et immatériel de l'Afrique en plus de la nécessité de préparer de former le nouvel homme africain conscient de sa personne et capable de donner  étaient bien reçues.  .P B Cissoko

Écrire l'Afrique
LITTÉRATURE PREMIER ROMAN ROMANS, NOUVELLES AFRIQUE SUBSAHARIENNE Sénégal


Sitoé Iman Diouf est une brillante anthropologue qui travaille au Musée du Quai Branly. Elle fait, dans les réserves du musée, une découverte mystérieuse qui va bouleverser son existence et la vie qu'elle menait jusque-là avec son mari et son fils... Le silence du totem est une plongée dans l'histoire du peuple sérère, ainsi qu'une réflexion sur l'art et le patrimoine.
Fatoumata Ngom est née à Dakar et vit depuis 13 ans à Paris. Après une carrière en gestion des risques en assurance-vie, elle effectue un master en politiques publiques à Sciences Po Paris. Le silence du totem est son premier roman.


SENEGAL-LITTERATURE-HISTOIRE


"Le silence du totem", un roman sur l'histoire du peuple sérère et une réflexion sur le patrimoine
23 mai 2018 à 19h34min 1280 1% Tags:


Dakar, 23 mai (APS) – Fatoumata Ngom, une étudiante sénégalaise à Sciences Po (France), a publié récemment son premier roman dans lequel l'héroïne Sitoé Iman Diouf entame une "longue et éprouvante" quête sur les traces d'un "mystérieux" explorateur-missionnaire français qui vécut à Khalambass, un village sérère de la région de Kaolack (centre).

Intitulé le "Le silence du totem", ce roman de 234 pages publié aux Editions L'Harmattan en avril dernier est "une plongée dans l'histoire du peuple sérère, une réflexion sur l'art et le patrimoine" et trouve plus que jamais "un écho retentissant dans l'actualité et pose des questions anthropologiques et culturelles fondamentales", note l'éditeur dans un communiqué parvenu à l'APS.

"Le silence du totem" raconte l'histoire de Sitoé Iman Diouf, une jeune anthropologue sénégalaise qui travaille au Musée du Quai Branly et à qui, le directeur des collections du musée avait demandé d'organiser une exposition un peu particulière, lit-on dans le texte.

"En préparant cette exposition, Sitoé va alors faire une découverte, dans les réserves du musée, qui va perturber son travail de commissaire, mais aussi la vie qu'elle menait avec Raphael, son mari et Assane-Maurice, son petit garçon", renseigne le communiqué.

Il fait remarquer que c'est ainsi que "commence alors une longue et éprouvante quête historique qui la mène sur les traces d'un mystérieux explorateur-missionnaire français qui vécut à Khalambass, un village sérère où il fut envoyé durant la période coloniale pour une mission d'évangélisation des habitants".

"Le silence du totem" est un roman qui "bouscule les codes par l'originalité de son intrigue, la richesse des lieux qu'on y traverse, et l'ouverture au monde'', souligne l'éditeur.

Il ajoute que l'auteur, une étudiante en master en Politiques Publiques à Sciences Po Paris (France) ''nous transporte dans des milieux et des époques insoupçonnés, du Quartier Latin à Paris et sa prestigieuse montagne Sainte-Geneviève aux réserves obscures du Musée du Quai Branly, en passant par les couloirs de l'UNESCO et Khalambass, un authentique village sérère du Sénégal d'où est originaire'' sa famille paternelle.

L'auteur "nous transporte même en contrée égyptienne et fait rayonner la thèse de l'éminent savant Cheikh Anta Diop selon laquelle l'Egypte ancienne était noire".

Ce premier roman de Fatoumata Ngom "soulève des questions anthropologiques sur l'héritage culturel, et qui nourrit le débat autour de la restitution des œuvres d'art. En effet, les musées occidentaux sont remplis d'œuvres d'art africain et asiatique qui ont été spoliées durant la période coloniale et l'esclavage", fait-elle remarquer.

Fatoumata Ngom qui a obtenu en 2010 un diplôme d'ingénieure en informatique et mathématiques financières à Pari souligne dans son ouvrage l'urgence de rendre à l'Afrique les vestiges de son passé, mais surtout de remplir les musées africains et de rapatrier les œuvres qui aujourd'hui remplissent les musées occidentaux.

Fatoumata Ngom, mariée et mère de deux garçons, a eu l'idée de l'intrigue de son roman lors d'une visite au musée du Quai Branly, lit-on dans le communiqué qui ajoute que l'auteure "rêve d'avoir la plume et l'imagination surréalistes" de Gabriel Garcia Marquez qu'elle considère comme son ''père spirituel''.
PON/ASB/OID


http://www.aps.sn/actualites/culture/article/le-silence-du-totem-un-roman-sur-l-histoire-du-peuple-serere-et-une-reflexion-sur-le-patrimoine

 

«Poubelles» à Ousmane Sonko : exégèse externe d'un phénomène politique.


Fouiller dans la poubelle peut donner une image approximative de quelqu'un et c'est ce que je veux tenter ici.
Sonko candidat à l'élection présidentielle du Sénégal fait sa tournée européenne.


La diaspora européenne s'est donné rendez-vous à Paris pour écouter et entendre Sonko ; le nouvel espoir du Sénégal qui vacille et qui se retrouve sous tutelle étrangère.


Avant d'aller plus loin, je tiens à préciser que j'ai au lieu de lire son lire, j'ai délibérément pris le parti de passer par tout ce qui s'est dit dans la presse et il y en a des vertes et pas mures. C'est ce que j'appelle poubelle mais la poubelle sénégalaise est mauvaise tandis que la poubelle en Occident peut offrir des surprises. Une analyse des trouvailles dans la poubelle peut donner une figure approximative de la personne comme le dessinateur au tribunal.


Bref je rappelle que j'ai été formé par le Pr Djibril Samb spécialiste de Platon de l'UCAD et il est devenu un ami, sa méthode dans le corpus platonicum est l'exégèse interne du texte, ie que le texte n'est pas un prétexte mais la chose qu'il faut étudier. Qu'il m'excuse ici de déroger à la tradition puisque je vais passer par derrière, par la « merde » les mauvaises critiques, les bonnes critiques, tout ce qui s'est dit de bien ou du mal sur Sonko.
Pourquoi cette méthode, c'est parce que l'homme Sonko est un électron libre dans l'échiquier

politique sénégalais, il est singulier et atypique et je crois que c'est ce qui fait son charme comme l'a été Macron en France.


Le vendredi déjà à Sciences po Paris nous avons eu un panel de qualité Mme Fatoumata Ngom auteure du Silence des totems, l'excellent Amzat Boukari-YABARA, Ousmane Sonko le politique, et Etienne Smith spécialiste de la politique sénégalaise ?


Le sujet portait sur la souveraineté des Etats. Beau sujet pas facile quand on sait que la souveraineté exige la Liberté et implique que l'Etat qui est la concentration du pouvoir donné par le peuple et j'ajouterai comme Rousseau la Volonté générale. Sonko a insisté sur la souveraineté fiscale comme condition pour se dire et exister et se faire respecter.
On a parlé de panafricanisme, du patrimoine matériel et immatériel, d'identité culturelle, de liberté, d'ingérence

Dans les poubelles, les apostiches, mot que je ne connaissais pas; je n'ai rien trouvé qui puisse déstabiliser Sonko. J'ai feuilleté plus de 2000 pages et quelquefois la critique était très orientée et laisse froid l'intellectuel que je prétends être et qui n'aime pas ça ?

Ce garçon veut prendre des risques pour révolutionner les choses. Il mesure les richesses de l'Afrique et du Sénégal.

En laissant ce gouvernement jouer avec la constitution le Sénégal risque ce se retrouver avec un Macky Sall avec deux mandats et selon lui ce sera grave. Il mesure les difficultés du pays, la pauvreté, l'éducation en difficulté n et les enfants en difficultés. Pour Sonko lors de la rencontre avec la presse il dit que c'est à travers les plus faibles qu'on peut mesurer l'Etat d'un pays.


On l'a accusé de vouloir être protectionniste alors que non. Il faut comprendre ce qu'il veut. Qui ne veut pas son pays, qui n'aime pas en premier son pays. Il est conscient qu'un pays ne peut vivre en autarcie mais il faut que le pays se connaisse, se reconnaisse et soit fier pour traiter avec les autres d'égal à égal et il cite Kagamé et d'autres qui sont bien respectés.


Au sujet de la monnaie il veut que le CFA ne soit pas uniquement arrimée au FF ou à l'Euro et selon lui il faut revoir la question de la monnaie avec d'autres partenaires comme la Chine, le yuan etc. Il va renégocier tous les contrats et ne va pas refaire mais plutôt faire. Il s'agit de révolutionner le Sénégal avec tous les sénégalais de la diaspora qu'il invite à rentrer pour donner et participer à l'effort de contribution nationale.
La formation, l'éducation seront des leviers de développement.


Sur l'industrie il pense qu'il faut y accorder beaucoup, un pays quia des les personnes qualifiées les ressources nécessaires pourquoi ne pas faire, innover quitte à fédérer avec d'autres pays pour réussir. ?
Sonko veut que les choses soient claire s avec les confréries qui ont leurs places dans la société sénégalaise mais doit rester à sa place et laisser le politique libre.
Notre candidat atypique compte beaucoup sur la diaspora pour influer sur cette échéance et de descendre sur le terrain dans les villages pour organiser des thés débats et porter la bonne parole face aux dons que l'Etat offre aux démunis pendant un temps. Il appelle cela une sorte de corruption.


Sonko nous dit que sa législature sera celle des gens compétents mus par une volonté de bien faire et comme les pays nordiques tout sera sur la place publique pour que rien ne soit mis en doute. Ainsi les services publics seront les résultats des politiques fiscales réussies et chacun saura que son argent va dans un fonds public au service de tous.

 


Le Président doit avoir les conditions qu'il faut pour réussir.


Je n'ai pas compris comment la critique a jeté son dévolu sur cet homme modeste mais sûr de lui qui essaie de bâtir avec des jeunes à qui il tient un discours toujours franc.


Sa tournée européenne est un succès phénoménal, une fierté puisque la diaspora a tout pris en charge et c'est rare en politique sénégalaise. D'habitude ce sont les politiques qui paient tout de leur poche.
Pour financer sa campagne il souhaite que plus de citoyens s'investissent et ainsi personne ne dira qu'il a fait ceci ou cela comme on le voit ailleurs.

 


Les levées de fonds ne doivent pas être une honte et la politique ne doit pas enrichir il faut le savoir.
Dire que le livre de Sonko est un refuge de délire me paraît pour l'instant très osé. Les sénégalais ont plus besoin de pain que de livre, Sonko est une personne hautaine, prétentieuse arrogante.
J'ai suivi Sonko deux fois à Sciences po Paris et à St Denis lors de sa rencontre avec la presse, j'ai épluché plus de 2000 pages et je n'ai pas trouvé les critiques justifiées.
On l'aura accusé de salafiste, d'intégriste d'être financé par je ne sais qui, oui l'arène politique ne pardonne pas quand on si risque on risque d'entendre beaucoup et il faut avoir la peau rugueuse pour ne pas ressentir ces flèches décochées pour tuer ou stopper.
Je ne suis pas du Pastef mais je suis un citoyen averti qui essaie d'écouter pour comprendre, lire pour déceler les pertinences ou les failles.


Son inexpérience n'est pas un défaut quand on sait qu'un chef d'état s'entoure de gens capables et compétents avec une morale et une éthique.


Sonko le patron des solutions pour le Sénégal compte sur tous les citoyens pour l'aider à changer ce pays, il compte modifier radicalement l'homme sénégalais et la physionomie du pays qu'il mettra au travail.
Il insiste beaucoup sur le concept de patriotisme qui n'est pas antinomique et cette faculté donne de la motivation et une responsabilité citoyenne.


Sonko est entrain de façonner son programme il est allé rencontrer les citoyens réputés APR dans les foyers et autres lieux même si les gens voulaient qu'ils restent plus longtemps il faut savoir que le temps est compté.


A 44 ans Sonko affiche sa singularité, un vrai «pitbul» qui ne démord pas sur ses convictions. On dira de lui qu'il fait peur, il soulève des foules, des gens qui avaient rompu avec la politique puisque dégoutés et déçus.
Pour ma part jusqu'à ce jour je vois un jeune candidat qui prend la mesure de son charisme et le poids de la charge qu'on lui donne et qu'il veut porter tout en comptant sur le peuple.


Sonko galvanise les foules et les concitoyens le lui rendent bien, lui qui veut dépasser les querelles ethniques dans un Sénégal interculturel qui ne s'est jamais appesanti sur ces dérives que certains voudraient introduire dans le pays de la Teranga.


RAS Sonko peut continuer sa tournée à l'Etranger et à travers le Sénégal sans se méfier des critiques qui feront toujours présentent quand on est dans la société politique et je voudrai terminer par une belle pensée trouvée ; « Encourager ce qui est bien, indiquer ce qui est mieux, prévenir ce qui est mal, condamner ce qui est indigne et combattre ce qui est injuste, voila la mission que nous nous sommes assignés» je dirai que les militants du Pastef et leur leader peuvent s'approprier cette pensée.

Ps /Il faut s'atteler à respecter les horaires et ne pas faire comme au Sénégal où le  temps est suspendu.

-Sonko préfère 2 à 3 questions pour les quels ils répondra en long enlarge pour que son propos ne  soit pas entaché,mais la presse qui vient lui poser des questions mérite aussi de poser ses questions et c'est pourquoi je suis venu. 

_Péché de jeunesse, mais je suis convaincu qu'avec le  temps ces petits défauts seront vite corrigés pour donner une image encore plus conforme.
Pape B CISSOKO Paris France

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