Les Albinos de HEMA Nayélé organise ce Vendredi à Compiègne : Le 4 ème Forum artistique de la différence.


L'association AHB dont l'objectif est d' informer sur l'albinisme et de récolter des vêtements et accessoires afin de créer une boutique solidaire à BANFORA pour l'intégration des personnes albinos et malvoyantes organise un forum pour faire de nos différences un atout. Des animations pour les enfants, un film de sensibilisation sur la scolarisation des enfants albinos au Sénégal, une exposition sur la grande guerre, deux défilés à 12 h et 19 h 45 et beaucoup d'autres animations sont proposées tout au long de la journée. Merci de bien vouloir transmettre l'information aux familles dans les annonces du mardi. Nous recherchons 10 bénévoles pour tenir les stands d'animations pour les enfants et des modèles pour défilé.


Pour tout renseignement appeler le 06 98 47 67 14 pour Mariam Maiga . Marguerite Robert
Nayele HEMA <Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. >


Nos objectifs et actions


Nous sommes l'association Les Albinos de HEMA Nayélé, notre association est basée à Compiègne et au Burkina-Faso elle a pour but la recherche permanente d'aide pour:


• Sensibiliser, soigner, soutenir et aider à l'intégration sociale des albinos.
• Regrouper les albinos de la Picardie.
• Soutenir les familles des enfants albinos dans leurs démarches administratives ou d'emploi.
• Parrainer les enfants.
• Valoriser l'art et la culture traditionnelle Africaine.
• Promouvoir l'élevage et l'agriculture.
• Développer les produits issus de l'artisanat Africain.
• Récolter tous matériels pour la mise en place
NOS ACTIONS A COMPIÈGNE
• Organisation de conférences
• Mise en place de soirées à thèmes
• Soutenir les familles des enfants albinos dans leurs démarches administratives ou d'emploi en France et au Burkina-Faso
• Vente de produits artisanaux
• Récolter tous matériels


NOS ACTIONS AU BURKINA


• A destination des personnes albinos
• Accompagnement aux soins (distribution de crèmes de protection, médicaments, casquettes, téléphone portables visites ophtalmologiques et dermatologique
• soutiens scolarités, l'insertion professionnelle
• Activités manuelles (création de produits artisanaux...)
• L'Albinisme
• L'albinisme est une particularité génétique héréditaire qui touche les mammifères, les oiseaux, les poissons, les amphibiens et les reptiles, se caractérisant par un déficit de production de mélanine pouvant aller jusqu'à l'absence totale dans l'iris et les téguments (épiderme, poils et cheveux, plumes), malgré la présence normale de cellules pigmentaires. Le plus souvent, la rétine est déficitaire en récepteurs et pigments, particulièrement au niveau de la fovéa qui n'est pas bien constituée (hypoplasie) ; le nerf optique peut également présenter une hypoplasie et la distribution des fibres nerveuses entre les deux yeux est anormale.
On distingue l'albinisme oculaire (albinisme partiel, moins fréquent) comportant trois formes, qui se manifeste principalement chez les hommes et n'affecte que les yeux, et l'albinisme oculo-cutané (albinisme total) comportant au moins quatre formes, touchant également les femmes et les hommes, qui affecte les yeux, la peau, les poils et les cheveux.


En cas d'absence totale ou presque totale de mélanine, les yeux sont rouges ou violacés et les téguments blancs – ou colorés uniquement par d'autres pigments que la mélanine chez certaines espèces animales. En cas de présence de mélanine en quantité diminuée, les iris et les téguments sont plus clairs que chez les autres individus de la même espèce. Les iris sont le plus souvent bleu voire, orange clair ou gris mauve dans les cas les plus sévères où l'œil est visiblement dépigmenté, le reflet rouge de la rétine visible à travers la pupille donnant ces teintes à l'iris.


Les albinos ont une vision déficiente et sont facilement sujets à des kératoses et cancers de la peau s'ils ne sont pas protégés du soleil. Leurs yeux sont très sensibles à la lumière, les rendant photophobes. Chez les animaux à plumes ou poils, il n'y a pas de sensibilité accrue à la lumière solaire des téguments, le pelage ou plumage blanc ayant un bon pouvoir de réflexion de la lumière.


Certaines maladies génétiques rares comprennent l'albinisme dans leur syndrome : syndrome de Hermansky-Pudlak, syndrome de Chediak-Higashi, syndrome de Griscelli par exemple.


L'albinisme ne doit pas être confondu avec le leucistisme qui touche tous les pigments et pas seulement la mélanine. Les iris sont colorés et la rétine normalement constituée.


• Source : L'Albinisme (Wikipédia)
• Cours alphabétique

 

MARX : LIMITES D'UNE OEUVRE INACHEVÉE-Conséquences historiques -Pierre Roubaud

Questions contemporaines
ECONOMIE PHILOSOPHIE SCIENCES POLITIQUES


La science est inachevée comme l'Histoire. Tout au long de notes de lectures éparses sur des textes de Marx et divers auteurs de sa postérité, Pierre Roubaud pense avoir démontré que Marx s'est contredit et trompé sur des questions théoriques importantes.
Pierre Roubaud a été enseignant-chercheur en biologie. Profitant de son expérience de responsable communiste à l'Université pendant 45 ans, il consacre sa retraite à l'étude des racines théoriques de la défaite des révolutions du XXe siècle.
Questions contemporaines

Conséquences historiques

Pierre Roubaud

La science est inachevée comme l'Histoire. Tout au long de notes de lectures éparses sur des textes de Marx et divers auteurs de sa postérité, Pierre Roubaud pense avoir démontré que Marx s'est contredit et trompé sur des questions théoriques importantes.

Démographie, éducation, espérance de vie, production matérielle et des services : le capitalisme ne fait pas « qu'épuiser les deux sources d'où jaillit toute la richesse : la terre et le travailleur» ;
• Les activités de service produisent de la valeur ;
• Le capitaliste achète le travail du salarié, non sa «force de travail» ;
• Le travail n'est pas payé à sa valeur mais en fonction d'un rapport de force économico-politique, voire militaire ;
• Le prolétariat ne se réduit pas à sa composante ouvrière ;
• De nombreux salariés pro¬ tent d'une « plus-value salariale » qui résulte d'un transfert de valeur depuis les pays dominés par la pyramide des États impérialistes et depuis le travail des travailleurs les moins productifs ;
• Les couches moyennes salariées fournissent une base sociale aux politiques de collaboration de classe ;
• L'histoire du capitalisme relève d'un déterminisme en permanence multifactoriel où les rapports économiques n'occupent pas, en permanence, la position « d'infrastructure» ;
• La postérité de Marx est aujourd'hui largement dominée par l'idéologie des couches moyennes salariées ;
• Une lecture dogmatique des œuvres de Marx a contribué à l'effondrement des états socialistes du XXe siècle.

Pierre Roubaud a été enseignant-chercheur en biologie. Profitant de son expérience de responsable communiste à l'Université pendant 45 ans, il consacre sa retraite à l'étude des racines théoriques de la défaite des révolutions du XXesiècle.

L'élection présidentielle est prévue le 7 octobre au Cameroun. La campagne bat son plein. Quant au niveau logistique, la Commission électorale camerounaise (Elecam- Elections Cameroon) assure que tout sera fin prêt le jour J.

Aucune agitation au siège d'Elecam où se succèdent les réunions. « Nous sommes très confiants, puisqu’on a déjà fait tout le grand travail, estime Erik Essousse, directeur général des élections. Et nous suivons maintenant sur le terrain pour que le jour J, donc le 7, tout se passe dans les meilleures conditions ».

Tout le matériel est acheminé

Les bulletins de vote, les urnes, les isoloirs, les PV de dépouillement, tout ce matériel est déjà acheminé dans les régions et les communes d'où il sera déployé dans les 25 000 bureaux de vote du pays.

Les électeurs pourront bel et bien utiliser leur téléphone pour filmer ou prendre des photos. Erik Essousse tient à lever toute équivoque. « Il n’y a que dans l’esprit des personnes que ce débat existe, mais c’est un faux débat. Il faut seulement respecter les consignes que quand on est dans un bureau de vote, ce n’est pas pour faire la perturbation. C’est tout. Maintenant les portables, ce qui est certain, c’est que ce n’est pas interdit ».

Aucun dispositif particulier dans les régions anglophones

En dépit des menaces formulées par les séparatistes, Elecam n'a prévu aucun dispositif particulier pour les deux régions anglophones : le nombre de bureaux de vote n'est pas revu à la baisse. Le matériel est acheminé comme prévu. « Nous n’avons pas à prendre des dispositions particulières. La seule disposition que nous voulons prendre, c’est une disposition sécuritaire pour protéger les bureaux de vote et pour protéger les électeurs. Si maintenant, il arrivait qu’on cherche à perturber de manière forte le système, nous ne pouvons pas vous dire. Mais toutes les mesures vont être prises pour que tout se passe dans les meilleures conditions ».

Quant aux accusations de fraudes, le directeur général des élections les balaie toutes d'un revers de la main : « C’est la loi électorale que nous appliquons. La loi est la loi. Maintenant, tout le reste n’est que politique et jeux politiques ».

Ses yeux brillent quand il parle de ces deux femmes. Le chorégraphe Salia Sanou les admire et il avait beaucoup envie de partager avec elles une expérience sur scène autour des identités multiples. Déjà avant « Multiple-s », créée aux Francophonies en Limousin, son œuvre était intensément imprégnée de l’art littéraire de l’écrivaine franco-canadienne Nancy Huston (« aujourd’hui, j’ai cinq ou six identités ») et de la danse de la Franco-Sénégalaise (« et allemande par mariage ») Germaine Acogny, 74 ans.Une icône de la danse contemporaine que Salia Sanou nomme tout simplement sa « maman Germaine ». Une transmission artistique profonde et poétique, subtile et émouvante. Entretien avec le danseur et chorégraphe burkinabè travaillant entre Ouagadougou et Montpellier, entre la France et le Burkina Faso, entre l’Afrique et l’Europe.

RFI : Vous avez crééMultiple-s. Quel sont vos « multiples » ?

Salia Sanou :Mes multiples, ce sont tout ce qu’on traverse et tout ce qu’on reçoit quand on part d’un territoire à un autre, quand on se déplace, voyage, découvre. On part de quelque chose et on arrive aussi avec quelque chose. On est multiple. On est riche de tout cela, des couleurs, odeurs et visions. C’est ce que j’appelle être « multiple-s ».

Dans votre pièce, on entend cette phrase : « quand on arrive quelque part on ne raconte pas ce qu’on est et quand on retourne au pays, on ne raconte pas ce qu’on fait ». Est-ce votre vécu ?

C’est mon expérience : partir. Cela veut dire aussi partir avec ce qu’on a. Quand on arrive quelque part, c’est aussi d’accepter de vivre où l’on dépose sa valise et qu’on reçoit quelque chose de là-bas. En partant, on arrive toujours avec une richesse. Je crois vraiment à cette rencontre, à cet échange, à ce croisement, à cette multiple identité qui est finalement en nous. On part d’une identité et on s’enrichit toujours d’une autre identité et on devient multiple.

Le spectacle commence avec des mouvements des mains, sortant d’une sorte d’espalier de gym mobile lumineux. Pour vous, tout commence par la main ?

Oui, le geste de la main est très important. Il y a des moments quand on n’a plus la parole, quand le mot ne peut plus sortir, il y a les mains qui peuvent dire, raconter, décrire des gestes. La main nous montre où aller. Moi, je pense que c’est très signifiant. Donc, ce spectacle commence avec ce jeu de mains qui appelle l’Autre, qui a envie de voir l’Autre, de rencontrer l’Autre. Et ce sont aussi ces gestes de mains qui disent à l’Autre : je suis là. Donc, comme on dit : donnons-nous la main.

RFI

Le conseil municipal de Dakar est convoqué ce samedi 29 septembre pour élire le successeur de Khalifa. L'ex-maire de la capitale sénégalaise, révoqué le 31 août, est en prison depuis près de 600 jours, condamné en appel pour escroquerie portant sur des deniers publics.

Les 100 conseillers municipaux ont rendez-vous à 10h ce samedi dans la grande salle des mariages de la mairie de Dakar. Deux élus sont officiellement candidats.

Soham Wardini, première adjointe, qui assure l'intérim depuis le placement en détention de Khalifa Sall, est sur le papier la mieux placée car la coalition créée par l'ancien maire dispose toujours d'une large majorité, Khalifa Sall, lui a officiellement apporté son soutien.

Membre de cette coalition mais accusé par ses détracteurs de s'être rapproché récemment de la majorité, Banda Diop, maire de la commune de Patte d'Oie, est le second prétendant à la mairie de la capitale sénégalaise.

La crainte d'un « sabotage »

Pour gagner, les candidats devront obtenir la majorité absolue, c'est-à-dire au moins 51 voix.

Un autre cas de figure est possible : « Si la tenue du conseil municipal se révèle durablement impossible », indique la loi, le président Macky Sall pourrait alors placer la mairie sous délégation spéciale. Au sein du camp Khalifa Sall, on s'inquiète donc de possibles tentatives de « sabotage ou de blocage » de ce conseil municipal.

RFI

samedi, 29 septembre 2018 10:33

Le vrai courage politique

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Au moment où le président Macky Sall se glorifie de ses réalisations depuis son élection à la magistrature suprême le rapport « La course à la nouvelle frontière des revenus » rédigé par vingt-cinq spécialistes venus de tous les horizons académiques et politiques afflige un cinglant démenti à ce bel enthousiasme.

Ces experts ont passé à la loupe, ou plutôt au scanner, les chiffres présentés par le « Plan Sénégal émergent » afin de vérifier si ladite émergence était atteignable en 2035, dans dix-sept ans.

Or si le Sénégal jouit d’une bonne image à l’international et si comme le reconnaît Christine Lagarde directrice générale du FMI le pays « a fait des progrès pour consolider ses équilibres macroéconomiques au cours des dernières décennies » et que la croissance au cours des trois dernières années à dépassé chaque année les 6% il faudrait progresser autour de 7 à 8% par an pour créer les emplois nécessaires à l’afflux des jeunes sur le marché du travail.

Rappelons en effet que 45 % de la population à moins de quatorze ans et il y a là un risque majeur d’explosion sociale si le taux de chômage n’est pas réduit de façon drastique au cours des années à venir. Les gouvernants actuels et futurs ont entre les mains un véritable bâton de dynamite.

L’endettement est également source d’inquiétude car si le Sénégal continue à emprunter au rythme actuel, son taux d’endettement, aujourd’hui de près de 60 % du PIB (produit intérieur brut) dépassera les 107 % d’ici deux ans. C’est-à-dire demain.

Voilà une belle grenade dégoupillée que laissera à son successeur l’actuel chef de l’Etat s’il n’est pas reconduit dans ses fonctions en février prochain, ou qu’il lui faudra gérer dans le cas contraire.

Quant au pari lancé par le « Plan Sénégal émergent » de parvenir à un revenu par tête de 4 000 dollars en 2035 et de voir ainsi l’émergence d’une vraie classe moyenne dans le pays, on a de quoi en douter quand on sait qu’il est aujourd’hui de seulement 2, 31 dollars … Et ce n’est pas en considérant que la croissance démographique (3% annuelle), qui entrave l’amélioration du niveau de vie, est un sujet politiquement incorrect, voir tabou, que la situation peut s’améliorer. 

Oui, il y a loin de la coupe aux lèvres mais le vrai courage d’un homme politique n’est pas, afin d’être populaire, de faire des promesses fallacieuses, auxquelles seuls les gens qui les écoutent veulent bien croire, mais de prendre des engagements sérieux, crédibles. Au risque de ne pas brosser les électeurs dans le sens du poil.

Le directeur de la publication d’Ichrono    

 

J'ai découvert cette philosophe hier et je me suis dit pourquoi pas ne pas soumettre ses idées à la sagacité du plus grand nombre. Elle aborde des sujets délicats, l'oubli, la dialectique , non non;    la cause des animaux, le judaÏsme, etc PROFESSEURE EMERITE DE PHILO A PARIS 1  -  A lire ou à découvrir P B CISSOKO

Elisabeth de Fontenay est une philosophe aussi rare que précieuse. une autre façon de penser : Elle n'écrit pas pour oublier...dit-elle dans l'émission "la grande bibliothèque sur France5 26/09/2018-


Sans doute le silence est-il pour Élisabeth de Fontenay le gouffre fondateur au-dessus duquel sont tendues sa vie et sa pensée. La philosophe s'en est déjà expliquée. Il y eut le secret entretenu dans sa famille catholique sur la judéité de sa mère, le refus de celle-ci d'évoquer les siens disparus à Auschwitz ; il y eut, pour elle devenue philosophe, le retour au judaïsme, la fraternité intellectuelle avec Jankélévitch, Lyotard, Adorno, Derrida, tous penseurs de l'absence et de la vie mutilée ; il y eut enfin ce « silence des bêtes » qu'elle osa avec force méditer en entendant le silence des victimes de la barbarie nazie.


Au cœur de la vie d'Élisabeth de Fontenay se trouvait un autre « désespérant silence » qui l'a laissée pour toujours intranquille et inconsolée : celui de son frère, né quelques années après elle, handicapé mental, ne parlant qu'un « texte obscur », « exilé de la subjectivité et de la réciprocité ». Elle n'a jamais caché son existence, jamais non plus jusqu'ici raconté l'entrelacs de cette existence à la sienne. Ne voulant parler « ni à son sujet, ni à sa place ni en son nom », elle ne peut qu'écrire à la première personne « l'autobiographie de mon frère ». Elle a choisi de le nommer Gaspard, en partie à cause du Gaspard de la nuit d'Aloysius Bertrand mis en musique par Maurice Ravel, mais peu importe. Aujourd'hui âgé de 80 ans, Gaspard est à la charge de sa sœur, il est, dit-elle, « un ailleurs inaccessible qui m'est échu », une vie dont il lui faut littéralement répondre.


Avec une dignité extrême, sans échappatoire sentimentale ni refuge dans l'érudition philosophique, en allant au bout de la nuit qu'elle peut toucher, Élisabeth de Fontenay récupère en courts chapitres les souvenirs, les sensations, le trouble de ses pensées, ne renonçant jamais à considérer son frère comme une personne. Et pourtant, révèle-t-elle, c'est bien le quasi-mutisme de Gaspard et sa « pauvreté d'esprit », qui sont à la source de son attention philosophique pour la souffrance et le mystère des animaux, tout en rejetant fermement les excès de l'animalisme : « c'est grâce à Descartes que j'ai sauvegardé l'humanité de Gaspard, et c'est grâce à Gaspard que j'ai dit absolument non à l'animal machine ».


Sauver Gaspard de la nuit : dans ce texte aussi solide que sensible se joue une rédemption, un partage du nom que l'aînée croyait avoir gardé pour elle seule. Gilbert-Jean de Fontenay est désormais inscrit « moins illisiblement dans la communauté des hommes ».


Par CATHERINE PORTEVIN
https://www.philomag.com/les-livres/notre-selection/gaspard-de-la-nuit-autobiographie-de-mon-frere-36184

Le jour où Elisabeth de Fontenay a décidé d'être juive. La lumière de son histoire familiale Par Eric Aeschimann —


La philosophe analyse son itinéraire intellectuel à la lumière de son histoire familiale


Les pensées vivantes se reconnaissent à leur entêtement : une même interrogation, ressassée, remâchée, qui irrigue jusqu'aux plus minces détails. A première vue, l'affaire qui déclenche le dernier livre d'Elisabeth de Fontenay est anecdotique : la philosophe vient de refuser la réédition de son tout premier essai, les Figures juives de Marx et son interviewer, le journaliste Stéphane Bou, semble s'en offusquer. Or, bien vite, on découvre que ce refus est le fruit d'un tourment intérieur, qui dure depuis longtemps. En tirant le fil, apparaissent la trajectoire intellectuelle d'Elisabeth de Fontenay, mais aussi les secrets de sa vie, et même une certaine lecture de la pensée française depuis les années 60, tiraillée entre la reconnaissance de la spécificité juive et l'exigence d'universalisme.


Assistante de Vladimir Jankélévitch dans les années 70, spécialiste de Diderot et de la question animale, Elisabeth de Fontenay énonce dès la troisième page l'équation instable de ses origines. Parce que son père était normand, catholique résistant et premier directeur de l'ENA, elle a été élevée dans le catholicisme et continue aujourd'hui encore d'en goûter le rituel. Mais parce que sa mère, juive, venait d'Odessa, fuyant les pogroms de 1905, elle a décidé d'être juive le jour où elle a lu les Réflexions sur la question juive de Sartre: «Ou on le dira de moi, ou bien c'est moi qui le dirai. Et j'ai décidé de le dire.» S'en suivit un travail de réaffiliation obstinée : «Etudiante, j'ai œuvré à me détacher du catholicisme [...], à travailler sur les choses juives et à me laisser travailler par elles.»


Péché antisémite. En 1967, avec la guerre des Six jours, elle se découvre «un attachement viscéral à l'existence d'Israël». En bonne philosophe, Elisabeth de Fontenay ne croit pas aux identités naturelles. Mais elle n'en parle pas moins du «sang» qui est le sien, du «camp» auquel elle appartient et qu'elle ne voudrait pas donner l'impression de trahir. Par exemple en laissant rééditerFigures juives de Marx paru en 1973. L'ouvrage, explique-t-elle, pourrait être utilisé par «des adversaires». Comprendre : ceux qui critiquent Israël au point de remettre en cause son droit à l'existence.

C'est que, dans Figures juives, la philosophe prend position dans une querelle qui n'a cessé de diviser la gauche depuis quarante ans : y a-t-il, au cœur du projet communiste, un péché originel antisémite ? Oui, affirment ceux qui établissent des généalogies antisémites de Kant à Marx, de Voltaire à Wagner, des premiers chrétiens aux nazis... Non, répond Elisabeth de Fontenay, pour qui l'antijudaisme de Marx dans la Question juive ne fut qu'un péché véniel, une «maladie infantile», remplacé, dès 1845, par «le concept de capital». Avec le recul, elle maintient fermement son point de vue. Simplement, elle ne voudrait pas qu'il vienne nourrir l'argumentaire de l'extrême gauche actuelle dans ses controverses avec les défenseurs d'Israël.
«Comment ne pas traiter les grands auteurs de façon inquisitoriale et comment ne pas laisser des énormités ?» :tel est le genre de balancements qui structure tout l'entretien, menant la philosophe à une formidable investigation d'elle-même.

Cherchant à comprendre ses hésitations, elle raconte comment sa mère a vu partir à Auschwitz sa sœur, son beau-frère, leurs enfants, ainsi que sa propre mère, sans jamais rien en dire à sa fille, ni sur le coup, ni plus tard. «Je vivais dans un no man's land de la mémoire, je pensais même parfois que je fabulais, qu'ils étaient partis au Canada ou en Australie, que nous étions brouillés avec eux. [...] Il y avait quelque chose qui n'allait pas dans la tête de la plupart des parents juifs de l'époque, dans cette volonté qu'ils ont eue, rescapés ou parents de naufragés, d'épargner les enfants et de s'emmurer dans le silence.» «J'avais peur en la questionnant de la faire mourir, alors que les nazis n'avaient pas réussi à l'assassiner.» Un jour, une amie de la fille propose à la mère de l'aider à en parler enfin. La mère accepte, fixe un rendez-vous à l'amie et meurt quelques heures avant le rendez-vous.


Croisement. Est-ce de là que découle une pensée qui n'accepte jamais la résolution des conflits, qui récuse le «dépassement» dialectique ? «Je dis quelque chose et il faut immédiatement que j'ajoute : mais en même temps.» Cela lui donne une liberté sans pareil. Au croisement de son judaïsme et des travaux sur la condition animale, elle peut s'avancer sur le terrain apparemment scabreux de la comparaison entre «les animaux conduits à l'abattoir» et «les hommes exterminés industriellement». Le rapprochement, dit-elle, est à la fois aberrant et juste, parce qu'il permet d'imaginer «ce que cela a pu effectivement signifier que des hommes n'aient été tenus pour rien d'autre que des seulement vivants. [...] »


Faut-il affirmer l'unicité d'Auschwitz ou son exemplarité ? Peut-on être fidèle à son peuple sans penser qu'il est élu ? Etre juif et embrasser l'universel ? Elisabeth de Fontenay assume ses contradictions et, ce faisant, finit par couvrir un terrain immense. Son érudition est enthousiasmante, mais sa quête ne se relâche jamais. A un moment, elle lance un appel à la passivité : «Je parle toujours de moi-même en tant que processus [...] J'accepte qu'on me définisse par un calcul de forces, au sens physicien du terme.» C'est d'un corps traversé de forces que jaillit la pensée ; c'est dans l'intime que se fait l'histoire. En ce sens, l'entêtement d'Elisabeth de Fontenay n'est qu'un autre nom de la vie qui l'habite.


Eric Aeschimann Elisabeth de Fontenay Actes de naissance Entretiens avec Stéphane Bou, Seuil, 199 pp., 19 €.

Qui est cette auteure
Nationalité : France Né(e) : 1934 Biographie :

Élisabeth de Fontenay est une philosophe et essayiste française.

Professeure émérite de philosophie à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, elle s'intéresse d'abord à Marx auquel elle consacre un ouvrage intitulé Les Figures juives de Marx. Marx dans l'idéologie allemande (1973). En 1984, elle fait paraître un livre qui a fait date sur le matérialisme de Diderot (Diderot ou le Matérialisme enchanté).

Comme ses ouvrages ultérieurs, cette contribution s'interroge sur les rapports entre les hommes et les animaux dans l'histoire. Cette réflexion culmine avec la parution de son magnum opus Le Silence des bêtes paru chez Fayard en 1998, un ouvrage qui repose la question de ce qu'est le « propre de l'homme >> et remet en cause l'idée d'une différence arrêtée entre l'homme et l'anima]. Privilégiant la longue durée, cet ouvrage interroge les conceptions de l'animal de Platon jusqu'à nos jours en passant par Descartes et sa célèbre hypothèse de l'animal-machine.

Cette réflexion peut être rapprochée du courant actuel de la pensée posthumaniste représenté notamment par Peter Sloterdijk ou Donna Haraway. Parmi les auteurs qui ont influencé ses travaux, on peut mentionner notamment Vladimir Jankelevitch, Michel Foucault et Jacques Derrida

Juive par sa mère dont une grande partie de la famille a été exterminée à Auschwitz [3], Élisabeth de Fontenay est restée très attachée à cette culture. Elle est actuellement présidente de la « Commission Enseignement de la Shoah » de la Fondation pour la mémoire de la Shoah et membre du comité de parrainage de l'association La paix maintenant pour la promotion du mouvement israélien Shalom Archav.

Parallèlement, elle fait partie du Comité d'éthique ERMES aux côtés notamment d'Henri Atlan. Préoccuppée par les questions éthiques concernant le traitement de animaux, elle a publié en collaboration avec Donald M. Broom Le Bien-être animal (Éditions du Conseil de l'Europe, « Regard éthique », 2006) qui expose les problèmes d'éthique soulevées par ce sujet en exposant les points de vue religieux et les positions des différents pays.

Depuis septembre 2010, Élisabeth de Fontenay présente, avec Fabienne Chauvière, l'émission de radio Vivre avec les bêtes consacrée aux animaux sur France Inter. À compter de septembre 2011, c'est avec Allain Bougrain-Dubourg qu'elle fait équipe pour animer l'émission, qui est arrêtée en juin 2014.
https://www.babelio.com/auteur/lisabeth-de-Fontenay/169507--Source : wikipedia
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Les Cigognes sont immortelles -Alain Mabanckou ed du Seuil


À Pointe-Noire, dans le quartier Voungou, la vie suit son cours. Autour de la parcelle familiale où il habite avec Maman Pauline et Papa Roger, le jeune collégien Michel a une réputation de rêveur. Mais les tracas du quotidien (argent égaré, retards et distractions, humeur variable des parents, mesquineries des voisins) vont bientôt être emportés par le vent de l'Histoire. En ce mois de mars 1977 qui devrait marquer l'arrivée de la petite saison des pluies, le camarade président Marien Ngouabi est brutalement assassiné à Brazzaville. Et cela ne sera pas sans conséquences pour le jeune Michel, qui fera alors, entre autres, l'apprentissage du mensonge.
Partant d'un univers familial, Alain Mabanckou élargit vite le cercle et nous fait entrer dans la grande fresque du colonialisme, de la décolonisation et des impasses du continent africain, dont le Congo est ici la métaphore puissante et douloureuse. Mêlant l'intimisme et la tragédie politique, il explore les nuances de l'âme humaine à travers le regard naïf d'un adolescent qui, d'un coup, apprend la vie et son prix.


Alain Mabanckou est né en 1966 à Pointe-Noire, au Congo-Brazzaville. Ses œuvres sont traduites dans le monde entier. Il enseigne la littérature francophone à l'Université de Californie-Los Angeles (UCLA).


Livre : Alain Mabanckou, une histoire intime du Congo


Entre récit d'apprentissage et drame familial, « Les cigognes sont immortelles » revient sur l'assassinat de Marien Ngouabi, président de 1968 à 1977.
Critique


Entre récit d'apprentissage et drame familial, « Les cigognes sont immortelles » revient sur l'assassinat de Marien Ngouabi, président de 1968 à 1977.
Par Séverine Kodjo-Grandvaux (contributrice Le Monde Afrique)

Comment pleurer quand vous n'y arrivez pas ? Deux possibilités. « Utiliser du piment comme les veuves de Pointe-Noire pour avoir des larmes », explique Michel du haut de ses 11 ans. Ou, si vous avez été élève à Pointe-Noire dans les années 1970, vous rappeler vos cours d'instruction civique pendant lesquels, chaque semaine, « après avoir dit du bien du camarade président Marien Ngouabi », vous entonniez le chant soviétique Quand passent les cigognes :
« Il me semble parfois que les soldats / Qui ont laissé leur vie sur les champs de bataille inondés de sang / Ne gisent pas au sein de notre terre / Mais transformés en cigognes blanches / Et jusqu'alors, depuis cette époque si lointaine / Ils volent au-dessus de nos têtes et poussent des gémissements / Est-ce pour cela que l'on se tait, plein de tristesse / En regardant le ciel ?


Lire aussi : Alain Mabanckou : « Les dictateurs croient avoir le temps, mais la montre est au peuple »


Pour son nouveau roman, Les cigognes sont immortelles, paru jeudi 16 août, Alain Mabanckou a fait grandir son double, le petit Michel, personnage récurrent dans son œuvre depuis Demain j'aurai vingt ans. Une manière subtile de narrer la grande et la petite histoires, celle du jeune Congo indépendant et celle des gens de peu qui vivent de débrouillardise et de résilience, notamment dans le quartier ponténégrin de Voungou, où Michel et ses parents occupent une maison « en attendant » faite de bois et de taule.


Purge « tribaliste »


Tête en l'air et doux rêveur qui perd toujours sa monnaie quand il va faire ses courses à l'épicerie Au cas par cas de Mâ Moubobi, le fils de Maman Pauline est un esprit vif. Il aime écouter la radio, la très officielle Voix congolaise ou la subversive Voix de l'Amérique, aux côtés de Papa Roger, à l'ombre du manguier. « Cet arbre est un peu mon autre école », confie Michel, qui décortique la société congolaise, les contradictions des adultes, leur bassesse et leur grandeur. Il raconte l'école socialiste, la compétition entre les élèves, les premières amours à peine sorti de l'enfance...

À son habitude, Alain Mabanckou, Prix Renaudot 2006 pour Mémoires de porc-épic, croque des personnages au caractère bien trempé et éloigne le pathos à coup d'humour et de jeu de mots.


Récit d'apprentissage, Les cigognes sont immortelles se double d'une dimension historique et revient sur l'assassinat, le 18 mars 1977 à 14 h 30, de Marien Ngouabi, président qui a pris le pouvoir en 1968 et a instauré un régime marxiste-léniniste. Les jours suivants se met en place une dictature militaire qui, prédit Tonton René, « éliminera systématiquement ceux qui sont susceptibles de parler parce qu'ils savent quelque chose de cet assassinat dont beaucoup disent qu'il ne faut pas aller chercher très loin puisque les comploteurs et les assassins sont parmi ces onze membres du Comité militaire du parti »... parmi lesquels figure un certain Denis Sassou-Nguesso.


Lire aussi : Mabanckou, autobiobibliographie


Première victime d'une purge « tribaliste » au détriment des « Sudistes » : le capitaine Luc Kimbouala-Nkaya, saint-cyrien, cofondateur du Parti congolais du travail et frère de Pauline Kengué, la mère de Michel... et d'Alain Mabanckou. Le récit historique se mue en drame familial où l'amour filial offre à la narration une chaleureuse poésie. Perle alors une tendresse nostalgique pour ceux qui, à l'instar du capitaine, se sont depuis envolés vers d'autres cieux – Pauline Kengué, Roger Kimangou, René Mabanckou – et sont devenus des cigognes immortelles.


Interview. Alain Mabanckou va bientôt "rentrer au pays"http://www.adiac-congo.com/content/interview-alain-mabanckou-va-bientot-rentrer-au-pays-89436
Mardi 25 Septembre 2018 - 19:16

L'écrivain très prolixe en ce moment sur les ondes de France Télévision répondait hier aux questions de Patrick Simonin dans l'émission L'Invité. Extrait*.
Alain Mabanckou. Je voudrais - puisque je l'ai lu dans la presse -, je voudrais remercier - puisqu'il faut quand même être dans les remerciements - ce ministre de la Justice du Congo qui semble-t-il a dit que je n'avais aucun mandat d'arrêt, je n'avais aucune interdiction de retour au pays, que mes livres n'étaient pas interdits. Ça tombe bien, ça va me permettre de rentrer bientôt au Congo Brazzaville.


Patrick Simonin. Vous allez rentrer quand, au Congo Brazzaville ?


AM. Dès que je le sentirai. Il faut que je me prépare ; je viens d'apprendre que je ne suis pas interdit. Ça fait plaisir.


PS. C'est votre souhait Alain Mabanckou ?


AM. Qui ne peut pas avoir le souhait de rentrer chez lui et de voir ses frères, ses sœurs, le peuple congolais ? C'est important de le faire. Je suis un fils du Congo. Quand on me voit, la première chose qu'on voit c'est le Congo Brazzaville, j'allais dire l'Afrique puis le Congo Brazzaville. Donc nul n'a le monopole de dire que le pays lui appartient. Le pays nous appartient tous. Qu'on le veuille ou non, nous devons composer ensemble pour aller de l'avant.
Les histoires de familles s'invitent dans le nouveau numéro de La Grande Librairie. Alain Mabanckou, Éric Fottorino, Sophie Daull et Olivia de Lamberterie discutent littérature avec François Busnel.


« Cassons les codes, dépassons les clichés, oublions les idées reçues », tel est le programme que propose François Busnel aux téléspectateurs de La Grande Librairie. En roman ou sous forme de témoignage, la famille et ses secrets sont passés au crible par les invités de ce soir. En prime, une entrevue exceptionnelle avec l'auteur américain, Dan Chaon dont le roman, Une Douce Lueur de malveillance, vient d'être traduit chez Albin Michel.
Sur son plateau, il reçoit Alain Mabanckou, un habitué de l'émission. L'écrivain franco-congolais vient parler de Les cigognes sont immortelles (Ed. Seuil), un roman familial empreint de réalisme situé à Pointe-Noire, lieu de naissance d'Alain Mabanckou. S'il s'agit d'une fiction, l'assassinat du président Marien Ngouabi en mars 1977 est un fait réel.


La Grande Librairie, mercredi 26 septembre à 20h50 sur France 5
France 3France Télévisions


Michel, le héros du 12e ouvrage d'Alain Mabanckou, Les Cigognes sont immortelles, vit à Pointe-Noire, la capitale économique du Congo, où est né l'écrivain en 1966. "C'est peut-être mon alter ego. C'est un enfant que j'ai toujours vu comme si c'était mon ombre, mais c'est peut-être aussi mon double. Je lui ai donné tout ce que j'ai. Il a 11-12ans. Il a vu, entendu, reçu des présidents, des dictateurs" comme moi petit, explique l'auteur dans le Soir 3 mardi 4 septembre.
Nostalgique


Il y a aussi beaucoup de souvenirs d'enfance et de nostalgie de cette époque dans ce livre écrit par celui qui enseigne la littérature francophone aux États-Unis.
"La francophonie doit être un échange de cultures et non pas une composition de couleurs politiques qui viendrait s'asseoir sur les populations", estime Alain Mabanckou, membre du Collège de France. Et de lancer : "Je ne suis pas contre la langue française, mais je suis contre la francophonie institutionnelle qui continue à soudoyer les dictatures africaines".


-Conter l'histoire en inventant des histoires : telle est l'une des composantes de l'imaginaire littéraire de ces deux auteurs qui parviennent à allier dans un style travaillé, la puissance de leur humour à une fine lecture de la colonisation et de la décolonisation.


-Il y a un rite chez nous dans lequel en devenant adulte, on lave la figure de l'enfant pour qu'il cesse de voir le monde aussi innocemment, aussi purement, pour qu'il cesse de voir les esprits en fait. C'est même pas une relecture, c'est une lecture nouvelle, une lecture qui n'a pas encore été faite du monde à l'entour. Gauz
-Ça me permettait d'inventer une langue idéale pour parler d'idéaux. C'est pour ça que j'ai pris la peau de l'enfant, comme ça on ne peut pas me taxer de vouloir tordre un peu les choses alors que je pense vraiment ce que l'enfant dit. Qu'il sorte de la bouche comme ça d'un enfant me donne un petit air innocent. Gauz


-On écrit pour interpréter le monde mais on écrit aussi pour le transformer.

C'est que l'on est en train de faire, je pense. Alain Mabanckou


-Gamins on était appelé les pionniers de la révolution socialiste congolaise. Ce qui fondait notre action c'était un article qui s'appelait "L'article 1 du mouvement national des pionniers" et ça disait : "Le pionnier est un militant conscient et efficace de la jeunesse. Dans tous ses actes il obéit aux ordres du parti". Donc on était déjà dans une attitude moutonnière. Nous étions des moutons de Panurge avec le président de la République de l'époque qui était censé vraiment nous emmener vers la révolution. Alain Mabanckou


https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-1ere-partie/mabanckougauz-camarades-de-lettres
La Grande Librairie, mercredi 26 septembre à 20h50 sur France 5

 

PRINCIPES ÉTHIQUES D'ALBERT SCHWEITZER EN AFRIQUE-Le respect de la vie par Hines Mabika Ognandzi

le concept d'ubuntu

Sous la direction de Hines Mabika Études africaines
PHILOSOPHIE AFRIQUE SUBSAHARIENNE Gabon


"Pratiquer le Respect de la Vie rend l'homme Bon, Profond et Vivant" (Albert Schweitzer). Dans Principes éthiques d'Albert Schweitzer en Afrique : le respect de la vie, Hines Mabika et ses collègues enseignants-chercheurs des universités de Berne en Suisse, de Libreville au Gabon, de Paris1-Sorbonne en France et de Sarrebrück en Allemagne, analysent le principe du respect de la vie énoncé en 1915 par Albert Schweitzer, le futur Prix Nobel de la paix de 1952, comme une formule puissante pour renaître à l'humanité dans notre monde menacé par l'irrévérence et le crime érigés en normes de gestion de la cité.

Les violences faites aux Africains – et de plus en plus par des Africains – posent la question du sens des mutations en cours sur le continent. Elles questionnent la valeur de la vie. Lorsque, dans les années 1950 et 1960, l'élite africaine découvre l'énoncé du docteur Albert Schweitzer selon lequel l'homme noir est un frère cadet du blanc, elle verse des larmes de crocodile au nom d'un antiracisme et d'un antipaternalisme de pacotille. Lorsque, le 31 août 2016, de jeunes Gabonais, certains à peine majeurs, qui viennent d'élire un nouveau président de la République, sont abattus par quelques agents des forces armées de leur pays, personne ou presque ne s'en émeut, au nom de la « non-ingérence », nouvelle argutie d'enrobement de notre démission face au péril moral et à l'exacerbation de la violence d'État globalisée.
Le silence des intellectuels africains et des « amis » de l'Afrique face au liens invisibles qui unissent les êtres humains. La sagesse bantoue désigne ces liens sous le concept d'Ubuntu.

Albert Schweitzer y voyait la source du respect de la vie, principe éthique de ré-humanisation de l'homme et de la société.

Cet ouvrage n'est pas un traité d'éthique de la vie publique, encore moins de quelques universitaires africains et européens sur l'idée du respect de
la vie ! énoncée en Afrique il y a un siècle par le théologien, philosophe et médecin Albert Schweitzer. Car « [nul] n'a le droit de fermer les yeux et de
considérer que puisqu'il s'épargne la peine de le voir, le mal n'existe pas.


Que personne ne secoue de ses épaules le poids de sa responsabilité. »


(Albert Schweitzer, 1923)

Hines M ABIKA est historien. Il a enseigné l'histoire de la médecine et l'histoire de l'Afrique aux universités d'Aix-Marseille en France, de Neuchâtel et Berne en
Suisse, et à Indiana University aux États-Unis. Ses terrains de recherche sont l'Afrique centrale et l'Afrique du Sud.

 


Albert Schweitzer : le respect de la vie par André GOUNELLE

Schweitzer est à la fois connu et méconnu. Il est devenu une image d'Epinal, une figure pour timbres postaux, un héros de bandes dessinées, un personnage de films et de pièces de théâtre. Sa personne disparaît derrière l'image qu'on en donne. Selon les milieux et les périodes, on l'a louangé ou dénigré à l'excès, mais on l'a rarement apprécié à sa juste valeur. Les uns en ont dit beaucoup de bien et ont fait de sa vie une épopée glorieuse, ce qui n'est pas faux mais exagéré. D'autres, au contraire, l'ont rudement attaqué, l'ont accusé d'autoritarisme, de paternalisme et de colonialisme, voire de brutalité, ont critiqué la manière dont il avait conçu et dont il dirigeait son hôpital, ce qui est injuste, même si, bien évidemment, Schweitzer n'est pas parfait et si on peut légitimement discuter certaines de ses conceptions et réalisations.
Cette renommée, positive comme négative, a réduit sa philosophie à quelques slogans exacts, mais faciles, accrocheurs, comme celui du « respect de la vie » sans prendre en compte l'ensemble de la démarche qui aboutit à ces formules et de la réflexion qui leur donne leur sens. On cite des mots de Schweitzer, on se transmet des anecdotes parfois caricaturales à son propos (comme son refus de tuer les mouches et les moustiques*), mais on le lit et on l'étudie très peu, malgré les efforts intelligents et persévérants de Sorg*, de Kaempf*, de Gagnebin* et de quelques autres.

J'ai quelquefois l'impression que la célébrité de Schweitzer nuit à sa pensée dont l'importance et la pertinence me paraissent, pourtant, remarquables. Je voudrais dans cet article en indiquer quelques aspects.


Une déception


Dans les écrits de Schweitzer s'exprime une profonde déception. Il a le sentiment vif et douloureux d'un échec de la culture européenne. Certes, elle a produit des œuvres nombreuses et brillantes, ce dont il faut lui être reconnaissant. Mais, en fin de compte, malgré de remarquables productions, elle aboutit à des résultats assez maigres, et même, à bien des égards, négatifs. Elle a multiplié les théories, les systèmes, les constructions intellectuelles sans offrir, néanmoins, grand chose de vraiment solide. La culture orientale, que Schweitzer étudie attentivement et la culture africaine, qu'il juge plus primitive et moins développée, n'ont pas mieux réussi que l'occidentale, même si elles en diffèrent et si leur bilan ne s'établit pas dans les mêmes termes. On peut donc parler d'une faillite de l'humanité et de ses diverses civilisations.


L'échec se constate, d'abord, dans le domaine de la connaissance.

Le développement de la science a paradoxalement mis en évidence que notre savoir reste limité et peu sûr. Nous nous heurtons constamment à des mystères impénétrables.

Les réalités dernières, les raisons ultimes, les vérités essentielles nous échappent et nous n'avons aucun moyen pour les atteindre. Le secret de l'univers nous échappe. Marqué par Kant, Schweitzer penche vers l'agnosticisme : nous ne savons pas ce qu'il y a derrière les phénomènes, nous sommes condamnés à l'ignorance. « Ce que notre pensée, écrit-il, nous présente comme la connaissance de l'univers n'est jamais qu'une interprétation sans aucune preuve ... Il ne nous reste rien d'autre à faire que de nous avouer à nous-mêmes que nous ne comprenons rien à la marche du monde, que nous sommes de tout côté entourés d'énigmes »*.


Sur le plan de l'action ou de l'éthique, la philosophie occidentale se montre incapable de donner des règles simples et claires.

Elle a renoncé à sa mission éducatrice au service de tous, pour devenir une affaire de spécialistes, qui se complaisent dans des virtuosités intellectuelles sans guère se soucier de se faire comprendre et d'aider les gens. Il vaut la peine d'aller voir dans la bibliothèque de Gunsbach les annotations féroces de Schweitzer dans les marges de son exemplaire de L'Etre et le temps d'Heidegger. Il reproche à ce livre de cultiver subtilité et obscurité, de se livrer à un jeu de l'esprit sans se préoccuper de l'action et de la pratique, sans vraiment chercher à communiquer.


La religion n'a guère fait mieux que la philosophie. Les grandes doctrines sont des spéculations gratuites ; elles accumulent des imaginations invérifiables. Les théologiens se disputent sur des questions qu'ils n'ont pas les moyens de trancher ; ils parlent abondamment de ce qu'ils ignorent complètement. Schweitzer, spécialiste du Nouveau Testament, estime que l'étude sérieuse de la Bible démontre avec évidence qu'elle ne fournit pas d'éléments suffisants pour fonder et légitimer la dogmatique classique ni, d'ailleurs, pour en construire une autre. Là également, il se montre agnostique et demande qu'on prenne acte de notre ignorance. Quelle folie que de vouloir définir Dieu, décrire son être, expliquer son action. Sur le plan éthique, les Églises ont aussi échoué ; la guerre en Europe en fournit une preuve aussi terrible qu'éclatante ; non seulement elles n'ont pas su inculquer l'amour du prochain à des peuples à majorité chrétienne, mais de plus elles se sont déconsidérées en bénissant tant et plus les différentes armées*.


Schweitzer souligne l'échec de la mission civilisatrice dont l'Occident se glorifiait volontiers. Il dénonce dès 1905, en terme très durs, le colonialisme qui asservit et exploite les africains*. Avant et après la première guerre mondiale, il condamne les nationalismes* qui prennent de l'ampleur ; ils dressent les uns contre les autres les gens, et leur enseignent la haine. Il s'indigne de la cruauté avec laquelle on traite les animaux. La société industrielle nous asservit à une logique économique qui engendre misère et criminalité chez les uns, surmenage et superficialité chez les autres, ce qui conduit à l'étiolement de la pensée et de la spiritualité. Elle développe une administration, une organisation, et une technicisation qui étouffent la personnalité. Elle nous enferme dans un monde artificiel, et nous fait perdre le contact avec la nature. Elle pratique la torture* ; elle accumule des moyens de destruction, comme la bombe atomique, devenant ainsi suicidaire. Le progrès technique s'accompagne d'une décadence morale*.

Les civilisations d'Orient donnent plus de valeur à la vie intérieure et à son développement ; par contre, elles favorisent l'inactivité ; elles se désintéressent des conditions d'existence de l'être humain; elles l'abandonnent à sa misère matérielle, physique, sociale*.


Schweitzer brosse donc un tableau très sombre de la situation de l'humanité. Au fil des années, son inquiétude et sa désapprobation ne cessent de grandir devant l'évolution du monde ; le portrait qu'on peut voir dans sa chambre à coucher monacale de Gunsbach l'exprime très bien. Pourtant ce pessimisme de l'analyse s'accompagne paradoxalement d'un optimisme de l'action. Schweitzer invite non pas à se résigner et à baisser les bras, mais à réagir. Il ne conclut pas que tout est perdu et qu'il n'y a rien à faire. Au contraire, avec une énergie indomptable, il veut travailler et se battre afin de remonter la pente. Pour cela, il se met en quête de principes de pensée et d'action qui doivent remplir trois conditions : d'abord, être modestes, ne pas prétendre tout expliquer, tout éclairer, tout résoudre ; ensuite, être élémentaires, ce qui signifie, sous la plume de Schweitzer, simples, concrets, en prise directe avec les réalités (il emploie « élémentaire » toujours en un sens positif, en opposition à « abstrait », « subtil », « artificiel », « secondaire »*) ; enfin, être efficaces, c'est-à-dire capables de nous indiquer des orientations, des objectifs et de nous mobiliser pour les atteindre. Quand la réflexion de Schweitzer le conduit à la notion de « respect de la vie », il estime avoir trouvé ce qu'il cherchait ; elle apporte la solution du problème qui le préoccupait.


Le respect de la vie


Pour expliquer et commenter cette notion, nous nous demanderons d'abord ce que signifie « respect », ensuite ce qu'est la « vie », ce qui permettra, dans un troisième temps, de préciser le sens et la portée du principe posé.


1. On a souvent noté que le mot allemand Ehrfurcht qu'utilise Schweitzer n'a pas de correspondant exact en français. Le terme respect (choisi par Schweitzer lui-même) le rend mal, parce qu'il évoque une attitude passive (s'abstenir de tuer, ne pas toucher ce qui vit); or il ne s'agit pas du tout cela. Schweitzer a proposé lui-même un équivalent latin éclairant, veneratio*. Malheureusement, le français « vénération » ne correspond pas exactement à veneratio. Il faut donc, faute d'un terme français satisfaisant, préciser le sens du terme employé par Schweitzer*.


Ehrfurcht est un mot composé qui associe deux éléments : d'une part Ehre qui signifie hommage, honneur rendu, estime et considération ; d'autre part Furcht qui veut dire peur, appréhension, effroi. Ce mot désigne donc un sentiment ou une attitude complexe et bivalente ; il en va exactement de même pour le latin veneratio. Imaginons ce que pouvait éprouver à l'époque féodale un vassal qui s'approchait de son suzerain, ou au temps de la monarchie absolue un sujet qui rencontre le roi. Si l'hommage l'emporte, il s'y mêle de l'inquiétude. Pensons aussi à la célèbre analyse de Rudolf Otto sur le sacré à la fois fascinant et terrifiant, séduisant et effrayant. Certes, pour le croyant, l'attrait domine ; il ne supprime néanmoins pas toute crainte. Pour Schweitzer, la vie présente ce double caractère ; elle est précieuse et redoutable, magnifique et épouvantable, source de joies immenses et de souffrances abominables.


Veneratio, plus nettement qu'Ehrfurcht, ne désigne pas seulement ni principalement un sentiment ; il s'applique avant tout à un comportement, à une activité. N'entendons donc pas par « respect » un état d'âme sans effet pratique mais bel et bien une tâche à entreprendre, un travail à accomplir, un combat à mener*. Respecter la vie ne se réduit pas à la contempler avec espoir et inquiétude en la laissant aller son cours* et en évitant seulement de la détruire. Il s'agit de la servir, de la développer, de la cultiver, de la défendre contre ce qui la menace, y compris contre le danger qu'elle représente pour elle-même.


2. Étonnamment, il n'existe pas de définition scientifique ou philosophique satisfaisante de la vie. Nous sommes incapables de déterminer où elle commence ; on passe de l'inanimé à l'animé progressivement, sans qu'on puisse tracer une frontière nette. Nous sommes aussi en peine de préciser quand elle s'achève ; nous n'arrivons pas à déterminer à quel moment précis elle s'arrête. Nous ignorons en quoi elle consiste exactement ; elle se présente à nous comme un mystère*. « Le progrès de la science, écrit Schweitzer, consiste à mieux décrire les phénomènes où se manifestent les aspects multiformes de la vie, à nous faire découvrir la vie là où, auparavant, nous ne la soupçonnions pas, à nous permettre de mettre à profit telle ou telle de ses aspirations dans la nature. Mais ce que la vie est en elle-même, aucune science n'est capable de le dire »*. On retrouve là l'agnosticisme de Schweitzer : l'essence des choses échappe à notre savoir; nous ne connaissons jamais que des manifestations, c'est-à-dire des apparences.


Si nous ne savons pas ce qu'est la vie, nous en avons cependant une connaissance intuitive du fait que nous y participons. Nous ressentons les autres vies à partir en fonction de la nôtre*. De manière analogue, la médecine n'arrive pas à définir scientifiquement en quoi consiste la santé, mais nous comprenons tous fort bien ce que signifie être malade ou bien portant, sans qu'on ne nous l'explique. Schweiter voit dans la vie une expérience aussi immédiate et incontestable que celle du « je pense donc je suis » selon Descartes. Il le souligne en proposant une version transformée du raisonnement cartésien. Au lieu de partir du « je pense » pour aboutir, à travers une série de chaînons intermédiaires, au monde existant, comme le font les Méditations, Schweitzer affirme : « je suis vie qui veut vivre, parmi la vie qui veut vivre »*. Ma vie et ma volonté de vivre s'imposent à moi comme un fait premier, fondamental, élémentaire que je ne peux ni justifier ni disqualifier logiquement, mais qui me permet de saisir à partir de mon expérience quelque chose du monde ; par analogie avec ce que je suis, j'y discerne « derrière et dans tous les phénomènes » des volontés de vivre semblables à la mienne.


Dans l'univers, les vivants ne cessent de s'opposer à d'autres vivants et de les combattre impitoyablement pour les éliminer*. La vie se contredit elle-même, chacune luttant sans cesse contre les autres. On s'entre-déchire, on s'entre-tue, on s'entre-dévore dans un immense carnage. Le monde des humains ne fait pas exception, mais là, plus clairement que chez les animaux, apparaît le sentiment que la vie peut s'associer avec la vie ; là se manifeste timidement un élan pour que des vivants s'aident, s'allient, collaborent pour le plus grand bien de chacun*. Parler du respect de la vie, plutôt que des vivants, exprime cet espoir d'une vie harmonieuse et non déchirée, solidaire et non adversaire, réconciliée avec elle-même, et non pas condamnée à se maintenir par de perpétuels assassinats. Pensons à la vision prophétique du loup habitant avec l'agneau, de la vipère jouent avec l'enfant sans qu'ils se fassent du mal (Ésaïe, 11, 6-10).


3. Après avoir examiné successivement les deux termes clefs de l'expression « respect de la vie », considérons la maintenant comme un tout. Quel sens et quelle portée lui attribue Schweitzer ? Quatre indications permettront de le préciser.


- Première indication. Le respect de la vie, tel que l'entend Schweitzer, implique un pari et un engagement.


Pari que l'affrontement meurtrier de la vie avec elle-même ne constitue pas un destin inéluctable ; l'harmonie peut l'emporter sur la discorde, le positif prendre le pas sur le négatif. On peut voir dans ce pari un optimisme excessif et déraisonnable. Il me paraît évident que, pour Schweitzer, d'une part, il s'enracine dans la foi ou en découle et que, d'autre part, il témoigne d'une confiance en la raison ; il en appelle à un vouloir vivre devenu conscient, responsable et intelligent. Schweitzer a toujours estimé que la foi et la pensée convergeaient*.


Engagement, parce qu'il dépend de chacun de nous de gagner ce pari. Le service de la vie nous requiert et nous mobilise ; il nous appartient de contribuer, pour notre part, à diminuer les discordances et à accroître l'harmonie. Ce service demande du courage : il implique, en effet, que loin de fermer les yeux sur le négatif, nous le mesurions, l'affrontions et le surmontions. Le courage joint le pessimisme qu'entraîne un diagnostic lucide sur l'état actuel des choses avec l'optimisme de l'action qui espère faire changer, ne fut-ce qu'un tout petit peu, les choses.


- Deuxième indication. On a parfois vu dans le respect de la vie un principe humanitaire superficiel qui ne prendrait pas en compte la complexité de l'existence. Schweitzer, a-t-on dit, propose une morale généreuse, idéaliste, mais assez courte et peu réaliste parce qu'elle oublie l'imbrication constante et la relation dialectique qui existe entre la vie et la mort. Cette critique ne me paraît pas juste. Schweitzer sait bien que la mort alimente la vie. Il mentionne « l'interférence » inévitable entre l'affirmation et la négation de la vie ; entretenir une vie signifie toujours en faire disparaître d'autres. Il en parle comme d'une « tragédie ». Il accorde une grande importance au sacrifice ; servir la vie conduit parfois à renoncer à la sienne, la Croix du Christ le montre bien. Schweitzer n'ignore rien des complexités et des difficultés de l'existence. « Le monde, écrit-il, c'est l'horrible dans la splendeur, le non-sens dans la plénitude de sens, la douleur dans la joie »*. Le respect de la vie ne méconnaît nullement cet endroit et cet envers des choses; il implique une « tension entre la négation et l'affirmation de la valeur du monde »* ; cette dualité lui confère son caractère de pari, d'engagement et d'acte de courage.
- Troisième indication. On a reproché au principe du respect de la vie d'être trop vague ou général, ce qui le rendrait incapable de fournir des consignes précises dans les cas obscurs ou complexes. Schweitzer ne prétend pourtant pas que ce principe résout et supprime tous les problèmes. Il ne le présente pas comme la formule magique qui procurerait en toute occasion des solutions. Au contraire, il indique que son application n'apparaît jamais avec évidence, d'autant plus qu'il faut prendre en considération non seulement la vie en tant que fait, mais aussi sa qualité qu'il importe de préserver ; l'euthanasie et l'avortement ne contredisent pas toujours le principe du respect de la vie*. Les problèmes subsistent, parfois augmentent. « Le respect de la vie, écrit Schweitzer, me jette dans des perplexités que le monde ne connaît pas »*. Ce principe donne seulement, et c'est essentiel, une orientation et une directive. Il est « germe » « fondement », « étalon » de l'éthique et non éthique développée. Il « ne prétend pas ériger un système clos et complet » ; il sait que la cathédrale restera inachevée, mais il veut en indiquer le « chœur » (on peut indifféremment écrire ici « chœur » ou « cœur »).


- Quatrième indication. La plupart des systèmes éthiques élaborés par les penseurs occidentaux jusqu'à une époque très récente se préoccupent des relations entre les êtres humains. Elles négligent complètement les animaux, les plantes et la nature. Elles s'enferment dans le domaine du social, et n'ont pas de dimension cosmique. Au contraire, le principe du respect de la vie nous lie à l'ensemble de l'univers. Il nous fait découvrir que ces prochains que nous devons aimer comme nous-mêmes ne sont pas seulement nos semblables, mais aussi tous les êtres qui peuplent notre planète. Schweitzer propose une éthique à la fois personnelle, sociale et écologique* qui nous ouvre et nous appelle à une responsabilité qui s'étend à l'ensemble des créatures.


Le respect de la vie et l'évangile


Existe-t-il un rapport quelconque entre le respect de la vie et le message évangélique ? Certains l'ont nié et estiment qu'en 1913 Schweitzer cesse d'être un théologien chrétien ; sa pensée et une action deviennent alors purement laïques. Je crois que c'est une erreur. À mon sens, un lien étroit relie l'interprétation que donne Schweitzer du Nouveau Testament avec sa réflexion éthique.


En quoi consiste, à ses yeux, la spécificité du message évangélique ? Pour la dégager, il faut le comparer à l'enseignement des grandes religions du monde. Schweitzer les range en deux grandes catégories d'après le jugement qu'elles portent sur le monde et l'attitude qu'elles prennent à son égard*. Il serait, d'ailleurs, plus juste de parler de deux types d'« attitudes religieuses » que de deux catégories de « religions » (comme a tendance à le faire Schweitzer) ; en effet, ces deux attitudes peuvent coexister dans la même religion.


Nous rencontrons en premier lieu des religions qui condamnent le monde et préconisent une évasion dans un au-delà. Pour elles, le monde forme le domaine du matériel, du charnel, de l'illusoire, voire du diabolique. Elles y voient un piège destiné à prendre et à perdre l'être humain en le rendant prisonnier de ses besoins et de ses désirs. Elles invitent leurs fidèles à fuir le sensible, à renoncer à leurs activités, à rompre leurs liens pour s'adonner à l'ascèse ou à la contemplation. Le salut implique une rupture et un détachement. Dans cette première catégorie se rangent, par exemple, les sectes platoniciennes ou gnostiques, le brahmanisme et le bouddhisme. Ces religions méprisent la vie et tendent à la nier. Elles la considèrent comme un malheur et une déchéance dont on doit délivrer les êtres humains. Elles ne préconisent nullement, bien au contraire, le respect de la vie.


En second lieu, nous avons des religions qui voient dans le monde l'émanation ou l'expression de la volonté divine. Elles affirment que tout ce qui existe vient de Dieu et doit être considéré comme bon et nécessaire. Elles enseignent qu'il faut non seulement se résigner à ce qui arrive, mais accepter l'ordre des choses, se mettre en accord avec ce qui est. Le salut demande soumission et consentement. Cette seconde catégorie comprend le stoïcisme, l'islam, les religions de la Chine (Confucius et Lao-Tzeu). Ces religions sont amenées à justifier, voire à sanctifier la mort, la souffrance, les forces négatives qui œuvrent dans le monde et qui abîment, détériorent, voire détruisent la vie. L'affirmation du monde n'entraîne nullement ici le respect de la vie. Comme l'écrit L. Gagnebin*, « le monde et la vie sont deux réalités différentes ; il ne s'agit pas de les confondre ».


L'évangile n'entre dans aucune de ces deux catégories. Il ne prêche pas le refus du monde et la fuite dans un au-delà. Il ne préconise pas, non plus, l'acceptation du monde actuel et la soumission à ce qui est. Il ne dit au monde ni un « oui » ni un « non » unilatéral ; il lui dit paradoxalement à la fois et en même temps un « oui » et un « non » qui « s'interpénètrent » dans l'annonce eschatologique que Dieu va « faire toutes choses nouvelles » selon une parole d'Ésaïe reprise par l'Apocalypse*. Le salut implique ici une dynamique du changement, d'un changement que le croyant n'attend pas passivement, mais auquel il collabore par son action. À la logique statique des religions, l'évangile oppose la vision, peut-être moins satisfaisante et cohérente intellectuellement, mais combien plus féconde d'un monde en transformation*. Schweitzer voit dans l'Évangile non pas une révélation qui expliquerait tout, mais une puissance qui nous mobilise totalement. Cette vision dynamique s'exprime surtout dans l'annonce et l'attente du Royaume, qui se trouve au cœur du Nouveau Testament, comme Schweitzer l'a montré dans ses travaux sur les évangiles et sur les épîtres de Paul.

La foi chrétienne suscite ainsi un véritable respect et un authentique service de la vie. À la différence des religions de la première catégorie, elle ne rejette pas ni ne méprise le monde ; le monde est destiné au salut, appelé à une transformation. Elle se distingue des religions de la seconde catégorie en ce qu'elle refuse d'approuver et de légitimer la part de mal et de mort que comporte le monde. Ne pas s'évader dans un au-delà spirituel qui dévalorise le temporel, ne pas accepter l'état actuel des choses, mais travailler à la transformation de la réalité pour que diminue l'écart, ou même l'opposition entre ce qui est et ce qui doit être, voilà la tâche que propose l'éthique du respect de la vie et la mission que l'évangile nous donne. « L'éthique du respect de la vie, affirme Schweitzer, est l'éthique de Jésus reconnue comme une nécessité de la pensée »*.
* * *
Quand Schweitzer appelle au respect de la vie, il n'entend faire rien d'autre que de prêcher l'évangile en l'exprimant dans un langage différent de celui auquel nous sommes habitués. Pourquoi procéder à cette traduction et à cette transposition ?

Deux raisons l'expliquent.


D'abord, l'écart culturel qui sépare le premier du vingtième siècle. Le Nouveau Testament a été écrit pas des hommes qui pensaient avec d'autres catégories et notions que celles d'aujourd'hui et qui avaient une conception de l'univers et de l'histoire très différente de la nôtre. Ils ont formulé le message évangélique avec leurs mots, leurs idées, leurs connaissances que nous ne pouvons pas adopter tellement elles nous sont étrangères. Schweitzer souligne souvent cette « étrangeté » de Jésus et de ses disciples qui a pour effet que ce qu'ils disent nous cache souvent ce qu'ils veulent dire. D'où l'utilité de spécialistes, théologiens et pasteurs, pour expliquer leurs propos. Il leur revient d'opérer une traduction ou une transposition et de formuler la foi chrétienne dans un langage, qui soit compréhensible aujourd'hui, qui tienne compte de nos idées et de nos connaissances. Plutôt que de répéter littéralement les prophéties apocalyptiques, devenues inintelligibles et inacceptables dans leur formulation première, il faut redécouvrir leur sens essentiel, cette attitude envers le monde que nous exprimons, aujourd'hui, en parlant de service de la vie.


Ensuite, Schweitzer, comme beaucoup d'hommes de sa génération, a conscience que les Églises remplissent mal leur mission. Elles accordent plus d'importance aux dogmes et aux sacrements qu'à la mystique et à l'éthique. Elles se révèlent impuissantes à agir dans le monde ; elles n'arrivent pas à transformer les mentalités et les comportements. Elles se sont compromises dans les guerres, elles pactisent avec l'injustice. Le christianisme officiel ou institutionnel a échoué et s'est déconsidéré. L'évangile perd tout impact et Jésus toute crédibilité, parce que les hommes le voient à travers les Églises. Pour proclamer le message évangélique dans notre monde, pour le rendre vivant et agissant, Schweitzer estime qu'il faut passer par d'autres canaux et inventer un langage différent. Il cherche, comme, un peu avant, avait essayé de le faire un autre alsacien, Charles Wagner*, et comme devait le préconiser beaucoup plus tard Bonhoeffer, une expression laïque de l'évangile et il pense l'avoir trouvé avec « le respect de la vie ».


André Gounelle  Ouvertures, mars 2007  Notes :
* En fait on sait qu'il est arrivé à Schweitzer de tuer des animaux, mais il ne voulait y consentir qu'en cas de nécessité, lorsqu'il n'y avait pas d'autre solution. Voir le témoignage du Dr. Walter Munz dans B. Kaempf, éd. Le respect de la vie toujours actuel, Jérome de Bentzinger éditeur, 2006, p. 156-157.
* J.P. Sorg rédacteur en chef des Études Schweitzériennes et des Cahiers Albert Schweitzer a traduit de nombreux écrits de Schweitzer et a publié une remarquable anthologie de ses textes, Humanisme et Mystique, Albin Michel, 1995.
* B. Kaempf a choisi et présenté des textes de Schweiter dans un recueil intitulé Respect de la vie, Arfuyen, 1990. Il a organisé un colloque à Strasbourg en 2005, dont les actes ont été publiés sous le titre Le respect de la vie toujours actuel, Jérome de Bentzinger éditeur, 2006,
* L. Gagnebin a publié un excellent Albert Schweitzer, Desclée de Brouwer, 1999.
* cf. Ma vie et ma pensée, p.223; "Le problème de l'éthique dans l'évolution de la pensée humaine", Revue des travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1952, 2ème semestre, p.9.
* Ma vie et ma pensée, p.260-262.
* Ma vie et ma pensée, p.208-215.
*Ma vie et ma pensée, p.160.
* Ma vie et ma pensée, p.261.
* Ma vie et ma pensée, p.163-168, 220, 243-245.
* Ma vie et ma pensée, p.164.
* Ma vie et ma pensée, p.248, 251-253.
* "Le problème de l'éthique dans l'évolution de la pensée humaine", Revue des travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1952, 2ème semestre, p.10.
* .E.Spranger, "Différence entre respect de la vie et Ehrfurcht", Cahiers Albert Schweitzer, n°37 (hiver 1977-1978).
* L. Gagnebin, le souligne justement dans Albert Schweitzer, p. 143.
* Ma vie et ma pensée, p.173, p.254.
* "Le problème de l'éthique dans l'évolution de la pensée humaine", Revue des travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1952, 2ème semestre, p.10.
* La civilisation et l'éthique, p.164.
* Ma vie et ma pensée, p.174.
* Ma vie et ma pensée, p.172. La civilisation et l'éthique, p.165-166.
* Ma vie et ma pensée, p.174-175. "Le problème de l'éthique dans l'évolution de la pensée humaine", Revue des travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1952, 2ème semestre, p.9.
* Ma vie et ma pensée, p.255. "Le problème de l'éthique dans l'évolution de la pensée humaine", Revue des travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1952, 2ème semestre, p.10-11
* Ma vie et ma pensée, p.262; "Le problème de l'éthique dans l'évolution de la pensée humaine", Revue des travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1952, 2ème semestre, p.6.
* Ma vie et ma pensée, p.223. Cf. "Le problème de l'éthique dans l'évolution de la pensée humaine", Revue des travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1952, 2ème semestre, p.10.
* Une pure volonté de vie, p. 46-47, 60.
* Selon le témoignage du Dr Munz (dans B. Kaempf, éd. Le respect de la vie toujours actuel, Jérome de Bentzinger éditeur, 2006, p. 157), Schweitzer a accepté, au moins une fois, l'interruption d'une grossesse non désirée pour des motifs humanitaires et non thérapeutiques. Toutefois, tuer par nécessité, parce que qu'on ne peut pas faire autrement reste un mal ; ce n'est jamais un bien, et il ne fait pas le faire avec « bonne conscience » (voir L. Gagnebin, Albert Schweitzer, p. 145-146).
* La civilisation et l'éthique, p.170. Cf. Ma vie et ma pensée, p.255-256.
* Ma vie et ma pensée, p.174; "Le problème de l'éthique dans l'évolution de la pensée humaine", Revue des travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1952, 2ème semestre, p.8-9, 11. Cf. J.P. Sorg, « Albert Schweitzer, une éthique pour l'écologie ? », Évangile et Liberté, juillet-août 2000.
* Ma vie et ma pensée, p.200-203, 221-223, 250-251. "Le problème de l'éthique dans l'évolution de la pensée humaine", Revue des travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1952, 2ème semestre, p.1-5.
* Albert Schweitzer, p. 135.
* L. Gagnebin, Albert Schweitzer, p.129-130.
* "Le problème de l'éthique dans l'évolution de la pensée humaine", Revue des travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1952, 2ème semestre, p.5.
* Ma vie et ma pensée, p.256.
* Sur les relations éventuelles entre C.Wagner et A. Schweitzer, voire ma contribution à B. Kaempf, éd. Le respect de la vie toujours actuel, Jérome de Bentzinger éditeur, 2006, p. 122
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