samedi, 10 janvier 2015 17:31

A la Une: Saïd Kouachi se serait rendu au Yémen

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Suspecté d'avoir commis l'attentat contre Charlie Hebdo, celui-ci se serait rendu au Yémen en 2011. C'est un responsable américain qui a donné cette information reprise d'ailleurs par toute la presse nord-américaine ce matin. Si aucune précision n'a été donnée concernant la période exacte durant laquelle Saïd Kouachi était au Yémen, on sait en revanche qu'il a été formé au maniement des armes par un membre d'AQPA, c'est à dire la branche d'al-Qaïda dans la péninsule arabique.

Selon le New York Times, Saïd Kouachi s'est rendu au Yémen, comme de nombreux autres jeunes Occidentaux, suite aux appels répétés d'un certain Anwar al-Awlaki, prédicateur américain d'ascendance yéménite qui appelait régulièrement à attaquer l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo. Cet imam américain, considéré comme l'idéologue en chef d'AQPA, a été tué par une frappe de drone en septembre 2011.

Selon un autre responsable américain qui ne souhaite pas être identifié, les frères Kouachi étaient « depuis des années » sur la liste noire américaine du terrorisme, ils étaient donc surveillés. Saïd et Chérif Kouachi étaient également sur la no fly list, c'est-à-dire la liste des personnes interdites de vols au départ ou à destination des Etats-Unis.

La presse américaine scrute la traque lancée contre les deux auteurs présumés de l'attentat de Charlie Hebdo

Il n'y a qu'à voir les Une des différents journaux. Toutes ont au moins une photo des événements qui secouent la France depuis plus de 48 heures maintenant. Le New York Times qui met en Une cette information concernant le voyage de Saïd Kouachi au Yémen, publie également une grande photo où l'on voit les membres du Raid, l'unité d'élite de la police nationale française, dans les rues de la petite localité de Corcy, dans le département de l'Aisne, où durant des heures hier et la nuit dernière, les forces de l'ordre ont minutieusement recherché les deux suspects.

L’autre grand quotidien national, le Washington Post, a également choisi cet angle et publie en médaillon les photos des deux frères Kouachi. Un autre journal, le Daily News, a choisi une photo choc. C’est le moins que l’on puisse dire. Une seule photo qui fait toute la Une de ce quotidien. On y voit un bureau dans les locaux de Charlie Hebdo, avec du sang un peu partout et cette précision : exclusivité mondiale. Une photo, que seul un tabloïd peut publier avec un titre également choc : « dans l’horreur sanglante du magazine parisien ».

Au Canada, là aussi on suit la traque en direct

Tous les sites des journaux canadiens, francophones ou anglophones, suivent l’évolution de la situation. Le quotidien francophone La Presse publie cette information sous ce titre : « Plusieurs sites internet français piratés ». Selon le journal, « les sites web de plusieurs municipalités et entreprises liées au département du Val-d'Oise, à une trentaine de kilomètres au nord de Paris, ont été piratés hier soir pour faire place à des pages visiblement liées au groupe État islamique (EI) ».

Une information confirmée par la suite puisque sur le site internet du conseiller régional d’Ile-de-France, Eric Coquerel, on peut en effet lire des messages du groupe Etat islamique. Le quotidien La Presse a également sa Une entièrement consacrée à la traque. Une grande photo sur fond noir : un policier du FIPN, la force d'intervention de la police nationale, agenouillé, avec un fusil à lunette bien calé entre ses mains et un titre : « La France sur le qui-vive ».

Dans le reste du continent, la presse est sur la même longueur d’onde

Toute la presse sud-américaine suit l'évolution de la situation sur place avec des réactualisations constantes. Par exemple le site internet du quotidien argentin Clarin consacre près de la moitié de sa page de garde à cette affaire avec un live sur l'avancée de la traque qui redirige l'internaute vers des sites français, la mise en ligne de nombreux témoignages, des encadrés sur les caricatures, sur les filières jihadistes. Bref une couverture très exhaustive.

On retrouve le même type de couverture sur les sites des quotidiens chiliens El Mercurio et La Tercera. En Colombie, le journal El Espectador a choisi de dresser les portraits des grands caricaturistes décédés lors de cet attentat. Là aussi, toute une série d'articles avec des portraits des cinq grands caricaturistes tués « victimes de l'anti-humour », selon El Espectador. Le journal revient également sur le parcours des deux frères Kouachi et le voyage de Saïd au Yémen, avant d'évoquer dans un autre article la suite pour l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, qui a annoncé qu'un numéro sortirait la semaine prochaine à un million d'exemplaires. Mexique, Brésil, Pérou et presque tous les pays non-mentionnés suivent ces événements et sont solidaires des médias français et de la France en général.

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Depuis le massacre perpétré à Paris à la rédaction du journal satirique Charlie Hebdo, mercredi 7 janvier, l'émotion reste vive, parrticulièrement en Afrique. Nos correspondants dans les capitales ouest-africaines étaient présents aux nombreux rassemblements de soutien. A noter que le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a annoncé sa présence à Paris pour la marche républicaine ce dimanche.

■ A Dakar (Sénégal)

Pour exprimer sa solidarité au peuple et au gouvernement français, le président sénégalais Macky Sall s’est rendu à l’ambassade de France à Dakar vendredi après-midi. Macky Sall a signé le registre des condoléances, en présence de la presse dont notre correspondante à Dakar, Carine Frenk.

Dans la salle des droits de l’homme où l’on célèbre les mariages, un registre est posé sur la table. Le président sénégalais Macky Sall écrit ces quelques mots : « Je présente mes condoléances émues au peuple ami et au gouvernement français suite aux attentats barbares contre Charlie Hebdo et les populations civiles innocentes à Paris. Le Sénégal par ma voix réaffirme son engagement et sa détermination sans faille dans la lutte contre le terrorisme international ».

Un geste important pour le chef de l’Etat sénégalais : « Le terrorisme est devenu une internationale de la terreur. Aucun pays n'est épargné. C'est la raison pour laquelle ce n'est pas par la peur que cette question doit être traitée, il faut une véritable synergie de tous les Etats, il faut un véritable combat, que ce soit en Irak, en Syrie, en Libye, dans le Sahel et partout ailleurs, aujourd'hui à Paris, hier au Canada, en Australie... La sphère mondiale est touchée. Il faut une action internationale déterminée, il faudra des soldats au sol partout au cela est nécessaire. Il faut que les Etats réagissent de façon appropriée ».

« On ne peut pas au nom de l’islam faire cette barbarie, ajoute le président Macky Sall. Il faut éviter de tomber dans le piège qui consiste à opposer les religions. »

 
Vendredi 9 janvier, à Dakar, le président sénégalais Macky Sall signe un livre de condoléances et adresse un message de soutien à la France, après la tuerie au magazine Charlie Hebdo.Carine Frenk / RFI

A Bangui (Centrafrique)

« Nous sommes choqués. » Le deuxième vice-président de la Communaité islamique de Centrafrique, Akhmed Deliris, ne prend pas de détour pour condamner la tuerie de Charlie Hebdo. Les musulmans du PK5 se sont rendus en délégation à l'ambassade de France ce vendredi après-midi pour exprimer au peuple français leur sympathie. « Au nom de tous les musulmans centrafricains, poursuit Akhmed Deliris. Nous condamnons cet acte odieux et barbare. Nous présentons toutes nos condoléances à la famille des victimes et à tout le peuple français. Cet acte est contraire à la religion musulmane, l'islam ne nous a pas demandé cela. Ceux qui ont posé cet acte-là, n'engagent qu'eux-mêmes et non les musulmans ».

A Antananarivo (Madagascar)

« C'est inhumain ce qui s'est passé. Je suis musulman, j'habite dans un pays accueillant, nous n'avons jamais eu de problèmes entre nous ici. La religion, c'est individuel ». A l'image de beaucoup d'autres, cet expatrié français à Madagascar ne cache pas son indignation.

Les autorités malgaches ont exprimé leur solidarité et leur soutien à la France suite aux attaques terroristes de ces derniers jours. Dans la communauté française de la Grande Ile, l'émotion est immense. Madagascar compte 25 000 ressortissants hexagonaux, c'est la plus grande communauté française d'Afrique subsaharienne. Vendredi, un moment de recueillement a été organisé à la résidence de l'ambassadeur à Antananarivo. « Je suis venu, explique cet homme, car il me semble très important qu'on puisse se retrouver entre Français pour partager notre émotion face à l'horreur qui attaque notre pays et pour défendre les valeurs auxquelles on croit, et la première d'entre elles, la liberté ». « Même quand on vit loin de la France longtemps, on reste Français », confie un autre. Sa voisine ajoute : « On sent que ce sont nos valeurs qui sont attaquées. J'ai très peur d'un repli sur nous-mêmes. Ce serait la pire des choses ».

Ce monsieur a accroché un badge « Je suis Charlie » « par solidarité tout simplement, comme des millions de personnes dans le monde. L'éloignement ne change rien à ce qu'on peut ressentir ».

A Alger (Algérie)

La stupeur, mais aussi « l'inquiétude et la lassitude », sont les sentiments qui dominent à Alger, rapporte notre correspondante sur place. Les Algériens revoient le spectre des années noires. Les images ont tourné en boucle sur les chaînes algériennes qui ont « cassé l'antenne », c'est-à-dire bouleversé leurs programmes. Pour les Algériens, rapporte encore la journaliste de RFI, la France représentait un territoire de sécurité. Personne n'avait imaginé que l'on pouvait être attaqué à Paris.

Rabat (Maroc)

Au moins 500 personnes se sont rassemblées vendredi soir à Rabat devant les locaux de l’AFP, pour un sit-in de deuil et de solidarité avec Charlie Hebdo. Unanimes, les Marocains présents ne se reconnaissent pas dans la religion revendiquée par les terroristes et qui les « déshonore ».

Ce sont des monstres, des barbares, qui essaient d'opposer les Français entre eux, d'opposer les étrangers entre eux ; ce type de manifestation montre bien que la France et le Maroc sont unis

Le Maroc sous le chocHabitants de Rabat et ambassadeur de France au Maroc

■ Guinée

A Conakry, la Maison de la Presse a appris avec consternation la tuerie survenue chez Charlie Hebdo. En ces circonstances douloureuses, la presse guinéenne présente ses condoléances les plus attristées aux hommes de médias français, aux parents et proches des défunts, à l’ambassade de France en Guinée et à tout le peuple français.

La Maison de la Presse réaffirme aussi son soutien à la presse française, engagée plus que jamais dans le même combat : la défense de sa liberté. Le jour où il n'y a plus de place pour l'humour, c'est qu'on est en « dictature », dit Sanassé Diané, présidente de la Maison de la Presse en Guinée : « Nous sommes solidaires dans le combat qu'ils [les salariés de Charlie Hebdo] portaient vis-à-vis de la liberté d'expression. C'est ce à quoi nous aspirons, en Afrique, en particulier en Guinée. Sans elle, nous n'avons pas de démocratie. C'est un combat que les journalistes guinéens mènent tous les jours. Un combat de responsabilité, un combat difficile, dans l'honneur de ce qui fait ce métier, c'est-à-dire sa déontologie. Les pays où l'on ne peut plus rire s'apparentent à une dictature. »

Rfi

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Sept mois après son lancement, le Projet pôle de développement de la Casamance (Ppdc) est menacé de… mort prématurée. Et pour cause, inauguré depuis mars dernier, le projet en question n’a pas encore véritablement bouleversé le paysage de la région naturelle de la Casamance. D’un coût estimé à 23 milliards, ce projet expérimental de la territorialisation des politiques publiques, jadis considéré comme l’une des priorités par les autorités, fait également face à un problème de visibilité de la part du gouvernement.
 
Inauguré le 17 mars dernier par le chef de l’Etat Macky Sall, lors d’une cérémonie très folklorique sur la place Aline Sitoé Diatta de Ziguinchor, soit environ trois mois après son annonce à l’occasion de l’adresse à la nation du décembre 2013, le Projet pôle de développement de la Casamance (Ppdc) tarde à s’inscrire  véritablement sur le paysage de la région naturelle de la Casamance.
 
Certaines promesses du chef d’Etat, dans le cadre de ce projet, sont restées  en vérité à l’état d’annonce de même que la création de l’Agence territoriale de développement de la Casamance(Atdc). Une agence dont la vocation est de prendre en charge, dans l’esprit fondateur de l’Acte III de la Décentralisation, le développement solidaire de tous les départements situés dans la région naturelle de la Casamance.
 
L’accélération du développement de l’ensemble de la région naturelle de la Casamance, de Gouloumbou à Diogué, de Sénoba à Mpack, en passant par Vélingara, Kolda, Médina Yéro Foulah, Goudomp, Sédhiou, Bounkiling, Bignona, Ziguinchor, Oussouye,  promis par le chef de l’Etat à travers de grands projets structurants, notamment dans l’agriculture, les infrastructures, le tourisme, l’hydraulique, voire l’énergie, n’est pas encore à l’ordre du jour au niveau de ces localités. De même que la redynamisation de l’économie locale par la revitalisation de l’agriculture, en particulier de la riziculture, du renforcement des pistes de production rurale ainsi que la consolidation de la paix, par l’appui à la réinsertion socio-économique des ex-combattants et à la promotion de l’emploi.
 
Près de sept mois après le lancement officiel de ce projet expérimental de la territorialisation des politiques publiques dans le cadre de la mise en œuvre du nouveau Code général des collectivités locales en Casamance, les populations de cette région naturelle sont toujours dans l’attente des retombées économiques de 23 milliards de F Cfa  promis par le chef de l’Etat. Toutefois, ce projet test qui devait être élargi aux autres collectivités locales du pays semble être mort-né. En ce sens que la priorité semble être ailleurs pour le gouvernement qui n’a plus parlé de ce projet, depuis le dernier conseil des ministres délocalisé à Ziguinchor.

Le Ppdc est d’ailleurs l’un des grands sujets passés sous silence par le locataire du Palais de la République, lors de sa dernière adresse à la nation. Toutefois, il faut souligner que le chef de l’Etat, outre ce Projet de pôle de développement de la Casamance est également attendu sur la matérialisation des 54 projets retenus par le conseil des ministres décentralisés du 27 juin 2012 à Ziguinchor et dont le coût est estimé à 360 milliards de F Cfa.  Autant de choses qui montrent à quel point Macky semble avoir mis en stand-by dans son agenda le sort de la Casamance.

La question de la modernisation des daaras divise  l’Etat et tous les acteurs concernés (arabisants et familles religieuses). Pour aider les Sénégalais à mieux comprendre le contenu du projet de loi et les enjeux alentour du Projet d’appui à la modernisation des daaras (Pamod), Sud Quotidien revisite pour vous les différentes positions par les textes.
Le Sénégal veut moderniser l’enseignement et le fonctionnement des «daaras» (écoles coraniques). Dans son rapport de présentation du projet de loi fixant les conditions d’ouverture et de contrôle des «daaras», Sérigne Mbaye Thiam, ministre de l’Education nationale, partant du constat d’une «absence d’un cadre d’harmonisation et de coordination de multiples actions spontanées, menées de manière éparse, sans situation de référence et dans des conditions d’apprentissage souvent précaires», a émis la nécessité de changer leur mode de fonctionnement.
 
Le ministre de l’Education nationale a également relevé «une absence de formation pédagogique initiale et continue des maîtres coraniques, une absence de programmes et de médium d’enseignement harmonisés, des insuffisances dans la planification et la gestion des activités pédagogiques, mais aussi le manque de fonctionnalité de leurs locaux, respectant rarement les normes d’hygiène et de salubrité».
 
C’est bien dans le souci de pallier ces insuffisances, que l’Etat a estimé «nécessaire», à la suite de l’adoption du projet de loi portant statut du daara (qui est source de polémique), «de mettre en place un dispositif règlementaire régissant les conditions d’ouverture et de contrôle des daaras afin de disposer d’un cadre formel et organisé, d’uniformiser les démarches et d’assurer aux apprenants de meilleures conditions d’études pour des enseignements-apprentissages de qualité».
 
Statut du daara  et scolarité
 
Dans les dispositions générales, au chapitre premier du projet de la loi portant «statut» du daara, il est stipulé: est «daara», toute institution islamique qui scolarise des apprenants âgés de 5 à 18 ans pour la mémorisation du Coran et l’éducation religieuse. A l’article 2, il est précisé que «la scolarité dure huit ans et se déroule en trois étapes: une première étape de trois ans consacrée à la mémorisation du Coran, une deuxième étape de deux ans, alliant mémorisation du Coran et programme des classes de Cours d’Initiation (Ci), de Cours préparatoire (Cp) et de Cours élémentaire-première année (CE1), et une troisième étape de trois ans réservée au programme des classes de cours élémentaire-deuxième année (CE2), et de Cours moyen-première année (CM1) et de Cours moyen-deuxième année (CM2)».
 
Ouverture et fonctionnement du daara
 
Au chapitre 2 dudit projet de loi, il est déclaré à l’article 3 que «l’ouverture de tout daara doit être précédée du dépôt auprès de l’administration compétente, d’un dossier de déclaration préalable dont la composition est fixée par décret». Il est également signalé que «le daara peut fonctionner dès l’accomplissement de cette formalité dont la preuve est apportée par la production d’un récépissé de dépôt de déclaration». Le chapitre 4 apporte des clarifications sur la prérogative du daara de librement «recruter son personnel de direction et son personnel enseignant». Toutefois, «les conditions et les titres exigibles pour servir dans les daaras sont fixés par décret», relève le texte. A l’article 5 dispose que «le daara doit respecter les programmes officiels dont les contenus sont fixés par décret».
 
De l’appui et des subventions des daaras
 
Le chapitre 3 traite de la question des appuis, subventions et primes accordées aux daaras. L’article 7 mentionne que «le daara autorisé par l’Etat peut bénéficier d’un appui matériel, de cantines scolaires et de tout autre avantage nécessaire à son fonctionnement dans la limite des crédits inscrits à cet effet dans le budget du ministère chargé de l’Education. Les modalités d’attribution de l’appui sont fixées par arrêté du ministre chargé de l’Education».
 
Mais aussi, structuré et innovant qu’il puisse être, le projet est décrié par certains acteurs qui le dégagent en touche. Certains représentants des daaras rejettent en bloc ledit projet de loi. Invité de la rédaction de Sud Fm hier vendredi 9 janvier 2015, Mouhamed Lamine Fall, un des acteurs du collectif des maitres coraniques détracteurs du texte, a laissé entendre que la loi ne passera pas. «Je peux vous assurer que cette loi ne passera pas. Nous avons l’aval des chefs religieux car vous avez entendu la déclaration de Touba et de Thiénaba. Nous sommes sous leur tutelle. Nous sommes leurs bras sur le terrain. C’est pourquoi lorsque l’Etat avait commencé sa tournée nous avions laissé faire pour savoir quelle sera la position des chefs religieux», a-t-il laissé entendre.
 
Mouhamed Lamine Fall a, par la même occasion, fustigé la position des Ongs sénégalaises. «A chaque fois, elles dramatisent les situations sociales pour pouvoir tirer le maximum possible de financements de l’extérieur. Comme les daaras sont censés être des regroupements vulnérables alors, elles tirent sur ça pour avoir le maximum de profits de ceux qui les financent à partir de l’extérieur», déplore-t-il entendre.
 
Et de poursuivre : «Nous savons que les Ongs tirent à chaque fois sur la sonnette d’alarme pour s’alimenter. Nous avons l’impression que ce projet de loi est un texte qui est conçu par les Ongs. Nous pouvons prendre tout en charge mais nous avons besoin de partenaires. L’Etat doit être un partenaire, il ne doit pas se positionner comme quelqu’un qui donne des ordres ». M. Fall, qui tient à rappeler que « les daaras sont des structures privées qui n’appartiennent pas à l’Etat », a soutenu qu’ils ne sont « pas prêts à céder les daaras à l’Etat dont le système éducatif a échoué».
 
Pour lui, étant donné qu’ils ont constaté par eux-mêmes, l’échec du système scolaire du primaire jusqu’à l’université, ils ne vont jamais leur confier leurs enfants. « C’est l’échec total. Et ils veulent que nous leur confiions ce que nous avons de plus cher. Or, les structures qui produisent les hommes les plus célèbres de ce pays sont les daaras. Leur système est en faillite, par conséquent nous ne leur confierons jamais nos enfants. C’est impossible», a-t-il conclu.
 
Projet d’Appui à la Modernisation des Daaras (Pamod) ; Un programme cher au chef de l’Etat
 
Avec ses sept chapitres subdivisés en dix-neuf articles, le projet de loi est inscrit dans la politique éducative du président de la République, Macky Sall. Au cours de la cérémonie de lancement du projet d’appui à la modernisation, le chef de l’Etat avait déclaré en novembre 2013 que «le projet novateur d’appui à la modernisation des daaras (Pamod)… est une réponse concertée et efficace à la problématique de l’éducation à travers la promotion des saaras».
 
Selon Macky Sall, «ce projet, d’une durée de cinq ans et d’un coût de 20 millions de dollars (10 milliards de F Cfa), est une initiative de l’Etat du Sénégal, fortement soutenue et financée par la Banque islamique de développement (Bid), avec une importante contrepartie du gouvernement ».
 
Le président de la République, annonçant à l’occasion que «le projet de loi portant statut du daara et les projets de décret d’application sont déjà élaborés et introduits dans le circuit d’adoption», s’était déjà félicité du «processus inclusif et participatif qui a permis d’aboutir au consensus de tous les acteurs, avec l’implication remarquable des familles religieuses,  des maîtres coraniques et de leurs associations».
 
Macky Sall a relevé, par la même, que « le gouvernement accorde un grand intérêt au succès du projet précurseur d’appui à la modernisation des daaras». Pour le président de la République, « l’innovation pédagogique de taille que représente l’organisation, pour la première fois au Sénégal, d’un Baccalauréat arabe, ainsi que la réalisation prochaine du projet d’Université arabo-islamique, s’inscrivent dans la perspective de modernisation de notre système d’éducation, d’apprentissage et de formation professionnelle».

Sudonline

 

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Robert Badinter au Forum Libé de Rennes, en avril 2014. (Photo Adèle Brossard)

Après l'attentat, l'ancien garde des Sceaux de François Mitterrand en appelle à la justice.
Robert Badinter, ancien ministre socialiste de la Justice, réagit à l'attaque contre «Charlie Hebdo».
«Devant un tel crime, préparé et exécuté de sang-froid, c'est d'abord aux victimes que pense chacun d'entre nous. Policiers assumant le risque quotidien auquel les expose leur devoir, journalistes réunis pour accomplir leur mission d'information, sans laquelle la démocratie serait étouffée. Ces journalistes-là sont morts pour nous, pour nos libertés qu'ils ont toujours défendues. Sachons nous en souvenir. L'émotion nous saisit aussi à la pensée de leurs familles, de leurs proches, que le crime frappe au cœur par ricochet et qui vivront désormais comme des invalides, amputés de l'être humain qui était une part d'eux-mêmes.
«Au-delà du chagrin et de la pitié s'inscrit le devoir de justice. Nous sommes assurés que les pouvoirs publics mettront tout en œuvre pour identifier et arrêter les auteurs de ces crimes. A la justice de décider de leur sort, en toute indépendance et dans le respect de l'Etat de Droit. Ce n'est pas par des lois et des juridictions d'exception qu'on défend la liberté contre ses ennemis. Ce serait là un piège que l'histoire a déjà tendu aux démocraties. Celles qui y ont cédé n'ont rien gagné en efficacité répressive, mais beaucoup perdu en termes de liberté et parfois d'honneur.
«Enfin, pensons aussi en cette heure d'épreuve au piège politique que nous tendent les terroristes. Ceux qui crient "allahou akbar" au moment de tuer d'autres hommes, ceux-là trahissent par fanatisme l'idéal religieux dont ils se réclament. Ils espèrent aussi que la colère et l'indignation qui emportent la nation trouvera chez certains son expression dans un rejet et une hostilité à l'égard de tous les musulmans de France. Ainsi se creuserait le fossé qu'ils rêvent d'ouvrir entre les musulmans et les autres citoyens. Allumer la haine entre les Français, susciter par le crime la violence intercommunautaire, voilà leur dessein, au-delà de la pulsion de mort qui entraîne ces fanatiques qui tuent en invoquant Dieu. Refusons ce qui serait leur victoire. Et gardons-nous des amalgames injustes et des passions fratricides.»
Laure BRETTON www.liberation.fr/

 

Ils sont nombreux les intellectuels qui, aujourd'hui, situent le foyer originel du peuple et de la langue wolof en Egypte. Récusant cette thèse en s'appuyant à la fois sur l'histoire, la tradition orale et même la linguistique, l'auteur soutient que le wolof que parlait Djolof MBengue, jolfo à ses débuts, n'était que du mandingue mâtiné de pulaar. L'ouvrage informe également sur les brassages des principales ethnies du Sénégal à travers la dynamique de la langue wolof.

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La liberté est toujours menacée dans notre vie. Chacun essaie d'user de cette liberté comme il peut et comme il veut mais tout en pensant à l'autre, ma liberté s'arrête là où commence celle des autres.
Chacun essaie de faire au mieux, chacun joue une partition pour faire avec cet orchestre qu'est notre monde, un concert du vivre ensemble dans le respect de la différence et de la ressemblance.
De quoi veut-on parler, de ce qui s'est passé aujourd'hui à Paris dans un organe de presse ou le dessin, le crayon, le feutre exprime tout, nous parle. Le dessin, la caricature est une forme d'art et de langage qui soumet tout au crible de sa mine pour dénoncer, informer, indiquer et surtout secouer le joug. L'obscurantisme nous détourne de la vérité, le fanatisme et l'intégrisme nous aveuglent et nous déroutent de la Voie celle de l'Humanité dans sa différence plurielle.
L'art, la patte, les caricatures de l'organe de presse satirique « Charlie Hebdo » touchent les pans de la société sans distinction au nom des lumières. Faut-il se moquer de tout avec qui avec quoi ?
Je ne sais pas, mais ce dont je suis certain, c'est que derrière tout acte, toute caricature, tout dessin, il y a une part de vérité qu'il faut retrouver et comprendre.
Dessiner c'est aussi enseigner, résister, contre la pensée unique, c'est une arme redoutable difficile à emprisonner et pourquoi donc assassiner le rire, pour créer une tension dans un monde déjà en difficulté.
Charlie hebdo nous apporte chaque semaine, pour les uns une joie, pour d'autres une peine, mais a-t-on le droit de bâillonner cet autre qui ne fait que son job, pourquoi lui tirer dessus pour le taire à jamais.
Trop de violence au nom des religions alors que la religion c'est le lien. Quand on lit le Prophète Mohamed, on comprend sa douceur et sa gentillesse qui est saluée aujourd'hui par beaucoup de gens. Des groupuscules au lieu de laisser tranquilles les honnêtes citoyens sèment la terreur pour taire ou clouer la bouche des citoyens qui veulent vivre et rire dans le respect de l'altérité.
L'humour, le dessin, la peinture, etc, la liberté d'expression, l'union des républicains, les musulmans, les catholiques, les juifs et toutes les confessions ont le droit de vivre ensemble sous l'éclairage du soleil et des lumières.
Ce mercredi 7 janvier 2015 sera une date douloureuse pour la liberté de la pensée et nous n'oublierons pas.
La guerre de civilisation tant souhaitée, cette haine tant vomie, cette démocratie bafouée, n'aura jamais d'issue positive dans notre monde éduquée en constante mutations.
Je préfère vivre debout que de mourir assis, et je me battrai chaque jour pour repousser l'obscurantisme d'où qu'il vienne.
Je suis charlie, nous sommes tous pour le respect mutuel, le dialogue interculturel sain et l'invention de cette civilisation de l'universel tant recherchée par le président poête Léopold Sédar Senghor.
Pape Cissoko

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(Une fable non de La Fontaine mais de Kothie Barma)

Ma plume sert rarement à des fins politiques. Cependant, lorsque des décisions de notre pays démocratique sont discutées, voire contestées, le courage intellectuel commande, de faire exception. Car à mon sens, tout pays démocratique devrait être la base arrière de n'importe quel comploteur, dont le but est de déboulonner un dictateur sanguinaire, qui terrorise son peuple et fait exécuter tout opposant, sur un simple claquement de doigts. On ne peut parler de respect de droit international, et de pays souverain, si celui-ci est dirigé par un homme arrivé au pouvoir par un coup d'Etat, et se maintient sans élections depuis 20 ans. Autrement il fallait appliquer cette logique absurde à Dadis Camara et à Sanogo, deux autres guignols qui faisaient la honte de l'Afrique, comme par le passé les Bokassa, et autres Amin Dada. L'Europe a compris depuis longtemps. Pour ne pas offenser Hitler, certains pays comme la France, avaient remis au dictateur nazi, tous les opposants allemands ou juifs réfugiés chez eux. On sait qu'ils ont tous été gazés. Et jusqu'à nos jours, ces pays n'ont pas fini de payer cette honteuse lâcheté criminelle. Pourtant, plus 70 ans après, nous assistons à une répétition de l'histoire, avec le manque de courage des dirigeants africains (UA), qui se taisent ou décident d'expulser des opposants d'un dictateur sanguinaire. Reconnaître une quelconque légitimité à ce pitre de Yaya Djamé, est tout simplement un non sens. Voilà pourquoi nos dirigeants font rire à l'étranger, lorsqu'ils contestent la CPI. On verra le jour où ce criminel sera démis et en fuite, si les Africains crieront aussi au scandale, quand la CPI voudra lui demander des comptes... Pour autant, il faut dire et reconnaître, que les choses sont complexes. Avant la chute du mur de Berlin, sous la guerre froide, la logique à l'ouest était de soutenir tout pouvoir, pourvu qu'il soit anticommuniste. Les Mobutu, Savimbi et autres "paravents anticommunistes", et même l'Afrique du Sud de l'apartheid, en ont bénéficié. La CIA et les services secrets occidentaux renversaient des pouvoirs démocratiquement élus, comme celui de Salvatore Allende, Modibo Keita, ou les isoler comme Cuba, s'ils étaient de connivence avec le bloc de l'Est, ou voulaient contester le dictât du camp occidental "Foccardien". Mais depuis l'incroyable décomposition de l'ex Union Soviétique comme l'avait prévu Hélène Carrère - D'encauste (L'empire éclaté), quel que soit Alpha, la logique démocratique, est que maintenant, on ne reconnait plus des pouvoirs illégitimes. La communauté internationale a rejeté tout de suite la Guinée, le Mali et Madagascar, après les coups de force que nous connaissons. Mais étrangement, il arrive qu'on ferme volontairement les yeux sur d'autres « combines » plus sales. Par exemple, au nom de la françafrique, des assassins comme Campaoré ont pu gagner leurs lettres de noblesse en éliminant sur ordre, des "gêneurs" comme Sankara. On ne les codamne après que les peuples les ont chassés, pas vrai Mr Hollande ? Pour ce qui est du 'guérisseur du Sida", il est vrai que son petit pays pauvre, sans pétrole ni autres matières premières stratégiques (La Gambie), n'intéresse personne. Mais lorsque ce genre de pouvoir est à nos portes, nous devons réagir sans ambiguïté. Senghor a accueilli sans complexe, tous les opposants à Sékou Touré. Il n'en avait expulsé aucun, quelle classe!!! Le monde entier savait que ce monstre tuait à bout de bras dans son sinistre camp Boirot. Voilà le courage... Et quant au courage dont nous devons nous armer aujourd'hui, c'est de dire, que l'existence même de la Gambie est une insulte historique à la face du Sénégal. C'est en 1723, que la Compagnie Britannique d'Afrique, a acheté de la terre dans ce coin intégralement sénégalais. Mais acheté à qui ? Puis à partir du XVIII ème siècle, les Britanniques ont occupé officiellement ce "petit territoire" entièrement enclavé dans notre pays. Les Français, puissance de tutelle de l'époque, n'arriveront pas à les en déloger. En vérité ils s'en foutaient puisque ce n'était pas en Alsace ou en Lorraine. Par la suite, c'est en 1894 que ce "coin" est devenu un protectorat britannique. En clair la Gambie n'est pas historiquement, ethniquement un pays distinct du Sénégal, c'est une plaisanterie coloniale. La même configuration géostratégique, fut aussi faite ailleurs, comme en Chine (Hong Kong). Un jour, la Chine a demandé gentiment à la Grande Bretagne, d'y mettre fin, ce qui fut fait, avec délais certes. Mais depuis nos indépendances, il ne s'est pas trouvé un seul dirigeant sénégalais courageux, pour poser le problème et agir ainsi. Il y' eut certes de timides tentatives de « Sénégambie » fantoche, mais sans résultats. Nous sommes restés d'autant dans l'absurde, que ce guignol de Yaya Djamé, non seulement entretient la guérilla casamançaise, mais rêve sans doute d'indépendance de cet autre « coin » du Sénégal, pour agrandir son fantoche de pays. Sans parler du droit qu'il s'octroie, à empêcher nos compatriotes de pouvoir circuler d'un coin du Sénégal à un autre. C'est pour ce genre de situation (Couloir de Dantzig), que l'Allemagne avait attaqué la Pologne en septembre 1939. Le courage consisterait à lancer un ultimatum légitimement historique, à la Gambie, et à la communauté internationale, pour corriger cette plaisanterie coloniale (comme l'a fait la Chine). Et au terme de celui-ci, attaquer et occuper notre bout de territoire volé par les Britanniques (Le Sénégal possède les officiers et les Djambars qu'il faut). Dès lors, il n'y aura plus de problème Yaya Djamé, ni de rébellion en Casamance. Voilà le vrai courage que tout sénégalais devrait attendre de ses dirigeants... Ce n'est pas Tidiane N'Diaye qui dit : "En cas d'épreuve de ce genre, Na niou war Malao Tacke Ganaye", c'est le vieux sage Kothie Barma Fall, par ma voix et dans un rêve...

Tidiane N'Diaye
Anthropologue - Ecrivain

mardi, 06 janvier 2015 13:40

L'obèse en bonne santé est un mythe

Écrit par

 

Publié par AFP  jan 2015
L'idée que des personnes obèses puissent rester durablement en bonne santé est un mythe dans la majorité des cas, selon une étude

L'idée que des personnes obèses puissent rester durablement en bonne santé est un mythe dans la majorité des cas, montre une étude britannique publiée lundi aux Etats-Unis dans la revue de l'American College of Cardiology.
Les chercheurs du département d'épidémiologie de l'University College de Londres ont suivi 2.521 hommes et femmes de 39 à 62 ans pendant vingt ans et ont mesuré régulièrement leur indice de masse corporelle, leur taux de cholestérol, leur glycémie, leur résistance à l'insuline et leur tension artérielle.
Ils définissent une personne obèse en bonne santé comme ne présentant aucun facteur de risque du syndrome métabolique comme le diabète.
Plus de 51% des obèses "sains" ayant participé à cette étude ont vu leur santé se dégrader au cours d'une période de vingt ans, tandis que seuls 11% ont perdu du poids et ont retrouvé une bonne santé.                                                                                                                                                                         
Les 38% restants sont restés obèses et en bonne santé pendant la durée de l'étude.
"La principale hypothèse avancée pour des obèses sains c'est que leur état de santé reste stable durablement, ce qui n'est pas le cas puisque leur santé se dégrade sur le long terme", souligne Joshua Bell, l'un des principaux auteurs.
"Des adultes obèses en bonne santé courent également un risque nettement plus grand de tomber malades que des personnes non obèses", relève-t-il.
Parmi les 2.521 participants, 181 étaient initialement considérés comme obèses, dont 66 entraient dans la catégorie en bonne santé.
Au bout de cinq ans, 32% de ces derniers ont connu une dégradation de leur santé. Dix ans près le début de l'étude, 41% du groupe initial des obèses en bonne santé n'étaient plus considérés comme tels et ils étaient 51% après 20 ans.
"Les personnes obèses en bonne santé courent un plus grand risque de développer des maladies cardiovasculaires que celles qui ont un poids normal et qui sont en bonne santé, même si ce risque est moindre que pour les obèses déjà en mauvaise santé", conclut Joshua Bell.

 

Au Sénégal, pays de grands intellectuels et traditionnellement de grands débats, le constat le plus partagé est la quasi absence de débat public sur les enjeux, concernant les choix de société et les stratégies économiques, du fait notamment de la peopolisation de la presse. Aussi, on peut se demander, comment la presse sénégalaise pourra t-elle assumer cette fonction indispensable à la démocratie et à la bonne gouvernance si, pour l'essentiel, elle ne s'intéresse qu'aux faits divers, aux ragots, à la rumeur et au divertissement ? On est en droit de se demander également, quelle est la responsabilité de l'Etat pour veiller à ce que la presse, qui vit présentement une crise existentielle et une crise des valeurs, dispose des conditions de son développement?

PRESIDENT SALL, SI VOUS PERMETTEZ... PAR ABDOULAYE ROKHAYA WANE,

Parlons aux dirigeants des médias

Abdoulaye Rokhaya WANE |

Au Sénégal, pays de grands intellectuels et traditionnellement de grands débats, le constat le plus partagé est la quasi absence de débat public sur les enjeux, concernant les choix de société et les stratégies économiques, du fait notamment de la peopolisation de la presse. Aussi, on peut se demander, comment la presse sénégalaise pourra t-elle assumer cette fonction indispensable à la démocratie et à la bonne gouvernance si, pour l'essentiel, elle ne s'intéresse qu'aux faits divers, aux ragots, à la rumeur et au divertissement ? On est en droit de se demander également, quelle est la responsabilité de l'Etat pour veiller à ce que la presse, qui vit présentement une crise existentielle et une crise des valeurs, dispose des conditions de son développement?
La presse nous a souvent honorés

Le questionnement est d'autant plus actuel que si nous goûtons à la démocratie aujourd'hui, nous le devons, en bonne partie, au combat d'avant-garde pour le pluralisme, l'affirmation de la liberté d'expression et la libéralisation du secteur de l'audiovisuel, mené par la presse sénégalaise. Par la formation des consciences et la structuration du débat public, elle a joué un rôle déterminant dans la transparence du scrutin qui a permis au Sénégal de connaître sa première alternance, après quarante ans de régime socialiste. Elle fut également avec la société civile les sentinelles vigilantes qui ont notablement contribué à limiter les dérives de l'ancien régime et à l'avènement de la deuxième alternance démocratique.

S'il nous est loisible de critiquer les contenus et les choix éditoriaux très discutables dans le paysage médiatique dominé par le sensationnel, nous ne pouvons passer sous silence sa remarquable contribution à la marche du pays et à la dénonciation de tous les actes de mal gouvernance.
C'est pourquoi, la question sur le rôle de la presse dans la transformation du pays doit être posée à l'ensemble des acteurs concernés dans une volonté commune de partager un diagnostic et de dégager des solutions. L'exercice est sensible et complexe. Elle exige de chacun responsabilité et respect. S'interroger sur le rôle de la presse relève en grande partie de la responsabilité des journalistes et des dirigeants des médias. Ils sont unanimes à reconnaître que le secteur de la presse vit une double crise.

La presse est en crise

La première est structurelle et met à nu la faiblesse du modèle économique de nos entreprises de presse. Les journaux sont sans cesse déficitaires, les baisses de recettes publicitaires sont constantes, leur diffusion dépend de commerçants analphabète du secteur informel qui ont le contrôle du marché de la distribution et vont jusqu'à influencer la ligne éditoriale pour certains. La distribution est limitée à Dakar qui absorbe 90% du tirage des journaux, très modeste dans son ensemble.

Dans une telle configuration, il ne faut pas s'étonner que les rédactions s'appauvrissent de contenus et de journalistes professionnels. Son instrumentalisation devient plus facile et permet à des entrepreneurs de financer des journaux à perte dans l'espoir de bénéfices futurs ou alors à des fins de règlement de compte ou de communications politique, religieuse ou sociale.

La deuxième est existentielle des métiers et des savoirs faire de la presse écrite, ainsi que du journalisme qui ne se pratique plus de la même manière. Du fait des difficiles conditions de survie, il s'est développé le modèle dominant de la presse qui présente moins de contraintes, moins de charges et qui pour augmenter ses ventes, est amenée à susciter l'attention des lecteurs par des informations sensationnelles, à lui raconter des histoires, cruelles ou émouvantes, à s'adresser à sa sensibilité, à jouer avec ses émotions. L'indignation devant le succès et les méthodes de la presse à scandales n'empêche pas sa prolifération. C'est cette presse de faits divers qui alimente les tribunes radiophoniques, les journaux on ligne et les talk show télévisés. Ces instruments potentiels de développement culturel, politique, informatif et de divertissement sont entrain d'exercer une influence non négligeable sur la formation du système de valeurs de la communauté.

Aujourd'hui, c'est le système « LMD », comprenez lutte, musique et danse, qui charrie quotidiennement nos vies, tellement il domine l'espace médiatique. Ce qui signifie que si nous voulons transformer notre société à partir d'un autre système de valeurs, il nous faut impérativement agir sur l'écosystème du débat public et de la circulation des idées. L'Etat sera bien dans son rôle en proposant et en aidant à sortir de la crise pour que l'espace médiatique se réapproprie sa fonction d'institution du débat public.

La presse a besoin de l'Etat

Face à la presse française, acculée par la crise mondiale qui frappe l'industrie des médias, le Président SARKOSY dira ceci : « le rôle de la puissance publique est de créer les conditions pour que votre environnement professionnel soit sain ; pour que vos équilibres économiques soient préservés ; pour que vous puissiez saisir toutes les opportunité d'une société plus que jamais avide de savoir, de culture et d'information ; pour que votre activité puisse en permanence s'adapter sans contraintes et sans frein ; pour que l'innovation soit possible et encouragée ». Ainsi, dans la volonté de préserver cet espace public, l'Etat encadre, participe au financement, alloue des aides – directes ou indirectes – aux entreprises de presse. L'Etat joue, en d'autres termes, un rôle de garant de l'accessibilité pour tous à une information diverse et plurielle.

En France l'aide à la presse représente 1 milliard d'euros soient, 10% du chiffre d'affaires de la presse écrite. Au Canada, le gouvernement a mis en place d'importants programmes comme le Fonds d'appui aux médias qui a permis de financer les producteurs, les réalisateurs et les diffuseurs pour la réalisation de 27000 heures d'émissions canadiennes. Soit un investissement de 3 milliards de dollars sur les dix dernières années.
Toutefois, cette considération de l'État comme garant de la liberté n'est pas un modèle universel. En effet, pour la presse anglo-saxonne par exemple, la presse s'est posée elle-même comme un « pouvoir » quasi institutionnel de l'opinion publique d'où découlent les fondements de sa liberté et la garantie de son indépendance, notamment à l'égard de l'État. Ceci est particulièrement vrai au Etats unis et en Angleterre.

La presse n'est pas un produit comme les autres

La presse fait partie de l'équilibre des pouvoirs. Elle est un des piliers de la démocratie qui est notre mode de gouvernance publique. C'est pour cela que la presse n'est pas un produit comme un autre. Pour cette raison, ajoutera le Président SARKOSY : « elle ne peut être laissée aux seules lois du marché ».

C'est ce que démontre l'économiste Paul SAMUELSON qui a établit en 1964 une classification entre les biens, distinguant biens privés et biens publics. La rivalité et l'exclusion sont les deux principes sur lesquels s'appuie cette taxinomie : la rivalité est un principe en vertu duquel la consommation d'un bien par agent diminue la quantité disponible de ce même bien par un autre agent ; l'exclusion conduit à écarter de la consommation d'un bien un individu, qui ne pourrait pas ou ne voudrait pas payer, pour jouir de la consommation de ce bien. Un bien privé répond à ces deux principes, à l'inverse du bien public pur.

« En effet, le caractère non rival de l'information – caractère partagé par l'ensemble des produits de contenu (musique, édition, télévision, etc.) – signifie qu'elle peut être consommée simultanément par un nombre arbitraire de consommateurs : la lecture par un individu des informations comprises dans un journal ne peut pas priver les autres individus de la possibilité de les lire à leur tour. De plus, dans le cas d'un accès gratuit (comme pour la radio ou la presse gratuite d'information), l'information se définit comme un bien public pur ». C'est sur la base de ce caractère non rival d'un bien que se justifie économiquement l'intervention de l'État, cette intervention prenant des formes diverses selon les catégories éditoriales dans l'organisation générale des entreprises de presse.

La presse a besoin de partenaires au développement

Ce sont ces raisons, à la fois éthique et économique, qui poussent les partenaires au développement à considérer le développement du secteur de la presse comme un secteur essentiel. Un argument traditionnel avancé en faveur de la liberté de la presse est que la liberté d'information et de presse est un droit humain fondamental. Mais au-delà de l'argument selon lequel la liberté de presse est une chose naturellement bonne et morale, les partenaires au développement considèrent qu'il existe des preuves irréfutables qu'une presse libre, forte et indépendante est un puissant allié du développement économique et social et de la réduction de la pauvreté.

Le lien entre la liberté de la presse et le développement économique a, également, été exploré par la Banque Mondiale qui a publié un rapport remarqué intitulé « Le droit de s'exprimer : le rôle des mass médias dans le développement économique ». Ce rapport apporte une contribution sérieuse et substantielle aux études, aux analyses et aux arguments relatifs au rôle positif joué par la pesse libre dans le développement économique et la diminution de la pauvreté.

Ce que James WOLFENSEN, ancien Président de la Banque Mondiale, résume bien en ces termes : «  la liberté de presse n'est pas un luxe. Elle est au centre du développement équitable. Les médias peuvent dénoncer la corruption. Ils permettent de contrôler les politiques publiques en braquant les projecteurs sur l'action gouvernementale. Ils permettent aux gens de faire entendre plusieurs opinions sur la gouvernance et la réforme et contribuent à établir un consensus public nécessaire au changement ». Ces arguments contribuent à souligner l'importance de l'aide au développement de la presse pour qu'elle figure en bonne place parmi les priorités des gouvernements et des agences intergouvernementales.

La presse à besoin d'Etats généraux

Néanmoins, l'accompagnement de l'Etat et des partenaires au développement ne corrigera pas le modèle d'affaires sur lequel repose nos entreprises de presse, ni les fera sortir de la crise. Les problèmes rencontrés par les journaux sont souvent liés au manque d'investissement, à la concurrence des nouveaux médias, à l'incapacité de se hisser aux standards des grands annonceurs, à l'absence de cahier des charges, au manque d'auto régulation du secteur des médias, à la faiblesse des réseaux de distribution, etc.

La résolution des maux du secteur appelle à un exercice de vision partagée qui doit concerner les médias, l'Etat, les partenaires au développement et tous les acteurs de l'industrie des médias. Aussi, j'invite le Président SALL à proposer et à organiser avec les dirigeants des médias les états généraux de la presse pour entreprendre une discussion franche qui aboutisse sur des décisions fortes pouvant permettre à la presse sénégalaise de retrouver ses lettres de noblesse. Nous avons trop tendance à oublier que tout ce qui affaiblit la presse, affaiblit la démocratie.

C'est ce que le Général de Gaulle avait compris quand, pour sortir la France de l'emprise de la presse de caniveau et la doter d'un journal de prestige, il charge son ministre de la Communication de l'époque, Pierre-Henry Teitgen, de lui trouver un directeur, en la personne d'Hubert Beuve Méry. Ainsi est né le journal « Le Monde », dans l'ombre du pouvoir. Il s'est rapidement émancipé pour devenir le quotidien national d'information de référence. L'histoire du Monde a permis à la presse française d'information de garder le haut du pavé et à la presse à sensation de continuer à se développer sans pouvoir dominer l'espace médiatique.

Abdoulaye Rokhaya WANE,

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