Alpha Amadou Sy : « On peut être musulmane et assumer la modernité » ( Sénégal et ailleurs)

Le philosophe Alpha Amadou Sy estime qu'il n'y a aucune contradiction pour une musulmane d'''assumer la modernité'' en travaillant ou en étant actrice politique.
''Ce n'est pas antinomyque : on peut être musulmane et assumer la modernité.

Une femme peut être musulmane et rester mère, épouse ; citoyenne et pourquoi pas responsable politique'', a-t-il tranché lors de la conférence religieuse annuelle de l'Association féminine pour le bien-être social de la RTS (FABES).
Cette conférence religieuse a été organisée samedi, sur le thème : ''Les ménages face aux mutations socio-professionnelles''.
Pour le Professeur Alpha Amadou Sy, assumer la modernité exige néanmoins ''des réajustements, une compréhension mutuelle, le sens de l'autre'', car toutes ces dimensions concourent à créer les conditions d'épanouissement de la femme.


Selon le conférencier, il faut concourir à créer les conditions optimales pour que la femme puisse jouer son rôle, pour qu'hommes et femmes puissent ensemble travailler et se comprendre. ''Je crois que c'est une dimension importante pour tout progrès économique, social, etc,., a-t-il souligné.
Le philosophe apportait ainsi un éclairage sur le rôle et le comportement à adopter face aux bouleversements socio-politiques et religieux qui agitent le monde.
Pour le conférencier, ''la femme joue un rôle important dans la société et elle constitue la cellule de base de la famille''. Il estime que ''la santé de la famille dépend aussi de la santé de la femme''.


L'imam Babacar Diop, animateur à la RTS, appelle toutefois à un ''équilibre'' entre le travail, la maison, le mari et l'éducation des enfants. ''Tout le monde veut travailler. Travailler c'est bien, mais il faut penser à Dieu et à ses recommandations en prenant en compte son mari et ses enfants'', a-t-il conseillé. Il rappelle en effet que l'éducation des enfants incombe à la mère.
Diverses personnalités ont pris part à cette quatrième conférence religieuse de la FABES, organisée dans les locaux de la la RTS. Elle a ainsi enregistré la participation de l'ancien commissaire au pèlerinage Mansour Diop, de l'ambassade de Palestine au Sénégal et des représentants des familles religieuses du Sénégal.


http://senego.com/alpha-amadou-sy-onpeut-etre-musulmane-et-assumer-la-modernite
par Moustapha MBAYE sur Actualités


L'éducation des enfants n'incombe pas exclusivement aux femmes. Dans cette modernité homme et femme travaillent et par conséquent chacun doit jouer sa partition. Le rôle parental ne réside pas dans le fait de le nourrir, l'enfant a besoin de ses parents et chacun doit lui enseigner des choses. L'éducation est sexuée.
Il faut aussi comprendre qu'à l'époque l'homme comme dans la tradition grecque allait dehors chercher du travail pendant que l'épouse s'occupait de la famille.

Elle avait comme mission de s'occuper de la maison, des enfants et du foyer. Les mutations sont passées par là et l'enfant étant le « fruit » du couple c'est au couple d'y veiller. La femme en plus de son travail extérieur cumule le travail domestique ce qui fait qu'elle est fatiguée et on nous dira ici que c'est le passeport pour accéder au paradis.
La femme peut travailler sans que cela entame sa foi, elle doit.

La modernité n'est pas en cause c'est au fidèle de savoir comment s'adapter aux mutations. Si le fidèle veut se perdre rien ne lui interdira il y aura que sa conscience pour s'auto limiter.
Voici un bon sujet que mon ami alpha SY a bien développé.
Pape CISSOKO / France

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Kemi Bassene invite Wasis Diop et Filip Kantinol / : L'islam et la Russie, le spirituel et la résistance comme structures des musiques noires.

Samedi 24 juin 2017 16:00 → 18:30
La Manufacture des Œillets, 1 Place Pierre Gosnat
94200 Ivry s/ Seine T. 01 49 60 25 06 www.credac.fr ligne 7 Mairie d'Ivry

Conférence 2/2 : L'islam et la Russie, le spirituel et la résistance comme structures des musiques noires.


Dans ce second volet, le questionnement du triptyque : Afrique, Russie et islam continue à travers la musique.


Après l'art soufi, la dimension de la femme dans l'islam et le principe de non-violence emprunté à la littérature russe influencée elle également par ce même islam, le regard sera porté cette fois-ci depuis les luttes armées et leurs esthétiques musicales.
Introduite par Kemi Bassene, la conférence performée se poursuit par une déambulation dans les salles de l'exposition avec le musicien Wasis Diop et le conteur Filip Kantinol.


Filip Kantinol est un chanteur, conteur musicien instrumentiste martiniquais qui représente une oralité, "la Pawol kréyol". Il fait exister ses textes à travers gestuelles et chants, questionnant les réalités et les songes selon le rituel du conteur. Il a commencé à jouer du chacha dans les fêtes familiales, puis a développé l'instrument à l'École de Bélè de Paris pour finalement l'inscrire dans une authentique tradition créole.


Wasis Diop est un musicien sénégalais et français né à Dakar. il se met très tôt à la guitare, bien que n'étant pas issu d'une famille de griots. Il quitte le Sénégal pour la France au début des années 70 pour y poursuivre sa carrière artistique.


Né à Dakar, Kemi Bassene est musicologue. Également artiste et photographe, son travail était récemment visible à la Biennale de Dakar et à Bétonsalon (Groupe Mobile, 2016). Petit-fils de Mama Casset, précurseur de la photographie au Sénégal, il se propose de décoloniser en décloisonnant tout, aussi bien les disciplines que les expériences.

À travers sa littérature (Tolstoï en particulier) et son idéologie socio-économique, la Russie a influencé les luttes d'indépendance en Afrique par une résistance non violente (avec Ahmadou Bamba au Sénégal et Gandhi en Afrique du Sud) puis par une lutte armée avec un intermédiaire désigné : Cuba. La musique grégorienne russe a également influencé la musique gouvernementale révolutionnaire cubaine qui a son tour retrouvera une nouvelle rythmique en Afrique. L'islam a quant à lui infiltré l'Afrique noire dès le 8e siècle, a voyagé comme esthétique immatérielle avec la traite transatlantique et inspiré par sa puissance syllabique toutes les musiques noires américaines.
Deux conférences dans le cadre de la programmation anniversaire des 30 ans du Crédac / une programmation soutenue par la Fondation d'entreprise Ricard, la Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques, l'ADAGP et la copie privée.
Gratuit, sur réservation : contact[at]credac.fr / 0149602506
http://slash-paris.com/fr/evenements/kemi-bassene- -noires

COMMENT SORTIR DE LA PAUVRETÉ ?-Boubacar Camara Harmattan Sénégal

DÉVELOPPEMENT ECONOMIE EDUCATION QUESTIONS DE GENRE AFRIQUE SUBSAHARIENNE

Vaincre la pauvreté, c'est d'abord vaincre l'ignorance, le manque d'éducation et de formation de qualité des populations défavorisées, en particulier féminines. Ce livre s'attache à la relation fondamentale entre éducation, culture et développement. L'éducation des filles et des femmes doit occuper une place essentielle dans la problématique du développement durable. L'auteur fait des propositions concrètes en matière de conception de plans, programmes et projets en liant l'éducation formelle et non formelle et le développement communautaire.

 Cette donne n'est souvent pas suffisamment reflétée dans les politiques et stratégies mises en œuvre. Boubacar CAMARA, de nationalité sénégalaise, est ingénieur statisticien, docteur en Économie et expert en planification de l'Éducation. Membre du Secrétariat de l'UNESCO de 1984 à 2013, date de son départ à la retraite, il a une expérience diversifiée des systèmes éducatifs et des problèmes de développement communautaire en Afrique et dans le monde. Ses travaux de recherche lui ont permis de publier plusieurs ouvrages parmi lesquels : Micro-informatique, Gestion et Planification de l'Éducation en Afrique ; Planiier pour l'Éducation de base ; Savoir Co-Devenir, Contribution à une nouvelle philosophie de l'Education à l'aube du 3 e Millénaire. Il a également mis au point de nouveaux outils de développement tels que l'Indicateur de Progrès éducatif (1998) et la méthode ERA, une approche novatrice de la lutte contre la pauvreté au niveau local (2000).

Outre ses occupations professionnelles, M. Camara a enseigné l'Économétrie à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar et dans des Institutions supérieures de formation bancaire et d'études monétaires.

 

Préface d'Yvonnick Huet
GÉOGRAPHIE SOCIOLOGIE AFRIQUE SUBSAHARIENNEMONDE CARAÏBES ASIE Angola Bénin CambodgeCongo-Brazzaville Haïti Laos Mali

L'accès à l'alimentation dans les grandes villes des pays pauvres est au centre des préoccupations des pouvoirs publics et de la communauté internationale.La mobilisation des Etats et des organismes internationaux sur la sécurité alimentaire témoigne de la persistance des problèmes d'accès à l'alimentation dans le monde. Cet ouvrage est une synthèse sur la question alimentaire en milieu urbain, qui s'appuie sur des études réalisées dans des contextes aussi différents que ceux de grandes villes d'Afrique (Congo, Bénin, Angola, Mali), d'Asie (Cambodge et Laos) ou des Caraïbes (Haïti).

L'ouvrage renseigne sur une partie des résultats issus de huit études réalisées dans les grandes villes de sept pays d'Asie (Cambodge et Laos), des Caraïbes (Haïti) et d'Afrique subsaharienne (République du Congo, Bénin, Angola, Mali). Les études ont été menées de 1993 à 2003 auprès des ménages, des acteurs des filières agricoles (commerçants, transporteurs, restaurateurs...), des administrateurs et des personnes-ressources suivant un plan global de méthodologie testé à Brazzaville pendant un an d'observation des ménages et adapté à l'environnement socio-économique et culturel des autres villes. L'accès à l'alimentation dans les grandes villes des pays pauvres est au centre des préoccupations des pouvoirs publics et de la communauté internationale.

La mobilisation des États et des organismes internationaux sur la sécurité alimentaire témoigne de la persistance des problèmes d'accès à l'alimentation dans le monde. Dans les pays du Sud, en dépit des opportunités de production alimentaire offertes par l'environnement écologique, la production nationale ne couvre pas les importants besoins alimentaires des citadins pour la plupart des aliments. La dépendance des pays à l'égard des importations constitue un manque à gagner pour les États. L'irrégularité des approvisionnements des marchés, la volatilité des prix, le faible pouvoir d'achat alimentaire des ménages créent des situations de pénurie qui peuvent générer des tensions sociales (émeutes de la faim), pénalisent les familles pauvres et renforcent la sous-alimentation et la malnutrition. Ces deux phénomènes ont une incidence sur la productivité des individus et le développement social et économique des pays.

Yolande Berton-Ofouémé est géographe, Professeure des universités, directrice des Aff aires académiques à l'Université Marien Ngouabi en République du Congo. Chef de parcours-type de la formation doctorale de géographie, ses travaux de recherche sont orientés sur les populations en situation de précarité dans le domaine de l'alimentation, la santé et l'éducation et sur l'approvisionnement des grandes villes.

vendredi, 16 juin 2017 12:16

S'ouvrir à l'autre-Thomas De Koninck /Canada

Écrit par

 

Titulaire de la chaire « La philosophie dans le monde actuel », Université Laval

Dans Lettre à un otage, Antoine de Saint-Exupéry raconte comment au cours d'un reportage sur la guerre civile en Espagne, il a été fait prisonnier par des miliciens anarchistes. L'ennui, l'angoisse et un dégoût profond devant l'absurde de sa situation s'effacèrent à la suite d'un « miracle très discret », suscité pas sa quête d'une cigarette auprès d'un de ses geôliers, en ébauchant un vague sourire. « L'homme s'étira d'abord, passa lentement la main sur son front, leva les yeux dans la direction, non plus de ma cravate, mais de mon visage et, à ma grande stupéfaction, ébaucha, lui aussi, un sourire. Ce fut comme le lever du jour. Ce miracle ne dénoua pas le drame, il l'effaça, tout simplement, comme la lumière, l'ombre. Aucun drame n'avait plus eu lieu. Ce miracle ne modifia rien qui fût visible. La mauvaise lampe à pétrole, une table aux papiers épars, les hommes adossés au mur, la couleur des objets, l'odeur, tout persista. Mais toute chose fut transformée dans sa substance même. Ce sourire me délivrait. C'était un signe aussi définitif, aussi évident dans ses conséquences prochaines, aussi irréversible que l'apparition du soleil. Il ouvrait une ère neuve. Rien n'avait changé, tout avait changé. [...] Les hommes non plus n'avaient pas bougé, mais, alors qu'ils m'apparaissaient une seconde plus tôt comme plus éloignés de moi qu'une espèce antédiluvienne, voici qu'ils naissaient à une vie proche. J'éprouvais une extraordinaire sensation de présence. C'est bien ça : de présence! Et je sentais ma parenté ».


Plus loin, Saint-Exupéry ajoute : « J'entrai dans leur sourire à tous comme dans un pays neuf et libre. J'entrai dans leur sourire comme autrefois dans le sourire de nos sauveteurs du Sahara. [...] Du sourire des sauveteurs, si j'étais naufragé, du sourire des naufragés, si j'étais sauveteur, je me souviens aussi comme d'une patrie où je me sentais tellement heureux. Le plaisir véritable est plaisir de convive. Le sauvetage n'était que l'occasion de ce plaisir. L'eau n'a point le pouvoir d'enchanter, si elle n'est d'abord cadeau de la bonne volonté des hommes. Les soins accordés au malade, l'accueil offert au proscrit, le pardon même ne valent que grâce au sourire qui éclaire la fête. Nous nous rejoignons dans le sourire au-dessus des langages, des castes, des partis »1.
Ce que Saint-Exupéry appelle « cette qualité de la joie » révèle la dimension la plus profonde de notre être : par delà les langages, les castes et les partis, par-delà toutes les différences, se découvre une solidarité humaine fondamentale.


Soit – certains d'entre vous pourraient-ils être tentés de dire – mais nous voilà loin de l'administration publique. À quoi je répliquerai tout de suite : en sommes-nous vraiment si loin que cela?


Car le thème de mon propos d'aujourd'hui, « S'ouvrir à l'autre », possède une double dimension. Il a d'abord une dimension proprement humaine, puis une dimension plus proche des impératifs de la gestion, si je puis dire, dans le contexte actuel. Mon exposé se découpera dès lors en deux étapes principales, dans le respect de ces deux dimensions, procédant du plus général au plus particulier. Il se terminera par une brève conclusion.


1/ La dimension proprement humaine
A/ « S'ouvrir à l'autre » dans le contexte global actuel


L'idéal d'une fraternité vraiment universelle, proclamé par les grandes chartes de droits humains, s'impose plus que jamais en raison du processus de mondialisation qui unit de façon croissante le sort de l'économie, de la culture et de la société. Il implique ce que le préambule de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 posait en principe, à savoir « la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables », qui constitue « le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde ». Que veut dire « dignité »? Rien de moins que ceci : l'être humain est au-dessus de tout prix. Ce qui a un prix, rappelait Kant, peut être remplacé par quelque chose d'autre, à titre d'équivalent; au contraire, ce qui est supérieur à tout prix a une valeur absolue, jamais relative. Tel est le sens de dignité ici. Elle signifie que chaque être humain est unique au monde, qu'il doit être considéré comme une fin, n'est jamais réductible à un moyen, du seul fait qu'il est humain. La reconnaissance de cette exigence est de toute époque. Elle se découvre chez tous les humains, dans toutes les cultures et se précise à mesure que s'affirment les civilisations. La reconnaissance la plus remarquable est celle qu'on y accorde d'emblée aux plus faibles et aux plus démunis, la place centrale de la mansuétude et du respect à l'égard des pauvres.


Subordonner le politique à l'économique, l'exercice du pouvoir politique à l'enrichissement, le travail de tous à l'enrichissement de quelques-uns, est un crime, qui entraîne des perversions et des pratiques infâmes. Il semble que le « bien » le plus lucratif dans le monde actuel, ce soient les armes de mort. « Le meurtre est la question », écrivait Camus dans une page prophétique sur le nihilisme, annonçant la tragique spirale de mort pour des centaines de millions d'humains aujourd'hui dans la cruauté ou l'indifférence : homicides, suicides, tortures, coercition injuste, le recours nullement nécessaire à la peine de mort, les déportations, l'esclavage, l'exploitation la plus éhontée des femmes et des enfants. Partout, sous-développement et surdéveloppement se côtoient de manière inadmissible. De nouvelles inégalités, de nouvelles marginalisations, de nouvelles situations d'extrême pauvreté accompagnent le processus de mondialisation, source d'immenses profits pour quelques-uns, donnant le spectacle, où qu'elles se manifestent, d'injustices si flagrantes que l'élimination de ces situations où des personnes humaines sont privées de l'essentiel devrait être une priorité absolue.


Réduire la mondialisation à un marché, c'est oublier à nouveau que le travail est pour le travailleur et non le travailleur pour le travail, que le marché doit être en tout temps subordonné au bien commun, c'est-à-dire au bien de chaque personne humaine sans aucune exception. Jamais le désir de reconnaissance réciproque ne s'est manifesté avec autant d'ampleur qu'aujourd'hui, où tant d'individus et de peuples ressentent le mépris, ou l'indifférence, comme des atteintes à leur liberté même. Femmes et hommes luttent avec ardeur pour qu'on reconnaisse en eux les agents responsables, autonomes, uniques, qu'ils veulent être, plutôt que des entités statistiques, des numéros, sans nom propre. C'est là un des traits les plus remarquables de notre temps. Les conséquences de ce désir de compréhension mutuelle, de solidarité, dont la portée échappe à trop de figures politiques, sont souvent paradoxales. Dans mon âpre quête de reconnaissance, je puis par exemple préférer être maltraité et mal gouverné par quelqu'un qui me tient pour un égal, plutôt que d'être bien traité mais avec condescendance par un individu qui ne me reconnaît pas pour ce que je veux être. Or il est évident que ce qui donne tout son sens, sa force à ce désir n'est autre que son origine : la reconnaissance implicite de la dignité de notre commune humanité.


Par-delà toutes les différences, se découvre, disions-nous, une solidarité humaine fondamentale. L'être humain concret se manifeste dans la réciprocité, en particulier dans le langage. Mes échanges avec l'autre supposent à la fois altérité et parité, notre égalité et notre liberté dans la parole, traits caractéristiques de la justice. La réflexion contemporaine sur l'autre et sur son visage a mis en relief la dimension d'emblée éthique des rapports proprement humains; à l'instar de la beauté, la « pauvreté essentielle », la vulnérabilité de l'humain en tant que tel, oblige. Autrui est celle ou celui que je ne peux pas inventer, qui résiste de toute son altérité à sa réduction au même, surtout au même que moi. L'uniformité engendre en revanche le conformisme, dont l'autre visage est l'intolérance.
La culture promeut la dignité humaine, à tout niveau et dans tout contexte. Il y a lieu de se demander si la voie la plus féconde et la plus réaliste à long terme pour le processus de mondialisation n'est pas dès lors la voie d'un véritable dialogue entre les cultures, dans le respect réciproque. Un des acquis indéniables
de notre temps est l'accès croissant à d'autres cultures. Chaque culture, y inclus la nôtre, représente un capital de richesse humaine considérable. Chaque peuple incarne une expérience irremplaçable, différente, de la condition humaine. « Si nous n'essayons pas de la comprendre, nous ne pouvons pas nous comprendre » (Claude Lévi-Strauss). Cette voie semble en tout cas nécessaire à l'édification d'un monde capable de regarder en face son propre avenir.


Il convient d'y être d'autant plus attentif que c'est essentiellement sous la caution d'idéologies immolant « à l'être abstrait les êtres réels » (Benjamin Constant) que le vingtième siècle s'est singularisé par l'étendue des meurtres, des tortures, des génocides. La marque du nihilisme, écrivait encore Camus, est son « indifférence à la vie ». L'infernale « logique » de l'exclusion est la même que celle des réductionnismes auxquels nous a habitués (avec d'excellents résultats dans son cas) la méthodologie scientifique. On crée des paradigmes à partir de définitions, ou de conceptions à priori – de « l'homme », par exemple – mais cette fois pour légitimer une forme ou l'autre d'exclusion (ainsi les Untermenschen, « sous-hommes », ou les Unmenschen, « non-hommes », décrétés tels par l'idéologie nazie). La forme la plus cruelle d'exclusion est celle qu'a dénoncée Amin Maalouf dans Les Identités meurtrières, et, plus récemment encore, Amartya Sen, dans Identity and Violence. Elle consiste – pour justifier les massacres ou toute autre forme de violence faite à autrui voire à soi-même – à substituer à l'individu concret l'une de ses appartenances : identité ethnique, nationale, religieuse, etc. Réduire l'identité à une seule appartenance installe les humains « dans une attitude partiale, sectaire, intolérante, dominatrice, quelquefois suicidaire », dans une vision biaisée et distordue.


Chacune de nos nombreuses appartenances nous relie en fait à un grand nombre de personnes; mais aucune personne au monde ne partage toutes mes appartenances, ni même une grande partie de celles-ci. « Chaque personne, sans exception aucune, est dotée d'une identité composite » : complexe, unique, irremplaçable, ne se confondant avec aucune autre. Qui plus est, « l'identité n'est pas donnée une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l'existence ». C'est ce concret de la vie de chacune et de chacun qu'occultent les passions destructrices, en substituant aux personnes des étiquettes, sous la caution d'abstractions faisant fi des êtres réels3. La pire des cruautés est celle qui va jusqu'à légitimer par des théories, des idéologies, de prétendues « philosophies », les déviances collectives impliquant un groupe, un peuple, une société – pensons au racisme, aux guerres ethniques, aux diverses formes d'esclavage, aux injustices sociales, aux tortures. Le mal même – l'horreur absolue, Auschwitz et tout ce qui y ressemble – est alors appelé « bien ».


B/ L'altérité « essentielle ou intime » - ou l'autre dans la constitution du soi


Ce serait une illusion de croire que nos identités personnelles ne se forgeraient qu'en une sorte de monologue solitaire, alors que l'interaction avec d'autres, à coup de dialogues externes et internes, souvent de luttes, est cruciale. La conversation avec nos proches, père, mère, frères et soeurs, avec tels de nos amis (ou ennemis), se poursuit en nous jusqu'à la fin de nos vies. Gadamer parle excellemment de « l'entretien illimité que nous sommes ». Découvrir à quel point la constitution de notre moi intime aura été affectée par de telles relations d'échange précises, spéciales, avec autrui, hommes et femmes, aide à mieux saisir la portée de l'enracinement dans une culture, y inclus, encore une fois, la nôtre. L'une des questions majeures posées par l'ethnologie concerne ce que l'on a appelé justement « l'altérité essentielle ou intime », dont les représentations, dans les systèmes qu'étudie l'ethnologie, « en situent la  nécessité au coeur même de l'individualité, interdisant du même coup de dissocier la question de l'identité collective de celle de l'identité individuelle » (Marc Augé).


Cette dialogique grâce à laquelle l'identité de chacune et chacun de nous s'élabore et se transforme tout au long de l'existence, passe par le langage ordinaire, par le langage des arts, des gestes, de l'amour, le partage des joies et des peines. C'est bien ce que veut dire au moins en partie le mot de Hölderlin : Dichterisch wohnt der Mensch, « c'est poétiquement que l'homme habite ». Le premier lieu que nous habitons, qu'il nous est impossible de jamais quitter, c'est nous-mêmes. Notre planète est certes ce lieu concret appelé Terre mais elle est bien plus encore cette seule planète où, toujours, nous habitons, qui est dans notre imagination et dans notre coeur, peuplée de tous ceux et celles que nous aimons, dont le visage peut s'être effacé mais la présence demeure, et les paroles et le sourire. La planète qui compte pour nous, c'est celle que nous portons en nous, c'est le lieu où l'on a découvert la beauté, l'universel, la fragilité et la puissance de la vie, la tristesse, le désenchantement, l'insensé, la joie, l'amour, la vie du sens se construisant dans une approximation permanente.


Le sentiment ne se manifeste pas sous la forme d'une représentation, d'une idée, mais plutôt comme une épreuve concrète. Il est toujours et nécessairement tel sentiment particulier – la joie, telle joie, la tristesse, telle tristesse, la peur, telle peur – avec par suite une tonalité qui n'est que de lui et qui ne peut se saisir que dans le moment même où on l'éprouve. La tristesse n'est pas, si on veut, le monde, mais une modalité de ma présence à moi-même, où le monde apparaît comme triste « d'abord et essentiellement parce que je suis triste » (Ladrière). Tant et si bien que je me reçois ainsi à tout instant dans ma contingence même. La vie n'est pas présente devant nous. Le soi est affectivité, il est possibilité d'être affecté par lui-même. Il s'éprouve dans le sentiment. À cet égard, nous le voyons, notre être est essentiellement passif.


Le visage se révèle à la manière d'une mélodie, où chaque moment exprime un tout qui n'est aucunement une addition de parties mais une « manifestation progressive de soi ». De même pour la perception d'une personne, qui est celle d'une présence où se livre la vie même, porteuse de possibilités infinies. Le visage, la mélodie et la vie sont, en d'autres termes, des touts dynamiques. Chaque personne a une « essence », une figure unique, incomparable – non pas « intelligible », mais « affective ». Dans cet ordre d'expérience, « tout comprendre est affectif » (Michel Henry).


La nostalgie de ne pouvoir communiquer à fond et authentiquement semble démontrer que nous sommes faits pour communiquer et aimer, ce qui implique de notre part la reconnaissance de l'autre, du différent, de l'irréductible. Mais aussi qu'on ait quelque chose à dire à quelqu'un, quelque chose qui naisse par conséquent de l'intérieur, ce qui suppose à son tour qu'on connaisse sa propre identité, qu'on se comprenne un peu et s'accueille soi-même.


Bien des formes de parole ne sont pas une vraie communication parce qu'elles émanent d'un vide – ainsi cette foison croissante d'informations immédiates et donc médiocres que l'on jette aussitôt, certes, mais qui noient et étouffent les mémoires. La communication implique d'une certaine façon la personne qui communique, le risque de la confiance à autrui, à ce qui échappe. Il n'existe pas une façon de communiquer purement abstraite. L'enfer de la non-communication, de la solitude ainsi entendue, doit faire entrevoir que la communication humaine a une valeur, une signification, un poids bien au-delà de tout ce que l'on imagine, qu'elle est à la fois formidable et fragile, beaucoup plus délicate, riche, constructive (ou destructrice), qu'il n'apparaît à la surface. La véritable communication n'est possible qu'en des communautés humaines concrètes.

Loin qu'il y ait alors perte de soi, la communication authentique est, tout à l'opposé, gain, enrichissement, comme on le voit le mieux en l'amitié authentique et dans l'amour. Dans l'amitié authentique, forme idéale de communauté humaine, l'autre est un autre soi. La solidarité humaine s'établit dans un « nous » où chacun porte en soi la figure de l'autre – cet autre-ci – en même temps que la sienne propre. De cet autre chaque fois absolument unique au monde – comme cet ami qui est un autre soi, mais toujours également un autre avec qui la communication n'est possible que dans le respect de cette altérité indépassable.


2/ L'écoute


C'est la dimension plus « professionnelle » que je vise ici sous le terme d'écoute.


Prenons acte d'abord du fait que c'est manifestement au contact des questions concrètes et des problèmes que se forme l'intelligence, pas en apprenant les solutions. Le choc de la réalité est un levier essentiel, comme le rappelait, très à propos, Michel Crozier dans son remarquable ouvrage, La Crise de l'intelligence. L'apprentissage quantitatif des connaissances qui méconnaît l'intelligence créative prépare mal à un monde de la responsabilité ayant à faire face à des situations de plus en plus inédites. Cela a toujours été vrai, mais jamais autant que maintenant, où les défis sont ceux d'une plus grande complexité et d'une plus grande liberté. De plus, « le monde change de telle sorte que la part de l'exploration, du diagnostic et du choix de problème devient beaucoup plus importante que celle de leur solution. L'absurdité française, c'est de croire que la formation des ingénieurs comme machines à trouver des solutions est la bonne formule pour recruter des dirigeants qui auront surtout comme tâche de déterminer quels sont véritablement les problèmes ». On pourrait citer à l'appui cette remarque de Paul Valéry : « L'action réelle n'a que faire de bons élèves. Encore moins de brillants sujets; lesquels retiennent surtout de leurs débuts une présomption de supériorité ».


La première condition qui s'impose pour connaître les autres points de vue, pour éviter le jugement précipité et le point de vue unilatéral, est celle de l'écoute. Plutarque faisait déjà observer qu'une majorité de gens croient qu'il importe d'abord d'apprendre à parler alors qu'on doit apprendre à écouter pour commencer, et à écouter de manière attentive, active. Aussi la participation de l'élève à l'enseignement est-elle importante; savoir bien interroger, après avoir écouté, est un art essentiel qu'il faut apprendre également. L'esprit humain n'est pas comparable à un vase qu'on remplit, mais bien plutôt à une matière combustible qu'une étincelle peut enflammer. Se contenter d'admirer passivement une raison à l'oeuvre est comme aller chez le voisin pour lui emprunter de quoi allumer un feu chez soi, puis préférer ensuite se réchauffer longuement devant son feu à lui. C'est au contraire sa propre originalité ainsi que son propre désir de penser et de découvrir le vrai qu'il importe d'éveiller.
Il nous faut aujourd'hui apprendre à maîtriser la complexité du monde moderne, ce qui exige un approfondissement de la pensée, une coopération accrue des intelligences, plus de solidarité interpersonnelle active. Dans tous les domaines – en particulier ceux qui concernent l'humain – l'accès au réel passe obligatoirement par une écoute interactive, ou n'aura pas lieu. Michel Crozier voit, avec raison, dans l'apprentissage de l'écoute et dans l'analyse qui enrichit l'écoute, ce qui manque le plus de nos jours, en particulier parmi les « élites » appelées à gouverner. « Seul celui qui sait écouter pourra faire de sa parole un acte de communication. L'écoute est le premier acte du respect et de la tolérance qui rend possible le débat démocratique ». Non pas une écoute passive et hiérarchique, du type de celle
où « les élèves n'écoutent que le maître et n'apprennent pas à s'écouter les uns les autres, donc à débattre avec tolérance ». Le message des manifestants qui descendent dans la rue n'est plus celui des grèves classiques de type revendicatif et il est pourtant clair : « Écoutez-nous! ». Face aux problèmes inédits qui se présentent aujourd'hui, l'écoute est irremplaçable.


Dans le même ordre d'idées, sont plus que jamais essentiels à la cité des lieux de convivialité, de conversation véritable, où toutes et tous, sans distinctions de classes, d'origines et le reste, puissent échanger librement. L'essence de la vie civique est la conversation, disait à juste titre Emerson, et le suprême mérite de Paris, celui d'être la « ville de la conversation et des cafés ». Un obstacle de plus à la démocratie est la disparition graduelle – en Amérique du Nord notamment – de lieux comme les cafés et les pubs authentiques qui remplissent la fonction essentielle de « troisième lieu » (outre le cercle familial et le milieu de travail) indispensable à l'épanouissement des vertus politiques.


Rien ne saurait en effet remplacer la conversation et le dialogue. Peter Emberley a bien fait valoir que parmi les capacités fondamentales que doivent cultiver les universités, il faut compter plus que jamais aujourd'hui l'aptitude à la conversation. C'est elle qui distingue l'être humain de l'animal, le civilisé du barbare, notait Michael Oakeshott, qui définissait l'éducation comme une initiation à l'art et au partage de la conversation. Nous venons de nous rappeler le rôle essentiel de la réciprocité dans la constitution du moi. La conversation est une figure essentielle de cette réciprocité, surtout lorsqu'elle se donne la forme d'un véritable dialogue, dont la force est « métamorphosante » (Gadamer). Le principal défi est évidemment celui de l'écoute, qui exige une prise de distance par rapport à soi, difficile pour tous, et impossible à qui est incapable d'humour. La conversation et le dialogue permettent de dépasser nos points de vue privés vers une langue commune essentielle à la compréhension, faisant confiance en la raison à laquelle nous avons tous part. (L'extrême opposé serait, ainsi que l'imagine avec humour Gadamer, une paire de lunettes à travers laquelle on ne verrait plus mais serait téléspectateur.) Qui plus est, la conversation nous permet de cultiver les qualités les plus essentielles à la convivialité humaine – courtoisie, politesse, tact, franchise, capacité de plaisanter avec goût, générosité, détachement, gratuité.


Conclusion


Il importe surtout de ne jamais oublier que l'estime de soi, l'amour de soi bien compris (« Aime ton prochain comme toi-même », dit un précepte célèbre), sont les sources vives de tout l'agir humain. On le voit clairement par leurs contraires. Gabriel Marcel évoquait l'emploi systématique par les nazis de « techniques d'avilissement » dont le but était de détruire chez des individus « le respect qu'ils peuvent avoir d'eux-mêmes », et de les « transformer peu à peu en un déchet qui s'appréhende lui-même comme tel, et ne peut en fin de compte que désespérer, non pas simplement intellectuellement, mais vitalement, de lui-même ».9 On souligne parfois que les médias, la presse écrite ou audiovisuelle, la publicité, le matraquage à la télévision d'images violentes ou simplement triviales mais anesthésiantes, ont tendance à infirmer la faculté d'attention et le sens critique. Plus gravement encore, toutefois, ils fabriquent et entretiennent une image dégradée de l'être humain – et de soi par conséquent – diminuant du même coup la qualité de la volonté d'agir et risquant d'anéantir peu à peu le désir non seulement d'imprimer un sens à sa vie, mais de vivre tout court.


Aussi, la reconnaissance par autrui peut-elle agir en revanche comme un puissant motif positif. Pascal observait avec finesse que « nous avons une si grande idée de l'âme de l'homme, que nous ne pouvons souffrir d'en être méprisés, et de n'être pas dans l'estime d'une âme; et toute la félicité des hommes consiste dans cette estime »; il ajoutait : « quelque avantage [que l'homme] ait sur la terre, s'il n'est placé avantageusement aussi dans la raison de l'homme, il n'est pas content. C'est la plus belle place du monde, rien ne peut le détourner de ce désir, et c'est la qualité la plus ineffaçable du coeur de l'homme ».


Il ne faut pas hésiter à qualifier de croissante de nos jours la puissance de ce désir de reconnaissance, que j'ai évoquée tout à l'heure. Elle va de pair avec la croissance incommensurable du sentiment de liberté. Il y a là un ordre de réflexions extrêmement important, que chacune et chacun doit être en mesure de transposer dans l'ordre de ses contacts professionnels et de ses décisions. Si j'ai, en tant qu'administrateur ou médecin, par exemple, à donner à une personne une information pénible la concernant, la manière est capitale : il faudra déployer tout le tact possible; non pas mentir, ou cacher la vérité, mais la lui apprendre en me laissant mesurer par la gravité de la nouvelle pour cette personne, en ses circonstances à elle; il va de soi que plus ma propre sensibilité aura su s'affiner, mieux je serai en mesure de respecter la sienne. Cela correspond à ce que l'éthique classique appelle la « bienveillance », la vertu qui préside non pas au don comme tel, mais à la façon de donner; l'expérience confirme qu'annoncer une bonne nouvelle avec arrogance, ou faire un don généreux de manière blessante, risque souvent de faire plus de mal que de bien. Entretenir une vive conscience du rôle central du désir de reconnaissance chez tout être humain, incite à se montrer inventif dans les moyens de manifester le respect d'autrui au sein des rapports humains même les plus difficiles.


Il n'est pas étonnant, pour finir, que la reconnaissance par autrui offre en somme la plus puissante des motivations. Car respect, reconnaissance et amour sont intimement liés et le désir de l'un entraîne les autres. Le thème de fond ici est le bien sous sa figure la plus évidente, celle de l'aimable (au sens étymologique du terme); là où le ressentiment, la haine, désirent la destruction, l'amour et l'amitié disent au contraire : « il est bon que tu existes ». Les mots suivants de Jean-Paul Sartre résument excellemment l'essentiel : « C'est là le fond de la joie d'amour, lorsqu'elle existe : nous sentir justifiés d'exister ».

Thomas De Koninck Chaire « La philosophie dans le monde actuel », Université Laval

Thomas De Koninck
Professeur titulaire
Titulaire de la chaire « La philosophie dans le monde actuel », Université Laval
Faculté de philosophie
Université Laval
Cet article m'a été proposé par H R assistante sociale dans le val de Marne , un grand merci
http://www.iapq.qc.ca/wp-content/uploads/2012/04/

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Dernier jour de campagne pour les candidats aux législatives françaises. Le second tour aura lieu dimanche 18 juin 2017. Emmanuel Macron est en passe de réussir son pari: obtenir la majorité absolue à l’Assemblée. La République en marche est arrivée largement en tête au 1er tour. A quoi va ressembler le nouvel hémicycle? Que restera-t-il à droite et à gauche?

• Une majorité de novices pour le président

Avec 32 % des voix dimanche dernier, le parti La République en marche pourrait obtenir entre 400 et 455 députés sur 577 circonscriptions (suffrage uninominal à deux tours). Bien plus, donc, que la majorité absolue de 289 sièges. Emmanuel Macron aura-t-il pour autant les mains libres pour faire passer ses réformes ? La réponse de Christian Delporte, historien et professeur à l'université de Versailles :

« Avoir une très grosse majorité, ça peut être un handicap dans la mesure où il n’y aurait pas d’opposition. Et l’opposition pourrait dans cette chambre introuvable se constituer à l’intérieur même de la majorité macroniste. L’autre problème, c’est qu’on va avoir beaucoup de novices, il va falloir un certain temps pour qu’ils s’habituent au fonctionnement de l’Assemblée. Il y aura de ce point de vue un gros travail des administrateurs de l’Assemblée nationale. »

• La droite française espère limiter la casse

Les Républicains et les centristes de l’Union des démocrates et indépendants s’apprêtent à perdre environ la moitié de leurs élus à l’Assemblée nationale. Dans le nouvel hémicycle, LR et UDI pourraient obtenir de 70 à 110 sièges, contre 226 jusqu’à présent. La droite se console en répétant qu’elle sera la première force d’opposition à l’Assemblée. Mais l'état-major  dépasser la barre symbolique des 100 députés.

Surtout, la famille est au bord de la scission entre les « Macron compatibles » et l'aile dure du parti. Jérôme Sainte-Marie dirige la société d'études et de conseils PollingVox. Pour lui, Emmanuel Macron aura besoin de s'appuyer sur des alliés à droite : « Il est très important pour Emmanuel Macron d’avoir de nombreux élus de droite et d’électeurs de droite qui le soutiennent. Pour cela, il doit développer des arguments puissants à l’égard des élus LR. C’est-à-dire des nominations au gouvernement et à l’Assemblée. »

• Les socialistes luttent pour avoir un groupe

Le Parti socialiste, jusqu'ici majoritaire dans l'hémicycle,se bat désormais pour avoir au moins 15 députés. Et le PS risque de devenir une simple force d'appui au président, puisque Jean-Luc Mélenchon devrait réussir son pari : incarner l’opposition à gauche en formant un groupe avec les élus du mouvement France insoumise. Jérôme Sainte-Marie :

« Autant le 1er tour de la présidentielle a été une déception pour le FN, autant même s’il n’a pas été qualifié, pour Jean-Luc Mélenchon, ses près de 20 % sont une réussite historique. Ce score l’a placé très loin - et les législatives l’ont confirmé -, non seulement devant le PC mais également devant le PS. Comme l’actualité gouvernementale sera dominée par la réforme du Code du travail, la France insoumise sera probablement très à l’aise pour incarner une opposition radicale au gouvernement. »

• Le Front national loin de ses premiers espoirs

A l'issue de l'élection présidentielle, où elle s'était qualifiée au second tour avec un score historique, Marine Le Pen espérait plusieurs dizaines de députés. Dimanche prochain, il pourrait - dans le pire des scénarios - n’y avoir qu’une seule élue frontiste à l'Assemblée nationale : Marine Le Pen elle-même. Le FN va connaître des jours difficiles, mais sans pour autant mettre en danger la présidente du parti.

C'est du moins l'avis de l'historien Christian Delporte : « C’est un moment effectivement difficile, mais il n’empêche que le FN a fait une percée considérable - 11 millions de voix à la présidentielle. Donc, il reste une force majeure, bien implantée. Peut-être que la ligne Philippot sera revue, mais tous les partis politiques dans les mois qui viennent vont avoir une passe compliquée. Le PS, les LR, le FN... Cela dégage un ou deux ans de tranquillité pour Emmanuel Macron. »

Abstention record sous la Ve République

Le succès de La République en marche aux législatives 2017 est historique. La formation présidentielle devrait grandement contribuer à faire émerger l'Assemblée nationale la plus jeune et la plus féminisée de l'histoire de la Ve République. Mais cette nouvelle donne se fait au prix d'un record d'abstention. Dimanche dernier, la moitié des électeurs n’est pas allée voter. Et cela risque d’être pire au second tour. Habituellement, la participation est en effet moins forte au 2e tour qu'au 1er tour.

RFI

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Cheikh Tidiane Gadio étale ses «questions sur la faisabilité pratique des élections» du 30 juillet prochain. Le nombre de listes étant pléthorique (47), le personnel et la logistique requis risquent de tenir difficilement dans les salles de classe qui doivent accueillir les votants. Ce qui devrait compliquer le processus de vote.

«Je me pose des questions sur la faisabilité pratique des élections, prévient l’ancien chef de l’a diplomatie sénégalaise dans un entretien paru dans le journal Enquête de ce vendredi. Au Sénégal on a l’habitude d’organiser des élections dans les salles de classe, un peu partout dans le pays. Quand je vois la dimension des salles de classe, et voir les organisateurs devoir mettre une cinquantaine de chaises dans une seule salle, avec 47 représentants des 47 listes dans chaque bureau de vote, plus le ministère de l’intérieur, le Cena, les assesseurs, etc. Avec tout ce beau monde quand l’électeur va ouvrir la porte, il va être tellement impressionné qu’il peut même être décontenancé. Ça, c’est pour rire un peu, mais je trouve que la faisabilité pose problème.»

Prenant le chrono, la tête de liste nationale de la coalition Senegaal Dey Dem poursuit dans ses explications : «L’autre aspect maintenant, est que si vous faites les calculs d’un vote à 47 bulletins, le temps d’identifier votre nom, d’aller récupérer les bulletins, d’aller à l’isoloir, revenir voter. Si vous faites ça dans la sérénité et non dans une course de vitesse, vous avez besoin de 5 à 6 minutes. Avec 6 mn, c’est 10 votants par heure. Est-ce que vous imaginez des bureaux de vote de 300 personnes si au bout de 10 heures il n’y a que 100 personnes qui ont voté ? Qu’est-ce qu’on fait des autres ?»

Pour éviter ces écueils, trouver une solution, Gadio préconise des concertations entre les acteurs concernés par le processus électoral.

Auteur: Youssoupha SANE - Seneweb.com

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La COALITION GAGNANTE WATTU SENEGAL, composée par BOKK GIS GIS, PDS, TEKKI, AJPADS et de plusieurs mouvements de la société civile se met en ordre de bataille pour les élections législatives du 30 juillet 2017.

Cette liste tirée par le monument Abdoulaye Wade, combattant de la démocratie sénégalaise, le vrai bâtisseur de ce Sénégal moderne, celui qui a toujours défendu et nos intérêts et le leadership de notre pays au banquet des nations, eh bien cette liste a toute les chances d’être plébiscitée par les Sénégalais.

Nos leaders que sont Pape Diop, Mamadou Diop Decroix, Mamadou Lamine Diallo ainsi que Oumar Sarr, ont fait le bon choix d’aller ensemble et de porter notre père qui, à y regarder de près, est celui qui a « créé » quasi tous ces leaders qui se présentent aujourd’hui contre.

Ce choix est celui de l’expérience et de la sagesse car comme dit l’adage, si tu ne sais plus où tu vas, c’est mieux de retourner d’où tu viens.

Notre pays fait face à de grands défis, défi économique, défi de la bonne gouvernance, défi social, qui entraînent d'autres défis dans la vie des citoyens au Sénégal et à travers sa diaspora, comme dans la santé, dans la justice, dans l'éducation, dans nos ressources naturelles, dans l'environnement, dans la situation des migrants sénégalais etc.

Aujourd'hui nous sommes face à un pouvoir enfermé dans ses certitudes, qui donne l'impression de toucher à tout sans rien régler et qui peine à rassembler tous les Sénégalais autour de l'essentiel, c'est-à-dire le développement socio-économique du pays.

On ne gouverne pas dans une démocratie en opposant les citoyens entre eux, en gérant les affaires de l’État avec seulement ceux qui vous sont favorables. On ne gouverne pas le Sénégal sans porter haut ses acquis démocratiques, ses valeurs et son identité, qui ont fait l'admiration du monde. Dans ce Sénégal on ne doit pas mener une politique injuste ou partisane et exclusivement orientée au profit des privilégiés ou des transhumants.

Il est temps, et on a une bonne occasion avec ces élections législatives, que cela change vraiment. Nous voulons redonner à l'Assemblée nationale sa force, sa sérénité, son utilité d'antan et qu'elle ne travaille que pour l'intérêt des populations. Nous voulons redonner à chacun la confiance à la politique, le goût de travailler pour notre pays et l'envie d'avoir un destin commun et faire échec aux relents d'ethnicité.

J'ai la conviction que face aux multiples défis de notre pays, l’expérience de Maître Abdoulaye Wade est plus que nécessaire pour nous éclairer le chemin vers une assemblée nationale indépendante du pouvoir exécutif, ayant une action cohérente et une bonne expertise, permettant de regagner la confiance des citoyens, de redresser notre pays et de le rassembler autour de ce qui nous unit, depuis les rives du fleuve Sénégal jusqu'à l'orée des bois sacrés de la Verte Casamance.

Nous militants de la coalition Gagnante Wattu Sénégal, devrons nous engager sans réserve et sans conditions afin de relever le défi d'une assemblée nationale émancipée, qui contrôle l'action du gouvernement et qui fera des lois qui vont améliorer la vie de tous les Sénégalais.

Nous devons le faire en nous appuyant sur ce que nous partageons de plus cher, c’est-à-dire, la morale, le sens de la justice, le respect des autres et de la parole donnée, pour une société apaisée et unie.

Redonner à l'assemblée nationale son poids et sa voix, rassembler dans la justice, tout cela sera possible grâce à un vrai État de droit pour un nouveau souffle démocratique: une présidence moins intrusive, un gouvernement adepte de la bonne gouvernance, un parlement renforcé et indépendant, l'indépendance de la justice et des médias assurée, des syndicats et des associations de la société civile au cœur du changement, une opposition constructive et respectée, une décentralisation réelle et démocratique.

Nous rêvons d'être les dépositaires et les garants de cet héritage du SOPI légué par Maître Abdoulaye Wade et de le perpétuer au profit de tous, un changement où les mots se transforment en actes pour une véritable émergence.

Nous sommes très honorés et enthousiastes à l'idée de se battre sous la même bannière que Maître Wade et d’emmener nos candidats à l'assemblée nationale.

Nous sommes persuadés d’avoir le soutien de la population qui crie partout leur « RETHIOU » pour le choix porté sur un homme qui chaque jour pose des actions aux antipodes de leurs préoccupations.

Forts de cette confiance, nous devons prendre, l'engagement d'être à la hauteur et de représenter dignement le Peuple Sénégalais dans son ensemble sans aucune idée partisane, de manière désintéressée et patriotique.

Notre réussite dépend maintenant uniquement de notre capacité d’écouter l’ensemble des Sénégalais sur les enjeux que l'Assemblée Nationale devrait porter selon eux, pour représenter dignement le Peuple Sénégalais.

Vive la COALITION GAGNANTE WATTU SENEGAL

Vive le Sénégal

Ibrahima Wade

Coordonnateur Bokk Gis Gis Benelux

Responsable politique à Thiès

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Un millier de personnes, dont des footballeurs comme Wilfried Bony ou Salomon Kalou, étaient présentes à l’arrivée du corps de Cheick Tioté à Abidjan, ce 15 juin 2017. L’Ivoirien âgé de 30 ans, décédé le 5 juin d’une crise cardiaque, sera inhumé le 18 juin.

« Repose en paix Cheicky » et « un Eléphant ne meurt jamais ». Tels sont les messages sur des tee-shirts portés par Wilfried Bony, Kader Keita, Siaka Tiéné ou Marc-André Zoro. Une vingtaine de footballeurs sont venus accueillir la dépouille de leur ex-coéquipier en équipe nationale, ce 15 juin 2017 à l’aéroport d’Abidjan.

Au milieu d’un millier d’anonyme, on trouve également Hervé Renard, venu assister à l’inhumation de son ancien protégé, prévue le 18 juin. «Je pense que c’est la meilleure des façons de montrer son estime, lâche l’entraîneur français d’une voix cassée.La seule chose qu’on peut dire dans ces moments difficiles, c’est de présenter toutes nos sincères condoléances à la famille et au football ivoirien. Que son âme repose en paix. »

« Nous perdons un grand champion et un guerrier »

Certains, comme Max-Alain Gradel, ont du mal à contenir leurs larmes, tant le choc reste grand, dix jours après l’arrêt cardiaque fatal à Cheick Tioté. «Ce sont des moments très tristes que nous vivons actuellement, soupire Sory Diabaté, le premier vice-président de la Fédération ivoirienne (FIF). Nous perdons un grand champion et un guerrier. Cheick ne parlait pas beaucoup mais il était très engagé en faveur de la sélection nationale et pour le drapeau ivoirien».

Le vainqueur de la Coupe d’Afrique des nations 2015 aura le droit aux honneurs militaires, suivis d’un hommage de la FIF, le dimanche à Treichville. Puis une cérémonie religieuse sera organisée à la mosquée, avant l’inhumation au cimetière de Williamsville.

RFI

 

COMMENT VOTENT LES SÉNÉGALAIS ? Analyse du comportement de l'électeur de 1960 au 20 mars 2016 Cheikh Ahmed Bamba Diagne

Harmattan Sénégal SCIENCES POLITIQUES AFRIQUE SUBSAHARIENNE Sénégal


Quel est le comportement des électeurs sénégalais ?

Les résultats ont montré que les Sénégalais ne choisissent pas un candidat mais démettent en Président. Le dernier résultat montre que le vote sénégalais n'est pas sincère mais il est stratégique. Les électeurs stratégiques sont ceux qui ne manifestent pas leurs véritables préférences au moment du vote, car ils estiment que l'utilité de leur vote sera supérieure en votant pour un candidat différent de celui qu'ils préfèrent réellement. Ce qui ne donne aucune chance aux candidats indépendants et des Non Partis de Masses.


Si Hegel voyait dans la révolution française la rationalité en marche, des intellectuels comme Borda (1781) et Condorcet (1785) montreront que l'argument de la rationalité ne tient pas.


La démocratie n'est pas plus rationnelle qu'une autre procédure. Elle peut se justifier par des arguments moraux, politiques, historiques, mais non se prévaloir de la rationalité. L'objectif de notre recherche était d'étudier le comportement de l'électeur sénégalais pour montrer que ce dernier vote d'une manière cohérente et stratégique. Nous espérons qu'il profitera au plus grand nombre. Et si les citoyens se familiarisent avec les concepts de la théorie du choix social, le débat politique en sera profondément enrichi. Certains considèrent que le vote est un simple processus, une sorte de machine que l'on alimente avec les préférences de chacun et d'où sort une préférence collective avec l'assurance d'y trouver l'expression d'une volonté générale. Comme l'ont montré les travaux de Condorcet et Borda au XVIIIe siècle, il n'en est rien. Le vote n'est ni simple ni parfait.

Au Sénégal, sur 10 élections présidentielles, 7 multipartites, on a enregistré 56 candidats dont 4 Présidents de la République, 15 candidats indépendants et 12 candidats des Non partis de Masses.


Dans le comportement de l'électeur sénégalais, on constate une prime qu'il accorde aux vainqueurs, une malédiction aux vaincus et un rejet des candidats indépendants et des Non Partis de Masses.

La question de départ était d'étudier le comportement des électeurs sénégalais, c'est à dire comment ils votent ? Les résultats nous ont montré que les sénégalais ne choisissent pas un candidat mais démettent un Président. Et que le Président est choisi au moins pour deux mandats, mais ce qui met un bémol à cette hypothèse c'est l'apparition d'une suite arithmétique décroissante du nombre de mandat du premier Président République à l'actuel Président de la république. Le dernier résultat montre que le vote sénégalais n'est pas sincère mais il est stratégique. Les électeurs stratégiques sont ceux qui ne manifestent pas leurs véritables préférences au moment du vote, car ils estiment que l'utilité de leur vote sera supérieure en votant pour un candidat différent de celui qu'ils préfèrent réellement. Ce qui ne donne aucune chance aux candidats indépendants et des Non Partis de Masses.

Ce résultat confirme les travaux de Gibbard-Satterthwaite, qui prouve qu'aucun mode de scrutin ne peut garantir que des électeurs ne mentent pas sur leurs préférences.


Cheikh Ahmed Bamba Diagne est titulaire d'un Doctorat en sciences économiques, à la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion (FASEG) de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD). Enseignant Chercheur, actuellement Directeur Scientifique du Laboratoire de Recherches Economiques et Monétaires (LAREM), Docteur Diagne est spécialiste des questions monétaires, bancaires et financières

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