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« Ce que le voile dévoile aussi » par Bernard Bourdin philosophe politique

Tribune

Bernard Bourdin, philosophe politique est coordinateur de la recherche à la faculté des sciences sociales de l’Institut catholique de Paris, revient sur le dossier consacré au voile dans La Croix du 18 octobre 2019.

Les polémiques sur l’islam, et plus particulièrement sur le voile, reviennent à intervalle régulier en France

Désormais, lorsque l’on parle de laïcité, on parle de l’islam et réciproquement. Pourtant la laïcité ne se réduit pas qu’à une question juridique. Elle est d’abord une philosophie politique. Historiquement, la loi de 1905 est non seulement une loi de séparation, mais par la séparation elle a permis d’affirmer la philosophie politique de la République française. Désormais, le catholicisme, et plus largement aucune religion, ne peut interférer dans l’organisation de la société. La morale laïque et le roman national ont permis d’apporter une nouvelle conception d’un monde commun à tous les Français. Mais cette philosophie politique n’a été possible que parce que confrontée au catholicisme, confession chrétienne intrinsèquement liée à l’histoire de France, et donc à son roman.

Ce que révèlent les polémiques sur le voile

L’école laïque enseignait à tous les enfants les grandes figures chrétiennes : Sainte Blandine, Sainte Geneviève et Jeanne d’Arc. La rupture républicaine et laïque avait besoin d’une continuité historique. Il n’en va plus ainsi. La France moderne, nation forgée par la Révolution puis la République est devenue un archipel, pour faire écho au livre récent et très pertinent de Jérôme Fourquet. C’est dans ce contexte inédit que l’islam pose problème et où les revendications identitaires, pas exclusivement liées à cette religion, prospèrent. La République, la Nation, la laïcité, sont devenues des notions valises que l’on ne sait plus définir. Dès lors, rien d’étonnant qu’elles soient livrées en pâture

S’identifier à une communauté

Aux musulmans de France, aucun sentiment commun d’appartenance n’est proposé. Ils se tournent donc, c’est particulièrement clair pour les plus jeunes, vers l’islam qui leur procure ce manque à gagner d’une identification à une « communauté ». Et pour s’identifier à une communauté, rien de mieux que de le signifier par des « signes visibles et ostentatoires ».

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La Croix privilégie le débat serein et approfondi, entre chrétiens et avec ceux qui ne croient pas ou croient autrement.

Laïcité : non à une République de la peur

Comparaison peut être faite avec le retour de la soutane dans la frange la plus jeune du clergé catholique. Mais comparaison n’est pas raison, dans le deuxième cas de figure, il s’agit de rendre visible l’appartenance au corps clérical et dans le cadre d’une confession, une fois encore, inhérente à l’histoire et à la culture françaises. S’agissant de l’islam, tout musulman, selon une interprétation rigoriste de l’islam, doit « montrer » par un vêtement son appartenance.

La revendication identitaire, comme il est d’usage de l’exprimer, n’a donc pas le même sens. Certes, aucune société n’existe sans pluralité, mais aucune société n’existe non plus sans cohésion et unité, autrement dit sans un sentiment commun d’appartenance. Tel est le défi lancé par l’islam, non seulement à la laïcité, mais aussi à la République et à la nation, mais faut-il ajouter aux musulmans eux-mêmes.

Beaucoup d’entre eux ne veulent pas de cet enfermement communautaire et religieux. La réponse à ces défis ne peut pas par conséquent se situer du côté de l’apologie de la diversité. En lieu et place d’un monde commun, celle-ci transforme notre République (chose commune) en un archipel sans mémoire commune et sans Histoire commune racontée.

La laïcité bousculée par le voile

Les histoires identitaires sont inévitablement dangereusement conflictuelles. Elles sont le substitut de l’Histoire d’une nation, héritage spirituel et plébiscite de tous les jours comme disait Renan, que l’on ne saurait accuser d’être nationaliste et xénophobe. Les catholiques en font eux-mêmes les frais puisque la tendance à rechercher la neutralisation religieuse générale de la société devrait interdire sans discernement toute expression religieuse visible.

Il faut revenir à une resocialisation de la religion

La laïcité sécuritaire est donc un très mauvais chemin. Plutôt qu’une stratégie défensive, une laïcité expansive tout autant que de repli, qui stérilise notre histoire commune, c’est au contraire à une resocialisation de la religion qu’il faut en appeler, faisant partie intégrante de notre culture contemporaine.

Mais resocialisation ne signifie pas re-confessionnalisation. Elle appelle en réalité à l’expression civique des religions pour le bien commun de tous. Ce faisant, c’est vers une nouvelle voie républicaine qu’il convient de se tourner, une fois encore, celle du commun dans le cadre duquel la pluralité a toute sa place. Mais voulons-nous encore faire société, faire nation, faire République, et j’ajouterais civilisation, c’est-à-dire tout le contraire de la barbarie ou de la violence ? C’est ce que le voile dévoile sous notre regard passif…

https://www.la-croix.com/Debats/Forum-et-debats/Ce-voile-devoile-aussi-2019-11-19-1201061371