Société

Sénégal: quand la diplomatie passe avant les droits de l'homme en Mauritanie

Au Sénégal, des ministres ont discrètement demandé à des ONG de défenses des droits de l’homme qui dénoncent l’esclavage en Mauritanie de ne pas organiser de conférence de presse à Dakar.

Dans une rangée de sièges vides, seul Seydi Gassama, directeur d’Amnesty International au Sénégal, est venu expliquer la situation. La conférence de presse a été annulée deux fois, samedi dernier et ce jeudi, afin de protéger les ressortissants sénégalais basés en Mauritanie, explique-t-il :

« Je dois avouer qu’à nous-mêmes également l’Etat du Sénégal nous a exprimé ses préoccupations. Surtout que les bruits entre les deux pays ont tous des répercussions sur les populations. Il y a eu des actes de représailles, soit contre des pêcheurs, soit contre des Sénégalais qui seraient en situation plus ou moins irrégulière en Mauritanie. »

Absent, l’activiste mauritanien Biram Dah Abeid, figure emblématique de la lutte contre l’esclavage, reçoit donc discrètement. Il dit comprendre les demandes de l’Etat sénégalais et critique avant tout l’attitude et les pressions de l’Etat mauritanien et de son président :

« Ça dénote de la faiblesse de notre adversaire, le président général Mohamed Abdel Aziz. Et je regrette fort que le chef de l’Etat mauritanien use des populations paisibles comme moyen de pression. Ceci n’est pas digne d’une diplomatie qui se respecte. »

Déjà tendues, compliquées par ,la crise gambienne par les discussions sur le gaz et le pétrole, ce coup de pression de la Mauritanie ne va sûrement pas apaiser les relations avec le Sénégal.

RFI

QUE DU BONHEUR, par Pap NDOY de St louis du Sénégal, Penseur libre et indépendant

 

QUE DU BONHEUR, par Pap NDOY de St louis du Sénégal, Penseur libre et indépendant


Oh bonheur! quand tu nous éblouis de tes rayons écarlates de douceur!


Oh splendeur diffuse qui embaume tout notre corps d'un parfum de sérénité et de bien être!


Nous vivrions alors dans un monde où il n'y aurait ni offenses, ni pardon, où l'homme ne s'activerait que dans la quête d'un plaisir réciproque et partagé.
Le bonheur de l'autre y serait donc ressenti comme cette sensation de bonne humeur qui nous enivre l'esprit, envahit notre Être, et nous empoigne, sans que l'on ne sache en délimiter l'étendue sur notre corps.


Comme un fourmillement dans notre frêle carcasse, le sentiment de bonheur nous donne l'impression de ne plus tenir sur nos pieds, tellement nous semblons baignés dans un océan de réjouissances confuses.


Et nous voudrions planer dans les cieux comme ces oiseaux voltigeurs pour exprimer au monde entier, notre déchaînement.
Nous voulions ainsi, tout simplement exercer notre liberté, confisquée, de vivre Heureux, sans plus jamais retomber dans les affres du désarroi.
Hé oui l'enfermement de nos âmes dans des corps contrôlés par un système social corrompu par le mal Être, nous prive du droit de nous libérer du surplus d'énergie qui nous suffoque, nous plombe.


C'est ainsi que ce Bonheur arrive, nous envoûte, et nous transforme en un bonhomme dépourvu de Colère et de Tristesse.
Il se dresse alors en rempart, contre toute agression psychosociale qui nous ronge de l'intérieur, pour nous donner l'apparence d'un simple anonyme vivant parmi tant d'autres.


Hé oui, le Mal Heureux, ou du moins, le mal Être, détruit psychologiquement l'individu comme le cancer tue un corps bien portant.
Et la forme la plus avancée de ce cancer se présente comme une maladie psychosomatique que seule la bonne Humeur peut guérir.
Défrichons alors l'espace sociétale, enlevons en toutes espèces nuisibles, pour n'y cultiver que de la belle Humeur avec de bonnes graines de bonté et de beauté.


Le premièr espace de culture sera bien sûr nos cœurs à attendrir, d'abord.


Toutefois, le bonheur qui est donc bien réel, nous laisse croire que son emplacement prend racine à partir de l'organe cœur.
Nous savons aussi que, la fonction essentielle de cet organe, c'est la régulation du sang dans notre corps.
Il a donc, nécessairement besoin d'être inervé, pour que nous soyons capacités de sentiments à cet endroit.
D'où le rôle prépondérant de notre cerveau sur la motricité de notre Être physique dans le quel flotte cet autre Être psychique appelé Âme, le tout exprimé par un État d'esprit ponctuel.


Quelle fantastique création divine que d'avoir pu réussir cette œuvre magnifique, qu'est la Créature Humaine.
Quand le cœur arrête de battre, c'est la mort immédiate, alors que l'on peut continuer à vivre avec l'arrêt des fonctions cérébrales.
C'est pourquoi nous disons que l'âme, l'être psychique ne meurt jamais, Elle reste là, ambiante en compagnie de son Créateur, Allah!


Dieu est bien Toute PUISSANCE!


Si d'une simple goutte de sperme combiné à un ovule, IL a su créer l'humanité dans un univers tournant; fabriquer à l'origine, un individu par espèces vivantes reproductibles ne pouvait pas l'inquiéter.
La perception complexe que nous avons sur notre propre personnalité, nous empêche de bien circonscrire ce sentiment d'épanouissement qui nous allège la tête pour nous gonfler le cœur de joie.


De ce cœur, il ôte momentanément la tristesse et l'amertume qui ne peuvent cohabiter avec la bonne humeur.
Et subitement, voilà que nous tombons dans une béatitude indescriptible ressentie au plus profond de notre âme.
Un ressenti qui nous plonge dans un état psychique où l'on est presque incapable de retenir ce brusque trop plein d'énergie qui nous étreint le cœur dans lequel une vive émotion festive s'installe.


Un contentement cérébral à la limite de l'extase sensuelle qui nous expose à la beauté sublime de notre environnement.
Dès lors le maléfique aura cédé place à la bonté divine, et nous nous retrouvons tout recouvert de grâce innommable, tel l'émerveillement d'un Ressuscité.
Et voilà que nous nous voyons ouvrir par le Tout Puissant un Paradis terrestre à l'image du Vrai.


Dieu est réjouissances et beautés!


Hé oui, toute la beauté de l'au delà, qui nous est promise contre l'accomplissement de bonnes actions, nous est dévoilée par ALLAH, dans notre vie quotidienne.
Une des manifestations, en est cette bonne humeur qui envahit notre âme en nous transportant dans le royaume des Anges.
Un royaume de sérénité intérieure difficile à contenir par nos âmes imparfaitement achevée dans leur construction en bonté.
Eh oui! En voilà un état mental qui, s'il pouvait être maintenu en constance dans notre corps, nous transformerait en de bons vivants apaisés.
Ainsi nous nous verrions élever au rang de dignitaires dans l'ordre de la sublimité prophétique.
Mais voilà que, sitôt gagnés et terrassés par la réjouissance à partir de nos besoins matériels, nous retombons dans la disgrâce divine pour nous retrouver réduits en d'éternels esclaves sensoriels d'un système social.


Le bonheur de vivre dans la bonne Humeur se construit dans l'abstraction totale de toute satisfaction à partir de la matérialité de la Vie.
Dieu est immatérielle et règne sur toutes ses CRÉATURES matérielles comme immatérielles, mais IL communique avec nous dans une immatérialité parfaite.
Cependant, le physique dont nous sommes constitués nous fait souvent oublier que notre autre substance qui s'appelle Âme, est là, et bien présente.
Cette âme est assurément magnifiée par cette sensation non physique qui nous envahit de bonheur ou de tristesse.
Mais La Sagesse ne nous a t'elle pas déjà recommandé de ne puiser notre bonheur qu'à l'intérieur de nous ?!
Et d'avoir la Générosité de donner tout ce que l'on a pour le bonheur de l'autre!


Pour enfin ne rechercher, à priori, que la satisfaction DIVINE, dans nos actions quotidiennes!

Saint Louis le, 21/05/2017

Pap Ndoy

Les autorités sénégalaises ferment toutes les écoles turques du groupe Yavuz-Selim

Au Sénégal, colère et amertume ont saisi, ce lundi matin, de nombreux parents d'élèves. L'Etat a en effet décidé la fermeture des sept écoles du groupe turc Yavuz-Selim, des établissements privés liés à Fethullah Gülen accusé par Ankara d'être à l'origine de la tentative de coup d'Etat durant l'été 2016. A Dakar, c'est l'armée qui a pris possession ce matin des établissements.

La scène est surréaliste : des soldats pour bloquer des écoles. Devant le collège Bosphore, les élèves sont perdus, comme Moussa, 15 ans : « On s’est levés pour aller à l’école et on a trouvé des policiers devant la porte qui disaient que c’était terminé pour l’école, qu’elle était fermée ».

Mamadou Kebe, président de l'association des parents d'élèves, a tenté de rentrer dans le collège, mais les forces de sécurité l’en ont empêché : « Le droit à l’éducation a été dénié aujourd’hui. Nous avons sept établissements dans le Sénégal avec environ 3 000 élèves et 500 employés sénégalais. Nous sommes en colère, nous sommes choqués, nous sommes inquiets ».

Un arrêté

C'estviaun arrêté que l'Etat sénégalais a décidé de fermer les écoles Yavuz-Selim pour les attribuer à la fondation de l'Etat turc Maarif. Maitre Sarr rappelle que ces écoles sont pourtant privées et qu’elles appartiennent aujourd'hui à des investisseurs français et sénégalais : « C’est notre bien et l’Etat du Sénégal ne peut pas confisquer, ne peut pas mettre la main sur notre bien. Nous allons mener le combat ».

Le président Macky Sall qui veut faire de l'enseignement une priorité a-t-il reçu dUne évidence pour Mansour Gueye qui a son fils en classe de 4e : « Je ne comprends pas ce que Macky Sall est en train de faire dans ce pays. Personne ne comprend ».

L'Etat sénégalais a indiqué qu'il engagera les concertations nécessaires pour assurer la continuité de l'enseignement. En attendant, les élèves du groupe Yavuz-Selim sont sans école.

En ce début de XXIe siècle, on se promène, 
on randonne, on trekke... Mais pourquoi un tel engouement pour la marche, dans le siècle 
de la vitesse ?

 

En ce début de XXIe siècle, on se promène, 
on randonne, on trekke... Mais pourquoi un tel engouement pour la marche, dans le siècle 
de la vitesse ?


Vitesse, rapidité, productivité, compétition... À l'heure des trains à grande vitesse, des communications instantanées sur le Net entre les points les plus éloignés de la planète, des scores et des hit-parades, il est une passion qui se développe, aux antipodes des valeurs de la modernité ambiante. Une passion qui, si elle a toujours existé, semble ne pas faiblir, et même se revigorer tandis que le monde s'accélère.


Que nous dit cet engouement pour la marche, les randonnées, les treks qui s'observe aujourd'hui dans les pays les plus avancés, et dans toutes les couches de la population ? Des rayons entiers, des librairies même, sont consacrés aux récits de marcheurs, qui racontent leur périple, suscitant à leur tour de nouvelles vocations.
Tel alpiniste entreprend de faire le tour de la France par les frontières (Lionel Daudet, Le Tour de France exactement, 2014) ; telle « aventurière » suisse raconte ses trois ans de marche extrême de la Sibérie au sud de l'Australie (Sarah Marquis, Sauvage par nature, 2014). En 2005, Alexandre et Sonia Poussin livraient deux volumes pour narrer leurs trois années d'un passionnant périple africain – 14 000 km le long du grand rift dans les pas des premiers hommes (Africa Trek) ; leur ami Sylvain Tesson, dont on ne compte plus les ouvrages sur le sujet, refait la marche des évadés du goulag, de la taïga iakoute à la colline ensoleillée de Darjeeling (L'Axe du loup, 2004)...


Ce sont aussi la philosophie et les sciences humaines qui se sont emparées de ce phénomène. Tout récemment, un généticien qui se fait sociologue (Axel Kahn) et un historien (Antoine de Baecque) ont rejoint cette vague très en vogue des écrivains voyageurs. Et comme on ne se refait pas, même lorsque l'on choisit de s'extraire du monde en s'immergeant de longues journées dans la nature avec ses pieds pour seul moyen de locomotion, on reste lorsque l'on marche, qui un historien, qui un observateur attentif des évolutions sociales. Chacun apporte une justification à son périple, avec son regard de spécialiste, et une pierre à l'édification de ce que l'on peut voir comme un monumental éloge de la marche...


La société vue des sentiers


Dans la prestigieuse « Bibliothèque des histoires » de Gallimard, A. de Baecque nous livre sa passion pédestre avec ce qu'il appelle un « essai d'histoire marchée ». C'est lors d'un arrêt dans sa carrière (l'université ne lui a pas accordé de poste), qu'il décide de partir faire la grande traversée des Alpes sur le célèbre GR5, emprunté par tous les amateurs de montagne : 650 km du lac Léman aux confins de Nice, à travers les différents massifs, du Mont-Blanc au Mercantour. Le prétexte pour lui de retracer l'histoire de la création des sentiers de grande randonnée, de leurs passionnés fondateurs, de ces associations comme le Touring club de France, les scouts ou les fondateurs des auberges de jeunesse qui initièrent, dès le début du XXe siècle, et plus encore avec l'apparition des congés payés, la randonnée comme un loisir populaire.

Le grand géographe Élysée Reclus voyait dans l'histoire de la montagne, tout comme dans celle de la planète, un mouvement de destruction et de recréation incessant. Les sentiers que foule A. de Baecque ne sont pas seulement ceux des « néotouristes » contemporains : ils empruntent les routes des pèlerins du Moyen Âge, des soldats des armées de l'Ancien Régime, de Napoléon et des éléphants d'Hannibal. Celles commerciales des colporteurs et des contrebandiers, ou les drailles agricoles tracées par les troupeaux des bergers durant les transhumances...

Chaque étape du parcours de ce marcheur-historien est ainsi l'occasion d'une plongée dans l'histoire. Une histoire environnementale aussi, puisque le trajet reflète les divers aménagements du territoire, les initiatives de protection de la nature dans les parcs nationaux tout aussi bien que les dégradations produites par des aménagements touristiques souvent agressifs. Un constat parfois « accablant » selon les mots de l'auteur que font aussi nombre de ¬marcheurs, lorsqu'ils doivent traverser les interminables espaces périurbains bitumés et bétonnés, surgis dans le 
paysage de ces dernières décennies.


Lui aussi grand marcheur, A. Kahn confie avoir toujours éprouvé le besoin de ces « parenthèses enchantées » que sont les randonnées pédestres, durant sa trépidante vie professionnelle et publique. Ce généticien, qui a présidé l'université Paris V, auteur prolifique à travers ses livres et ses conférences, décide, à l'aube de sa retraite, de traverser la France des Ardennes au Pays basque. Dans les années 1970, Chemin faisant, le livre d'un talentueux écrivain-marcheur avait marqué les esprits. Jacques Lacarrière, qui avait déjà parcouru l'Hexagone selon cette même diagonale nord-est/sud-ouest, y décrivait de sa plume joviale une société rurale repliée sur elle-même et quelque peu méfiante vis-à-vis des intrus de passage, tel le vagabond qu'il représentait. Les campagnes des années 1970 étaient restées encore très en retrait des évolutions économiques et sociales qui commençaient à se faire jour dans les milieux plus urbains de l'après-68.

C'est une tout autre France que rencontre A. Khan quarante ans plus tard. Le long de son périple, il a multiplié les rencontres et les débats, prêtant une oreille attentive à une France qui se vit comme laissée pour compte. Les ravages de la désindustrialisation et des crises endémiques depuis plusieurs décennies lui donnent le sentiment d'un pays profondément blessé, « en sécession » : dans le quart nord-est, où ont disparu métallurgie, clouteries, fonderies tout comme les petites unités textiles, il note que « ces gens sont en majorité convaincus que le pire est certain, qu'un monde auquel ils sont attachés ou croient l'avoir été s'est effondré ou s'effondrera ».
L'euphorie après l'effort
Mais que l'on ne s'y trompe pas. Les Pensées en chemin d'A. Kahn (2014) comme La Traversée des Alpes d'A. de Baecque (2014) ne se réduisent pas à des considérations historiques ou sociologiques. Si le marcheur perçoit le monde qu'il traverse au prisme de ses centres d'intérêt, tous font état du bonheur que procure la fréquentation de la nature, cette euphorie qui survient après de longues journées d'efforts, ce sentiment de libération qui autorise des pensées plus profondes... « Lorsque le regard s'éloignait de l'obstacle, écrit A. Kahn arrivé dans les Pyrénées, tout contredisait le rude effort qu'il faudrait fournir bientôt, les reliefs émoussés de ce paysage glaciaire constellé de lacs, son herbe rase et dorée à la végétation rare, quelques isards craintifs, les marmottes dressées méfiantes à proximité de leur terrier, leur sifflement d'alerte déchirant brutalement l'épaisseur du silence. Je ne sais ce qu'est le paradis auquel je ne crois guère mais en accepterait une telle image. »
Est-ce parce que nous sommes des Homo viator depuis la nuit des temps que la marche résonne aussi fortement en tous ceux qui la pratiquent ? Jean-Jacques Rousseau, Friedrich Nietzsche, Arthur Rimbaud, Milan Kundera, ou Ludwig Wittgenstein... Poètes, romanciers, philosophes... Ils sont nombreux à avoir trouvé leur inspiration à l'air libre et au rythme de leurs pas (encadré ci-dessous).


De mystérieux effets


Euphorie ? Inspiration ? Pourquoi le simple fait de mettre un pied devant l'autre procure-t-il des sensations aussi puissantes ? De nombreux ouvrages tentent d'analyser ces mystérieux effets.


C'est d'abord le caractère désintéressé et marginal de la marche, « activité non rentable » selon le philosophe Frédéric Gros, et que tous soulignent comme s'opposant aux valeurs des sociétés contemporaines. « Trouver un mois de solitude hors du monde est devenu l'épreuve la plus compliquée des hommes actifs et trop pressés d'aujourd'hui », note

A. de Baecque. Pour le philosophe Christophe Lamoure, marcher, c'est s'extraire tout à la fois de l'agitation du monde et de l'immobilisme. « Tous nous connaissons des périodes d'agitation et de prostration et à chaque fois, le sentiment d'être tenus par une force qui nous écrase. »
« Grâce à la route, je me suis mis en marche, grâce à la marche je me maintiens en mouvement et, paradoxalement, c'est quand j'avance que tout s'arrête : le temps et l'obscure inquiétude de ne pas le maîtriser », relate Sylvain Tesson dans son Petit traité sur l'immensité du monde (2006). La lenteur imposée par le rythme de la marche n'est pas, pour F.

Gros, le contraire de la vitesse, mais celui de la précipitation. C'est dans ce nouveau rapport au temps que se font jour les effets de la marche.
D'abord une sorte d'osmose avec la nature qui agit sur le corps et sur la pensée : « Le paysage est un paquet de saveurs, de couleurs, d'odeurs où le corps infuse (...). Je sens en moi le végétal, le minéral, l'animal », nous dit encore F. Gros. Il ne faudrait pourtant pas oublier l'effort que s'inflige le marcheur, la brûlure des ampoules, les douleurs quand le chemin se prolonge, parfois parce que l'on s'est perdu... Mais qu'il s'agisse de gravir un sommet, ou d'atteindre un lieu que l'on s'est fixé pour l'hébergement du soir, la récompense est au rendez-vous dans un sentiment de « plénitude de se sentir exister ».


Un « lâcher-prise », ainsi qualifié par l'anthropologue David Le Breton, qui libère. Si marcher vide la tête, débarrasse des pensées parasites occasionnées par les soucis du quotidien, l'esprit se remplit d'une autre consistance. Au-delà d'un loisir simple et harmonieux, la marche devient alors une sorte de méditation, une forme de sagesse : « Seules les pensées que l'on a en marchant valent quelque chose », affirmait Nietzsche. A. de Baecque lui emboîte le pas : outre l'extase esthétique et physique que lui procure sa grande randonnée à travers les Alpes, la marche est pour lui « le moteur de la pensée ». Une affirmation que les neurosciences tentent aujourd'hui d'élucider (encadré ci-dessous).


Des sociétés assises


C'est l'un de ces retournements de l'histoire dont nos sociétés ont le secret. Réservée pendant longtemps aux vagabonds, aux miséreux ou aux bandits de grands chemins, la marche, qu'elle soit devenue randonnée citadine ou de pleine nature, promenade dominicale ou long voyage de découverte de montagnes ou de déserts, en famille, entre amis ou en solitaire, s'est acheté dans le monde contemporain ses lettres de noblesse.
Plus de sept millions de Français disent la pratiquer régulièrement et les adhérents à la Fédération française de randonnée pédestre ont doublé depuis 2001. Journaliste et grand marcheur, Bernard Ollivier y voit une réaction face « à nos sociétés assises » : 85 % de la population mondiale, selon l'OMS, sont encore considérés comme sédentaires. B. Ollivier a d'ailleurs fondé l'association Seuil qui se propose de réinsérer des adolescents en grande difficulté par la marche à pied.


Un acte de résistance ?


Préconisée par les médecins et les plans de santé publique, la marche possède en outre des vertus qui répondent aux injonctions des sociétés modernes : écologique (pas d'émissions de CO2), économique (peu de matériel), elle s'inscrit dans un tourisme vert qui a le vent en poupe. L'engouement généralisé qu'elle suscite ne manque pas cependant d'être repéré par les enseignes d'articles de sport et autres industries du tourisme. De nouvelles disciplines apparaissent comme la marche nordique, nécessitant bâtons et autres équipements spécialisés. Mais peu importe, la marche reste un acte de résistance face aux valeurs contemporaines liées à la vitesse. Ce que l'on en retient, ce n'est pas la performance mais la présence. « Pas de résultats, pas de chiffres quand on se rencontre, ajoute F. Gros. Le marcheur dira quel chemin il a pris, sur quel sentier s'offre le plus beau paysage, la vue que l'on a depuis tel promontoire. » Certains y voient un exercice libérateur et subversif, une forme de contre-culture valorisant l'errance, une sorte d'antidote aux sociétés hyperplanifiées d'aujourd'hui... Vagabonds de tous les pays, unissez-vous !
À lire
• La Traversée des Alpes.
Essai d'histoire marchée
Antoine de Baecque, Gallimard, 2014.
• Pensées en chemin.
Ma France, des Ardennes au Pays basque
Axel Kahn, Stock, 2014.
• Chemin faisant
Jacques Lacarrière, 1974, rééd. Fayard, 1997.
• Longue marche
Bernard Ollivier, Phébus, 2013.
• Petit traité sur l'immensité du monde
Sylvain Tesson, La Loupe, 2006.

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