Société

Pornographie : « Les jeunes y voient un moyen de comprendre l'acte sexuel » par Marie Maurisse

 

Pornographie : « Les jeunes y voient un moyen de comprendre l'acte sexuel » par Marie Maurisse

La porno ne donne pas une bonne image du sexe, passer par la porno pour son éducation sexuelle est mauvais et c'est un leurre, l'amour est douceur, respect du corps,.... P BC


INTERVIEW. La journaliste Marie Maurisse a enquêté sur le milieu des films X. Pour elle, il vaut mieux éduquer à la pornographie plutôt que la censurer.
Par Louis Chahuneau


Selon le site Pornhub, la France se classe à la sixième place en nombre de vidéos consommées. Illustration.
© Xu kangping

92 milliards. C'est le nombre de vidéos X regardées sur le site Pornhub en 2016. Selon les statistiques du site, la France se classe à la sixième place en nombre de vidéos consommées, derrière les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Inde, le Japon et le Canada, mais devant l'Allemagne (7e). Les hommes ne sont pas les seuls consommateurs : 26 % des visiteurs sont des femmes, selon Pornhub. Autrefois appelée art de l'obscène, la pornographie existe depuis toujours. Des gravures de vulves et de phallus datant de 37 000 ans ont ainsi été retrouvées en 2012 dans l'abri Castanet, en Dordogne. En Asie, le Kamasutra, recueil hindou sur les pratiques sexuelles, a été écrit autour du VIe siècle.

Autrefois réservée aux privilégiés, la pornographie s'est démocratisée ces dernières années, notamment avec les tubes, ces sites internet où l'on peut consommer de manière gratuite et illimitée des vidéos X pour tous les goûts. Aujourd'hui, il existe même des enseignements, ou « porn studies », dans certaines universités anglaises ou américaines comme le Pasadena City College, en Californie.


Malgré tout, en 2018, le sujet reste polémique. Immoral, déviant, ce X qui rabaisse presque toujours les femmes à des objets ? Doit-on le censurer comme s'apprête à le faire le Royaume-Uni ? Ou l'étudier comme aux États-Unis ?

Faut-il rendre la pornographie plus inclusive à l'image du porno féministe ?

Enfin, comment gérer le fait qu'elle soit facile d'accès aux plus jeunes avec Internet ?

Pendant trois ans, la journaliste française Marie Maurisse a arpenté les quatre coins du monde, de la Porn Valley américaine aux studios X de Budapest, et a rencontré les principaux « acteurs » de la pornographie pour répondre à ces interrogations. Elle a en tiré un livre, paru le 2 mai 2018, Planète Porn (éditions Stock)*. Selon elle, interdire la pornographie est contre-productif. Entretien.


Le Point : Pourquoi vous êtes-vous intéressée aux sites pornos ?

 

Pour la journaliste Marie Maurisse, interdire la pornographie est contre-productif.
© IBO/SIPA / SIPA


Marie Maurisse : Je me suis rendu compte que le secteur subissait les mêmes phénomènes de disruption, la même crise économique que les secteurs du journalisme et des taxis. Il y a une activité de piratage très intense et aussi de l'évasion fiscale. Par exemple, la société Manwin (propriétaire des sites Pornhub, Redtube et Youporn, NDLR) a un siège social totalement vide au Luxembourg. C'est l'opacité qui règne dans le domaine.


Quelles ont été les conséquences de l'apparition des Pornhub, Youporn et autres sur les producteurs et acteurs de l'industrie du X ?


Les mêmes que dans la musique ou le journalisme. Les revenus des géants du porno comme Vivid ont chuté ces dix dernières années. Il faut travailler plus vite avec moins de moyens. Au lieu d'une semaine de tournage avant, on prend aujourd'hui deux jours pour faire toutes les scènes, les photos, et la promo sur les réseaux sociaux. Les journées de travail sont très longues, il y a moins de budget pour les décors et moins de budget pour le story telling. Les salaires ont aussi chuté : aux États-Unis, où ils sont régis par les syndicats des droits des travailleurs, ils ont été divisés par deux en dix ans. Les acteurs et actrices doivent donc faire plus de tournages pour vivre et compléter leurs revenus par des shows via webcam, qui rapportent beaucoup d'argent. Mais les actrices se plaignent, car la frontière entre la pornographie et la prostitution est alors très mince.
La plupart des camgirls proviennent d'endroits pauvres comme Cali ou Budapest.


Vous avez rencontré des camgirls. D'où leur succès vient-il ?


Aujourd'hui, les femmes se mettent derrière une webcam, car c'est facile, sûr puisqu'il n'y a pas de risque d'agression physique, et ça rapporte de l'argent rapidement (plus le client reste connecté longtemps, plus il paye, NDLR). En France et aux États-Unis, c'est encore assez amateur. La plupart des camgirls proviennent d'endroits pauvres comme Cali, en Colombie, ou Budapest, en Hongrie. Beaucoup n'ont jamais tourné dans un film porno ni essayé la prostitution. En pratique, c'est une relation tarifée entre un client et une travailleuse du sexe (« bien que considérée comme comédienne »). C'est donc à la fois de la pornographie et de la prostitution.


L a pornographie est un phénomène très ancien, mais il reste dénigré. Pourquoi ?


Cette stigmatisation du milieu porno date d'il y a plusieurs siècles. La pornographie a toujours été un objet de pouvoir, sauf qu'avant elle était un loisir réservé aux privilégiés. Dans la Grèce antique, c'était l'élite intellectuelle qui s'appropriait des sculptures lascives. Plus tard, les intellectuels se procurèrent les premiers écrits érotiques. Enfin, les classes ouvrières ont eu accès à la pornographie au travers de la photographie et de la vidéo. Dans certains pays, on considérait qu'il fallait interdire la pornographie aux gens de classe modeste car ils n'auraient pas été en mesure de l'absorber sans devenir des « pervers sexuels ». Cela ressemble un peu au débat sur le droit de vote des femmes avant 1945, où l'on considérait qu'elles n'étaient pas assez mûres pour voter.


En F rance, des associations militent pour limiter l'accès à la pornographie, jugée trop violente et dégradante pour l'image des femmes. Faut-il la bannir ?


En tant que femme, j'ai toujours été révoltée par l'image de la femme-objet véhiculée par le X. En tant que maman, je suis tracassée par l'accès des jeunes à la pornographie. Après réflexion, je considère que consommer de la pornographie n'est pas grave, ça fait partie de nos vies et nous permet d'expérimenter nos désirs. L'interdiction de la pornographie est déplacée. C'est comme vouloir abolir la prostitution. C'est impossible et les tentatives du Royaume-Uni sont scandaleuses. La pornographie est une liberté d'expression. Il ne faut pas la censurer.


Le problème n'est-il pas de filmer uniquement la femme ?


Quand je suis allée enquêter dans la Porn Valley, en Californie, j'ai été confrontée à l'industrie lourde du porno. Là-bas, elle est faite par des hommes et pour des hommes. Les seuls acheteurs de porno ont entre 35 et 60 ans, sont blancs et américains. Résultat, la pornographie transmet des images masculinistes, machistes, et racistes. Les producteurs que j'ai rencontrés le justifient par leur modèle économique : il ne faut pas filmer la tête de l'homme puisque le client veut s'imaginer à sa place. L'objet de la caméra est donc la femme. Elle fait son spectacle. Mais le client se lasse vite et il faut en permanence trouver de nouvelles têtes. Il y a donc une énorme rotation sur le marché de l'actrice porno.
Le porno participe à la culture de violence de genre.


L'industrie du porno encourage-t-elle la culture du viol ?


C'est ce qu'Emmanuel Macron sous-entend en tout cas (le président a affirmé : « La pornographie a franchi la porte des établissements scolaires. Nous ne pouvons ignorer ce genre qui fait de la femme un objet d'humiliation », NDLR). C'est une question complexe. C'est le même débat que pour les jeux vidéo, je ne pense pas qu'ils encouragent les tueries. Le problème du viol, c'est le violeur. Les études montrent qu'il n'y a pas de lien de causalité entre les actes violents et la consommation de pornographie. 90 % des hommes regardent du porno et l'on n'est pas entouré de violeurs. En revanche, le porno participe à cette culture de violence de genre. La femme y est souvent présentée comme un objet qui satisfait l'appétit sexuel de l'homme.


Le porno dit « féministe » est aux antipodes de cette image...


Oui, on montre le porno différemment, la femme est active, elle utilise la caméra, exprime son désir, commande et choisit les positions. Même si elle veut se faire dominer, elle exprime clairement ce qu'elle souhaite, ce qui n'est pas du tout le cas dans le porno mainstream. On voit aussi que l'actrice est beaucoup plus investie dans la vidéo alors que, dans les autres, elles sont là parfois à contrecœur. Le porno mainstream montre un déroulement de l'acte sexuel très mécanique et masculiniste : dans l'ordre, la fellation, la sodomie et l'éjaculation externe. Alors que, dans le porno féministe, on ne montre pas forcément la pénétration. Les études montrent que la majorité des femmes jouit par stimulation clitoridienne. Donc le seul fait qu'il y a ait un orgasme sans toucher au clitoris sonne faux. En même temps, le porno reste un spectacle. Il ne faut pas nécessairement qu'il reflète ce qu'on fait dans nos chambres à coucher. Quand on va au cinéma, on ne s'insurge pas si une voiture grille un feu rouge !
Ce serait bien qu'une association laïque aille dans les écoles pour sensibiliser sur le porno.


Faut-il aller jusqu'à éduquer nos jeunes à la pornographie ?


Les garçons ont toujours consulté de la pornographie. Le problème n'est pas la pornographie, mais l'éducation sexuelle qui se concentre en France sur l'infécondité, la reproduction ou les maladies sexuellement transmissibles. On ne parle pas d'orgasme, de plaisir, de clitoris, etc. Les enfants sont livrés à eux-mêmes. Ils voient dans la pornographie un moyen de comprendre l'acte sexuel, des réponses à leurs questions : qu'est-ce qu'une pénétration ?

Quelle taille doit faire mon sexe ?

Les jeunes les plus matures comprennent que c'est du cirque. Mais les autres tentent de reproduire le porno en vrai. Ce serait bien qu'une association laïque aille dans les écoles pour sensibiliser sur le porno. Beaucoup de livres sortent sur le sujet en ce moment. C'est très bien qu'on se mette à en parler.


*Planète Porn , éditions Stock, 224 pages, 18 euros.

De Casablanca à Dakar, le périple des commerçants sénégalais du désert–Du courage et de la volonté....

De Casablanca à Dakar, le périple des commerçants sénégalais du désert–Du courage et de la volonté....


Le courage, la témérité et le goût du risque calculé.


"On n'a rien sans rien. Mais il faut dire que ce genre de périple est bien risqué et on se demande si cela vaut la peine. Ce genre de travail n'est pas à la portée de tous.Si ces commerçants y arrivent en prenant toutes les mesures sécuritaires et de prudence, c'est une bonne chose. En tout cas on ne dira pas qu'ils sont paresseux. Leurs familles devront être fières de ces hommes. Merci à l'ami Thierry DESSOLAS ex responsable de l'Institut Culturel Français de St Louis du Sénégal qui nous a soufflé cet article." P B CISSOKO

Plusieurs fois par semaine, des camionnettes chargées de toutes sortes de marchandises quittent Casablanca en direction de la capitale sénégalaise. Un périple de 3000 km, parcouru en trois à six jours, au gré des aléas de la route. Tel Quel a fait le périple.


Sur le parking en face du marché namoudaji de Casablanca, à proximité de Bab Marrakech, une dizaine de personnes se pressent autour d'une camionnette rouge immatriculée au Sénégal. Assis sur le siège avant de sa Fiat Scudo, le chauffeur, Laye, reçoit un à un les clients qui déposent sacs, valises et cartons. Des bagages chargés de toutes sortes de marchandises — des vêtements, des tissus, du savon noir, des chaussures, etc. —, sur lesquelles sont marquées au feutre noir les lettres D.A.K.A.R., la destination finale du véhicule. Sur son petit calepin, en travers de la feuille où sont inscrits le nom, le numéro de téléphone, le nombre de bagages et le prix sur lequel il s'est mis d'accord avec chacun de ses clients, le Sénégalais de 28 ans note avec application : "Peyé" ou "Pas péyé". Avant de tamponner le tout à l'aide d'un cachet au nom de sa SARL.


Les négociations avec ses clients marocains, Laye les fait dans un arabe à l'accent prononcé. "Je ne parle pas darija, je parle l'argent", plaisante le jeune homme, qui habite à cheval entre le quartier Bourgogne à Casablanca et le quartier des Parcelles Assainies, à cinq kilomètres du centre de Dakar. Il effectue au moins une fois par mois la longue traversée entre la métropole et la capitale sénégalaise, en passant par la Mauritanie. Une route de 3000 kilomètres qu'une dizaine de chauffeurs empruntent chaque mois, au volant de leurs fourgonnettes surmontées d'une montagne de marchandises enveloppées d'une bâche. Pour eux, une façon de faire du business. Pour les voyageurs qu'ils embarquent, un moyen de rentrer au Sénégal à moindre coût.


Le vendredi soir, la voiture de Laye est presque prête. Trois Sénégalais, dont un qui les quittera à Agadir, et deux Ivoiriens vont l'accompagner, moyennant 1200 dirhams par personne. Le départ est prévu à 21 heures, mais la Fiat ne prend pas son envol avant 1h30 du matin. "Ce n'est pas l'avion, hein, il n'y a pas d'horaires", s'amuse le chauffeur en réponse aux deux jeunes, Ali et Serge, qui s'impatientent de rentrer au pays voir leurs familles deux ans après leur arrivée à Casablanca.


Vêtu d'un jean troué et d'un tee-shirt noir imprimé d'un doré "Yves Saint Laurent", Laye court partout, téléphone vissé à l'oreille, pour récupérer les derniers bagages. Trois tonnes de marchandises et d'effets personnels en tout que le transporteur va acheminer jusqu'à Dakar. Mounir, à califourchon sur son scooter, est venu vérifier avant le départ que ses sacs ne soient pas trop écrasés. "Je vends plus de 90% de mes produits à des Sénégalais", explique le commerçant de la médina de Casablanca. A ses côtés, Lamine, handballeur sénégalais qui joue pour une équipe régionale marocaine, est venu ajouter deux derniers sacs, en plus de cinq bagages remplis de cadeaux pour sa famille. "J'ai déjà fait la route une fois, c'est très dur. Je préfère prendre l'avion et envoyer mes valises par voie terrestre. Ça m'évite de payer 1500 dirhams par bagage excédentaire", explique le jeune homme, qui a tout de même dû régler plus de 3000 dirhams à Laye.

Le temps de fixer les deux pneus de secours au sommet de la montagne de marchandises, et tout le monde prend place dans la voiture. Doucement, la camionnette rouge avance maladroitement dans les rues endormies de Casablanca, hésitant sous le poids des marchandises. Une fois sur l'autoroute, Laye change les vitesses, allume la radio et s'enfonce dans son siège. Cette nuit-là, il roulera non stop jusqu'à Agadir, où il fait une halte de plus de six heures. Mais sans une minute de repos : durant cet arrêt, le jeune Dakarois a couru dans tous les sens pour trouver une corde pour renforcer l'ingénieux montage qui risque de s'écrouler.
Puis il reprend la route.

Entre Tiznit et Guelmim, près de quinze heures après le départ, harassé de fatigue, Laye se penche de plus en plus sur son volant. "La route est dangereuse", explique le conducteur, qui redouble de concentration. Doublé par des camions, il roule prudemment à 40 km/h sur une fine ligne de bitume construite à flanc de montagne. "Je connais la route par cœur, je pourrais même rouler les yeux fermés", commence-t-il à mimer avant de se reprendre. "La route est dure, vraiment", insiste ce papa d'une petite fille d'un an et demi, qui passe près de la moitié du mois sur la route. Laye avoue être devenu plus prudent depuis son accident, il y a quatre ans, entre Tan-Tan et Guelmim, qui lui a laissé une cicatrice sur le front.


Mais il a la foi, explique-t-il en passant religieusement sa main sur la photo du marabout Serigne Touba scotchée au milieu du tableau de bord. Selon lui, ce cheikh très connu au Sénégal, fondateur de la confrérie des Mourides, lui "éclaire le chemin". Alors il écoute ses prêches à plein volume toute la nuit. Des paroles qu'il récite tout en claquant des doigts.


Quand la camionnette entre à Tan-Tan le lendemain soir, il est près de 23 heures. "J'ai faim", rugit Laye, imité par les voyageurs. Il se gare devant le restaurant sénégalais de Cheikh, grand bonhomme jovial au crâne rasé installé dans la ville depuis trois ans. Sa clientèle est constituée essentiellement des chauffeurs de camionnettes qui passent chaque semaine devant son établissement situé sur l'artère principale de la ville. Après avoir avalé un thiep bou dien, le plat national sénégalais préparé à base de riz et de poisson, Laye prévient qu'il va dormir à l'avant de sa voiture "deux ou trois heures". En attendant, certains voyageurs dégustent un café "touba" pour faire passer le temps dans la ville, déserte à 1h du matin. Assis à la table d'à côté, deux Marocains les interpellent. "Vous n'auriez pas une tablette ou un smartphone à vendre ? Ou même un sac à dos ou des vêtements ?", demandent-ils sous le regard abasourdi des jeunes Ivoiriens. "Nous n'avons pas grand-chose ici à Tan-Tan. Alors quand les voitures des Sénégalais passent, on en profite pour faire nos courses", expliquent les deux hommes, la cinquantaine passée.


Laye reprend le volant à 3 heures du matin, direction Laâyoune. Face aux camions qui restent pleins phares, le chauffeur plisse les yeux. Ali, un grand gaillard ivoirien en charge de la sécurité dans un café de Bouskoura, garde un œil attentif sur le chauffeur. "Je ne dors pas le cœur tranquille quand on roule la nuit", témoigne ce passager qui se réveille à chaque soubresaut. Cependant, dans la voiture, la plupart des passagers se sont endormis. Gagna, Sénégalais de 38 ans qui retourne au pays voir ses sœurs qu'il n'a pas vues depuis deux ans et demi, tapote sur le smartphone de Laye branché à la radio. Il gère la playlist qui enchaîne les grands tubes sénégalais de la saison. Au son de Waly ou de Youssou N'dour, il trouve de l'énergie pour simuler quelques gestes de danse, histoire de maintenir le conducteur à ses côtés en éveil. "Quand il dort, je dors. Quand il ne dort pas, je reste éveillé. Je ne veux pas le laisser seul donc je préfère l'accompagner et discuter", insiste ce copilote de fortune. Un rythme fatigant ? "Peut-être, concède-t-il, mais on est une famille". Avant d'augmenter à nouveau le volume.


La voiture arrive à Laâyoune le deuxième jour de route. Il est 10 heures du matin et il fait une chaleur assommante. Laye s'arrête dans un autre restaurant sénégalais où quatre de ses jeunes compatriotes qui travaillent dans la région viennent s'accouder à sa fenêtre. En wolof, ils rigolent, se donnent des nouvelles, mais n'oublient pas de négocier l'entassement de nouvelles marchandises dans la Fiat Scudo dont les pneus sont déjà éprouvés par le poids du chargement. Mais le businessman trouve toujours un recoin où caser un pot de lait en poudre ou un sac d'une trentaine de kilos d'oranges, sous le regard réprobateur des voyageurs, dont les places sont grignotées au fur et à mesure. "On a payé pour avoir des places", se plaignent Ali et Serge, les ivoiriens de la camionnette. Ils ont les jambes recroquevillées à cause des pastèques et boîtes de dattes posées entre leurs pieds. Ils profitent donc de la journée de pause à Laâyoune pour se dégourdir les jambes et faire un saut au hammam. "On est dimanche, ce n'est pas la peine de se précipiter, annonce Laye. Trois des passagers doivent passer au commissariat de Dakhla pour obtenir un laissez-passer et être sûrs de traverser la frontière car ils ont largement dépassé les trois mois de séjour autorisés".

L'équipage arrive le lundi au petit matin au carrefour entre la route nationale et celle qui mène à la presqu'île de Dakhla. "On ne passera pas la frontière avant sa fermeture à 18 heures", se désole Ganna, qui attend le retour de ses compagnons de voyage partis depuis 7 heures du matin. "J'ai hâte de serrer mes sœurs dans mes bras", soupire Ganna, installé depuis 2012 à Casablanca. Les formalités prennent plus de temps que prévu, mais ce n'est pas perdu pour tout le monde. "C'est bientôt ramadan, il y a plus de business", se réjouit Laye, qui a acheté à moindre prix semoule, sucre, huile et farine avant de passer la frontière avec la Mauritanie, à 384 kilomètres de là.


la partie la plus dure du voyage. Après avoir passé la matinée au poste-frontière de Guergarat, Laye réussit à faire passer sa voiture par la douane et l'immense scanner de contrôle. Il règle assez rapidement les formalités grâce à un "facilitateur", un Mauritanien qu'il connaît depuis qu'il a commencé à faire les allers-retours entre le Maroc et le Sénégal en 2008. A l'aide de bakchich à droite et à gauche, la camionnette rouge traverse le no man's land entre le Maroc et la Mauritanie, surveillée depuis une butte par la Minurso.


Sous une chaleur de plus de 40 degrés, le chauffeur reprend la route à 30 km/h alors que le macadam coupe le désert en deux d'une ligne droite. "Regarde, le goudron chaud et abîmé fait exploser les pneus", s'exclame Laye en montrant le cimetière de caoutchouc noir qui borde la route. "Parfois tu tombes en panne, mais il n'y a pas de mécanicien sur 200 kilomètres, il faut faire demi-tour et tu perds beaucoup d'argent", raconte en connaissance de cause le chauffeur.


Cela n'a pas manqué. Après des heures de mauvaise route, après avoir passé laborieusement les dunes de sable qui recouvrent la nationale, traversé Nouakchott et parcouru des kilomètres de piste, la roue arrière droite crève d'un claquement sec à seulement quelques kilomètres du Sénégal. Pas de panique, le chauffeur, habitué, arrête sa camionnette au milieu de la piste déserte et prend son cric dans l'espoir de soulever le véhicule chargé de plusieurs tonnes de marchandises. Un cric bien trop petit qui n'aurait jamais permis de changer la roue sans l'aide d'un Mauritanien au volant de son 4x4 qui passait par là. En reprenant le volant, Laye, tout sourire, arrive à capter la radio sénégalaise. L'arrivée au pays de la Teranga est imminente.


Au petit poste-frontière de Diama, même rituel qu'en Mauritanie. A peine la fine barrière en fer soulevée, le chauffeur salue Amadou, un "facilitateur" qui l'accompagne dans les démarches jusque de l'autre côté du fleuve Sénégal. Ici, tout le monde connaît Laye qui reprend le business qu'il avait délaissé en Mauritanie. Il liquide même jusqu'à son propre téléphone portable. "Je l'ai vendu 2000 dirhams, alors que je l'avais acheté moins de 1500", s'enthousiasme-t-il. Mais cette fois-ci, les négociations sont longues avec la douane sénégalaise qui lui demande plus de 300 000 CFA (5000 DH), soit le double du prix attendu par Laye. Des négociations qui se terminent dans les bureaux des douaniers, auxquels Laye vend parfums et chaussures que chacun essaie gaiement.


En six jours de voyage, la camionnette de Laye a été arrêtée près d'une trentaine de fois entre le sud du Maroc, la Mauritanie et le Sénégal. A chaque fois, le bakchich est roi, quelle que soit la nationalité des autorités. "Pourtant, je suis en règle", revendique Laye, qui s'acquitte de bon cœur des différentes amendes pour surcharge ou rétroviseurs cassés, en échange d'un reçu. "Mais les gendarmes veulent de l'argent", se plaint-il. Le businessman joue alors sur ses connaissances quand il le peut.


En pleine nuit, dans les rues désertes et ensablées de Saint-Louis à peine éclairées, la camionnette arrive à faible allure devant la petite boutique de Fatoumata, commerçante sénégalaise d'une quarantaine d'années. A la seule lumière d'une ampoule, Laye grimpe avec agilité sur sa cargaison. A l'aide de deux acolytes, il décharge les bagages, coupe les filets, jette des valises d'un côté, garde certains cartons de l'autre. Seulement onze grands sacs entrent dans la boutique aux portes de fer forgé de Fatoumata. "Ce sont des vêtements, des chaussures, des babouches, des parfums et autres produits que j'ai achetés à des commerçants marocains", explique la femme habillée de son jogging rouge et noir qui tient fermement dans sa main un portefeuille et un carnet de commande. Après avoir vérifié la marchandise, elle négocie une dernière fois le prix du transport, avant de tendre une liasse de plus de 570 000 francs CFA (8300 DH) à Laye.

Cela fait des années qu'elle travaille avec lui pour ravitailler sa boutique en produits marocains. Fatoumata achète des babouches pour 70 à 80 DH l'unité au Maroc, prix auquel il faut ajouter 20 DH pour le transport et les douanes. Mais les chaussures traditionnelles marocaines, qui font fureur à Saint-Louis, se revendent entre 200 et 300 DH. "D'autres sacs de marchandises doivent arriver dans une autre camionnette qui vient de Casa", souligne la commerçante qui renouvelle ses stocks tous les deux mois. Pour Laye et ses voyageurs, la route n'est pas encore finie. "Je ne suis pas fatigué, je suis mort", souffle Laye, qui a dû défaire tout son savant montage pour récupérer les sacs de Fatoumata.


Au lever du soleil, la camionnette démarre à nouveau. Laye effectue d'une traite les derniers kilomètres qui le séparent de Dakar, où l'attend sa femme. C'est elle qui gère leur petite boutique, située dans la rue d'à côté. "J'emporte tout le Maroc avec moi, même le goudron si je pouvais", explique le transporteur pour qui ce métier, épuisant, est une réelle source de revenu. Au total, il estime avoir transporté pour plus de 20 000 DH de marchandises dans sa voiture. "A la fin, il me reste entre 10 et 15 000 DH nets en fonction des aléas de chaque voyage", évalue-t-il, en plus des marchandises qu'il vendra dans sa propre boutique. Ce business en fait rêver plus d'un. L'un des Sénégalais de la voiture a d'ailleurs onze cartons de savon noir et d'huile d'argan sur le toit grâce auxquels il espère gagner 7000 DH nets. "Mon but, c'est d'ouvrir beaucoup de boutiques dans le centre de Dakar", rêve Laye, alors qu'il s'allonge dans la seule pièce qui compose sa maison. Dans une semaine, il reprend la route dans le sens inverse, cette fois-ci chargé de poisson séché, miel, tissus wax, riz et tam-tam.


https://mobile.telquel.ma/diaporamas/de-casa-a-dakar-le-periple-de-3000-kilometres-des-

Sénégal: coup de colère des intermédiaires qui travaillent pour Orange

Ils sont des milliers d'intermédiaires à transférer de l'argent au quotidien et donc à toucher une commission sur ces transferts. La multinationale française des télécommunications a décidé mi-mai de réduire drastiquement ces commissions. Après des discussions qui ont échoué, les intermédiaires ont décidé de manifester ce mercredi matin 6 juin devant une boutique de l'enseigne.

« Touche pas à nos commissions » : le slogan est écrit en noir sur les t-shirts rouge sang. Une centaine de revendeurs se sont réunis malgré les pressions. Et la colère est vive, car les baisses sur les commissions imposées par Orange sont importantes explique Doudou Ndiaye l'un des leaders du mouvement : « Pour un dépôt de 1 000 francs, on recevait 18 francs comme commission. Maintenant, Orange nous donne 7 francs, ce qui est inacceptable. Ce n'est pas une concertation, c'est un forcing ! Et ça ne va pas passer, nous n'allons pas l'accepter. »

Le Renapta, le réseau national de professionnels du transfert d'argent, compte près de 8 000 membres. Le secrétaire général de l'organisation, Serigne Gaye, considère qu'Orange, après avoir beaucoup gagné grâce à ses intermédiaires, les exclus du business. « C'est la raison pour laquelle nous pensons que c'est une recolonisation économique de l'Afrique. C'est vampiriser l'activité, prendre tout ce qui devait nous revenir. Orange est venu pour tuer totalement l'activité au niveau du Sénégal. »

Dans toute la sous-région, le marché du transfert d'argent, de la monétisation via téléphone, est en pleine expansion. Et visiblement, les leaders du secteur ont décidé, à très court terme, de s'accaparer de plus grandes parts du marché.

RFI

Réaménagement du calendrier scolaire 2017-2018 : L’ÉCOLE, DANS TOUS SES ÉTATS !

C’est l’Union syndicale pour une Education de qualité (Useq) qui avait jusqu’ici tiré la sonnette d’alarme sur le plan du réaménagement de l’année scolaire finissante qui ne permet guère d’assurer aux élèves notamment des classes intermédiaires, les minimas indispensables en termes de quantum horaire et surtout d’enseignements-apprentissages. A l’issue des négociations entre gouvernement et syndicats d’enseignants sanctionnées par la signature d’un nouveau protocole signé, le calendrier scolaire 2017-2018 a été en effet réaménagé pour permettre l’organisation des examens (Cfee, Entrée en sixième, Bfem, Bac…) entre le 26 juin et le 02 juillet 2018. Seul bémol, le réaménagement n’a été opéré que pour deux semaines alors qu’on avance une perte de plus de 460 heures dans le quantum horaire (Cf sortie d’El Cantara Sarr du Siens dans notre édition de ce lundi). Suffisant pour que les syndicats d’enseignants ruent dans les brancards et dégagent toutes leurs responsabilités des conséquences de la décision du ministère de l’Education nationale et de son premier responsable Serigne Mbaye Thiam. A contrario, les parents d’élèves essaient de sauver les meubles en plaidant pour un réaménagement du calendrier certes au pis-aller mais propre à sauver une année chaotique et à préserver l’école d’une année blanche.
 

OUMAR WALY ZOUMAROU, SELS/O «C’est un saupoudrage»

L e réaménagement du calendrier scolaire de deux semaines est un saupoudrage. C’est un faire semblant. Serigne Mbaye Thiam veut croire aux gens qu’il est en train de travailler. On ne peut pas perdre 4 mois de cours, à l’issue des grèves, et vouloir rattraper ce temps perdu en 2 semaines. C’est impossible. Il fallait songer à prendre des mesures d’accompagnement, s’il fallait maintenir le calendrier tel quel. On a perdu 4 mois à l’issue de cette crise avant que le gouvernement prenne la décision de sauver l’année. Il aurait pu, pour rattraper le temps perdu, demander des heures supplémentaires. Ce qui veut dire aller au-delà du 31 juillet. On ne peut pas repousser les examens de 2 semaines et nous faire croire que nous sommes en train de sauver l’année. Deux semaines sont insuffisantes pour rattraper le temps perdu. Les résultats nous donneront raison. Les enfants n’ont rien appris. On a comme l’impression que le système appartient à l’actuel ministre. Il gère en véritable totalitaire. Il impose ses décisions aux acteurs et fait semblant, dans ses communiqués, qu’il a eu à se concerter avec les partenaires.

SAOUROU SENE, SG SAEMSS «Nous ne sommes pas convaincus par le calendrier réaménagé»

Nous avions participé à une rencontre entre acteurs portant sur le réaménagement du calendrier scolaire, après la signature du protocole. Ma première intervention était articulée sur le bilan de la situation exacte des heures perdues. L’inspecteur d’académie de Dakar a parlé au nom de tous les inspecteurs, pour dire que la situation n’était pas aussi catastrophique. Il a parlé de 25 à 26 jours de grève. Ils n’ont pas parlé en termes d’heures, mais en termes de jours de grève. Il a avancé que la situation était moins alarmante que la grève de 2016. Du moment que les inspecteurs présents, tout comme les parents d’élèves censés mesurer ce que les enfants ont fait ou pas, semblaient s’accorder sur ce réaménagement, je ne peux que m’accorder sur ça. Cependant, demain, que personne ne nous impute la responsabilité des mauvais résultats. Le calendrier devait être correctement réaménagé. J’ai lu l’intervention de Cantara Sarr, Sg du Siens, qui montrait en réalité l’impact du quantum horaire. Nous avons avisé le ministère. Je ne suis pas convaincu du volume horaire perdu que vous avez indiqué. Avant mon arrivée, Souleymane Diallo leur a fait savoir que le réaménagement n’était pas bon, que ce n’est pas la réalité

ABDOULAYE NDOYE, SG CUSEMS «Nous n’avons pas été associés au réaménagement »

S ur la question du réaménagement du calendrier, nous n’avons pas été associés. Nous avions signalé au Premier ministre que les enseignants ne doivent aucune heure au gouvernement. Les heures non effectuées ont été ponctionnées. Sur le cas des ponctions, nous avons émis des réserves. Nous n’avons aucune responsabilité. Nous pensons que c’est du sabotage, de l’arbitraire pour faire mal. Par conséquent, si demain les gens veulent aller audelà du 31 juillet 2018, il faut que l’Etat en tire les conséquences, car nous ne devons aucune heure à l’Etat. Si on constate des résultats catastrophiques, il ne faut que les gens disent que c’est à cause de la grève. Il fallait prendre le temps et discuter pour dégager des mesures d’accompagnement. On ne peut pas ponctionner les salaires des enseignants et leur dire d’aller au-delà du 31 juillet 2018. Le gouvernement, notamment le ministère de l’Education nationale, sera tenu pour responsable s’il y a perturbation. Nous avons fait ce que nous devions faire. Les gens ont décrié ce réaménagement. Les parents d’élèves doivent se lever pour dire que ce réaménagement ne peut pas combler le déficit d’heures. Nous pouvons dire sans risque de se tromper que le réaménagement ne peut pas combler le nombre d’heures perdues. Les gens doivent comprendre que le réaménagement n’est pas pertinent. Nous attendons toujours la réaction du Premier ministre qui avait promis de nous revenir sur les ponctions

BAKARY BADIANE, PRESIDENT DE LA FENAPEES «Nous avons choisi une année anormale à la place d’une année blanche»

Nous avons tous déploré la situation que nous vivons depuis quelques années. Les élèves n’en profitent pas sur les grèves répétitives. La preuve : ces enseignants ont obtenu satisfaction, les élèves ont perdu. Il fallait choisir une année anormale à la place d’une année blanche. Nous avons opté pour une année anormale, sans compter que le privé a normalement travaillé. Nous avons été associés au travail fait par les inspecteurs d’académie et les enseignants. Une proposition a été faite que nous avons acceptée. Ce ne sera pas une année normale, mais au moins nous pourrons éviter une année blanche. Nous avons accepté le réaménagement, sachant que le temps perdu ne se rattrape jamais. Nous ne pouvons pas rattraper ce vice. Il faut naturellement que les enseignants acceptent et fassent des sacrifices. C’est tout. Nous allons attendre de voir ce que cela va donner. Nous allons sauver les examens. Il est difficile de sauver l’école. Il faut que tout change, notamment faire en sorte qu’il n’y ait plus jamais de grèves. Ce qui veut dire chacun doit respecter ses engagements

ABDOULAYE FANE, PRESIDENT DE L’UNAPEES «Le principe du réaménagement a été accepté par tous»

Nous avons participé à une série de rencontres sur le réaménagement scolaire. A la dernière rencontre tenue au ministère, le principe du réaménagement a été accepté par tous. Il faut noter cependant que le quantum horaire a été largement grugé. Comme on le dit souvent entre deux maux, il faut choisir le moindre parce que forcement il y aura des examens qui doivent se tenir dans les meilleures conditions. Il faudrait prendre en compte le facteur pluie surtout dans certaines localités du pays où elles sont précoces. Beaucoup d’établissements sont en abris provisoires. Nous avions été mis au courant que le ministère a demandé aux inspecteurs d’académie de s’organiser pour faire en sorte que les examens et concours puissent se dérouler dans les meilleures conditions. Si nous ne tenons pas les examens, nous allons tout droit vers une année blanche. Ce qui est impensable. Nous demandons à tous d’aller vers le sauvetage de l’année

Focus sur le calendrier des examens

Dans une lettre circulaire n°00077 en date du 17 mai 2018, relative au réaménagement du calendrier des évaluations de l’année scolaire 2017/2018, le ministère de l’Education nationale a réaménagé le calendrier scolaire sur la base des conclusions de l’évaluation technique menée par les services déconcentrés. Les épreuves des examens du Certificat de fin d’études élémentaires (Cfee) et du Concours d’entrée en 6ème se tiendront à partir du 26 juin 2018. Le Brevet de fin d’études moyennes (Bfem) est prévu à partir du 24 juillet 2018, pendant que le Baccalauréat démarrera une semaine avant, notamment à partir du 17 juillet. La date du 02 juillet est retenue pour le démarrage du baccalauréat de l’enseignement technique.

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