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"Merci à Bénédicte AUVARD de m'avoir parlé de cette brillante dame Mme NAUDILLON F  et de cet auteur Bolya. P B Cissoko"


Mort le 10 août 2010 à 53 ans à Paris, Bolya Baenga est l'écrivain le plus doué de sa génération. En 1986, il a reçu le Grand Prix littéraire de l'Afrique noire pour son roman Cannibale. Journaliste, essayiste, romancier, ce Congolais qui se définit comme « nomade cosmopolite mais sédentaire de l'éthique » est un esprit brillant, d'une culture prodigieuse, un briseur de tabous, un homme engagé. Bolya a consacré sa vie au développement du continent africain à travers plusieurs essais où il propose une approche inédite, voire révolutionnaire, une nouvelle voie de sortie du sous-développement (L'Afrique en kimono, 1991 et L'Afrique à la japonaise, 1995).

Il a aussi contribué à fonder l'école congolaise du polar en mettant en scène l'inspecteur nègre dans La polyandre (1998) et dans Les cocus posthumes (2001). Ses derniers combats sont livrés contre le viol, arme de guerre (La profanation des vagins, 2005) après avoir dressé dans Afrique, le maillon faible (2002), un portrait pessimiste du continent africain, terre où se livre la plus barbare des guerres, celle de la mondialisation sauvage, de laquelle nul ne réchappe. Promenade biographique et érudite, cet ouvrage, souvenirs et études critiques, lui rend hommage.

Il avait vingt-neuf ans. Celui qui se définissait comme «nomade cosmopolite mais sédentaire de l'éthique» était un esprit brillant, d'une culture prodigieuse, un briseur de tabous, un écrivain engagé.

Bolya avait consacré sa vie au développement du continent africain à travers quatre essais où il proposait une approche originale, inédite, voire révolutionnaire, une nouvelle voie de sortie du sous-développement (L'Afrique en kimono – Nouvelles du sud, 1991 et L'Afrique à la japonaise – Nouvelles du sud, 1995).

En ce début du troisième millénaire, Bolya dressait pourtant, dans, Afrique, le maillon faible (Serpent à plumes, 2002), un portrait pessimiste du continent africain, terre où se livre la plus barbare des guerres, celle de la mondialisation sauvage, à laquelle nul ne réchappe.

Dans La profanation des vagins (Serpent à plumes, 2005), Bolya dénonçait «les prédateurs sexuels, les profanateurs de vagins, seigneurs de la guerre, pédophiles de guerre et autres «tarés de la terre»...

Et Bolya de marteler que, «loin d'être une fatalité, la violence sexuelle de masse présuppose une «stratégie délibérée» et que les femmes LivreBolya_2012.indd 7 09/03/2012 20:25:32 Retrouver ce titre sur Numilog.com 8 sont devenues des cibles dont le corps correspond à un territoire.

Qu'en Colombie, au Sierra Leone, en Tchétchénie, au Darfour ou en Birmanie, les viols de masse, les viols collectifs, les grossesses forcées, la création de « camps de viols» (comme en ex-Yougoslavie) et l'esclavage sexuel sont des instruments de génocide et de nettoyage ethnique1 », écrit-il encore. Ce fut son dernier combat.

Romancier, Bolya s'était aussi consacré avec talent au roman policier (La polyandre, Serpent noir, 1998 et Les cocus posthumes, Serpent noir, 2001) et venait, quelques jours avant sa mort, de mettre la touche finale à un dernier roman sur lequel il travaillait depuis 2002.

Ce qui frappe dans les commentaires, hommages et témoignages spontanés qui ont suivi sa mort, c'est que Bolya était non seulement un homme de l'écrit, mais aussi un homme de combat, un homme d'engagement.

Ses amis, compagnons, frères d'armes et d'âmes se souviennent d'un homme dont l'intégrité inébranlable était la force, de son humanisme universel, de sa générosité, de sa grande intelligence, de ses colères contre toute forme d'injustice, de son humour décapant, de son rire, de sa grande culture, de ses qualités de débatteur, de ses loyautés éternelles, de sa fidélité à lui-même.

Nous souhaitons à travers ce premier livre évoquer à la fois l'homme et l'œuvre à travers les regards croisés de ceux qui l'ont connu. Portraits intimistes, psychologiques ou récits de cheminement, de compagnonnage éthique ou esthétique, parcours intellectuels, engagement, anecdotes, positionnement littéraire au sein de la littérature africaine, française ou mondiale, analyses politico-économiques, etc. : chaque auteur fut libre de témoigner selon sa propre sensibilité. Qu'ils soient tous ici remerciés. Dans la deuxième partie de cet ouvrage, son œuvre est analysée par plusieurs critiques spécialistes de son travail.

1 «La profanation des vagins:
Bolya dénonce le viol comme arme de guerre», publié le 15 avril 2005 par Olivia Marsaud, sur le site d'Afrik.com à l'adresse: http://www.afrik. com/article8271.html LivreBolya_2012.indd 8 09/03/2012 20:25:32 Retrouver ce titre sur Numilog.com

9 Chapitre 1 Désiré Bolya : Oraison funèbre Vendredi 20 août 2010, Église des Quinze-Vingt par Élikia Mbokolo* Désiré! Désiré Pierre Bolya ! Bolya Baenga !

Nous voici réunis ici, nous tous qui t'aimons, nous tous que tu aimes, pour te dire adieu! Tu nous as quittés il y a dix jours, le mardi 10 août, à cinquante trois ans. Si les choses s'étaient passées autrement...!

Que ne ferait-on pas avec des «si»? Si les choses s'étaient passées autrement, je veux dire comme elles le font habituellement, ce ne serait pas à moi de parler de toi à ta mort, ce serait à toi de parler de moi à ma mort!

Mais la vie en a disposé autrement.

Les choses sont donc faites. La stupeur est passée, comme la colère, comme l'indignation, à te voir partir si tôt, la cinquantaine à peine, comme disparaîtrait l'arbre nourricier, lourdement chargé de fruits prometteurs. Cinquante-trois ans! Je ne sais pourquoi, mais je ne t'ai jamais donné un âge.

Retrouver ce titre sur Numilog.com 10 Tu as toujours été le même à mes yeux. Tu as toujours été, tu restes et tu resteras mon «petit», comme on dit chez nous, à Kinshasa. Le «petit Désiré», je veux dire mon jeune frère. Je t'ai rencontré pour la première fois il y a trente-trois ans. C'était à Paris. Je ne savais rien de toi, sinon que tu étais le frère de Césarine, donc l'un des enfants de Paul Bolya. Paul Bolya ? Un nom, un mythe, une figure fondatrice de notre histoire, à nous Congolais, comme nation indépendante. Un de ces noms sans visage, mais que moi, j'ai eu le privilège de connaître, car Papa Bolya et mon père, Alphonse Bankoto, avaient eu, aux mêmes époques et dans les mêmes lieux, le même parcours scolaire et professionnel.

Paul Bolya, une de ces rares personnalités auxquelles Joseph Kabasele et l'African Jazz ont réservé le privilège d'inscrire leur nom sur le tableau d'honneur de notre libération en tant que nation. Laisse-moi rappeler ici ce passage d'Indépendance Cha Cha : Bolikango, Kasa Vubu, Pe Lumumba na Kalonji, Bolya, Tshombe, Kamitatu. Oh esanga, Mbuta Kanza. Independance cha cha tozui hé ! O kimpuanza, cha cha tubakidi. O Table Ronde cha cha ba gagné oh ! Oh lipanda cha cha tozui hé! L'Independance cha cha nous l'avons eue. O kimpuanza, cha cha nous l'avons prise. O Table Ronde cha cha ba ils ont gagné. Oh lipanda cha cha nous l'avons eue! Bolya, Paul Bolya est cité là et son nom inscrit en lettres d'or dans ce monument musical et festif, appelé à l'immortalité.

Si je t'ai connu, c'est aussi, plus simplement, parce que tu étais le frère de Césarine. Sinatu, Césarine Bolya, ma sœur à Paris. L'une des rares personnes autorisées à venir chez moi, sans s'annoncer, sans façon, avec la licence de tout faire comme chez elle.
Césarine Livre ; Bolya_2012.indd 10 09/03/2012 20:25:32 Retrouver ce titre sur Numilog.com 11 m'a dit un jour: «J'ai un frère à Kinshasa qui veut venir à Paris, qui doit venir à Paris. Je ne peux pas le laisser là-bas.» J'étais alors un jeune professeur d'histoire, préparant certains des plus brillants bacheliers de France aux concours des grandes écoles, dont Sciences-po, l'Institut d'Études politiques de Paris.

J'ai demandé à Césarine: – Est-il vraiment intelligent? – Oui, me dit-elle. – Aime-t-il travailler? – Oui. – Cultivé? – Je ne saurais te dire. Je crois que oui. – Et les difficultés des concours? – Je crois qu'il adore ça : ça lui manque là-bas! Ainsi a commencé notre cheminement.

Faut-il que je dise ce que tu étais alors, ce qui me frappait en toi, en revenant plus de trente ans en arrière? Une élégance raffinée et, tout à la fois, décontractée. Un mélange de discrète curiosité et de pudeur qui se lisait jusque dans ton regard.
La volonté de savoir et d'apprendre, mais sans gourmandise, avec l'exigence et la finesse du gourmet.
Bien sûr, tu as intégré Sciences-po, du premier coup, par la grande porte ainsi qu'il se doit. Comme j'ai été fier de toi, mon premier élève congolais, si doué, si brillant! Oui, entre nous, il y a aussi de l'admiration.

Nous savons tous, car tu l'as tellement dit, à moi-même et à bien d'autres personnes, que tu n'as cessé de nourrir de l'admiration pour moi. L'admiration est comme une spirale, dont le commencement et la fin ne se trouvent nulle part et où l'on peut se mouvoir dans tous les sens, du bas vers le haut, du haut vers le bas.

Laisse-moi te dire aujourd'hui que, de l'admiration, je n'ai cessé d'en ressentir aussi pour toi, mon premier élève noir et congolais à Paris, assurément le plus brillant. Tu venais de réaliser le rêve que tu nourrissais à ton arrivée à Paris.

Ta route semblait tracée. Quelques concours encore, deux ou trois diplômes supplémentaires en poche, et c'était une carrière LivreBolya_2012.indd 11 09/03/2012 20:25:33 Retrouver ce titre sur Numilog.com 12 tranquille et assurée de bon technocrate dans quelque administration ou banque prestigieuse. Mais non! C'était mal te connaître! Car tu avais d'autres rêves! Les livres, écrire des livres! Écrire et publier... Quand ton premier livre sort, c'est Cannibale, tu n'as pas encore trente ans. Chapeau bas pour cette première que tes pairs, les romanciers, n'hésiteront pas à comparer à quelque chef-d'œuvre de Joseph Conrad. D'autres vont suivre, à belle allure: sept livres en moins de vingt ans. Et ce n'était pas fini. Alors que tu savais ta mort imminente, tu as tout fait pour terminer le manuscrit sur lequel tu travaillais.

Ainsi meurent les artistes: à l'ouvrage! Tous ces livres, c'est vraiment toi, avec ce soin que tu as sans cesse mis à ne jamais être captif, ni d'un genre, ni d'un style, ni d'une forme, ni d'un lieu. Le Parisien que tu es devenu a bien sûr mis Paris en scène. Mais pas n'importe quel Paris! Le Paris populaire de la rue d'Aligre à la place de la Bastille. Ce Paris dont tu as arpenté la chaussée et dont l'une des rues t'a vu tomber le 10 août 2010, à l'article de la mort.

C'est là que tu as campé tes deux romans policiers

– La polyandre et Les cocus posthumes

– qui, en bonne tradition, sont aussi de saisissants portraits de la société.

L'Afrique, l'Afrique de nos rêves, te colle évidemment à la peau.

Nous sommes bien d'accord, car nous en avons longuement discuté pendant nos cours et bien après les cours.

L'Afrique, donc, doit se libérer du tropisme nord-sud que rien n'impose, rien: ni la géographie, ni l'histoire, ni les intérêts, ni quelque dessein dissimulé d'on ne sait qui!

Qu'est-ce qui l'obligerait donc à sans cesse lever la tête vers l'Europe?

Pourquoi ne regarderait-elle pas aussi sur ses flancs?

Vers l'ouest, où l'attend, aux Amériques, l'amertume de la mémoire? Vers l'est, où se lève le soleil?

Et voilà tes trois grands essais. L'essai de la dénonciation: Afrique, le maillon faible. LivreBolya_2012.indd 12 09/03/2012 20:25:33 Retrouver ce titre sur Numilog.com 13

L'appel à inventer qui nous a valu L'Afrique en kimono et L'Afrique à la japonaise. Reste le Congo, ton pays.

Aucun enfant de Kinshasa ne saurait oublier le Congo, ce souffre-douleur au long de cinquante ans d'indépendance, de convoitises et de pillages, violences que tu dénonces dans La profanation des vagins. Ah, le Congo, le Zaïre, le Congo encore!

Combien de fois en avons-nous discuté! C'était souvent le dimanche, vers les dix heures ou les quinze heures, quand tu me savais disponible. Toujours les mêmes questions.

Que se passe-t-il donc là-bas? Quand est-ce que, bon sang, tout ceci va-t-il finir, je veux dire tout ce capharnaüm? Il t'arrivait alors, parfois, d'entrer dans des colères mémorables, ces emportements légitimes des belles âmes saisies par la révolte. Mais que faire?
Je me souviens – et je parle sous le contrôle de Françoise, qui était témoin – que nous avons parlé de retour. C'était dans les années 1997-2000. «Désiré, t'avais-je dit, je voudrais rentrer au pays. Avec toi.
Je veux que tu viennes travailler à mes côtés.» « Si c'est à tes côtés, je suis d'accord, je viens», m'avais-tu répondu. Hélas, cela ne s'est pas fait. Voilà pourquoi tu meurs loin de chez toi, dans la trépidation de la vie parisienne. Car, les jours, ici, s'en vont à folle allure. Et nous sommes là, tous, à courir après le quotidien et ses urgences, au point de ne plus penser à ces instants simples et tranquilles, passés ensemble au commerce des nôtres, pourquoi pas autour de quelque dive bouteille de ces bons vins de France. La vie s'en va.

Et les amis aussi, les uns après les autres, comme à la dérobée. Désiré! Mort, tu nous apparais comme transfiguré, le visage apaisé, les traits reposés, toujours aussi éclatant d'élégante beauté, avec ce brusque silence dont tu n'as jamais été coutumier et dans lequel chacun de nous cherche confusément le message que tu voudrais lui laisser. LivreBolya_2012.indd 13 09/03/2012 20:25:33 Retrouver ce titre sur Numilog.com 14

Adieu, Désiré, mon frère, mon ami, mon complice. Elle est ainsi la mort. Elle fauche sans égards. Elle nous fauchera tous. Il nous faut cependant, nous autres les vivants, continuer le chemin. Dix jours de deuil déjà et la question lancinante se lit sur nos visages : comment ferons-nous, mais comment ferons-nous pour continuer le chemin sans la chaleur de ton esprit créateur, sans l'appui de ta vigilance rebelle, sans le soutien de ton intelligence exigeante, sans concession, sans compromis, belle enfin? *

Élikia M'Bokolo est un écrivain et historien congolais né à Kinshasa (République démocratique du Congo). Historien spécialisé sur l'Afrique, il est directeur d'études à l'École des Hautes Études en Sciences sociales et a enseigné dans d'autres institutions parisiennes: l'Institut des Sciences et Techniques humaines (ISTH), l'Institut libre d'Étude des Relations internationales (ILERI) et l'Institut d'Études politiques (IEP). 

Retrouver ce titre sur Numilog.com 15 Chapitre 11 C'était Bolya... par Julie Mukendi* ... Voici s'ouvrir l'ère des femmes africaines...

La Femme ou rien! La Femme ou le Chaos! Bolya Baenga 1er décembre 2006 sur Afrik.com Au tout début des années 1960,

René Mukendi, mon père, était directeur de cabinet d'Alphonse Ilunga, tour à tour ministre des Travaux publics et ministre des Transports et Communications du gouvernement central.

À ce titre, comme toutes les familles des grands commis de l'État, ma famille occupait une des maisons de l'impressionnant parc immobilier appartenant alors à l'État congolais. Nous habitions une grande villa de briques rouges, située au 26 de l'avenue Lippens.

Une maison que je continue à chérir et qui pour moi représente jusqu'à ce jour «la maison où j'ai grandi»... Contrairement aux forteresses que l'on voit aujourd'hui dans tous les quartiers huppés de Kinshasa, à l'époque, à Kalina, les parcelles comme on les appelait, étaient clôturées par des haies vives, faites de bougainvilliers aux couleurs chatoyantes, ou de clôtures en briques, basses et aérées.
C'était tellement plus joli et plus humain!

Ceci permettait de voir ce qui se passait chez les voisins. De l'arrière de notre parcelle, on voyait, de l'autre côté de la grande artère en terre battue rouge, en diagonale, les «boyeries», quartiers des gens de LivreBolya_2012.indd 15 09/03/2012 20:25:33 Retrouver ce titre sur Numilog.com 16 maison, situées dans la cour arrière de l'immense villa jaune pâle où vivait la famille Bolya. Leur façade principale donnait sur l'actuelle avenue du fleuve, face au majestueux fleuve Congo.

Je n'ai aucune idée du nom original de cette avenue. J'avais appris par cœur notre adresse mais connaître le nom des rues adjacentes aurait été trop demander à la gamine que j'étais! Papa Paul Bolya était ministre.

Je ne savais pas trop ce que c'était mais, du haut de mes six ans, à cause des conversations que j'entendais à la maison, je savais qu'il était un grand monsieur. Le quartier où nous habitions était, de toute façon, un quartier riche en «dignitaires» de l'époque. Je mets le mot entre guillemets parce que c'était une autre classe de dignitaires, des Congolais bien différents de ceux qui aujourd'hui les ont remplacés dans les hautes instances de la République!

Durant l'année scolaire 1961-1962, j'étais écolière à l'Athénée de Kalina. À l'époque, l'une des meilleures écoles publiques du pays. La scolarité allait du jardin d'enfants à la classe de rhétorique. Les effectifs étaient de plusieurs milliers d'enfants. L'école s'étendait sur une immense superficie, riche de bâtisses de classes aérées et vastes et de nombreux terrains de sports et d'exercice physique. L'Athénée de Kalina n'avait rien à envier aux écoles de la métropole.

Et c'est vrai, mon école à Léopoldville était autrement plus imposante que l'Institut des sœurs de Saint-Charles-Borromée, à Wez-Velvain, dans les environs de Tournai, ou encore l'Institut du Sacré-Cœur à Ixelles, en Belgique. De toutes les écoles que je connaîtrais plus tard, seul le lycée Chateaubriand, école française de Rome dont la section primaire est située dans le merveilleux cadre du parc de la villa Strohl-Fern, au cœur de la villa Borghese, peut soutenir la comparaison.

C'est tout dire! Aujourd'hui, malheureusement, cette école historique n'est plus que l'ombre de ce qu'elle a un jour été. Les bâtiments sont dans un état de délabrement tel qu'on ne le rencontre qu'au Congo. Les nombreux terrains de sport et autres terrains alentours ont été spoliés et réaffectés ces dernières années, de larges superficies ont été transformées en terrains à bâtir qui ont fait le régal de tous ceux qui, au sommet du Congo estiment que l'éducation n'est pas essentielle.

Bolya_2012. Retrouver ce titre sur Numilog.com 17

Pour aller à l'école, nous disposions de grands bus scolaires qui sillonnaient la ville et ramassaient les écoliers. Les enfants Bolya, eux, étaient déposés à l'école et récupérés chaque jour par leur père, dévouement qui suscitait l'admiration de toutes nos mamans du quartier!

Combien de fois n'ai-je entendu cette histoire? Près de vingt ans plus tard, alors qu'en avril 1982, j'étais à Kinshasa pour un bref séjour, en provenance de Paris où je résidais, ma mère revoyant Césarine pour la première fois, a remis cette histoire sur le tapis! Il y a des faits qui marquent, assurément! À l'Athénée de Kalina, une de mes camarades de classe en première année primaire s'appelait Yvette Bolya, la sœur aînée de Désiré.

Je n'y suis pas restée longtemps. Dès l'été 1962, ma sœur Véronique et moi nous sommes envolées, comme tant de petits Congolais et Congolaises à l'époque, pour aller étudier dans l'ancienne métropole. Ce n'est qu'en 1977 que je devais revoir les Bolya. Depuis lors, j'ai développé avec Césarine-Sinatu Bolya une belle amitié, des liens qui n'ont que faire de la distance et du temps qui passe.

Lorsque nous nous revoyons avec Sinatu, comme en ce mois de février 2008, alors que j'étais de passage à Bruxelles, nous reprenons notre conversation là où nous l'avions laissée lors de notre dernier échange téléphonique. Comme si de rien n'était. C'est par Césarine que j'ai connu Désiré Bolya Baenga. Elle m'a présenté son «petit frère» un soir de décembre 1977, à dix mille lieues de notre Congo natal. Nous étions tous à Paris. J'étais étudiante en fac de droit à Assas.

Désiré et Césarine étaient manifestement très proches. Mon amie nourrissait pour son frère beaucoup d'ambitions et avait fait tout ce qu'elle pouvait pour le faire venir étudier en France. Au Congo, il était en fac de droit à l'Université de Kinshasa (Unikin) et n'avait pas réussi son année. Déjà, la qualité de l'enseignement, à tous les niveaux, périclitait rapidement... Mais nous étions loin d'imaginer combien abrupte cette chute serait, ni quelle serait la profondeur de l'abîme dans lequel l'éducation au Congo se trouverait en cette année de grâce 2010.

Parmi les amies de Césarine, j'ai toujours pensé avoir une place spéciale auprès de Désiré. Nous nous entendions bien. Nous discutions beaucoup. Mes idées à l'époque ne découlaient pas d'une LivreBolya_2012.indd 17 09/03/2012 20:25:33 Retrouver ce titre sur Numilog.com 18 quelconque idéologie.

Elles procédaient plutôt des valeurs reçues au cours d'une éducation puisant aux sources du judéo-christianisme et de l'éducation traditionnelle donnée dans la plupart des familles luba... J'avais passé pas mal d'années chez les religieuses et, qu'on le veuille ou non, ça marque. J'étais l'archétype même de la jeune fille rangée. Pas très originale. Pleine de certitudes. J'étais «sérieuse» d'après les clichés de l'époque, je faisais mon droit à Assas, et je préparais – toute seule – Sciences-po.

J'avais le même copain depuis pas mal de temps. Tout ce qu'il fallait pour impressionner un jeune frère débarquant de Kinshasa ! Lui était curieux.

Avec moi, il parlait beaucoup, posait beaucoup de questions sur tout et sur rien. Avide d'en savoir toujours plus sur la vie d'étudiant à Paris. Dès le départ, je lui chantais les louanges du droit, et du droit à Assas!

Et quand, plus tard, il m'a dit que finalement il allait préparer Sciences-po, je lui ai dit sans hésitation, tu peux faire les deux ! À cette époque, 1977-1978, Césarine invitait de temps en temps notre petit groupe d'amis à partager un repas dans le studio de Désiré, non loin de la place Saint-André des Arts. Nous refaisions le monde autour d'un riche repas, composé de mets africains ou africanisés. C'est fou ce que les Congolais sont attachés à leur cuisine et à la façon particulière d'accommoder ces mets odorants et savoureux qui la caractérisent.

Un repas à la congolaise est bel et bien un véritable festin, pour le ventre et pour les yeux ! Rien que le nombre de plats qui s'alignent sur la table pour un seul repas est édifiant. Le poisson côtoie toujours la viande et pour les légumes c'est «un choix multiple». À l'occasion de ces rencontres, j'arrivais souvent la première. Alors que je montais les escaliers, je trouvais Désiré sur le palier, il avait déjà ouvert la porte et m'attendait: «Quand tu as sonné j'ai dit à Ya' César, ça c'est Julie, il est 20h.

Elle est toujours ponctuelle. La ponctualité est la politesse des rois», ajoutait-il avec un grand sourire. C'était tout lui. Un compliment en passant, une petite citation pour renforcer son point... En 1983, diplômes en poche, projets pleins la tête, je m'apprêtais à rentrer au Congo, et c'était le sujet de conversation qui revenait en boucle. Je voulais entrer en politique... «Politique, toi?
En tout cas je ne t'y vois pas! Tu es une humaniste, tu ne peux réussir LivreBolya_2012.indd 18 09/03/2012 20:25:33 Retrouver ce titre sur Numilog.com


Table des matières Parti... 7


Françoise Naudillon Première partie : Témoignages Oraison funèbre
9 Élikia Mbokolo C'était Bolya
15 Julie Mukendi In memoriam
29 Louis Dessout Un homme vertical
33 Jean Métellus Bolya, mon «Petit Frère»
43 Hédi Bouraoui Désiré Bolya : un alter éco, un alter ego, mon alter écho
53 Jean-Pierre Magnes C'était un copain, de bamboche parfois et je lirai tous ses livres...
57 Jef Tombeur La tronche de Bolya
61 Thomas Spear Bolya, un soir de janvier, ce devait être en 2004 65 Yves Chemla

Deuxième partie :


L'œuvre Une rose pour Bolya


73 Boniface Mongo-Mboussa De Cannibale (1986) à La polyandre (1998) et à La profanation des vagins (2005): Figurations avant-gardistes des violences postcoloniales dans l'écriture de Bolya
77 Odile Cazenave Bolya Baenga : le choix du littérairement et du politiquement incorrects
89 Louis Bertin Amougou Respecter le «Bla(n)k space», ou la profanation du corps dans l'œuvre de Désiré Bolya 105 Silvia Riva LivreBolya_2012.indd 123 09/03/2012 20:25:
37 Retrouver ce titre sur Numilog.com essai Bolya Nomade cosmopolite mais sédentaire de l'éthique Sous la direction de Françoise Naudillon
Promenade biographique et érudite, cet ouvrage, souvenirs et études critiques, lui rend hommage. Françoise Naudillon Ont participé à cet ouvrage: Louis Bertin Amougou, Hédi Bouraoui, Odile Cazenave, Yves Chemla, Louis Dessout, Jean-Pierre Magnes, Élikia Mbokolo, Jean Metellus, Boniface Mongo-Mboussa, Julie Mukendi, Françoise Naudillon, Silvia Riva, Jef Tombeur, Thomas C. Spear.

Publié dans Ex-libris

«Un dimanche ensoleillé j'étais avec du beau monde chez la doyenne Marie Laure De Lacvivier dans le 17 ème à Paris , il y avait le brillant intellectuel franco-goréen Blaise Diagne, économiste et penseur mais aussi la mignonne et doublement fine (dans le corps et l'esprit) Bénédicte Auvard qui travaille sur l'altérité dans l'art. Cette dernière me parle au détour d'une conversation de Francoise NAUDILLON (une des rares professeures à enseigner la littérature "afro-caraibéenne") et quelques semaines avant c'est le Pr DORIGNY qui nous en parlait lors d'une conférence dans le Val de Marne. Que le monde est petit. Depuis je suis allé cherche ce que F Naudillon faisait et j'ai trouvé ceci.. P. B. CISSOKO»


Représenter l'Autre, c'est aussi présenter une part de soi et construire ainsi les assises d'une relation solidaire.


Le débat sur le rapport à l'Afrique dans les littératures et les imaginaires antillais mérite d'être relancé et actualisé.


Dans un contexte de mondialisation qui est à la fois une réalité mais aussi un projet encore mal défini et source d'appréhensions, à l'ère où le rêve d'un humanisme solidaire reste à concrétiser et à consolider, la notion de représentation de l'Autre prend toute son ampleur et sa pertinence, car la construction du regard sur l'Altérité influe sur celle de la Relation.

Cet ouvrage tente de repérer les empreintes d'une présence africaine dans le texte antillais.

Qu'elle soit l'objet de (re)mythification, de négativisation ou de mises à distance stratégiques, qu'elle soit perçue comme un passé problématique ou un horizon sombre, qu'elle agace, rebute, intrigue, amuse ou fascine, l'Afrique reste vivante dans les imaginaires poétiques et populaires des Antilles.


Présence fantôme et harcelante où alternent affres de mémoire et silences assourdissants de l'oubli, elle rôde dans les écrits, peuple subrepticement les esprits et ne laisse personne indifférent. Réflexion collective d'universitaires du Québec, du Canada anglais, des Etats-Unis et de la France, tous réunis par le même double intérêt pour l'Afrique et les Antilles, ce livre se veut un espace de rencontre visant à bousculer certains écrans historiques et, peut-être, à ressouder les solidarités identitaires fissurées par une tragédie humaine ainsi que par la méconnaissance réciproque et chronique qui en a résulté.


Ce travail, commencé en 2010 où fut célébré le cinquantenaire des indépendances africaines, est geste d'accompagnement, mais aussi acte de solidarité.
Bibliographie j'ai trouvé ceci poutr vous mais je reviendrai pour amplement parler de F NAUDILLON..


TRISTES TROPISMES, Françoise Naudillon - livre, ebook, epub
Éditions L'Harmattan


Cafés-Rencontres: Françoise Naudillon at UWaterloo French Studies ...

Pour le peuple, par le peuple contre le peuple :


colloquepeuple.blogspot.com

Le peuple ? Là où on ne l'attend pas »

Les masques de Yasmina (Essai) eBook: Françoise Naudillon: Amazon.fr ...


Les masques de Yasmina (Essai) par [Naudillon, Françoise]


Françoise Naudillon


Mémoire d'encrier L97828971207261 12 Septembre 2015 Publié par Edouard Boulogne


Quand Le Scrutateur permet de rectifier certaines erreurs ( ou mensonges délibérés ) sur l'histoire ( et les gens ) de la Guadeloupe.

Françoise Naudillon est professeur certifiée au département d'Études françaises de l'Université Concordia et spécialiste des littératures francophones et de leur réception. Elle travaille en particulier sur le roman policier et les littératures populaires. Elle a publié de nombreux articles dans des revues internationales et parmi les publications qu'elle a dirigées, l'on peut notamment citer Bolya. Nomade cosmopolite mais sédentaire de l'éthique (2012), Images et mirages des migrations dans les littératures et les cinémas d'Afrique francophone (2011), L'Afrique fait son cinéma. Regards et perspectives sur le cinéma africain francophone (2006) et Femmes en francophonie, écritures et lectures du féminin dans les littératures francophones (2014), parus chez Mémoire d'encrier.

La deuxième photo montre une classe terminale au lycée, en Guadeloupe en 1938 ou 39. La tête du professeur Blanche émerge au milieu de ses élèves, entre plusieurs têtes de garçons, à l'arrière plan.
Nos lecteurs le savent, l'une des tâches que s'assigne notre blog du Scrutateur, outre notre présence active et réfléchie sur la « Toile » pour analyser la politique, notamment (mais pas exclusivement ) aux Antilles françaises, il y a le souci de lutter contre la pensée toute faite ( c'est à dire une non pensée, une accumulation de clichés morts et stériles ) notamment dans le domaine de l'histoire.
C'est dans cette perspective que j'ai, depuis des années, entrepris la réhabilitation d'un Guadeloupéen, noir, philosophe, ancien normalien de la rue d 'Ulm, professeur de philosophie, en Guadeloupe d'abord, puis au lycée de Cannes.


Lénis Blanche joua un rôle également pendant la guerre, dans son île natale, aux côtés de l'ancien gouverneur, Constant Sorin, durant cette difficile période, ce qui lui a valu des critiques exacerbées, et parfois de parfaite mauvaise foi, de la part de gens aux idées contraires aux siennes, mais aussi de ( parfois les mêmes ) ceux qui le jalousaient à cause de son intelligence nettement supérieure à la moyenne, à la leur en particulier.
Le journal Guadeloupe 2000 d'abord, puis Le Scrutateur ont entrepris de le réhabiliter contre ses détracteurs.
Cette entreprise commence à porter ses fruits.
C'est ainsi que le hasard d'une recherche m'a conduit à un travail effectué sur internet par l'intellectuelle créole Françoise Naudillon et dont voici le LIEN :
( https://books.google.fr/books?id=KuroCQAAQBAJ&pg=PA77&dq=Famille++Boulogne+de+la++Guadeloupe&hl=fr&sa=X&ved=0CD8Q6AEwB2oVChMI3Z3ejbuAxwIVRbkUCh1VqQjd#v=onepage&q=Famille%20%20Boulogne%20de%20la%20%20Guadeloupe&f=false ).
Il faut remercier madame Naudillon pour ce travail, même si l'on peut regretter certaines approximations, voire inexactitudes. Comme par exemple, quand elle fait de votre serviteur « le politicien Edouard Boulogne ».


Moi, « politicien »! Alors que je me suis gardé comme de la peste de cette activité actuellement fort déconsidérée. Je suis un commentateur de la politique, tâche que j'essaie d'accomplir avec honnêteté, et peut-être un certain courage. J'ai pris la chose toutefois avec le sourire, ne voulant y voir qu'un bégaiement d'auteur, plus ou moins permis par la Providence pour me punir de mes nombreux défauts!
Il y aurait encore à redire aux analyses de notre auteur.

Mais il ne faut pas exagérer car Françoise Naudillon ( qui aurait pu me contacter, par téléphone ou par courriel, ou m'honorer d'une visite, lors d'un de ses passages en Guadeloupe, j'en eu été charmé ) contribue à une nécessaire réhabilitation, quoique partielle de M. L. Blanche. ( on trouvera ci-dessous des liens avec les documents les plus importants que j'ai publiés sur Lénis B. Mais il y en a d'autres que l'on trouvera sur le Scrutateur encore, en tapant Lénis Blanche dans l'onglet ( chercher un article ).

A l'article de madame F. Naudillon, j'ajoute, en photographie, une page de l'ouvrage récent ( mars 2014 ) de Jean-Baptiste BRUNEAU : La marine de Vichy aux Antilles. Juin 1940-Juillet 1943. Editions Rivages des Xantons ).


Cette page rectifie certaines « erreurs » historiques, grâce au Scrutateur guadeloupéen.


Le travail paye, surtout quand il est honnête, et sérieux, et persévérant, un travail de bénédictin.

Le Scrutateur.

Publié dans Ex-libris

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