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Discours transcrit par Monsieur Patrick Jouan, vice-président de la FPU France, et édité par Madame Marie-Christine Odent.


Biographie de M. Doudou Diène


Ancien Directeur de la Division du dialogue interculturel et interreligieux de l'Unesco ; initiateur et responsable des Projets de Routes Interculturelles de l'Unesco : Routes de la Soie, Route de l'Esclave, Routes de la Foi, Routes Al Andalus. Rapporteur spécial de l'ONU sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l'intolérance (2002-2008). Président du Conseil de l'Alliance Internationale des Sites de Conscience. Vice-Président du Conseil scientifique international de l'Institut international de recherche, politique de civilisation d'Edgar Morin. Membre de la commission d'enquête de l'ONU sur Gaza (2014-2015)

Mesdames et Messieurs, avant de commencer notre réunion, je voudrais vous proposer que nous prenions une minute de silence pour faire en sorte que notre réunion ne soit pas juste abstraite. La première valeur de la paix c'est la compassion, et comme il se passe des événements graves autour de nous en ce qui concerne les migrants et autres, je souhaite que nous fassions un petit acte de compassion en observant une minute de silence pour toutes les victimes des drames qui se déroulent actuellement.


Merci beaucoup ! je voudrais commencer par une interrogation ; comme d'habitude, je ne lis pas de discours je n'aime pas cela, je ne trouve pas que ce soit respectueux pour ceux qui sont présents de venir devant eux et juste de sortir un texte et le lire, je ne prétends pas apporter des réponses, mais plutôt partager avec vous quelques réflexions sur une question éternelle que personne n'a jamais résolue, puis par la suite amener des échanges.


L'arrivée en Europe des migrants


Que signifie le drame que nous sommes en train de vivre ici en Europe avec l'arrivée des migrants ? Que signifie l'image qui est en train d'émerger ici, de ce drame qui continue, une image montrant des victimes, des morts, des parents avec leurs enfants. Que signifie cette image avec des murs et des fils de fer barbelés ? C'est une question qui nous concerne tous. Je voudrais donc partager avec vous des questions comme : comment se fait-il qu'un continent s'est construit une posture d'universalité malgré les déviations que nous connaissons ? Comment ce continent-là auquel des dirigeants, des penseurs ont donné cette universalité, aboutit-il à cette image montrant des murs avec des barbelés ? Cette 1ère question serait donc sur l'universalité ; au lieu de parler d'abord de partenariat pour la paix, parler de valeurs, dont celle de l'universalité.


Le refus de l'universalité


La deuxième interrogation c'est de savoir ce qu'implique ce refus de l'universalité de manière précise dans cette région, le continent où nous constatons des déviances politique comme la montée de l'extrême droite ; elle devient forte et puissante et se trouve à la porte de plusieurs pouvoirs dans de nombreux pays et elle remet précisément en question cette universalité, dans son agenda et sa plateforme politique.
Ce point est très important. On ne peut parler de paix aujourd'hui sans parler de ceux qui remettent en question l'universalité. Avec la situation des migrants nous voyons cette crise en France, en Allemagne, qu'il faut quand même saluer pour son ouverture, en Hongrie ...etc. Des questions fondamentales émergent donc, comme celle l'argumentation utilisée par les forces qui s'opposent à la situation des migrants ; l'exemple de l'Allemagne est significatif dans le sens de la profondeur et du long terme qu'elle préconise. Elle nous dit une chose, dans une Europe où actuellement il y a une crise identitaire profonde : des identités nationales qui ont été construites tout au long de l'histoire, - et les peuples ont eu le droit de construire ces identités de couleurs ou de cultures, - sont profondément remises en question par une multitude d'identités culturelles.


L'effondrement des identités nationales


Il y a donc un changement ou une mutation identitaire. Les vieilles identités nationales sont en train de craquer littéralement, et nous assistons de manière précise à l'émergence de nouvelles identités. C'est une période d'accouchement et tous les accouchements sont douloureux. Nous sommes dans ces douleurs qui s'expriment par la violence et le rejet, le rejet qui est derrière la question de l'universalité, et qui soulève la question de la diversité. Alors, derrière les menaces pour la paix, derrière l'argumentaire de ceux qui veulent faire de leur continent chrétien, blanc etc, derrière le discours de ceux qui rejettent les migrants et refusent qu'ils soient admis et derrière ce que fait précisément l'Allemagne, il y a cette question de l'évolution multiculturelle des sociétés et de la diversité.


La crise de la diversité est aussi au cœur des menaces pour la paix sur le continent africain et d'autres continents également. Et cette diversité, comme dans l'histoire de l'évolution des peuples, a une dimension raciale, ethnique avec les blancs, juifs, arabes, et aussi une dimension religieuse par rapport au christianisme, l'islam le bouddhisme etc. Toutes ces dimensions sont réunies là, ce qui m'amène à dire que nous ne sommes pas dans une période de crise mais de mutation.


L'entrée dans une période de mutation


Mutation car lorsque toutes les crises se déroulent en même temps, crise économique, crise écologique, crise démographique et crise familiale, quand elles arrivent en même temps, ce n'est plus une crise mais une mutation. Mutation lorsque toute la société est en train de changer, et nous sommes dans cette période-là. C'est un point important parce qu'il faut expliquer intellectuellement ce qui se passe pour éviter les lectures idéologiques ou émotionnelles. Nous sommes à mon avis dans cette phase de mutation où tous les paradigmes de la société sont en voie d'être changés. C'est précisément dans ce contexte qu'il faut comprendre ce qui se passe avec les migrants.


Que signifie cette politique allemande sur les migrants ? Elle signifie 2 ou 3 choses fondamentales pour la paix.


1. La politique allemande d'ouvrir ses portes aux migrants est un message éthique, il s'agit d'abord d'éthique, car ce qui se passe derrière cette politique c'est une humanité en souffrance que nous ne pouvons refuser. C'est un point essentiel de l'éthique qui peut transformer les hommes et les femmes.


2. Aussi l'Allemagne est un pays dont l'histoire comme celle de l'Europe, a construit une identité nationale extrêmement rigide, extra forte, raciale ; c'est cette identité-là dont il est question sur le continent européen ; cette politique de l'Allemagne a créé une réponse à la crise d'identité qui est en cours et l'implication, c'est ce que l'Allemagne a dit avec l'arrivée de ces milliers d'immigrés. Techniquement et religieusement cela va faire que ce pays sera différent dans dix ans de ce qu'il est actuellement. L'implication est donc dans la transformation d'une société qui s'est enfermée dans une identité close, une identité qui commence vous le savez à être traduite par la violence, une identité qui a été questionnée dans une étude récente par rapport à la Grèce etc... C'est un point important qui a à voir avec la paix.


3. Le troisième point que je voulais amener dans ma démonstration, c'est la question des conditions de la paix, ou plutôt de ce qui perturbe les facteurs permettant la paix et le partenariat ; aussi, la question de l'éthique qui est fondamentale, les valeurs. Je viens de l'UNESCO où j'ai travaillé pendant 30 ans et l'axe constituant l'UNESCO a été rédigé par des hommes et des femmes qui sont sortis en 1945 de la deuxième guerre mondiale, meurtris avec dans la tête les horreurs de l'holocauste. Des millions de morts et ces gens sont sortis ébranlés, effrayés et ainsi ils ont écrit la constitution de l'UNESCO dont à mon avis l'article central dit que « les guerres naissant dans l'esprit des hommes, c'est dans l'esprit des hommes qu'il faut bâtir les défenses de la paix ». C'est la seule constitution des Nations Unies où le mot « esprit » est mentionné. Donc dans le débat que nous allons avoir sur le partenariat, il faut revenir sur la question de l'esprit dans sa dimension de spiritualité, sa dimension religieuse qui est une des interpellations majeures de la paix actuellement dans le monde : la place et le rôle du religieux. La France donne l'exemple ici dans les conflits qui ont amené des migrants sur le continent européen, au Moyen-Orient et sur le continent africain.


Derrière la prédominance de ces facteurs, se trouve la question du matérialisme ; c'est donc maintenant que je veux vous proposer certaines explications.
Derrière ce qui s'est passé, il faut essayer de lire une quête qui est faite par les peuples, les hommes, noirs... et les autres, pour la recherche de sens, sens à notre vie, à notre société, notre politique et derrière cette question de sens chez tous les groupes se présentant de manière diverse, surtout la question de l'esprit ; il est très important de lire ce qui est en train de se passer, non pas la lecture pessimiste ou négative qui mène à l'impuissance, d'ailleurs par rapport à ces drames personne n'a de puissance.


Il n'y a rien d'aveugle dans l'histoire, tout a une explication ; mais si vous replacez ce qui est en train de se passer, cette quête de sens que les individus se posent, les communautés, les sociétés, le facteur de l'esprit de se mettre ensemble, que signifie cela pour la société dans laquelle nous vivons ?

Quel sens donnons-nous à nos enfants, nos familles etc. ?


Faut-il donner des réponses par la violence que certains groupes ont décidé d'utiliser ? Ce n'est une réponse nouvelle : l'histoire du monde, l'histoire de l'Europe nous apprend que la violence a été une réponse à ce questionnement à travers l'histoire de l'homme, mais celle-ci est passée actuellement comme lecture. Si vous prenez par exemple la question de la jeunesse, capitale dans la production de la paix, beaucoup de gens lisent le développement quand on voit les images à la télévision, les grands spectacles de rock, de hard rock, la drogue le sexe etc., quand vous regardez attentivement les images physiques, verbales, vous voyez qu'il y a un sens derrière ces rassemblements, celui d'être ensemble et aussi il y a une sorte de communion ; ces jeunes ils posent des questions qui restent sans réponse.


Parlons du rap !


J'ai 3 garçons qui sont nés à New-York ; lorsque j'étais directeur de l'UNESCO à New-York, mes gosses m'ont éduqué au rap, et le rap est né quand j'étais là-bas à New-York de 1977 à 1986, et moi j'ai vu le rap naître dans les banlieues de New-York à Harlem, à Chicago et ailleurs. J'ai vu comment il est né dans les banlieues misérables et pauvres, marginalisées, discriminées et massacrées, des banlieues noires de Harlem, Southside de Chicago et ailleurs ; le discours du rap ? Mes gosses m'ont éduqué là-dessus : à partir d'un discours de violence, violence totale, absolue, lentement ils m'ont fait écouter des chants de rap, qui glissent vers des interrogations de sens, des interrogations spirituelles.
Derrière l'expérience forte et violente, les mots ont changé. Donc quand vous regardez cela, il s'agit de la manière dont vous lisez : je pense que ce point est capital ; quand nous parlons de paix, il faut revenir à ce que nous à l'UNESCO on a tenté de dire : que la paix c'est d'abord au niveau de l'esprit ; mais l'esprit, nous le savons, reçoit dans sa complexité, sa richesse, son mouvement mystérieux, des équations dont les hommes font ce qu'ils veulent ; effectivement cela aboutit à des actes, à des actions qui ne se réfèrent pas au passé, mais en restent à l'actuel, ici et maintenant.


La remise en cause de l'universalité


Nous en revenons à l'actualité avec les migrants et sur le fait que des hommes politiques ont dit comme le 1er ministre que nous allons accueillir les chrétiens, et donc remettre en cause l'universalité, là où il y a la diversité avec des musulmans des bouddhistes, juifs etc. Ce que je veux signaler c'est qu'il ne faut pas laisser ce discours-là continuer. En fait il s'agit de regarder derrière ces discours que l'on entend pour y voir plutôt une quête de sens, et quelle est la place de l'esprit dans nos sociétés. Que devons-nous faire ?


Ce que j'ai appris pendant 27 années de travail, c'est le point capital que représente l'interreligieux, tel que nous en parlons ici dans notre contexte de partenariats pour la paix et aussi d'une éthique pour la paix.
Quand j'étais à l'UNESCO nous avons créé le premier comité international et interreligieux avec le Rabbin Serfati, l'imam..., le chef vaudou du Bénin. Tous les représentants spirituels étaient inclus et on a partagé ensemble pour réfléchir sur des textes à adopter. Pendant 10 ans, nous avons fait ce cheminement et c'est à partir de là, avec des hommes et des femmes de bonne volonté, que nous avons pris conscience chacun(e) que nous portions des lunettes culturelles ; nous avons réalisé que chaque tradition, chaque religion, chaque culture s'est construite à travers l'histoire une identité religieuse, avec toute l'ambigüité du concept de l'identité et que chaque tradition s'est enfermée dans cette identité religieuse, remettant ainsi en question l'universalité de la spiritualité.


Changement de paradigme


C'est cela qui apporte une explication très profonde de notre histoire, de ce que les hommes ont fait de la spiritualité et c'est donc une condition de l'interreligieux et de l'interculturel pour la réalisation de la paix. Cela touche à la question fondamentale de la spiritualité. Alors je propose qu'en ce qui concerne le dialogue interreligieux il y ait la nécessité de changer de paradigme. C'est ce qu'on a fait à l'UNESCO, et ailleurs comme à Séoul cet été. Il faudrait donc :


1. Mettre les hommes et femmes de religion et de spiritualité ensemble, pour qu'ils se parlent, qu'ils échangent....


2. Aboutir à l'adoption d'une déclaration de textes. C'est important ! Il faut passer par les mots et le verbe ; ainsi les valeurs proclamées seront inscrites et il reviendra ensuite à chacun de retourner dans son contexte pour que cela soit repris par les dynamiques politiques qui sont beaucoup plus fortes que les dynamiques religieuses ; en effet nous aboutissons à cette situation paradoxale donnant deux images du religieux : d'une part l'association du religieux à la violence, c'est l'image que l'on voit à la télévision, au cinéma et qui se traduit par ce qui se fait actuellement au Moyen-Orient et ailleurs, des gens tués, des chrétiens, des musulmans et d'autres. Donc ce que l'on voit aux U.S.A., des mouvements de fondamentalistes et, d'autre part, des discours de rejet qui sont faits par des hommes politiques par rapport à l'arrivée des migrants. Donc la violence est là, au cœur du discours religieux. Je suggère alors que l'on change de paradigme :

Il s'agit de remettre en question le dialogue interreligieux à partir de la dimension théologique, c'est-à-dire questionner les textes fondamentaux des messages de chaque religion qui ont une dimension spirituelle. Il s'agit de déplacer ce paradigme de la théologie à l'éthique.

La théologie est un message originel qu'il ne faut pas questionner. Il faut connaître le fondamental de chaque message religieux et aussi du père fondateur, du prophète etc. Connaître, c'est important, car aujourd'hui on ne connaît pas vraiment les messages fondamentaux. Mais il n'y a pas de débat de théologie, le débat doit être sur l'éthique : ce que sont les valeurs communes des religions parce que toutes détiennent un message qui dépend aussi d'un contexte géographique : le bouddhisme au Vème siècle avant J.C, le christianisme avec Jésus-Christ, l'Islam avec Mohamed dans la péninsule arabique, le message des dieux vaudous etc. ; tous ces messages émanent d'hommes vivants dans des contextes très précis mais ils sont porteurs de valeurs, car ils s'adressent à l'être humain, et cela est important. Quand on parle de l'homme on parle d'éthique ; non pas de théologie mais d'éthique, c'est-à-dire des valeurs de comportement. L'acceptation de ces valeurs comme le bien, la compassion la haine etc. Il s'agit donc de ramener la théologie à l'éthique.


3. Aussi je suggère de faire un mouvement important, d'amener les leaders des traditions des religions à se mettre ensemble pour identifier leurs valeurs communes. La lecture ouverte et attentive de discours théologiques permet de constater qu'ils ont tous les mêmes valeurs de respect de la vie, de compréhension du Bien et du Mal, de compassion et d'amour. Tous les prophètes ont eu des contextes mystérieux magiques.

La reconnaissance des valeurs communes


Il s'agit donc de déplacer le débat de la théologie à l'éthique et d'amener les leaders religieux à identifier ensemble ce qui se ressemble, les valeurs communes ; identifier cela ensemble au sein de la FPU, de l'UNESCO ... et montrer cela dans les villes, dans d'autres endroits, cafés, montrer ce que l'on partage comme valeurs multiculturelles, et pointer là où il y a la haine et l'incitation à la violence. C'est un point capital, car c'est le cheminement vers l'autre. Reconnaître en profondeur la spécificité de l'autre, c'est reconnaître l'universalisme.
La reconnaissance des valeurs communes est une démarche importante, une catharsis : en poussant à la reconnaissance des valeurs chez l'autre on reconnaît l'humanité chez l'autre et cette humanité-là est une théologie.
Une fois ces valeurs communes identifiées, la 2ème chose c'est de changer de shift dans le contexte actuel, car ce qui nous domine aujourd'hui dans ces conflits religieux, ce n'est pas le religieux, c'est le problème interreligieux qui est fondamental.


Le shift idéologique de la théologie aux Droits Humains


Ce qui domine, c'est la lecture idéologique du religieux, elle a toujours existé mais dans les temps modernes elle s'est renforcée comme dans le « choc des civilisations » de M. Huntington et chez d'autres.
Cette théorisation du conflit religieux est un facteur dominant ici sur le terrain intellectuel français, extrêmement fort et articulé par de grands intellectuels comme Victor Kraut et d'autres. Ils articulent cela ouvertement et cette lecture idéologique du religieux, est conditionnée, marquée par une géostratégie politique. On insuffle dans l'image de l'islam toute une situation conflictuelle avec le pétrole, le conflit israélo-arabe etc. Il faut désamorcer cette bombe idéologique n'apportant pas de réponse, et shifter cela de l'idéologie aux Droits Humains. Il faut se séparer de ce débat idéologique qui est sans fin, car c'est un discours fermé, l'idéologie n'accepte pas le débat ; il faut donc les laisser comme cela et aller vers les Droits Humains, vers ce qui les nourrit, avec des conventions internationales que l'ONU a adoptées. Voilà la base des Droits Humains, c'est une éthique.


Les Droits Humains ne parlent que d'amour, de compassion, d'égalité ; de compassion contre la discrimination, notamment des femmes, contre le racisme, contre la torture etc. A la base des Droits Humains il y a cette pulsion de l'amour vers l'autre, chez l'homme et la femme dans notre société, qui confrontés aux conflits sont arrivés à cette notion-là. Ce qui est donc important pour les Droits de l'Homme, c'est le shift idéologique de la théologie aux Droits Humains. C'est une construction collective.


Pendant longtemps l'Occident a dit que les Droits Humains c'est nous, car c'était leur intérêt. Quand nous avons été colonisés, on nous a dit : « vous aurez la lumière, la civilisation » et maintenant les Droits Humains modernes c'est la situation de la femme, du religieux, de la jeunesse de l'environnement. L'ONU met les pays ensemble, sur la question de la femme car l'Arabie Saoudite a sa vision de la femme, la France a sa vision de la femme, l'Inde, la Chine ont la leur, et par ce processus qui prend parfois des années on a réussi à discuter ensemble pour inscrire des valeurs communes lors de conventions internationales.


La liberté de conscience et la liberté religieuse


Ce processus est une construction de la paix et c'est également important par rapport au religieux car ce qui ressort des problèmes religieux ici ou là, Iran, Inde, Syrie. c'est une liberté de conscience. Il faut reconnaître chez chaque homme et femme que la liberté de conscience est fondamentale.
L'expression de la liberté religieuse, c'est-à-dire l'expression de ces religions, ce sont les questions que l'on se pose actuellement ; donc il faut reconnaitre 1 - la liberté de conscience, 2 - la liberté de religion et 3 - l'expression de la religion.


Ce qui est important c'est que les Droits Humains soient intégrés dans toutes les constitutions.
La résolution a amené l'Arabie Saoudite, la France, et d'autres, à s'entendre, à s'accepter, à formuler ces textes pour accepter les droits de la femme et la liberté d'expression qui ont été intégrés dans les constitutions.


Ainsi nous allons dire que nous ne faisons pas de débats théologiques entre les religions.
Donc le défi de ce qu'est l'expression religieuse, c'est le droit à la justice ; demander à la France de respecter ses valeurs juridiques telles qu'elle les a exprimées dans sa constitution, dans sa loi, et c'est un point important.


Avant de conclure, je voudrais dire qu'il y a la vision de l'islam que nous avons aujourd'hui en France qui, dans ses débats politiques, offre la scène de cette haine ici ou là. Mais il y a derrière les quartiers des villes et communes, des hommes et des femmes qui se retrouvent ensemble, qui travaillent ensemble en profondeur ; il y a un travail spirituel qui est un travail sur soi car c'est un travail de transformation.
La transformation c'est le cœur de la spiritualité


Il y a l'image d'une France islamophobe dans les discours politiques, mais qu'est-ce qu'il y a derrière ces discours politiques ? Le fait est que l'islam est en train de devenir la 2ème religion en France, donc c'est une réaction derrière ce mouvement.


Il y a 10-15 ans c'était un défi majeur de construire des mosquées car les maires n'en voulaient pas, mais à partir du moment où les musulmans ont utilisé le droit de la loi du sol français, nous voulons maintenant construire un lieu de culte. Si on compare le nombre de mosquées construites maintenant en comparaison d'il y a 10-15ans, il y a eu une explosion, même dans les coins les plus reculés. Je vous donne cet exemple pour vous dire combien ce travail-là en profondeur est nécessaire. Effectivement derrière le discours de violence, il y a le facteur de discrimination, celui de l'ignorance. On ne sait pas ce qu'est l'islam, les musulmans ne savent pas ce qu'est le christianisme, tous les deux ne savent pas ce qu'est le bouddhisme ou le vaudou etc.
Si nous allons dans n'importe quelle maison d'édition comme la Fnac, on vous dira que les livres les plus achetés sont sur le religieux, sur l'islam... Tout simplement parce qu'on a utilisé la laïcité pour combattre la religion et derrière ce discours il y a des questions ; mais pourquoi cette situation ? Ces maisons d'édition vous diront que les livres sur l'islam, sur le christianisme sont achetés car les gens se posent des questions et donc on en revient à la conscience.


Faire bouger le dialogue interreligieux


Le dialogue interreligieux doit bouger, se déplacer de la théologie à l'éthique, se déplacer de l'idéologie aux Droits Humains et enfin le dernier mouvement est de définir cette idée de partenariat pour la paix.
Quand on aura pu créer les conditions dans les communautés, les quartiers pour identifier une éthique, les valeurs communes, quand on aura pu les mettre en avant, exprimer ces valeurs que les religieux ont identifiées, partagées car universelles et qui sont au cœur de ces théologies, il faudra alors traduire ces valeurs dans la réalité.
Dans l'action commune, il ne doit pas y avoir d'abstraction mais une action commune autour de ce qu'est la religion. Alors il y aura une transformation qui s'ensuivra dans la vie, parce qu'on aura donné des réponses. C'est un point très important.
Donc par rapport au thème de notre réunion, avant de parler de partenariat, il doit y avoir tout un travail en amont ; ainsi il y a des mécanismes existant aux Nations Unies que beaucoup d'ailleurs ne connaissent pas. Ainsi l'ONU vient d'adopter la décennie du Rapprochement des Cultures, ils l'ont adoptée l'année dernière et l'UNESCO a été désigné comme l'agence qui doit activer cela. Le rapprochement des cultures est fondamental.


C'est ce que l'UNESCO est en train de faire et j'ai mentionné qu'il faut éviter que cela soit capté par les pays et les états, il faut donner la parole aux gens, créer des postes pour le rapprochement des cultures qui soient politico-diplomatique mais basés sur le vivre-ensemble.


Comment traduire ce rapprochement des cultures dans ce vivre-ensemble ? En effet, il y a un sens précis qui doit se prendre dans ce rapprochement des cultures.
Relier la culture à 3 dimensions : l'esthétique, l'éthique et le spirituel.


La dimension esthétique c'est celle que l'on voit chaque fois que l'on se rencontre, chacun avec ses vêtements, l'art africain, le château de Versailles. mais on ne peut se limiter à cela, on ne peut comprendre profondément l'autre, l'autre communauté, donc il faut aller de l'esthétique à l'éthique. Quelles sont ces valeurs qui ont fait cette esthétique ? Pourquoi on a construit des monuments comme la mosquée de Casablanca, ou le temple au Cambodge ?

Ces formes-là expriment des valeurs, il faut se pencher sur ces valeurs qui sont à la base des expressions culturelles et qui nous amènent à aller vers l'autre. Alors on constate la communauté des valeurs, la dernière étant la notion de spiritualité.


Derrière toutes les religions il y a une vision de l'univers, de l'homme, de la vie, il y a une spiritualité derrière tout cela. Inscrire donc ce terme de rapprochement des cultures.
Il faut créer de nouvelles conditions. Le désir de la valeur fondamentale de la construction de la paix, c'est de ramener au cœur de la conscience ce que l'UNESCO a dit, comme quoi si la guerre et donc la paix naissent dans l'esprit des hommes, il s'agit de vivre ensemble, dans des sociétés multiculturelles. Vivre ensemble, c'est cela qui définit sans a priori le partenariat pour la paix.


Voilà quelques réflexions que je voulais partager.


Merci.


https://france.upf.org/conferences-en-france/211-france-2015/paris-septembre-2015/681-presentation-de-m-doudou-diene-changement-de-paradigme-du-dialogue-interreligieux

Publié dans Contribution

 

 

MARCEL NGUIMBI, PENSÉES ET ITINÉRAIRES ÉTRANGES

Hommage
Cahier du jeune chercheur n°42018
Marcel Nguimbi
Sous la direction de Fabrice Moussiessi et Miser Ondze Yandza
PHILOSOPHIE 


Marcel Nguimbi enseigne que toute épistémologie est épistémologie de quelque(s) science(s), de quelque(s) discipline(s) scientifique(s) ; que l'épistémologie de Karl R. Popper, qui est sans visage et sans rivage, est rongée par un paradoxe méthodologique entre le principe (universel) de la méthode du trial and error et l'applicabilité (particulière) de celle-ci ; que, malgré tout, la méthode du trial and error est applicable à l'Afrique et au mode de vie de l'Africain du XXIe siècle.



Fabrice MOUSSIESSI est le premier Docteur en Philosophie sous la direction scientifique du Professeur Marcel Nguimbi, à l'Université Marien Ngouabi de Brazzaville, au Congo. Chargé de Cours à la Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, il enseigne la logique et la philosophie des sciences.
Miser ONDZE YANDZA est le deuxième Docteur en Philosophie sous la direction scientifique du Professeur Marcel Nguimbi, à l'Université Marien Ngouabi de Brazzaville, au Congo. Professeur Certifié des Lycées, il est auteur de plusieurs travaux en logique, histoire et philosophie des sciences.
Marcel NGUIMBI est Professeur Titulaire des Universités (CAMES) en Philosophie. Directeur de publication du Cahier du Jeune Chercheur, il est également Rédacteur-en-Chef des Cahiers épistémo-logiques de la Formation Doctorale de Philosophie de l'Université Marien Ngouabi de Brazzaville, Congo. Auteur de plusieurs travaux sur l'épistémologie de Karl Raimund Popper et autres en philosophie de la logique et du langage.

Publié dans Ex-libris

 

Au Sénégal, le trafic de faux médicaments n'est pas pénalisé.


« Une complicité étatique, des moyens existent mais la corruption fait passer en second plan cette problématique sérieuse. Il faut enrayer ce fléau et c'est toujours les faibles qui paient faute de moyens. P B CISSOKO »


Sur le marché de Keur Serigne Bi, temple du faux médicament et du trafic à Dakar en janvier, un homme lance : «Tu cherches quoi ? J'ai tout, mieux qu'à la pharmacie.» Photo Sylvain Cherkaoui


A Dakar, les faux médicaments s'achètent entre les échoppes, mais c'est Touba, deuxième pôle économique sénégalais, aux mains de la puissante communauté religieuse des mourides, qui est le cœur du trafic.
• Au Sénégal, une gangrène en «zone de non-droit»


«Tu en prends deux, deux fois par jour, au bout d'une semaine tu verras les résultats.» Abdou tend des comprimés à une adolescente qui veut maigrir. «En pharmacie, c'est 18 000 FCFA (27 euros), je te les fais à moitié prix», renchérit-il. La boîte vient d'Inde, pas de date d'expiration, juste la silhouette d'une blonde filiforme à forte poitrine. De quoi faire rêver la jeune cliente. Le nom du médicament, Apatin, est inconnu au bataillon. Il trône sur une petite table en bois, au milieu de produits pour développer son sexe ou amincir ses hanches. Sur le trottoir de l'avenue Blaise-Diagne, en plein centre-ville de Dakar, s'étend le marché Keur Serigne Bi. Le temple du faux médicament, mais aussi de celui issu du trafic, comme le Cytotec, destiné au traitement de l'ulcère, interdit en France. Les femmes s'en procurent ici sans ordonnance, pour avorter clandestinement et quel que soit le prix.


Arrière-boutiques. Entre les échoppes, les vendeurs apostrophent les passants. «Tu cherches quoi ? J'ai tout, mieux qu'à la pharmacie», lance un homme élancé, la quarantaine, boubou à la mode, lunettes de soleil vissées sur la tête. La boîte d'antidouleurs qu'il tient entre ses mains pour appâter le client est pourtant périmée et déjà annotée par un pharmacien. Son stock se trouve dans les arrière-boutiques. Impossible de le suivre ni d'en connaître la provenance. «Je me fournis au même endroit que tout le monde», rétorque le vendeur, sur la défensive. Au Sénégal, la route du faux médicament fait escale à Touba, la deuxième ville du pays. Le cœur du trafic, selon le Syndicat des pharmaciens privés du Sénégal, chiffres à l'appui : près de 350 officines clandestines y ont pignon sur rue, certaines ont des chiffres d'affaires qui dépassent les 300 000 euros. Des pharmacies en apparence régulières, mais jamais de cachet ni de facture accolés aux ordonnances. «On y fait du commerce comme dans les boutiques de quartier. Négociation des prix, prêt, vente au détail...» explique le docteur Assane Diop, président du syndicat. Un business lucratif, alimenté par un circuit en provenance de Gambie, de Guinée-Conakry et du Nigeria. D'autres cargaisons débarquent directement des pays asiatiques.

Un marché qui représente 20 millions d'euros, estime le Syndicat des pharmaciens privés. Montant non confirmé par le ministère de la Santé.
En novembre 2017, c'est en banlieue de Touba qu'est saisie la plus importante quantité de médicaments contrefaits dans l'histoire du pays. 1,7 million d'euros de marchandises importées de Guinée. La douane porte plainte, l'ordre national des pharmaciens se constitue partie civile. Les deux trafiquants écopent d'une peine de sept et cinq ans de prison, assortie d'une amende de 3 000 euros et 300 000 euros de dommages et intérêts. Une première. Au Sénégal, le trafic de faux médicaments n'est pas pénalisé. Aucune législation spécifique n'existe et le pays n'a pas encore ratifié la convention européenne Medicrime, relative aux délits associés à la vente et la fabrication de produits médicaux falsifiés. «Ce procès, c'est déjà un pas franchi, assure-t-on au Syndicat des pharmaciens privés, mais Touba reste une zone de non-droit et c'est le nœud du problème.» Référence faite à la puissance de la communauté religieuse des mourides qui serait au centre du trafic. Un groupe qui a érigé Touba en deuxième économie du pays, convoitée de tout temps par le pouvoir politique. «Aucune enquête d'Interpol n'a osé y mettre les pieds, et nos autorités sont tout aussi frileuses», déplore un acteur du secteur. En 2016, un cas de décès a été enregistré à Touba, un homme, après avoir pris un faux médicament. L'enquête n'a pas eu de suite.


Au ministère de la Santé, on assure que le trafic a beaucoup diminué.  (faux  faux  l'Etat ferme les yeux)

Sa stratégie à Touba : implanter des pharmacies officielles pour couper l'herbe sous le pied aux structures clandestines. Une dizaine de nouvelles officines ont été ouvertes en deux ans et un comité national de lutte contre les faux médicaments a été créé, mais au maigre budget. «On tente de tarir les sources d'approvisionnement, explique le professeur Amadou Moctar Dieye, de la Direction de la pharmacie et du médicament. Renforcer le contrôle aux frontières, multiplier les descentes dans les entrepôts... On va vers un durcissement.»
Asthme. Au Sénégal, 70 % des dépenses de santé des ménages concernent les médicaments. Mais les ordonnances coûtent cher pour une famille : 4,5 euros en moyenne par prescription. Et la moitié de la population ne bénéficie pas de la couverture maladie universelle.

Mame Kiné patiente, assise par terre avec son nourrisson, dans le dispensaire de son quartier, à Rufisque en banlieue de Dakar. Elle n'a plus mis un pied au marché noir depuis que sa fille aînée n'a pas supporté un médicament acheté dans le circuit parallèle. Des douleurs au ventre terribles, quelques heures après avoir ingurgité une pilule. Ce matin, lors de sa consultation, le médecin lui propose de s'inscrire à un programme qui touche certains quartiers populaires de la ville. JokkoSanté, une plateforme de financement via mobile qui offre des points gratuits pour payer des ordonnances. «Mes trois enfants sont asthmatiques, chaque mois je peux dépenser jusqu'à 30 000 FCFA (45 euros) pour des ordonnances, explique la jeune mère de famille. On m'a plusieurs fois prescrit des médicaments, mais je n'avais pas d'argent, je n'ai pas pu les acheter.» Le téléphone de Mame Kiné vibre sur la table.

Un SMS de JokkoSanté lui confirme sa prise en charge, elle vient de recevoir 5 000 points gratuits, soit 5 000 FCFA, 7,5 euros, pour payer sa prochaine prescription à la pharmacie. A l'origine de cette initiative, Adama Kane, un entrepreneur sénégalais qui veut démocratiser l'accès au médicament et lutter contre le trafic. Depuis 2015, il récolte des fonds auprès d'entreprises, de fondations et d'ONG qui servent à financer les ordonnances de populations vulnérables. Les patients sont orientés vers des pharmacies partenaires, JokkoSanté y paye les factures à la fin de chaque mois. «A notre manière, on s'attaque à la vente illicite de médicaments. Car permettre aux personnes démunies d'avoir les moyens de se payer une ordonnance dans une officine, c'est très important», soutient Adama Kane. 4 000 personnes en bénéficient déjà à Dakar et en banlieue.

https://www.liberation.fr/planete/2019/03/03/au-senegal-une-gangrene-en-zone-de-non-droit_1712806

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Destruction de médicaments contrefaits, à Pékin en 2013. L'essentiel de la fabrication de faux produits de santé se concentre en Chine et en Inde. Photo Zhang Wei. Imaginechina
La recrudescence du juteux trafic de produits de santé contrefaits a des conséquences dramatiques dans le monde entier, notamment en Afrique. L'UE vient de son côté de renforcer sa législation.


De vrais morts pour de faux médicaments


Un code-barres pour chaque médicament vendu. Telle est la mesure prise pour lutter contre la recrudescence des contrefaçons et des faux médicaments en Europe. Entré en vigueur le 9 février, ce dispositif de sérialisation répond à une directive européenne votée en 2011. Appelé «datamatrix», le nouveau pictogramme noir et blanc n'est pas qu'un simple code barre. Véritable carte d'identité du médicament, ce code informatique unique figure désormais sur chaque boîte de médicaments vendue en Europe. Le numéro est une suite de 20 caractères alphanumériques. Il permettra de vérifier que la boîte est vierge de toute manipulation. Une fois scannés, l'emballage et ses données sont vérifiés en temps réel sur une base de données européenne. En charge de la mise en œuvre et du financement du système, les laboratoires pharmaceutiques européens ont adapté leur ligne de production pour un montant évalué à plusieurs centaines de millions d'euros. En plus de ce numéro de série, chaque étui sera muni d'un dispositif d'inviolabilité : une bague en carton qui permettra d'assurer au consommateur que le médicament n'a pas déjà été ouvert. L'objectif de cette mesure est de lutter contre le trafic des médicaments falsifiés dans la chaîne d'approvisionnement légale. Mais aussi de renforcer le circuit de distribution du médicament pour tracer et repérer les faux.
100 000 décès en Afrique


Depuis mai 2017, le conseil exécutif de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a adopté une nouvelle résolution de dénomination des médicaments. Les mots «sous-standard» et «falsifié» désignent respectivement les produits de qualité inférieure et ceux présentés comme ce qu'ils ne sont pas. Les sous-standards concernent par exemple les vaccins détériorés.
Selon Bernard Leroy, directeur de l'Institut de recherche anticontrefaçon des médicaments (Iracm), «il arrive que des conteneurs de médicaments en provenance de Chine soient stockés en Afrique. Parfois, afin de toucher un pot-de-vin pour livrer plus rapidement la cargaison, le douanier laisse les conteneurs au soleil. A l'intérieur, la température peut monter jusqu'à 80 degrés. Cela réactive automatiquement les souches des vaccins.»Le terme «contrefaçon» est quant à lui réservé à la désignation des infractions liées au droit des marques. «Malheureusement, les lois relatives à la propriété intellectuelle sont souvent utilisées lorsqu'on traite de faux médicaments, comme au Sénégal (lire pages 4-5), où les peines réductibles s'étendent seulement de six à soixante jours d'emprisonnement pour un gros trafiquant», précise Bernard Leroy. Un médicament sur dix vendus dans le monde est un faux, estime l'OMS. Dans certains pays, ce chiffre peut même atteindre sept médicaments sur dix - notamment en Afrique où 100 000 personnes meurent tous les ans à cause d'un recours aux faux médicaments.


Que représente cette production factice illégale par rapport au volume de la production pharmaceutique mondiale ? Selon Bernard Leroy, «la production légale s'élève à 1 000 milliards de dollars tandis que les faux médicaments représenteraient entre 70 et 200 milliards de dollars dans le monde». L'essentiel de la production de faux se concentre en Chine et en Inde, deux pays qui fabriquent également les matières premières et les principes actifs de beaucoup de médicaments commercialisés dans les pays occidentaux. «Au Pakistan, la production se déroule dans des arrière-cours. En Chine, c'est dans l'industrie licite, qui fabrique la matière première pour le monde entier, que le trafic se fait, explique le directeur de l'Iracm. Un pharmacien véreux effectue une dérivation sur la chaîne de distribution. Cela lui permet d'obtenir une certaine quantité d'ingrédients de base du vrai médicament, qu'il coupe au maximum afin de le diminuer à hauteur de 5 %.»


Initiée par Interpol et l'Organisation mondiale des douanes, l'opération «Pangea» est la principale action coordonnée à l'échelle internationale pour lutter contre les trafics de produits de santé illicites. Menée pour la 11e année consécutive, cette opération s'est déroulée au mois d'octobre. Plus de 466 000 produits de santé falsifiés et une tonne de produits pharmaceutiques illicites commercialisés en ligne ont été saisis à cette occasion sur le territoire français. Depuis 2018, l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (Oclaesp), dirigé par le général Jacques Diacono, a agrandi son arsenal répressif. Il est désormais possible pour les enquêteurs de se glisser dans la peau d'un acheteur et de participer, sous pseudonyme, à des échanges électroniques afin de stocker des données sur les revendeurs en ligne. Ainsi, 116 sites de revente illégale ont pu être identifiés cette année.

Lancée en 2017 à la suite de la découverte d'un trafic de Subutex entre la France et la Finlande, l'opération européenne Mismed, pour «misused medicines», est pilotée par l'Oclaesp. Jacques Diacono le confirme à Libération : la dernière édition a permis de «montrer que la problématique des médicaments contrefaits est de plus en plus importante en Europe. Certains produits ont l'apparence d'un packaging Sanofi mais n'en sont pas. Près de la moitié des médicaments saisis sur le sol européen sont des contrefaçons. Avec l'apparence de vrais, produits par des entreprises. Le reste, ce sont des médicaments qui sortent de la production illégale. Ils ne ressemblent pas au produit des laboratoires pharmaceutiques». Grâce à cette opération, les divers services européens ont dirigé 43 enquêtes judiciaires et arrêté 24 groupes criminels organisés sur les 16 pays participants. «En France, l'office a démantelé quatre organisations criminelles. Les douanes ont saisi environ 700 000 médicaments en France sur les 13 millions interceptés en Europe, précise le général Jacques Diacono. Le trafic est de plus en plus organisé, mené par de vrais criminels. Beaucoup de médicaments légaux, comme le Subutex, sont détournés de leur usage et ensuite revendus à des fins psychotropes.»
«Cartel»
Le business de la contrefaçon de médicaments est un commerce juteux. Alors que pour 1 000 dollars investis, le trafic d'héroïne représente en moyenne 20 000 dollars de gain, le même investissement dans la falsification d'un médicament «blockbuster» - produit vedette du marché légal - rapporterait selon l'Iracm un bénéfice allant de 250 000 à 450 000 dollars. Plus lucratif que les stupéfiants et surtout moins risqué en termes de poursuites. «Le ratio investissement, rendement et risque encouru est phénoménal. C'est bien pour cela que ce trafic s'accroît, déplore Bernard Leroy, le directeur de l'Iracm. Le principal cartel de drogue mexicain s'intéresserait même à se reconvertir dans les faux médicaments.» Malgré sa dangerosité pour la santé publique, le trafic de faux médicaments n'entre pas dans le champ du trafic de stupéfiants. «Au regard des textes internationaux, les faux médicaments relèvent du droit de la contrefaçon, explique Philippe Lamoureux, directeur général du Leem (les entreprises du médicament). Mais le fait de contrefaire des médicaments, parce qu'il met en jeu la santé humaine, est réprimé bien plus sévèrement que la contrefaçon de sacs Louis Vuitton.»


Dans les pays en développement, les médicaments représentent une grande proportion des coûts de santé. Vendus en plaquette ou à l'unité à des patients qui n'ont pour la plupart pas de couverture médicale, la véracité de l'emballage passe au second plan. En Afrique subsaharienne, la contrefaçon atteint des proportions «phénoménales», selon Philippe Lamoureux : «Dans certains pays africains, on considère qu'il y a pratiquement un médicament sur deux qui est faux. C'est un problème de santé publique dramatique car vous courez le risque de ne pas avoir la dose de principe actif nécessaire, de ne pas avoir de principe actif du tout, ou pire d'avoir un produit qui contient des substances dangereuses pour la santé.»
Lutte farouche
Au Bénin, le président Patrice Talon, en poste depuis avril 2016, mène une lutte farouche contre les faux médicaments. Lors du 32e sommet de l'Union africaine à Addis-Abeba, le 10 février, les pays membres ont adopté à sa demande le traité de création de l'Agence africaine du médicament en vue de lutter contre la prolifération des faux médicaments. «Nous sommes en train de mettre au point des systèmes référentiels pour mettre en vigueur les bonnes échelles de peine en Afrique. Cela se met en place doucement, souligne Bernard Leroy, le directeur de l'Iracm. Cela devient très préoccupant. Il faut qu'il y ait des actions fortes menées par le G7 et surtout le G20.»
En Europe, et en France en particulier, le problème autour de la falsification est de nature différente. Les imitations de produits ont atteint un tel niveau de perfectionnement qu'il est parfois impossible de distinguer le vrai du faux à l'œil nu. «Les copies sont moins faciles à détecter que dans les pays en développement, constate Philippe Lamoureux. En France, nous sommes heureusement protégés par notre système de distribution car la chaîne est très sécurisée, de l'industriel au pharmacien d'officine en passant par le distributeur.» Les quatre médicaments les plus falsifiés dans l'Hexagone sont les produits contre les troubles de l'érection, les amincissants, les anabolisants et les solutions pour se blanchir la peau. Deux canaux sont privilégiés dans le pays : les zones de transit, comme les ports ou les aéroports, et Internet. «Alors qu'en Allemagne des anticancéreux falsifiés se sont retrouvés dans la chaîne légale du médicament, le risque est infime en France car nous avons un système sûr, reconnaît Jacques Diacono de l'Oclaesp. La sérialisation des médicaments intervient justement pour lutter contre ces trafics.»

Contrefaçon, faux...


Médicament contrefait : La convention Médicrime du Conseil de l'Europe définit la contrefaçon de médicaments comme «la présentation trompeuse de l'identité ou de la source». Ce terme a une connotation juridique qui insiste sur la notion d'atteinte aux droits à la propriété intellectuelle. Pour l'OMS, un médicament contrefait est un produit délibérément et frauduleusement muni d'une étiquette n'indiquant pas son identité véritable. Parmi les médicaments contrefaits, certains peuvent contenir les bons principes actifs ou n'en contenir aucun.
Faux médicament : Pour l'Institut de recherche anticontrefaçon des médicaments, la falsification est «l'action d'altérer un produit volontairement en vue de tromper». Le terme «falsification» met l'accent sur les risques d'atteinte à la santé publique.


Médicament sous-standard ou non conforme : Ce sont d'authentiques médicaments produits par des fabricants qui ne respectent pas les standards de qualité élaborés dans le cadre national. Ces médicaments peuvent être sous-dosés ou mal étiquetés.


En France, la hausse des ruptures de stock de médicaments


Ces derniers mois en France, ce n'est pas tant la présence de faux médicaments qui pose des problèmes sanitaires, mais un phénomène nouveau qui s'aggrave, celui des ruptures de stock. Elles se multiplient, touchent désormais des classes variées de molécules. En 2016, on a pu relever 218 ruptures de stock de médicaments. Et la durée moyenne de celles-ci n'est pas anodine : plus de quatre mois. Elles sont symptomatiques d'une évolution mondiale du marché. Comme le notait un rapport du Sénat en septembre, ce sont souvent des causes économiques qui expliquent ce nouveau phénomène, avec entre autres l'accroissement de la demande et l'incapacité des laboratoires à augmenter leurs capacités de production pour répondre à ces variations. C'est le marché mondial qui est entré en tension générale.
Charles Delouche

https://www.liberation.fr/planete/2019/03/03/

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