Filtrer les éléments par date : mardi, 04 décembre 2018

 

Le nouvel âge de la désobéissance civile par Sandra Laugier - science humaines

Refuser d'obéir à la loi pour montrer à tous son iniquité : tel est le principe de la désobéissance civile, théorisée par David Thoreau (1817-1861). Elle irrigue les nouveaux courants contestataires, des Anonymous aux zadistes.


La désobéissance civile reprend de la vigueur depuis une dizaine d'années. Parmi les exemples récents : l'aide apportée par les membres du réseau Éducation sans frontières aux enfants des sans-papiers menacés d'expulsion, l'occupation du terrain du projet d'aéroport Notre-Dame-des-Landes, ou encore les raids informatiques opérés par les « hacktivistes » d'Anonymous. La désobéissance pourrait pourtant être tenue pour une forme d'action politique désuète et inadéquate. C'est que, en démocratie, les libertés de vote, d'expression, de manifestation, de grève, de conscience sont apparemment garanties ; des mécanismes de dialogue semblent institués, dans le travail parlementaire ou les négociations collectives ; la défense des droits fondamentaux est une réalité juridique que l'on peut faire jouer.
Refuser la loi commune


Pour comprendre son succès, il faut définir ce qu'est la désobéissance : le refus volontaire et ostensible d'appliquer un texte réglementaire. Il ne faut donc pas imaginer que désobéir est un acte qui recouvre toutes les résistances et toutes les révoltes.

Plus précisément, il s'agit de refuser, de façon non violente, collective et publique, de remplir une obligation légale ou réglementaire au motif qu'elle viole un principe supérieur, et ce, afin de se faire sanctionner pour que la légitimité de cette obligation soit appréciée à l'occasion d'un appel en justice. La désobéissance civile se fonde sur un principe moral, la confiance en soi, qui encourage l'individu à refuser la loi commune et acceptée, en se fondant sur sa propre conviction. Le but de l'action de désobéissance est de se faire sanctionner et de faire apparaître l'iniquité de la loi. Comme celles et ceux qui en 1965 à Selma, autour de Martin Luther King, décidèrent de braver l'interdiction de manifester pour la mise en œuvre du droit de vote et furent violemment tabassés par la police – sous les yeux de journalistes qui, en diffusant ces images de brutalité, ont créé l'indignation nécessaire au changement.


Le penseur américain Henry David Thoreau, grand inspirateur de tous les désobéisseurs, s'installe au bord du lac de Walden un 4 juillet, anniversaire de la déclaration d'indépendance américaine – et décide qu'il vivra « seul, au milieu des bois », dans la cabane qu'il bâtit de ses propres mains.


L'esprit de Walden (1854), c'est donc aussi celui de l'installation, de l'indépendance, de la réappropriation du sol et de l'espace. C'est tout l'esprit du zadisme. Une zad est officiellement une zone d'aménagement différé, que les activistes ont rebaptisé : zone à défendre. Les désobéissants de la zad Notre-Dame-des-Landes se mettent en rupture avec la loi, et attirent la brutalité des forces de l'ordre parce qu'ils défendent une terre, leur maison, et non eux-mêmes. La désobéissance, comme chez Thoreau, prend la forme de l'occupation, de la réappropriation d'une terre à soi.
C'est aussi tout l'esprit des « mouvements » des années 2010. Rassemblements et occupations de places, mobilisations globales, insurrections civiles, activisme informatique, ces mouvements expriment un sentiment d'injustice, mais aussi la volonté des citoyens de s'organiser pour exercer directement leur contrôle sur ce que font les dirigeants. La désobéissance prend ici une nouvelle dimension et vient rappeler aux professionnels de la politique, mais aussi de l'analyse politique, que jamais les gouvernés n'abandonnent l'idée d'exiger le droit et la liberté de s'occuper de la manière dont les questions qui relèvent du bien commun, et de leur situation particulière, sont prises en charge. Cette extension du domaine de la désobéissance se traduit par la revendication de « démocratie réelle » .


Pourquoi désobéir en démocratie ?


Justement : on ne désobéit qu'en démocratie – lorsque le gouvernement agit contre ses propres principes et détruit ce pour quoi il a eu notre consentement, notre voix.


Pour ses promoteurs, le paradigme de la désobéissance permet de renouveler la démocratie en rendant public et visible le sentiment d'iniquité, d'inexpressivité, de dépossession. En donnant à voir, ces contestations donnent aussi à discuter, à débattre des problèmes mis de côté. Ces mouvements renvoient à l'exigence de démocratisation de la démocratie. Beaucoup de citoyens, lassés des rituels électoraux, demandent plus de transparence et une participation réelle aux choix collectifs. Ils soupçonnent une confiscation du pouvoir par quelques-uns.


Le lien entre ces formes nouvelles d'action politique se trouve donc dans l'expression d'une revendication de démocratie, un rapport plus exigeant des citoyens au politique. L'une des tâches de la pensée politique est de comprendre ce qui change dans la manière de concevoir le politique lorsque des formes de vie et d'action collective prennent la démocratie pour principe en vue de non pas abstraitement de « changer de société » mais de transformer les pratiques de la politique et, avec elles, la société.


La lutte pour l'extension des droits et de l'autonomie des citoyens suscite, de façon quasi mécanique, une réaction violente des milieux conservateurs, qui a trouvé un écho chez certains intellectuels médiatiques. Elle conduit inévitablement à poser de nouveau la question de définition de la désobéissance, face à ceux qui s'opposent à l'extension des droits. Le collectif Anonymous porte jusqu'au bout la logique de la défense des libertés et de la circulation de l'information tout en actant le fait que l'espace public gouverné par les États ne donne pas la possibilité de la libre expression. Désobéir, en ce sens, c'est aussi échapper à la surveillance. D'où le caractère caché et anonyme de ses actions, en rupture avec la tradition démocratique et le caractère ostentatoirement non violent des actions classiques de désobéissance. Anonymous justifie ses nouvelles formes d'actions – divulgations d'informations « classifiées » ou personnelles, attaques de sites officiels – par la violence de l'État. Selon le collectif, la lutte est inégale dans l'espace public, si bien que la désobéissance civile doit désormais emprunter des méthodes plus radicales.


Cette troisième extension, hors du domaine public, est-elle moralement défendable ? Qu'on l'approuve ou non, elle invite à questionner notre morale avec notre politique, et à nous rappeler que les délinquants d'un jour sont parfois les héros du lendemain : Martin Luther King et ses amis étaient aussi considérés comme des voyous.


Sandra Laugier Professeure de philosophie à l'université Paris-I et membre de l'Institut universitaire de France. Elle est notamment l'auteure, avec Albert Ogien, de Pourquoi désobéir en démocratie ?, La Découverte, 2010, et de Le Principe démocratie. Enquête sur les nouvelles formes du politique, La Découverte, 2014.
https://www.scienceshumaines.com/le-nouvel-age-de-la-desobeissance-civile_fr_36178.html

Publié dans Ex-libris

 

Qui est responsable de la pauvreté ? François-Michel MAUGIS – La Réunion
Économiste, écrivain et philosophe

Qui est responsable de la pauvreté ?

Probablement personne et tout le monde, tant est multiple la nature humaine. Il y a chez tous les êtres vivant des disparités qui n'expliquent pas la pauvreté mais la prodigieuse diversité des êtres. Et c'est une bonne chose. Rappelez-vous cette maxime : « L'ennui naquit un jour de l'uniformité ». Non, ce qui sort du cadre de la normalité n'est pas la pauvreté d'un petit nombre mais l'excès de pauvreté au sein d'une population. Et là, je dois dire que la société humaine bat des records. Alors, oui, qui est responsable de ces excès ?


Il s'agit d'un système de pensée qui a fini par submerger l'équité et la fraternité que l'on rencontre dans toutes les espèces vivantes. À l'époque du chasseur/cueilleur et au début de l'agriculture, le fondement même de toute vie reposait sur les capacités naturelles de la terre à produire : relative insouciance dans les régions chaudes du Monde où la terre produit toute l'année, un comportement un peu différent dans les régions du monde touchées par le froid hiver improductif, obligeant les hommes à prévoir, à faire des réserves. Pendant un temps, s'est maintenu dans ces régions du Monde, un certain esprit d'entre-aide que l'on retrouve encore dans de rares endroits.

Mais très vite, cette convivialité naturelle a dérivé. La notion de réserve, d'épargne s'est vite transformée en notion de pouvoir. Et quoi de plus tentant qu'abuser de son pouvoir ? Aidés en cela par la prodigieuse montée en puissance des monnaies, les possesseurs de réserves se sont peu à peu détachés des fondamentaux naturels de départ et ont pris leurs réserves pour des terres fertiles productrices d'intérêts. Ce fut donc la fin des grands équilibres naturels. Des millions d'humains se sont précipités sur ce nouvel eldorado, Nous en payons aujourd'hui chèrement le prix. La très gourmande et insatiable mécanique financière, fait feu de tout bois. Rien ne lui résiste, pas même les états.

La logique financière du profit se nourri de tout et justifie, encore aujourd'hui, la destruction de cette terre nourricière des origines. L'équilibre est rompu et le déséquilibre financier du Monde s'amplifie au détriment de notre capital terrestre et, même de notre capital humain.

François-Michel MAUGIS – La Réunion
Économiste, écrivain et philosophe.
http://www.assee.fr

Publié dans International

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