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Mythomanie : Croire à ses mensonges-Une pathologie du narcissisme, c'est-à-dire de l'amour de soi

Jan 07, 2019
Mythomanie : Croire à ses mensonges-Une pathologie du narcissisme, c'est-à-dire de l'amour de soi

 

DEFINITIONCLASSE SOUS

La mythomanie correspond à un trouble caractérisé par une tendance au mensonge et à la fabulation. Cette manie peut être source d'une grande difficulté à s'adapter socialement pour le malade.


Croire à ses mensonges


Le mythomane se crée une autre réalité. Il est souvent persuadé de la véracité des mensonges qu'il invente. Les enfants sont tous des mythomanes physiologiques : en effet, leur imagination et leur inexpérience leur font inventer des mondes imaginaires auxquels ils croient sincèrement. Chez les adultes, cela est en revanche pathologique. D'ailleurs, selon les spécialistes, les adultes mythomanes ont conservé une part d'esprit infantile.

Selon le cas et le degré de gravité de la pathologie, plusieurs traitements existent pour aider le patient : généralement, ils consistent en une prise en charge psychothérapeutique, parfois associée à une thérapie cognitive et comportementale.


Jean-Claude Romand, un célèbre mythomane


Un fait divers particulièrement célèbre illustre la mythomanie, celui de Jean-Claude Romand. Il a menti à ses proches pendant 18 ans sur sa vie réelle en s'inventant une profession de médecin et de chercheur à l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève. Sur le point d'être découvert, il a assassiné sa femme, ses enfants et ses parents en 1993.

Doit-on excuser les mythomanes ?
La mythomanie, une pathologie aussi angoissante que fascinante, et qui est loin d'avoir livré tous ses secrets. Explications.
Isabelle Taubes

Sommaire

• Mythomanie n'est pas vantardise
• Deux menteurs peuvent-ils s'entendre ?
• Une pathologie du narcissisme, c'est-à-dire de l'amour de soi
• Une partie de poker
• L'excitante jouissance du mensonge
• Authentique guérison ?

Jeanne ment... comme elle respire. Elle raconte des histoires rocambolesques, où elle apparaît tour à tour infirmière en Afrique, ou assistante d'un grand professeur de psychiatrie... Bref, la madone des démunis ! Quand on l'interroge sur ses parents, elle évoque, blasée, une riche famille qui a fait fortune dans l'industrie pharmaceutique. Mais elle n'a que mépris pour cet argent, s'empresse-t-elle de préciser. A l'instar de tous les individus atteints de mythomanie, Jeanne s'invente des origines prestigieuses et des actions héroïques.
Ses mensonges sont son oxygène. Elle a besoin d'eux pour exister. Jeanne ne peut s'empêcher de mentir.

C'est cet automatisme irrépressible, fonctionnant en roue libre, qui fait de la mythomanie une maladie grave, et des mythomanes, des êtres fascinants et angoissants. En effet, nous mentant sans la moindre gêne, aussi sûrs d'eux et souriants que s'ils disaient vrai, ils nous renvoient à la nature incertaine du langage. Non, les mots ne sont pas entièrement fiables ; l'autre a toujours la possibilité de me mentir, de me tromper sans que je m'en aperçoive : rien, a priori, ne distingue une vérité d'un mensonge.
Mythomanie n'est pas vantardise
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Pourquoi mentez-vous ?

Tous. Tous les jours. Ou presque. On affabule, on arrange les choses. D'ailleurs, c'est parfois salutaire. Sans une légère dose d'hypocrisie, la vie serait bien compliquée... Pour connaître les motivations de vos petits mensonges (et de ceux des autres), répondez honnêtement – c'est possible ! – aux questions de ce test.
On connaît mal la mythomanie : les ouvrages qui l'abordent ne sont pas légions et rarement accessibles au grand public. Du coup, on emploie ce terme à tort pour désigner, par exemple, la vantardise de celui qui nous abreuve de ses imaginaires exploits sportifs, de ses inexistantes performances professionnelles. Ou la tendance de certains à embellir la réalité pour se rendre plus intéressants aux yeux des autres, plus aimables. Mais eux, contrairement au vrai mythomane, savent pertinemment qu'ils mentent et sont prêts à le reconnaître. Ce n'est pas le cas de Jeanne.


D'ailleurs, aucun spécialiste n'est en mesure d'évaluer le degré de lucidité du mythomane. Nous avons tous des fantasmes «mégalos» qui nous permettent de protéger notre narcissisme, notre amour propre, face aux coups durs. Dès qu'un échec nous met le moral au plus bas, immédiatement une issue s'offre à nous : l'imagination. Nous nous voyons en bienfaiteurs de l'humanité, sauvant des êtres en détresse, et suscitant l'admiration de tous, ou bien membres d'une riche famille, d'un clan plus intéressant que le nôtre. Ce sont précisément les images de nos scénarios mégalos les plus courants que véhiculent les affabulations des mythomanes.


Mais généralement, nous savons que nos fantasmes ne sont que des fantasmes, et nous les gardons pour nous (sauf, ponctuellement, quand nous avons envie de paraître, face à un personnage dont nous cherchons l'admiration). Ce n'est pas le cas du mythomane, qui, lui, les vit sans recul.


Deux menteurs peuvent-ils s'entendre ?


Jeanne réussit à s'attirer l'affection d'une vieille dame, Madeleine, fascinée par cette jeune femme qui prétend avoir tourné le dos à une existence aisée pour se consacrer aux êtres souffrants. Elle l'engage pour s'occuper de son petit-fils, Antoine. Lui aussi ment, mais pour mieux escroquer ses semblables, les soulager de leur argent et de leurs bijoux. Deux menteurs peuvent-ils s'entendre ? Si le menteur « normal » – y compris l'escroc – trompe sciemment son interlocuteur, le mythomane se trompe d'abord lui-même : l'autre, en tant qu'individu, compte peu, il n'est que le réceptacle – certes, indispensable – de ses affabulations : même si ses thèmes de prédilection sont de nature à inspirer le respect, l'admiration, ses récits sont d'abord destinés à son propre usage. En fait, il se parle à lui-même.
Une pathologie du narcissisme, c'est-à-dire de l'amour de soi


Une vie de mythomane n'a rien de facile. Pour rester dans son monde fantasmatique, qui la protège de la dureté du réel, Jeanne doit en permanence briser les liens noués à la faveur de son errance mentale et géographique : partir, toujours partir. En effet, le pire, pour un mythomane, est d'être placé face à son mensonge et de perdre ainsi sa raison d'être. C'est pourquoi, lorsqu'il est découvert, le mythomane embraye immédiatement sur une nouvelle affabulation. Mais une part de son psychisme est entamé. Et c'est l'angoisse. De terribles crises d'angoisse, qui conduisent Jeanne tout droit à l'hôpital. Dont elle sort pour poursuivre ailleurs, autrement, la même existence.


Si le mythomane ne supporte pas la réalité telle qu'elle est, c'est d'abord qu'il ne se supporte pas lui-même tel qu'il est. Nous sommes là face à une pathologie du narcissisme, c'est-à-dire de l'amour de soi. « Tout mensonge emporte avec lui un désir, explique le psychanalyste Juan David Nasio en préface de l'ouvrage de Paul Ekman Pourquoi les enfants mentent (Rivages « Psychanalyse », 1991). Celui du mythomane est d'être reconnu... pour ce qu'il n'est pas. » Comme s'il lui fallait se dépeindre sous les traits d'un autre pour s'accorder le droit d'exister.


Une partie de poker


A l'inverse de ce que prétendait le grand psychiatre Ernest Dupré, la mythomanie n'est pas innée. C'est vers 3, 4 ans que les enfants commencent à s'essayer au mensonge : ils maîtrisent alors suffisamment bien le langage et ont désormais compris que les adultes ne savent pas tout ; on peut donc tenter de les tromper. Pour éviter une punition, obtenir une chose refusée...
C'est ainsi que naît le mensonge, celui, banal, dont nous ferons tous plus ou moins usage durant notre vie. Mais le mythomane, lui, par une sorte de décision de l'inconscient et pour éviter les frustrations, s'enfermera dans un univers factice. En fait, pour lui, le réel et la fiction sont équivalents. Le psychiatre Michel Neyraut compare d'ailleurs son existence à une partie de poker, dans laquelle le mythomane ne connaîtrait même pas son jeu. Il abat ses cartes, ses affabulations, « et si personne ne s'est récrié, c'est peut-être que cette carte était la bonne. Au fond, toute carte peut être la bonne ». Il y a une « jouissance » particulière dans la mythomanie : se faire croire à soi-même que tous les désirs sont possibles.


L'excitante jouissance du mensonge


Les mythomanes se recrutent dans tous les milieux. On observe qu'ils ont souvent eu des parents manipulateurs ou, à l'inverse, très crédules. Et qu'ils ont généralement très tôt souffert d'un manque de soutien psychologique – un père ou une mère absent(e), ou trop préoccupé(e) par ses problèmes ou un autre de ses enfants. D'où une précoce et intense solitude intérieure, qui les poursuit et que leur vie imaginaire s'efforce de combler. Mais l'attitude des parents n'est pas seule en cause : bien qu'aimé, le jeune mythomane a été insatisfait de son sort ; il aurait voulu avoir plus d'amour, des parents plus prestigieux.


Les psychothérapies qui viennent à bout des symptômes névrotiques sont rarement aussi efficaces concernant la mythomanie. Pour une bonne raison : si le mythomane est amené à en suivre une, c'est presque toujours à la demande de son entourage, inquiet pour lui, fatigué de ses frasques, de ses errances. Or, pour qu'une thérapie fonctionne, il est nécessaire que la personne qui présente des symptômes soit demandeuse. Lorsqu'il est pris d'angoisse – c'est-à-dire quand sa machine à fabuler se grippe –, le mythomane peut être tenté d'entamer un travail sur lui-même Mais dès que l'angoisse s'apaise, il part. Dans son inconscient, il préfère l'excitante jouissance du mensonge au plaisir tranquille de la réalité ordinaire. De plus, une thérapie est une rencontre avec la vérité, perspective plutôt inintéressante pour un être qui fuit le vrai.


Authentique guérison ?


Le mythomane est pourtant un habitué des services psychiatriques des hôpitaux. A cause de ses crises d'angoisse, qui l'y amènent en urgence, mais aussi parce qu'il arrive que ses mensonges le mettent en difficulté avec la loi et qu'il soit déclaré irresponsable. On le soigne alors avec des médicaments qui l'abrutissent. « Quand elle est à l'hôpital, ma fille a enfin l'air d'une personne normale. Parce qu'elle ne dit rien », explique, dans le film, la mère de Jeanne. Oui, la mythomanie peut faire place au mutisme, mais ne débouche pour ainsi dire jamais sur une authentique guérison. Difficile dans ces conditions de conseiller l'entourage d'un mythomane quant à l'attitude à adopter. Le suivre systématiquement dans ses mensonges, pour ne pas le heurter, ne l'aide pas : cela contribue à l'enfermer dans son monde imaginaire. Les dénoncer pour le forcer à accepter la réalité est inefficace : il a trop besoin de la fuir, c'est pour lui une question de survie. On reste donc très démuni devant cette pathologie – heureusement rare. En fait, face à la mythomanie d'un proche, il appartient à chacun d'« inventer » l'attitude adéquate. Sans hésiter à se faire conseiller par un psychiatre.


http://www.psychologies.com/Moi/Problemes-psy/Troubles-Maladies-

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