Société

Publié dans Société

POLLUTION AU SENEGAL-Du soufre déversé sur la voie publique au Sénégal : des habitants s’inquiètent-ségrégation écologique§

Nov 15, 2018
POLLUTION AU SENEGAL-Du soufre déversé sur la voie publique au Sénégal : des habitants s’inquiètent-ségrégation écologique§

POLLUTION AU SENEGAL-Du soufre déversé sur la voie publique au Sénégal : des habitants s'inquiètent

Les industries tuent au Sénégal Rien n'est grave dans ce pays –Risque insoupçonnés-Conséquences à venir-Alerte

POLLUTION au SENEGAL Racisme écologique ou ségrégation écologique

Photos publiées sur Facebook par la plateforme Mboro SOS.
Photo du littoral, envoyée par Ndiaga Ndiaye.

Des images montrant du soufre sur la voie publique à Mboro et Darou Khoudoss, des localités situées dans l'ouest du Sénégal, ont été publiées sur les réseaux sociaux ces derniers mois. Ce produit est régulièrement déversé de façon accidentelle par les camions des Industries chimiques du Sénégal (ICS) – une entreprise opérant dans la zone – lorsqu'ils traversent ces localités. Les habitants s'inquiètent pour leur santé.


ICS est l'une des principales entreprises du Sénégal. Présente sur différents sites dans le pays, elle produit principalement du phosphate, de l'acide phosphorique et de l'engrais. Depuis 2014, la majorité de son capital est détenue par Indorama, une multinationale asiatique.


ICS est notamment présente à Darou Khoudoss, à côté de Mboro. Ces deux localités sont situées à quelques kilomètres de la côte, dans le département de Tivaouane, dans la région de Thiès, à une centaine de kilomètres au nord-est de Dakar. Sur le site de Darou Khoudoss, l'entreprise produit de l'acide sulfurique, à partir du soufre, et de l'acide phosphorique, à partir du phosphate et de l'acide sulfurique. Problème : le soufre est régulièrement déversé de façon accidentelle sur la route par les camions qui l'acheminent vers l'usine.


"Il y a parfois des enfants qui jouent avec le soufre"


Un habitant originaire de Mboro a contacté notre rédaction pour nous faire part de ses inquiétudes au sujet du soufre. Il nous a ensuite mis en relation avec Mboro SOS, une plateforme citoyenne créée en 2017 pour dénoncer les problèmes locaux, tout en proposant des solutions. Nous avons échangé avec Ndiaga Ndiaye, le chargé de communication de la plateforme :
Nous voyons du soufre sur la route depuis des années. Mais c'est surtout inquiétant depuis quelques mois, car nous en voyons désormais en ville, à côté du marché, où les gens vivent et travaillent, et d'importantes quantités ont récemment été déversées. Avant, c'était surtout visible hors de la ville.


Les camions qui traversent Mboro ne déversent pas du soufre tous les jours, mais peut-être deux fois par semaine en moyenne. Ils n'ont pas l'air d'être aux normes pour transporter ce genre de produits.
Nous nous inquiétons des conséquences de ce soufre pour notre santé, notamment quand nous l'inhalons. En plus, au marché, il se dépose sur des produits qui sont consommés sans être cuits, comme les salades et les tomates, donc c'est moyen. Et il y a parfois des enfants qui jouent avec le soufre... [Deux autres habitants ont également indiqué à notre rédaction que le soufre s'enflammait quand il faisait très chaud, NDLR.]
Avec Mboro SOS, nous avons dit aux ICS que nous ne voulions plus de soufre sur la route. Nous leur avons proposé que leurs camions empruntent une autre voie, pour contourner notre localité. Ils ont dit que ce n'était pas prévu, mais qu'ils allaient essayer de tout faire pour que le soufre ne soit plus déversé. Pour l'instant, il continue d'être déversé, mais désormais, ils nettoient généralement la voie après leur passage, donc c'est déjà ça. Par contre, pour balayer le soufre et rincer la voie, ils font souvent appel à des travailleurs journaliers, qui ne portent parfois ni masques, ni gants...


Que disent les autorités locales, les ICS et les chimistes concernant le soufre ?


Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, le maire de Mboro, Moussa Ndiaye, confirme que du soufre est déversé sur la route "depuis plusieurs années", et que ce problème concerne "quasiment toutes les communes" traversées par les camions des ICS.


Également contacté par notre rédaction, Alassane Diallo, le directeur général des ICS, assure que le soufre n'est "ni toxique ni nocif à l'état solide". Il reconnaît toutefois qu'il arrive que des camions "déversent une partie de leur chargement lors du franchissement des dos d'âne" et que cela représente "une énorme perte pour les ICS", puisqu'il s'agit d'une matière première essentielle à leurs activités : "Pour ne plus être tributaire de l'état de certains camions, dont une partie de la cargaison peut se déverser sur la route, ICS a donc acheté 15 camions neufs, qui seront bientôt mis en service." Il précise qu'un "système d'alerte" a également été mis en place "pour ramasser le soufre déversé sur la route de Dakar à l'usine de Mboro".


Notre rédaction a également contacté plusieurs experts en chimie. Tous indiquent que le soufre n'est pas toxique en tant que tel, mais qu'il peut être irritant pour les voies respiratoires. Même son de cloche du côté de l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (INERIS), placé sous la tutelle du ministère français de la Transition écologique et solidaire :
Le soufre est irritant par contact avec la peau et les yeux, et par inhalation pour les voies respiratoires. Le contact avec les yeux entraîne des rougeurs et des larmoiements. L'inhalation occasionnelle est responsable d'éternuements et de toux, alors que l'exposition prolongée peut entraîner des maladies du système respiratoire, et notamment des trachéo-bronchites.

C'est pourquoi plusieurs organismes recommandent de porter des lunettes et des gants de protection en cas de manipulation du soufre.
Selon l'INERIS et les experts que nous avons contactés, c'est surtout la combustion du soufre qui peut être problématique, puisqu'elle génère notamment du dioxyde de soufre (SO2), une substance toxique très irritante.
"Les camions des ICS déversent aussi des déchets toxiques sur la côte"


Ndiaga Ndiaye de Mboro SOS poursuit :
Outre les problèmes liés au soufre, l'air est pollué à cause des ICS. Le 29 septembre, il y a même eu une fuite de gaz importante, qu'on a ressentie jusqu'à Mboro : l'odeur était très forte, il était difficile de respirer, ça m'a piqué à la gorge... De plus, les camions des ICS déversent des déchets toxiques sur la côte, au niveau de Khondio, depuis des années, ce qui détruit les ressources halieutiques.

Concernant la fuite de gaz mentionnée par notre Observateur, le maire de Mboro assure qu'il ne l'a pas ressentie, mais que les gens lui en ont parlé. De son côté, le directeur général des ICS affirme qu'il n'y a eu aucune fuite et qu'il serait de toute façon "impossible de cacher" un tel incident. Concernant les déchets, il reconnaît en revanche qu'ICS déverse "un sous-produit, de l'acide fluosilicique, dans la mer". L'acide fluosilicique fait partie de la liste des substances toxicologiques établies par divers organismes (CNESST, REACH, OIT...).

Photo du littoral, envoyée par Ndiaga Ndiaye.

Cet article a été écrit par Chloé Lauvergnier (@clauvergnier).

AUDIO

Les enfants ne sont pas
Epouses africaines
  https://youtu.be/bbus9GJ3OxA Ces femmes qui refusent de participer au budget familial ...
Rentrée Scolaire :
  VOICI LE LIEN https://youtu.be/V7rGqslDhOA ...
La chronique de Pape
https://www.youtube.com/watch?v=fAvdWQuvIqc   https://www.youtube.com/watch?v=fAvdWQuvIqc ...

Calendrier

« Décembre 2018 »
Lun Mar Mer Jeu Mer Sam Dim
          1 2
3 4 5 6 7 8 9
10 11 12 13 14 15 16
17 18 19 20 21 22 23
24 25 26 27 28 29 30
31            

BANNIERE 03 UNE IKRONO

Banniere UAA 260x600

Video galleries

logotwitterFacebook