High-Tech

Le Nobel de physique 2018 pour le tandem franco-canadien maître de la lumière extrême

Le Nobel de physique 2018 pour le tandem franco-canadien maître de la lumière extrême
ACTUALITECLASSE SOUS :LASER , AMPLIFICATION PAR DERIVE DE FREQUENCE , CHIRPED PULSE AMPLICATION

L'Américain Arthur Ashkin, le Français Gérard Mourou et la Canadienne Donna Strickland viennent d'être récompensés par le comité Nobel pour leurs travaux sur les applications des lasers. Troisième femme à recevoir le Nobel en physique, Donna Strickland était la thésarde de Gérard Mourou quand ils ont développé ensemble une technique permettant d'obtenir des impulsions laser extrêmes.


Vous aimez nos Actualités ?


Inscrivez-vous à la lettre d'information La quotidienne pour recevoir nos toutes dernières Actualités une fois par jour.
Comme c'est souvent le cas, le comité de la fondation Nobel vient de déjouer les prédictions, en l'occurrence pour la physique. On pouvait s'attendre à voir récompensés Thibault Damour et Alain Brillet pour leurs travaux sur les ondes gravitationnelles, qui leur avait déjà valu une médaille d'or du CNRS. Le nom d'Alain Aspect était sur les lèvres, également, à tel point qu'on ne comprend pas bien pourquoi il n'est toujours pas lauréat. Les pronostics incluaient aussi Michel Mayor et Didier Queloz pour leurs découvertes sur les exoplanètes.


Mais force est de constater que la cuvée 2018 est elle aussi pleinement justifiée. La première moitié du Nobel de physique va à l'États-unien Arthur Ashkin, né en 1922 dans une famille juive de Brooklyn (New York). Il devient le plus vieux lauréat du prix Nobel de physique qu'il reçoit à 96 ans, presque comme cadeau d'anniversaire. Arthur Ashkin (à ne pas confondre avec son aîné, Julius Ashkin, aussi physicien de talent mais dans le domaine de la physique nucléaire et des particules élémentaires) se voit récompensé pour ses travaux de pionnier sur le piégeage des particules à l'aide des faisceaux laser, travaux qui sont d'ailleurs à la base de ceux d'autres lauréats du prix Nobel de physique, notamment Claude Cohen-Tannoudji, Steven Chu et William Philips. L'accent est mis par l'académie suédoise sur la réalisation de véritables « pinces optiques » grâce aux travaux d'Ashkin. Elles permettent de se saisir de cellules vivantes individuelles et d'y étudier la machinerie moléculaire, et même de manipuler des virus et des atomes.


La deuxième moitié du prix Nobel 2018 est partagée par le Français Gérard Mourou et la Canadienne Donna Strickland, née le 27 mai 1959 à Guelph (Ontario). Celle-ci est seulement la troisième femme à recevoir un prix Nobel de physique, après Maria Goeppert-Mayer (1963) et Marie Curie (1903). Les travaux qui lui valent aujourd'hui ce prix ont été réalisés conjointement avec Gérard Mourou alors qu'il dirigeait sa thèse au milieu des années 1980. Cette récompense tranche heureusement avec le cas de plusieurs femmes oubliées du Nobel, en particulier Jocelyn Bell Burnell, pour la découverte de pulsars, et Chien-Shiung Wu, pour sa démonstration de la violation de la parité en physique des particules.


Un exposé de la Nobel de physique 2018 Donna Strickland. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ».


Des impulsions laser extrêmes pour la médecine et la chimie


Pour nous Français, c'est évidemment Gérard Mourou qui attire notre attention, bien que le prix Nobel lui soit attribué pour son travail conjoint avec Donna Strickland, à savoir leur découverte de la technique baptisée « Amplification par dérive de fréquence » (Chirped Pulse Amplication, ou CPA), qui a permis de sortir la physique des lasers d'une impasse technologique. Le problème à résoudre était en effet le suivant. La course à la production de faisceaux laser conduisait à produire des champs électriques d'amplitudes de plus en plus élevées. Ces champs devenaient alors capables de détruire les milieux matériels où ils étaient générés de par les forces exercées sur les particules chargées.

La solution trouvée par les deux chercheurs a constitué dans un premier temps à étirer des paquets d'ondes électromagnétiques de manière à faire baisser l'amplitude de ces champs électriques, puis d'amplifier raisonnablement ces champs avant de comprimer ces paquets, ce qui faisait considérablement grimper les amplitudes de champs tout en produisant des impulsions lasers très courtes.
"
J'avais envie de donner de la puissance au laser.


Au final, la CPA permet de booster la puissance du laser d'un facteur compris entre 1.000 et 100.000, ouvrant l'ère des applications des lasers femtosecondes aux impulsions ultracourtes ainsi que des applications nécessitant des énergies élevées. Ces impulsions ultracourtes permettent en quelque sorte des photographies avec des « durée d'exposition » très brèves et qui plus est avec des résolutions élevées. Grâce à elles, des sortes de de vidéos accélérées à l'extrême de particules impliquées dans des réactions chimiques montrent des détails jusque-là cachés.


Les impulsions des lasers femtosecondes sont aussi utilisées depuis quelques décennies en médecine pour la chirurgie oculaire à l'aide du Lasik (Laser-Assisted In-Situ Keratomileusis). Elle permet de traiter la myopie et d'autres anomalies de la vision, comme l'hypermétropie, l'astigmatisme et la presbytie.
Un exposé du prix Nobel de physique 2018 Gérard Mourou sur ses travaux. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © Optical Society


Des impulsions lasers extrêmes pour la physique des particules


Enfin, la technique CPA peut servir à construire des accélérateurs de particules miniaturisés. En créant des champs électriques plus intenses sur une petite distance, elle ouvre en effet la voie à une miniaturisation et une démocratisation (par baisse des coûts de fabrication et d'utilisation) de ces grands instruments. Des versions plus compactes et moins chères pourraient être utilisées en médecine pour guérir des cancers avec des faisceaux de particules et pourraient même devenir des successeurs du LHC.

Cela permettrait de sonder de la nouvelle physique, de créer des particules de matière et d'antimatière à partir de la lumière et du vide quantique, et même d'explorer le paradoxe de l'information des trous noirs avec des analogues de l'horizon des évènements en physique des plasmas (voir la vidéo ci-dessus).
On peut même trouver des applications dans le domaine de la gestion du problème des déchets nucléaires. Gérard Mourou s'est d'ailleurs beaucoup impliqué dans le projet Extreme Light Infrastructure (ELI) qui va dans cette direction, comme l'explique un article du Journal du CNRS mis à jour et consacré à ce prix Nobel au parcours un peu insolite.


Notre nouveau prix Nobel ne manque pas d'humour, comme le montre cette vidéo consacrée au projet ELI. © Laser fan


Né en 1944, en Ardèche, il a commencé ses études supérieures à l'université de Grenoble où il obtient une maîtrise en physique en 1967 avant de passer une thèse à Paris. Ce n'est que plus tard qu'il rejoint l'École polytechnique, après un passage au Canada, où il crée un groupe de recherche sur les sciences ultrarapides. Il part ensuite, en 1977, à l'université de Rochester, aux États-Unis, pari risqué mais audacieux et clairvoyant comme il l'explique dans l'article du CNRS. « Mes collègues français me considéraient comme fou de quitter le pays ! Mais c'était la seule possibilité de combiner physique de la matière condensée, électronique et photonique ultrarapide. Et puis j'avais envie de donner de la puissance au laser. »


Il reviendra en France par la suite où il dirigera quelque temps le Laboratoire d'optique appliquée (une UMR ENSTA ParisTech/CNRS/École polytechnique). Il sera également à l'origine de trois initiatives majeures en matière de lasers de puissance : le projet XCAN à l'École polytechnique, le laser Apollon sur le plateau de Saclay et enfin la grande infrastructure européenne ELI dont on a déjà parlé et qui, à terme, abritera les lasers les plus puissants du monde en Hongrie, Roumanie et en République tchèque.
Ce qu'il faut retenir
• Le prix Nobel de physique 2018 attribué à l'États-unien Arthur Ashkin, au Français Gérard Mourou et à la Canadienne Donna Strickland montre l'importance prise par les applications des lasers de fortes puissances.
• Arthur Ashkin le reçoit à 96 ans pour les pinces à laser alors que ses travaux ont été à la base d'autres prix Nobel.
• Gérard Mourou et Donna Strickland, la troisième femme seulement lauréat du prix Nobel de physique, ont développé une technique pour produire des impulsions lasers plus intenses et plus courtes, avec des applications potentielles en médecine et en physique notamment.

L'astrophysicien britannique Stephen Hawking est mort : la science est le danger du monde à venir : prenons garde

 

L'astrophysicien britannique Stephen Hawking est mort : la science est le danger du monde à venir : prenons garde


L'astrophysicien britannique Stephen Hawking est mort à 76 ans, a annoncé mercredi le porte-parole de sa famille.


L'astrophysicien britannique Stephen Hawking est mort mercredi à l'âge de 76 ans, ont annoncé ses enfants dans un communiqué.
"Un homme extraordinaire". "Nous sommes profondément attristés par la mort aujourd'hui de notre père adoré". "C'était un grand scientifique et un homme extraordinaire dont le travail vivra encore de nombreux années", ont écrit ses enfants Lucy, Robert et Tim dans ce texte publié par l'agence britannique Press Association.

"Son courage et son obstination, son humour et son intelligence ont inspiré des gens partout dans le monde. Il a dit un jour : 'Cet univers ne serait pas grand chose s'il n'était pas le foyer de ceux que l'on aime'. Il nous manquera à jamais."


Un spécialiste des trous noirs qui n'a pas hésité à vulgariser ses recherches. L'astrophysicien s'est imposé comme une figure incontournable de la communauté scientifique ces 30 dernières années. Son travail s'est concentré sur le rapprochement de la théorie de la relativité et de la théorie des quantas pour tenter d'expliquer la création de l'Univers et son fonctionnement. Il a aussi participé à la vulgarisation de ses théories, notamment à travers son ouvrage Une brève histoire du temps (publié en 1988) qui fut un immense succès de librairie. Il a également donné son nom à un astéroïde, le 7672.

Un scientifique gravement malade. La médiatisation de Stephen Hawking, en plus de ses découvertes scientifiques importantes, vient du fait qu'il ait réalisé tous ces travaux alors qu'il était atteint d'une dystrophie neuromusculaire attribuée à une sclérose latérale amyotrophique, autrement appelée maladie de Charcot, qui s'est déclarée chez lui à 20 ans. Cette maladie paralyse progressivement les membres et conduit en général à la mort après quelques années. Une infirmité qui n'a pas empêché le scientifique de mener des conférences et de continuer ses recherches. Ces dernières années, il se déplaçait en fauteuil roulant et parlait à l'aide d'un ordinateur et d'une synthèse vocale.
Un personnage devenu populaire. Stephen Hawking s'est également rendu célèbre auprès du grand public en faisant des apparitions dans des séries très populaires comme la série de sciences-fiction Star Trek dans les années 90 (dans l'épisode 26 de la saison 6).


Il avait également son propre personnage dans Les Simpsons. En fauteuil roulant et incapable de parler lui-même, il y était souvent moqué.


Stephen Hawking est également apparu dans la série The Big Bang Theory en 2012 dans l'épisode intitulé "The Hawking Excitation" (épisode 21, saison 5), l'occasion pour le professeur Sheldon Cooper de rencontrer son idole.


Plus récemment, sa vie a fait l'objet d'un biopic intitulé Une merveilleuse histoire du temps. Eddie Redmayne, l'acteur britannique qui interprétait son rôle, a même reçu un Oscar en 2015. "Bien joué Eddie, je suis très fier de toi", l'avait alors félicité le scientifique sur Facebook.


La communauté scientifique émue. Les hommages de la communauté scientifique se sont multipliés à l'annonce de son décès. "Le professeur Hawking était un être unique, dont on se souviendra avec affection non seulement à Cambridge, mais dans le monde entier", a affirmé Stephen Toope, le vice-président de l'Université de Cambridge, où Stephen Hawking avait étudié et travaillait. "Son exceptionnelle contribution au savoir scientifique, aux mathématiques et à la vulgarisation laisse une contribution indélébile".
Sur Twitter, la Nasa a salué "un physicien de renom et un ambassadeur de la science". "Ses découvertes ont ouvert un univers de possibilités que nous et le monde continuons à explorer", a déclaré l'agence spatiale américaine.


L'astrophysicien américain Neil deGrasse Tyson a également salué sa mémoire. "Sa mort laisse un vide intellectuel. Mais ce n'est pas du vide, voyez-le plutôt comme une sorte d'énergie imprégnant l'espace-temps, qui défie la mesure", a-t-il écrit.


Remembering Stephen Hawking, a renowned physicist and ambassador of science. His theories unlocked a universe of possibilities that we & the world are exploring. May you keep flying like superman in microgravity, as you said to astronauts on @Space_Station in 2014 pic.twitter.com/FeR4fd2zZ5
— NASA (@NASA) 14 mars 2018 europe 1


Les principales menaces pour l'homme proviennent de la science, estime Stephen Hawking
@ ADRIAN DENNIS / AFP

 

Pour le physicien britannique, les 100 prochaines années vont être très dangereuses pour l'humanité à cause des progrès de la science et de la technologie.
Stephen Hawking est un des plus grands scientifiques vivant actuellement. Ce qui ne l'empêche pas de prêcher contre sa paroisse. Le physicien et cosmologue britannique a estimé lundi que le XXIe siècle allait être un des siècles les plus dangereux pour l'humanité, rapporte la BBC. En cause selon lui, la science et la technologie qui représentent des menaces pour son existence.


Coloniser l'Univers ? Stephan Hawking a estimé que, durant les 100 prochaines années, les risques de désastre qu'encourt la planète Terre vont atteindre un maximum. Or, il faudra bien plus d'un siècle pour établir des colonies humaines ailleurs dans l'Univers, rappelle-t-il. "Nous n'allons pas établir des colonies autonomes dans l'espace pour au moins les 100 prochaines années, donc, nous devons être vraiment sur nos gardes durant cette période".


"Contrôler" les progrès de la science. Alors qu'il intervenait sur la BBC pour y parler des trous noirs, le scientifique de 74 ans, connu pour ses ouvrages de vulgarisation, a pointé du doigt les progrès de la science et de la technologie, comme les bombes nucléaires et les virus génétiquement modifiés. Il reconnait cependant que le progrès est inéducable : "nous n'allons pas arrêter de faire des progrès, ni reculer, donc nous devons en reconnaître les dangers et les contrôler".

 

Diminué par la maladie. Le physicien originaire d'Oxford est connu du grand public pour son best-seller Une brève histoire du temps paru en 1988. Aujourd'hui célébré comme étant le plus grand spécialiste des trous noirs, il est aussi connu pour avoir mené sa brillante carrière malgré une sclérose latérale amyotrophique qui le diminue depuis qu'il a 21 ans. Cette maladie entraîne une paralysie et la mort normalement en quelques années. Depuis les années 1970, il est incapable de se lever ou de se nourrir seul et depuis la fin des années 1980, incapable de parler, il s'exprime par ordinateur.

Sénégal : Tract, le nouveau-né de la presse en ligne

Tract renaît de ses cendres, ce jeudi 8 mars, en faisant le pari du web. Après avoir disparu des kiosques en 2002, ce nouveau venu sur la toile sénégalaise entend « parler de choses sérieuses, en restant léger ».

C’est Youssou Ndour, « star planétaire » du mbalax sénégalais et ministre conseiller du président Macky Sall qui sera à la Une de Tract, ce jeudi. Et en particulier une de ses plus récentes sorties médiatiques qui, depuis, fait couler beaucoup d’encre à Dakar. « Je suis déçu », a en effet lâché début mars le chanteur et ex-ministre de la Culture et du tourisme dans une interview sur « sa » télé, la TFM. Cible de ses critiques : le fonctionnement de Benno Bokk Yakaar, la coalition présidentielle à laquelle il appartient. Et à voir la ligne éditoriale que se propose de suivre Tract, on ne peut qu’imaginer un traitement pour le moins salé.

Un journal « sérieux et impertinent »

Chaque lundi matin, une photo de nu érotique signée par le Béninois Erick-Christian Ahounou accueillera le lecteur de Tract. Une manière de souhaiter une bonne semaine aux internautes friands de courbes flatteuses, et de les inciter à découvrir plus en avant le contenu du site.

« On veut être un journal sérieux, sans être soporifique, explique son directeur de la publication Ousseynou Nar Gueye, qui officie également au parti Sud de Moustapha Mamba Guirassy. Chaque jour, nous aurons au moins un texte original, avec un fort parti pris. Tract parlera de politique, d’économie [à travers ‘l’Éco des savanes’, NDLR], de culture et de mode, mais en gardant un ton léger et désinvolte. »

Une impertinence que l’on retrouve dans le choix et le traitement des articles, et qui n’est pas sans rappeler certains titres de la presse satirique. Rien d’étonnant à cela : Ousseynou Nar Gueye a été pendant quatre ans aux manettes du P’tit railleur sénégalais, un journal connu pour ses portraits grinçants d’hommes et de femmes politiques et de personnalités du show-business.

Une place faite au dessin

Son directeur confesse également être « biberonné depuis quinze ans au Canard Enchaîné et à Charlie Hebdo ». Une confession plutôt rare au Sénégal, où Charlie est loin d’avoir bonne presse depuis la publication des caricatures de Mahomet.

Cette veine incisive se retrouve également dans la place faite au dessin, avec la présence trois fois par semaine de Oumar Diakité et de son personnage fétiche Issa Koor. Plus connu sous son pseudonyme de Odia, ce caricaturiste de talent exerce depuis plus de trente ans dans les journaux sénégalais. Un crayon acéré et sans concessions, qui trouve son inspiration notamment du côté de Cabu – le dessinateur assassiné en janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo.

Tract, qui revendique une dizaine de collaborateurs, prêtera également une oreille attentive aux faits divers. « C’est un élément important pour comprendre une société, justifie son directeur de publication. Et puis, même si nous sommes un peuple pudibond, les Sénégalais sont friands de ce genre d’informations. C’est un petit plaisir coupable. »

Quel modèle économique ?

Avant d’être un site Internet, Tract a été au début des années 2000 un quotidien papier sous format tabloïd, qui a périclité deux ans après sa naissance pour des raisons financières. Celui-ci est resté dans les mémoires pour son photomontage représentant le Premier ministre de l’époque, Mame Madior Boye, avec le corps d’une mannequin en bikini. Une outrecuidance qui vaudra à Ousseynou Nar Gueye, déjà directeur de publication du quotidien, une garde à vue dans les locaux de la police pendant deux jours.

Pourquoi avoir décidé de migrer vers le Web ? « Le papier n’est plus le premier mode de consommation de l’information », explique Ousseynou Nar Gueye, qui mentionne la triste fin du Nouvel Horizon. Cet hebdomadaire historique de la presse sénégalaise, qui ne tirait plus qu’à un peu moins de 10 000 exemplaires par semaine, a tiré sa révérence au début du mois de janvier.

Mais le web sénégalais – où l’on compte plus de 200 sites d’information – offre-t-il de réelles perspectives d’avenir ? « Nous pensons avoir un modèle économique viable, se contente de répondre son directeur. Mais il est encore trop tôt pour le dévoiler. D’autres pourraient le prendre. » Reste le principal défi de Tract, comme le rappelle Ousseynou Nar Gueye dans son édito : « Celui de rencontrer nos lecteurs. »

Jeune Afrique

- La France peut devenir un pionnier de l'innovation digitale grâce à l'intelligence artificielle.

- La France peut devenir un pionnier de l'innovation digitale grâce à l'intelligence artificielle.

L'innovation digitale dépend largement des développements de l'intelligence artificielle. Il est donc essentiel que la recherche, l'éducation et les entreprises en France s'adaptent à cette réalité pour renforcer l'économie du pays et lui permettre de tenir tête aux géants américains. Eric Chaney, conseiller économique à l'Institut Montaigne, a identifié à l'occasion de son intervention aux "Rendez-vous de Bercy" les leviers à enclencher pour faire de la France un leader en intelligence artificielle, et donc en innovation.


1. L'innovation a beaucoup de faces ; l'intelligence artificielle est au cœur de la plupart


Le flot actuel d'innovations technologiques et scientifiques recouvre un spectre très large : science des matériaux à haut débit, génomique unicellulaire, stimulée par des techniques d'édition d'ADN à bon marché, détection des maladies, nouveaux médicaments, science informatique, économie et finance comportementale, marketing, stratégie des entreprises... Pourtant, l'intelligence artificielle (IA) pénètre de plus en plus de domaines, et plus précisément le Deep Machine Learning (DML), comme levier d'accélération de la recherche et du développement, et, pour les entreprises, pour gagner des parts de marché tout en réduisant les coûts. Ainsi, il paraît judicieux de concentrer nos efforts sur l'intelligence artificielle afin de traiter l'ensemble des innovations numériques actuelles.


2. Dompter les géants américains : une ambition louable mais qui ne modifiera pas le paysage concurrentiel


Les grandes entreprises technologiques comme Google, Facebook ou Amazon ont déjà investi de vastes ressources humaines et financières dans les développements du DML, comme le souligne l'acquisition de DeepMind par Google en 2014. Elles poursuivront dans cette voie dans le futur prévisible. L'Europe doit-elle faire émerger ses propres grandes entreprises de technologie, et donc bousculer le marché de ces grandes firmes américaines devenues des quasi-monopoles dans certains secteurs ?
Les autorités de concurrence de l'Union européenne avancent dans cette direction en luttant pour que ces entreprises respectent leurs obligations fiscales ou en leur imposant des règles plus strictes concernant la protection des données privées. Or, si l'application effective des lois et règles fiscales nationales et européennes, tout comme les règles de concurrence est nécessaire - bien que les géants de la technologie soient bien rodés dans l'art de l'optimisation fiscale - il est peu probable que cela change significativement le paysage concurrentiel. En effet, le carburant qui alimente la plupart des algorithmes de DML est constitué de données, dont les géants technologiques regorgent et qu'ils accumulent plus rapidement que tous leurs concurrents grâce à leur part de marché.


Barrer l'accès aux consommateurs et entreprises européens, comme le fait déjà la Chine pour les siens, permettant ainsi à ses entreprises à la pointe de l'intelligence artificielle (Baidu, Tencent) de s'épanouir, tout en les rendant moins aptes à pénétrer les marchés occidentaux, n'est évidemment pas une option pour une Union européenne ouverte et qui doit le rester. Heureusement, le futur n'est pas verrouillé : comme l'Histoire l'a montré à de nombreuses reprises, la porte est grande ouverte à de futures innovations disruptives. De plus, les barrières à l'entrée sur les marchés sont probablement plus faibles qu'on ne le pense, comme des chercheurs de l'OCDE l'ont documenté dans une étude récente : "des produits qui ne sont que marginalement supérieurs aux autres peuvent s'emparer de tout le marché, rendant ainsi les parts de marché instables". Les Européens doivent donc s'interroger : que faire pour favoriser une innovation numérique indigène fondée sur un usage intensif de l'intelligence artificielle ?


3. L'intelligence artificielle : utilisateur ou leader ? Tout commence à l'école


A ce stade, seule l'IA au sens étroit du terme (qui recouvre un champ limité de connaissances, aussi immense et complexe soit-il) est accessible ou anticipée - nous sommes encore bien loin, voire même à des années lumières de l'IA générale. Les applications enrichies par l'intelligence artificielle ont commencé à se répandre sur le marché et vont continuer à se propager dans les années à venir. Des milliards d'utilisateurs potentiels les attendent, consciemment ou non.

La question essentielle est la suivante : devons-nous, Européens, nous résigner à être seulement utilisateurs, voire suiveurs de cette dynamique (et dupliquer l'innovation en l'adaptant aux caractéristiques locales) ou devrions-nous à l'inverse tenter de rejoindre le peloton de tête ?


Il serait bien imprudent de prédire aujourd'hui ce que nous devons enseigner à nos étudiants pour qu'ils deviennent plus tard chefs de file dans ce domaine. Notre stratégie devrait donc se concentrer sur le renforcement de l'éducation scientifique de base - mathématiques, physique et sciences informatiques - de tous les étudiants, du collège à l'université. Notons qu'une éducation scientifique solide requiert une bonne maîtrise du langage commun, du raisonnement, ainsi que de l'histoire, ce qui montre qu'il y a un pont naturel entre les sciences humaines et les sciences dites exactes. L'enjeu repose sur la formation initiale, mais aussi sur la formation professionnelle. Par exemple, les ingénieurs des générations précédentes, aussi pointus soient-ils, doivent-ils recevoir de nouvelles formations en continu. Selon un point de vue sans doute un peu extrême, seuls ceux qui maîtrisent les savoirs les plus fondamentaux (mathématiques, physique...) auront les capacités requises pour réellement maîtriser les développements de l'IA, leur permettant ainsi de garder la tête hors de l'eau lorsque nos vies et nos marchés seront submergés par ces applications. L'enseignement des sciences, de la technologie et des mathématiques étant, comme le montre le constant déclin des scores français lors des enquêtes PISA, un réel enjeu pour la France, la réponse du pays au défi de l'IA est encore plus urgente, et doit être traité à sa racine (voir le rapport de l'Institut Montaigne pour une stratégie numérique rationalisée dès l'école primaire). Un bon point de départ : comprendre que la science n'est pas faite que de concepts logiques et abstraits et essayer de la voir pour ce qu'elle est vraiment : une aventure belle et enthousiasmante, pour citer le prix Nobel de physique Georges Charpak.


4. Les entreprises au premier rang de la "bataille IA", car la concurrence les y poussera


Dans le monde des affaires, le développement de l'IA n'est pas uniquement réservé aux happy few, tels que les entreprises high tech ou les meilleurs ingénieurs et dirigeants au sein d'une entreprise. Le développement de l'IA sera un facteur concurrentiel avant tout. Les entreprises assez lucides pour donner à l'ensemble de leur personnel, et dans certains cas, à leurs clients, l'accès à des applications enrichies par l'IA gagneront un avantage compétitif et devanceront leurs concurrentes. Tout au long de l'échelle hiérarchique, du niveau assistant au back office au front office, des départements RH à la direction générale, l'IA fera la différence entre les gagnants et les perdants, car les adopteurs précoces augmenteront leur productivité en faisant croître la valeur créée par chaque employé, contrairement aux retardataires. Les gagnants pourront augmenter leurs prix et donc recruter davantage ou augmenter les rémunérations de leurs employés, attirant ainsi des candidats de haut niveau, tandis que les retardataires n'auront d'autre choix que de réduire leurs coûts en licenciant, et finiront exclus du marché.
Vue sous cet angle, la bataille de l'innovation paraît être une histoire essentiellement micro-économique, dans laquelle les Etats n'ont pas leur mot à dire en dehors de la formation. Est-ce vraiment le cas ?


5. Comment les Etats peuvent -et doivent- aider : concurrence, protection des données, ouverture des données publiques et commande publique


• Faire respecter la concurrence


Tout d'abord, l'innovation est souvent étouffée par la structure du marché. En effet, les grandes entreprises qui bénéficient déjà d'une part de marché importante, celles qui dominent les secteurs technologiques par exemple, n'ont aucun intérêt à laisser les innovateurs atteindre le marché. Si elles ne peuvent faire autrement, elles préféreront racheter les nouveaux venus plutôt que de tenter de les surpasser. Ce fait est bien connu dans le domaine des brevets, dont le phénomène des chasseurs de brevets est un exemple extrême et inquiétant. Voilà une bonne occasion pour les pouvoirs publics d'intervenir pour garder le terrain de jeu ouvert aux innovateurs, même si cela se fait au détriment de noms bien établis, qui s'empressent toujours de brandir la menace de suppression d'emplois dès lors que leur pré-carré est menacé d'invasion. Nous avons besoin de politiques de concurrence et de de brevets bien conçues, tant à l'échelle nationale qu'européenne.


• Equilibrer la protection de données et l'accès aux données pour chercheurs et des entreprises


Deuxièmement, nous avons la chance de n'être encore qu'au tout début de l'ère IA. A ce stade, les algorithmes d'IA doivent être testés sur de vastes bases de données avant de pouvoir surpasser les experts humains (voir (7) pour un exemple médical). Pour ce qui est des applications médicales, l'Europe, avec ses systèmes de santé très avancés et qui abondent de dossiers médicaux et de leurs historiques, est assise sur une mine d'or. Une première question se pose alors : comment rendre les données accessibles tant aux chercheurs qu'aux entreprises privées qui développent des algorithmes de détection des maladies, sans pour autant compromettre le caractère privé de ces données ? Il est essentiel d'y répondre. Etant donné que la protection des données privées est un sujet hautement sensible pour les citoyens européens, peut-être d'ailleurs plus que pour leurs homologues américains, la confiance est une condition nécessaire à l'épanouissement de l'innovation liée à l'intelligence artificielle en Europe. Nous avons donc besoin de régulations nationales et européennes fortes et transparentes. En même temps, une protection trop tatillonne, complexe, ou pire, incohérente entre les pays, risque d'entraver l'innovation en intelligence artificielle, au détriment du bien-être des Européens.


• Faire bon usage des bases de données publiques


Troisièmement, les Etats eux-mêmes possèdent de larges bases de données, au nom de ceux qu'ils gouvernent, individus et institutions. Les dossiers administratifs, qu'ils viennent d'hôpitaux ou d'administrations nationales, sont la plupart du temps numérisés, ou s'apprêtent à le devenir. Puisque de grandes bases de données de bonne qualité sont critiques pour nourrir les algorithmes d'IA, les Etats devraient ouvrir leur accès aux chercheurs et aux entreprises privées, sous licence ou gratuitement (on pourrait soutenir que le haut rendement social de l'investissement dans l'IA pour la détection des maladies justifie cette dernière option), à condition que la protection des données individuelles soit garantie. Les scientifiques ont l'habitude de travailler avec des données anonymisées pour des procédures expérimentales en double aveugle. Il n'y a pas de raison que nous n'utilisions pas ces techniques d'anonymisation, fiables et sécurisées pour l'innovation liée à l'IA.


• Utiliser les commandes publiques pour encourager l'innovation liée à l'IA


Quatrièmement, les gouvernements possèdent un outil important qui leur permet d'encourager et de développer l'innovation liée à l'IA : la commande publique. Voici quelques domaines dans lesquels les appels d'offre pourraient aider de nouvelles industries à démarrer :
1. Les services publics du quotidien. La plupart des services publics requière davantage de travail que de capital. Une part importante des formalités dont se chargent les employés des services publics pourrait être accomplie par des logiciels d'IA, ou du moins renforcée par de tels algorithmes. Comme mentionné précédemment pour le secteur privé, tous les employés, quels que soient leur formation ou leur statut, devraient pouvoir bénéficier de logiciels innovants qui améliorent la qualité de leur travail et leur permettent de se concentrer sur des tâches dans lesquelles ils excellent.

A cet effet, la bonne question à se poser n'est pas : "Qu'est-ce que les humains peuvent faire que des algorithmes intelligents ne peuvent pas", puisque la réponse dépendra toujours de l'état d'avancement et du degré de sophistication des algorithmes. Il faudrait plutôt s'interroger :

"Qu'est-ce que des algorithmes intelligents peuvent faire que les humains font au quotidien ?"

Pourquoi ne pas demander aux secrétaires / assistants de participer aux jurys de sélection ? Une fois de plus, le renforcement de la productivité ne devrait pas être réservé aux grands experts et aux directeurs. Notons que les administrations feraient ainsi d'une pierre deux coups : réduire in fine les effectifs de la fonction publique et permettre aux fonctionnaires d'être non seulement plus productifs, mais aussi plus fiers de leur travail.

2. Suivi médical de la population. La plupart des pays européens, y compris la France, jouit de réseaux d'hôpitaux publics et privés très performants, ainsi que des médecins et de personnels médicaux, publics ou indépendants, de haut niveau. La détection précoce de certains cancers ou de la dégénérescence maculaire grâce aux algorithmes de l'IA se fait déjà. Par des appels d'offre publics concurrentiels, les états devraient encourager la recherche et l'innovation en rendant l'utilisation de telles applications obligatoires, une fois qu'elles ont été validées par les autorités scientifiques. Cela permettrait en même temps aux futurs contribuables d'économiser beaucoup d'argent grâce à une prévention plus efficace et un traitement précoce de certaines maladies.

3. Education. Une des tâches les plus importantes et récurrentes des enseignants est la correction des copies de leurs élèves et étudiants. Bien qu'essentielle, elle est aussi consommatrice de temps et plutôt rébarbative, sans compter la correction des évaluations semestrielles ou de fin d'année. Les algorithmes de l'IA pourraient considérablement réduire ce temps dédié à la lecture –au déchiffrage pourrait-on dire-- et ainsi permettre aux enseignants de se concentrer sur ce qui compte vraiment : la valeur de ces copies et ce qu'elles disent de la courbe d'apprentissage de chaque étudiant. Dans certains cas, comme celui des QCMs par exemple, certains logiciels pourraient même superviser la correction des évaluations.

4. Sécurité publique. Une part croissante des espaces publics est sous vidéosurveillance, qu'elle appartienne aux collectivités locales, aux entreprises de transport public ou à des entreprises privées. Les applications de reconnaissance faciale, un domaine où le DML a produit des résultats remarquables (bien que sujet à erreurs), pourraient être utilisées pour traquer les criminels et les individus dangereux, aidant ainsi les forces de l'ordre à prévenir les crimes et les attaques terroristes.

Références
• 'The new frontier of genome editing with CRISPR-Cas9', Jennifer A. Doudna, Science vol. 346, 28 November 2014.
• 'Digital Innovation and the Distribution of Income', Dominique Guellec and Caroline Paunov, NBER Working Paper No. 23987, November 2017
• 'What is Consciousness, and could machines have it?' Stanislas Dehaene, Hakwan Lau, Sid Kouider, Science vol. 358, 27 Octobre 2017
• 'Le numérique pour réussir dès l'école primaire', Rapport de l'Institut Montaigne, mars 2016.
• 'Patent Assertion and US Innovation', Executive Office of the President (President Obama archives)– June 2013
• 'Discrimination of Breast Cancer with Microcalcifications on Mammography by Deep Learning', Jinhua Wang and alii, Nature Scientific Reports, 6, 27327, 7 June 2016.
• 'Deep learning approach for diabetic retinopathy screening', E. Colas, A. Besse, A. Orgogozo, B. Schmauch, N. Meric, E. Besse, Acta Ophtalmologica, Vol.94, Issue S256, October 2016.

Conseiller économique
Eric Chaney est conseiller économique de l'Institut Montaigne depuis janvier 2017.

 

De 2008 à 2016, il est le chef économiste d'AXA pour ses activités mondiales. Il conseille également diverses entreprises, financières et non-financières, sur les questions économiques et géopolitiques, par l'intermédiaire de sa société, EChO. Au sein d'AXA Investment Managers, Eric dirige l'équipe Recherche et Stratégie d'Investissement et conseille la direction sur les potentialités de l'intelligence artificielle. Au sein d'AXA, Eric conseille la direction sur les sujets économiques et financiers mondiaux ; il était par ailleurs membre du Comité d'Investissement du Groupe, ainsi que du Comité de surveillance de la gestion actif-passif. De 2000 à 2008, Eric Chaney était le chef économiste Europe de Morgan Stanley, qu'il avait rejoint en 1995, après avoir dirigé la Division Synthèse Conjoncturelle de l'INSEE, où il animait en particulier la publication trimestrielle 'Note de Conjoncture'. Il a été Maitre de Conférences à l'ENA (1993-1996), a siégé au Conseil des Prélèvements Obligatoires auprès de la Cour des Comptes (2010-2014), au Conseil Economique de la Nation (1997-2014) et au Conseil scientifique du Fonds AXA pour la Recherche. Il est membre du Conseil scientifique de l'Autorité des Marchés Financiers et, depuis 2014, est vice-Président du Conseil d'administration de l'Institut des hautes Etudes Scientifiques de Bures-sur-Yvette.

Ancien professeur de mathématiques et éditeur d'une publication mathématique de l'Université Louis Pasteur de Strasbourg, Eric Chaney est aussi ancien élève de l'ENSAE-Paris-Tech.
http://www.institutmontaigne.org/blog/renforcer-leconomie-

AUDIO

Les enfants ne sont pas
Epouses africaines
  https://youtu.be/bbus9GJ3OxA Ces femmes qui refusent de participer au budget familial ...
Rentrée Scolaire :
  VOICI LE LIEN https://youtu.be/V7rGqslDhOA ...
La chronique de Pape
https://www.youtube.com/watch?v=fAvdWQuvIqc   https://www.youtube.com/watch?v=fAvdWQuvIqc ...

BANNIERE 03 UNE IKRONO

Banniere UAA 260x600

Video galleries

logotwitterFacebook