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C’est un discours musclé que le président de l’Union des magistrats du Sénégal (Ums), Souleymane Teliko a servi avant-hier, samedi 4 août, à l’ouverture de l’Assemblée générale de l’organisation qu’il dirige. Dans sa déclaration, le président de l’Ums, a montré tout son amertume face à la non résolution des préoccupations de la magistrature. 

 

Le président de l’Union des magistrats du Sénégal (Ums), Souleymane Teliko, n’a pas porté de gants pour pointer du doigt les problèmes de la justice sénégalaise. Comme à ses habitudes, il y est allé à fond pour décrier le fonctionnement de justice. Sa première remarque étant de dire que la justice est un bien commun, donc il appartient à chaque magistrat de contribuer à son rayonnement. Il a plaidé, de ce fait, pour un profond engagement de ses pairs. Un engagement dont il estime qu’il doit être désintéressé pour l’unique cause de la justice. Mieux, Souleymane Teliko demande à la magistrature d’être déterminante « face à un pouvoir exécutif trop souvent habitué à être obéi, sans réserve, et peu disposé à être contrarié». 

 

Par ailleurs, le président de l’Ums a remis en cause la volonté de l’exécutif de dialoguer avec les magistrats. «Au regard de tout ce qui s’est passé durant ces derniers mois, on est fondé à s’interroger sur la volonté du gouvernement de nouer le fil du dialogue constructif avec les acteurs de la justice», s’est-il demandé. Cette interrogation trouve son fondement, selon Souleymane Teliko, dans l’absence de réaction par rapport aux actes du colloque sur l’indépendance de la justice transmis aux autorités, par l’Ums, et dans lesquels sont consignées les propositions de réforme formulées par l’écrasante majorité des magistrats. Pis, l’immobilisme observé par le pouvoir, depuis la fin des travaux du Comité de concertation, alors que le ministre de la Justice avait annoncé la remise imminente du rapport au chef de l’Etat, traduit, à son avis, le manque d’intérêt de l’Etat pour un dialogue. Cette situation est suffisante pour que Souleymane Teliko pense que «le gouvernement cherche à gagner du temps» dans un dossier qui requiert pourtant une attention particulière et «célérité». 

 

«QU’ON NE NOUS DEMANDE SURTOUT PAS DE SAVOIR DIALOGUER»

 

«Qu’on ne nous demande surtout pas de savoir dialoguer», s’exclame Souleymane Teliko. Pour lui, «dialoguer, ce n’est pas quémander, ce n’est pas supplier. Dialoguer, c’est se présenter avec ses idées et ses convictions, en partenaire libre et responsable».  Souleymane Teliko tient toutefois à préciser que «l’Ums, tout en continuant à privilégier la voie du dialogue constructif, seul moyen de faire un saut qualitatif, continuera à dénoncer, en toute liberté et responsabilité, la persistance d’un système judiciaire dont les failles leur valent, à longueur d’année, les critiques souvent légitimes des citoyens».  

 

Pour le président de l’Ums, lorsqu’il arrive le moment de se prononcer sur le devenir de leur institution, l’intérêt supérieur de la justice passe avant toute autre considération. Et, si toutefois que leurs «positions soient de nature à agacer ou à contrarier, force est de reconnaitre que c’est le propre de toute vérité d’être parfois amère à entendre» et que leur «objectif est bien plus noble que la provocation d’un pouvoir» avec lequel ils sont condamnés à cheminer ensemble.    

 

LOI PARTICULIEREMENT RETROGRADE ET DISCRIMINATOIRE PORTANT PROROGATION SELECTIVE DE L’AGE DE LA RETRAITE DE CERTAINS MAGISTRATS

Les magistrats ne sont non plus pressés pour la résolution de leur demande. «Qu’on ne nous parle pas non plus d’empressement! Car, depuis plus d’un an, les magistrats dénoncent, en vain, l’adoption de cette loi particulièrement rétrograde et discriminatoire sur la prorogation sélective de l’âge de la retraite. De même, concernant la gestion de la carrière, qu’ils décrient depuis de longues années, le manque de transparence qui alimente les critiques sur le fonctionnement du Csm (Conseil supérieur de la magistrature, ndlr)», s’insurge-t-il Souleymane Teliko.

 

Les doléances de l’Ums que le gouvernement n’a pas satisfaite c’est aussi le fait que nombre de magistrats attendent encore, en vain, d’être intégrés dans le grade Hors hiérarchie. «Inutile de préciser que depuis plus de six mois, des magistrats tardent à être intégrés dans le grade Hors hiérarchie, par la faute d’un Statut devenu, à bien des égards, obsolète. Au regard de telles données, force est d’admettre que ce ne sont pas les magistrats qui sont pressés, mais que c’est bien le gouvernement qui continue d’hésiter à statuer sur un dossier dont l’urgence commande un enrôlement à bref délai». 

 

L’IMMOBILISME DE L’ETAT S’EXPLIQUE PAR UNE PEUR DE PERDRE LE POUVOIR SUR LA JUSTICE

 

L’immobilisme de l’Etat se traduit, pour le président de l’Ums, par une peur de perdre le pouvoir sur la justice.  «Dans le processus de mutation en cours, comme dans tout autre processus de changement, on sait ce que l’on perd mais on ne sait pas ce l’on trouve. C’est sans doute dans cette peur du changement qu’il faut trouver les raisons d’un tel immobilisme; une peur qui habite tant le pouvoir exécutif que certains d’entre nous; peur de voir la justice échapper à leur contrôle, pour les uns; peur de perdre les privilèges attachés à un système dont ils ont appris à profiter, pour les autres». 

 

Tout en demandant aux autorités étatiques de prendre leurs responsabilités, le président de l’Ums juge que c’est dans les circonstances pareilles à celles de la justice que l’on mesure la grandeur des dirigeants. «Celui qui attend que tout danger soit écarté pour mettre les voiles ne prendra jamais la mer; j’ajoute qu’il ne prendra jamais date avec l’histoire. Si, pour un dirigeant, prendre le temps de la réflexion est un signe de précaution louable, il n’atteint les cimes de la grandeur que lorsqu’il se montre capable de renoncer à ses privilèges pour garantir un meilleur devenir à sa nation. On n’attend pas moins de nos dirigeants», peste-t-il. 

 

Souleymane Teliko est d’avis qu’il est donc venu le moment pour le gouvernement «de montrer à tous les acteurs de la justice et, au-delà, à tous les citoyens, que le gouvernement du Sénégal tient vraiment au rayonnement de la justice de notre pays, en faisant que toutes les doléances soient résolues».                  

 

ISMAELA MADIOR FALL REPOND A SOULEYMANE TELIKO : «Votre discours est pertinent, mais il devrait être prononcé il y a de cela 10 ans»

Les problèmes de la justice soulevés par le président de l’Ums ne sont pas spécifiques au contexte actuel du Sénégal, a répondu Ismaïla Madior Fall, ministre de la Justice, Garde des Sceaux. Dans son discours à l’ouverture de l’Assemblée générale de l’Union des magistrats du sénégalais (Ums), il a estimé que c’est un discours qui sied aux années précédentes.

 

Les nombreux griefs portés par le président de l’Ums ne sont pas seulement spécifiques au contexte actuel, a jugé le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Ismaïla Madior Fall. «Votre discours est pertinent, mais il devrait être prononcé il y a de cela 10 ans.  Il aurait pu être prononcé en 2008. Il aurait pu être prononcé en 1988, en 1978. Il aurait pu être prononcé dans tous les pays du monde» a-t-il dit. A son avis, les critiques formulées par le président de l’Ums ne sont pas spécifiques au Sénégal. «Elles sont des critiques qui peuvent répliquer dans d’autres contextes et dans d’autres temps» a jugé le Garde des Sceaux.  

 

Ismaïla Madior Fall a trouvé, toutefois, que même si la critique de la justice est fréquente, elle doit se faire dans le respect des institutions et dans la dignité des personnes qui animent la justice. «J’entends souvent des personnes dire que ceux qui jugent sachent qu’ils seront jugés. Je voudrai leur rappeler que ceux qui jugent ceux qui jugent, eux aussi, seront jugées», a-t-affirmé.

 

Revenant aux mesures prises par l’Etat pour répondre aux doléances des magistrats, le ministre de la Justice a annoncé l’octroi de 18.000 ha pour la construction de l’école de la magistrature à Diamniadio.  Mieux, il a réaffirmé sa volonté de renforcer la transparence dans le fonctionnement du Conseil supérieur de la magistrature car, dit-il, «les mesures de nomination et d’avancement, doivent nécessairement faire l’objet de discussions entre les membres dudit conseil, ce que ne permettait visiblement pas l’ancien format des consultations à domicile». Ismaïla Madior Fall a relevé que la nouvelle formule qu’il a initiée permet de renforcer l’objectivation des nominations. Une grande mobilité des magistrats est nécessaire afin d’éviter que ce soient toujours les mêmes qui servent dans les juridictions les plus éloignées, a souligné le ministre de la Justice. Le déclassement de plus de 4 ha du périmètre de reboisement et de restauration des Niayes sont aussi entre autres mesures prises par le gouvernement pour loger les magistrats.  S’agissant de l’inamovibilité, le ministre de la Justice indique qu’il s’engage à l’élimination progressive des nominations aux postes par intérim, pour se conformer à la rigueur du principe constitutionnel.                        

 

TELIKO APPELLE LES JUGES A L’INTROSPECTION PAR RAPPORT AUX SCENES DE VIOLENCES LORS DES AUDIENCES : «Ces attaques traduisent aussi une inquiétante et progressive rupture de confiance entre les citoyens et leur Justice»

Les attaques contre des magistrats en plein exercice de leur fonction ne plaisent pas au président de l’Ums. Souleymane Teliko requiert des sanctions contre les auteurs de tels actes. Pour autant, il ne manquera pas de signifier à ses pairs que ce fait traduit un «déni de la justice». Dès lors, il est donc de leur devoir de se remettre en cause, face à la récurrence de telles pratiques. 

 

Le président de l’Ums, Souleymane Teliko, déplore les récentes manifestations de citoyens lors des audiences, comme ce fut le cas le jour du verdict du procès de Khalifa Sall et ses  co-accusés dans l’affaire de la caisse d’avance de la ville de Dakar et lors du procès en appel. «Les scènes de violence auxquelles nous assistons aujourd’hui dans nos salles d’audience sont tout simplement injustifiables. Les attaques verbales et personnelles, venant parfois de ceux qui sont censés contribuer à la bonne administration de la justice, doivent être condamnées sans réserve et donner lieu à des sanctions appropriées à la mesure de leur gravité», dit Souleymane Teliko.

Cependant, précise-t-il, «l’honnêteté intellectuelle leur impose aussi de reconnaître qu’au-delà des dérapages que l’on peut mettre sur le compte d’une passion mal maitrisée ou d’une citoyenneté de mauvais aloi, ces attaques traduisent aussi une inquiétante et progressive rupture de confiance entre les citoyens et leur Justice». Les magistrats doivent, par conséquent, se remettre en cause. «Un devoir d’introspection nous incombe tous; non point pour nous auto flageller, mais pour rétablir la nécessaire confiance entre la justice et les citoyens au nom de qui elle est rendue. Et à cet égard, ce serait pour nous, une fuite en avant que d’éluder cette question difficile mais incontournable qui est de savoir quelle est leur part de responsabilité dans ce discrédit croissant de leur institution.»

 

CHAQUE MAGISTRAT DOIT VEILLER A CE QUE RIEN, DANS SA POSTURE ? NE SOIT DE NATURE A SUSCITER SUSPICION ET RUPTURE DE CONFIANCE

 

Pour Souleymane Teliko, «le droit légitime qu’ils ont de revendiquer leur participation dans l’œuvre de construction de la justice a pour corolaire le devoir d’assumer leur part de responsabilité dans tout ce qui advient au sein de l’institution judiciaire».   Souleymane Teliko, poursuivant son argumentaire, rappelle à ses collègues qu’être acteur, c’est aussi être responsable. «La considération et le respect auxquels nous avons naturellement droit ne nous sont accordés que sous réserve de l’application scrupuleuse des principes qui garantissent la tenue d’un procès juste et équitable». Mieux, leur   dit-il, «c’est le droit de chaque magistrat de traiter le dossier qui lui est soumis conformément à la loi et à sa conscience. Mais c’est le devoir à eux tous de veiller à ce que rien, dans leurs postures, ne soit de nature à susciter suspicion et rupture de confiance». 

 

Selon le président de l’Ums, «les activités et déclarations politiques que font certains de leurs collègues, en violation flagrante de leurs statuts, la sélectivité dans le traitement des dossiers, le rythme particulier auquel sont soumises certaines affaires, les postures et positions de certains d’entre eux, contribuent à conforter dans l’esprit des concitoyens le sentiment d’une justice à deux vitesses et aux ordres».  «Rien ne peut justifier que la justice du Sénégal, celle de Kéba Mbaye, Leyti Kama, Seydou Ba, Assane Bassirou Diouf et tant d’autres figures emblématiques de l’histoire judiciaire de l’Afrique, soit à ce point indexée. Pour mettre fin à toutes ces dérives, il nous faut donc, parallèlement aux condamnations et poursuites judiciaires, apprendre à nous conformer davantage à notre serment qui nous oblige à nous soumettre qu’à la loi», conclut le président de l’Ums.

 

CONVOCATION DE CHEIKH BAMBA DIEYE A LA DIC : Ismaïla Madior Fall se lave à grande eau

 

Le Garde des Sceaux, ministre de la Justice, Ismaïla Madior Fall, récuse toute implication dans la convocation du député Cheikh Bamba Dieye à la Division des investigations criminelles (Dic). «Le ministère et le ministre de la Justice n’ont rien à avoir avec la convocation. C’est l’Union des magistrats sénégalais qui a introduit une dénonciation au niveau du parquet», dit-il.  Pour rappel, le député a été convoqué, avant-hier samedi, pour répondre de ses attaques contre le président du Tribunal de grande instance hors classe de Dakar, Malick Lamotte et le président de la Cour d’appel de Dakar, Demba Kandji, qu’il accuserait d’être des juges corrompus.   

                                                     

 Fatou NDIAYE 

 

Sudonline

Publié dans Politique
lundi, 06 août 2018 16:54

Pour un « New-deal » sénégalais !

Dans neuf mois les sénégalais seront appelés à élire leur nouveau président de la République. Rééliront-ils l’actuel chef de l’Etat ou décideront-ils de tourner la page Macky Sall ? Bien malin qui pourrait le dire aujourd’hui et s’aventurer sur le terrain des pronostics serait très aventureux. Neuf mois nous séparent entre le mois de juin 2018 et le mois de février 2019, très exactement le temps d’une gestation. Ou d’une alternance. Autrement dit, le futur président de la République n’est peut-être pas encore né politiquement à l’heure où nous écrivons ces lignes et ses parents, autrement dit le peuple souverain, serait bien en peine de dire s’il s’agira d’un garçon ou d’une fille. Car ce qui s’est produit dans d’autres pays peut se reproduire au Sénégal, à savoir l’élection de quelqu’un que personne n’aura vu venir. Que personne ne connaissait jusque-là et qui créera la surprise. Quelqu’un qui saura rassembler les sénégalais divisés par des décennies de règne sans partage de quelques grandes figures politiques comme autant de dynasties. Quelqu’un qui ne serait pas issu du sérail, quasiment tribal, auquel le Sénégal semble se résoudre depuis trop longtemps. Quelqu’un qui saurait renouveler le discours politique, rénover les mœurs politiques, apaiser les peurs, renouer avec l’optimisme, engager le pays sur la voie d’un réel développement économique et d’un progrès social. Quelqu’un qui impulserait l’énergie indispensable pour doter le pays des nouvelles technologies liées à l’intelligence artificielle, favoriserait l’installation des start-ups en même temps qu’il saurait protéger les catégories de la population les plus fragiles. Autrement dit qui ferait entrer le Sénégal dans le 21ème siècle. Les sénégalais sont nombreux à penser que rien n’est écrit pour la prochaine élection présidentielle et à espérer qu’un tel homme existe. Que celui-ci incarnera une nouvelle génération et avec elle une autre manière d’être : soucieuse d’une moralisation de la vie publique et politique et désireuse de lutter résolument contre la corruption. C’est cet homme-là qu’Ichrono attend de voir surgir dans la vie politique au cours des prochaines semaines, un homme qui ne fera pas comme tant d’autres politiciens des promesses en sachant qu’elles sont impossibles à tenir mais indiquera honnêtement un chemin pour affronter les dures réalités du monde de demain et positionner le pays sur la voie de la réussite. Si cet homme-là ayant une ambition, une vision, une volonté, existe qu’il se fasse connaître. Alors, nous serons à ses côtés et l’accompagneront pour la réussite d’un New-deal dont le Sénégal à le plus grand besoin afin d’offrir a la nouvelle génération un avenir meilleur. Le Directeur de la Publication IChrono.info

Publié dans Edito

Entre luttes politiques et lutte avec frappe : la démocratie sénégalaise à l'épreuve par DIAO Samba professeur de philosophie...


« Diao un jeune homme lucide avec un œil et un esprit sagaces qui interrogent notre société qui se cache et se dévoile très peu à cause des traditions et des mutations complexes. Ce sont ces mutations qui sont ici éxaminées pour les rendre intelligibles. La lutte, la politique, deux univers éloignés mais qui ont été connectés par la force des choses. Lisons cet ouvrage et cette interview qui nous décille les yeux de l'esprit pour comprendre la figure de notre pays. ». P B CISSOKO


Vous venez encore de publier un ouvrage intitule « Entre luttes politiques et lutte avec frappe : la démocratie sénégalaise à l'épreuve ... ». Qu'est-ce qui a motivé l'écriture de ce texte ?


Tout observateur attentif du fonctionnement de la société sénégalaise, peut faire le constat du développement fulgurant de la lutte avec frappe, qui est entrée dans un processus de transformation et d'élargissement, au point de devenir un phénomène structurant, un opérateur social. Dans cette optique, la lutte a rencontré « LA » politique ; elle est même en train de devenir la grammaire des rapports politiques au Sénégal, depuis la première alternance politique de mars 2000.


Or, en dépit de cette « totalisation » du phénomène de la lutte, en dépit de sa politisation outrancière, très peu d'études de sciences sociales et humaines en ont fait l'objet de leur intérêt scientifique. Hormis l'ouvrage de Dominique Chevé, Corps en lutte au Sénégal, l'article de Ousseynou Faye « Sport, argent et politique : la lutte libre à Dakar », et les travaux de Jean-François Havard sur le mouvement « Bul Faalé » comme processus de subjectivation politique, rares sont les éléments bibliographiques qui existent sur le rapport entre Lutte et politique, et qui explorent le potentiel politique, voire politicien de la lutte avec frappe.
Ce livre explore donc cette articulation entre Lutte (avec frappe) et politique, non seulement en termes de politisation de la première mais aussi de « luttification » de la seconde. Cette rencontre constitue, pour ma part, le lieu de l'émergence d'une nouvelle figure de « la » politique, et d'une nouvelle manière d'être lutteur.


Mais l'écriture de ce livre tient aussi à une conviction mienne : pour « sortir de la grande nuit », nous - les Africains - devons être les producteurs des savoirs sur nos réalités et nos situations, décoloniser la pensée sur l'Afrique, en pensant en dehors de la bibliothèque occidentale. Lorsque j'étais étudiant, j'ai toujours eu des discussions très sérieuses avec certains de mes profs sur le fait que nos universitaires, en grande majorité, n'écrivent pas et je n'ai jamais compris cette attitude de désertion. Cela dit, cette appropriation des savoirs doit passer par une redéfinition des problématiques de recherche. Autrement dit, interroger – et s'interroger sur - les nouvelles dynamiques sociopolitiques qui « travaillent » nos sociétés, telles que la lutte avec frappe pour le cas sénégalais.


Selon vous qu'est-ce qui occupe aujourd'hui l'espace politique au Sénégal : le marabout, le politique ou le lutteur ou la société civile ?


La figure du marabout n'est certainement pas absente de l'espace politique sénégalais mais elle n'est plus opératoire. À preuves, l'échec des marabouts à faire valoir leurs propositions sur le terrain de la régulation sociale et la faillite du ndiguel politique. La société civile, elle aussi, n'a plus la radicalité qu'elle avait, et qui avait conduit à la première puis à la seconde alternance politique. Fondamentalement, l'espace politique sénégalais est donc aujourd'hui occupé par les « ahlu lamb » (gens de la lutte) - communicateurs traditionnels, les animateurs d'émissions consacrées à la lutte et promoteurs – et les politiciens. C'est pourquoi, dans mon livre, je parle d'une (con) fusion entre lutte (avec frappe) et politique dont les conséquences sont à tout le moins dramatiques.


En quoi la lutte avec frappe est devenue un pilier de la politique et du politique au Sénégal ?


Il faut dé-construire le mythe (au sens de mensonge social) de l'autonomie de la politique par rapport à la lutte, et vice versa. Loin d'être un épiphénomène, l'inscription de la lutte avec frappe dans le champ politique est, aujourd'hui, un trait structurel de la société sénégalaise. La lutte est devenue, grâce à sa médiatisation outrancière et sa « sportivisation », une véritable machine, qui génère des revenus, produit des slogans mobilisateurs, draine des foules, etc. Tout ceci peut être converti en ressources politiques, utilisées ensuite de mille manières – lors d'élections, de prises de décisions politiques, ou pour promouvoir un projet ou une idéologie politique spécifique.


À preuves : l'irruption du lutteur Mohamed Ndao Tyson dans une tribune aux côtés du candidat sortant Abdou Diouf, lors d'un meeting électoral le 12 février 2000 à Pikine (Dakar) ; l'invitation des lutteurs Modou Lo et Balla Gaye au Palais de la République par Abdoulaye Wade pour, dit-on, les réconcilier ; le combat du 4 avril 2010 qui opposa Tyson et Yakhya Diop Yékini et dans l'organisation duquel le président Wade se serait impliqué pour saper les critiques contre « son » Monument de la Renaissance africaine ; le combat qui opposa Yékini et Lac 2 (2016) pour le « drapeau de l'Émergence », dont l'objectif politicien était de « vendre » le Plan Sénégal Émergent de Macky Sall, etc. Le combat Modou Lo contre Lac 2 (2018) a été tellement politisé que ce dernier, s'expliquant sur sa défaite, a pu dire :

« J'ai lutté contre la République !»
Il y a donc un processus dialectique de conversion de ressources/recettes, de transferts symboliques – de la politique vers la lutte, et vice versa : les lieux et instruments de la lutte avec frappe font souvent l'objet d'un re-codage symbolique, par le biais duquel ils deviennent des canaux d'expressions de positions partisanes, donc des armes destinées aux batailles politiques. Plus précisément, au Sénégal, les lieux – réels et virtuels - de la lutte avec frappe sont aussi des lieux de la politique, et réciproquement.


Avant la lutte était un loisir, un exercice physique, un jeu. Comment analysez-vous cette nouvelle violence dans la lutte avec frappe ?


Pratique ancestrale chez la plupart des ethnies du Sénégal, la lutte était à la fois une activité physique, ludique, festive. À l'origine, elle avait une forte valeur rituelle et venait célébrer la fin des récoltes, ou les soirs de pleine lune. Son ancrage culturel fort en faisait un instrument de pacification de l'espace social, de régulation sociale. En ce sens, la lutte constituait un moyen de domptage des pulsions agressives, en leur permettant d'obtenir une satisfaction socialement valorisée - une sublimation, dirait Freud.


Aujourd'hui, la lutte (notamment la lutte avec frappe) a changé de visage et elle devient le lieu et l'instrument d'une violence à la fois physique et symbolique de plus en plus inquiétante. Cette violence dans les arènes est l'effet des mutations que la lutte avec frappe a subies ces dernières années : médiatisation, sportivisation et, surtout, politisation outrancière. À cela s'ajoute la marchandisation de la lutte et même des lutteurs, qui n'acceptent plus de nouer leur « ngimb » en dehors du marché de la lutte. Il faudrait enfin souligner que les arènes de lutte ne sont que le miroir de la société sénégalaise.

Or l'observation de cette société donne à voir que les rapports sociaux et politiques, au lieu d'être raffinés, civilisés et stylisés, sont devenus des rapports guerriers, violents, gladiatoriaux. Dans l'espace public, les actes et les paroles sont sous-tendus par une économie pulsionnelle caractéristique des sociétés médiévales, c'est-à-dire par le « droit » de se livrer au plaisir de l'attaque directe, du corps-à-corps, l'absence de retenu et donc de brusques décharges émotionnelles : insultes, coups de poings, coups de pistolets, etc.


Quoi qu'il en soit, on ne peut pas dédouaner la lutte avec frappe de la violence qui se déchaîne aujourd'hui dans le champ politique sénégalais. En tout cas, beaucoup de Sénégalais, déçus et alarmés par l'évolution mafieuse (depuis 1994 c'est la même personne qui dirige le Comité national de gestion de la lutte (CNG) dont l'opacité est de plus en plus décriée par des voix autorisées de l'arène) et guerrière de la lutte avec frappe, souhaitent entendre un autre discours, plus près des faits et moins apologétique que celui des « gourous » des arènes et des politiciens de tout poil.


Au Sénégal on savait que chaque homme politique avait son marabout, sa confrérie ; est-ce qu'on peut dire que chaque homme politique aurait son lutteur ?


De toute évidence, il y a un changement de mode opératoire, de paradigme, dans la façon bien sénégalaise de faire de la politique : l'allégeance des hommes politiques aux marabouts et aux confréries est réduite à sa dimension spectaculaire et théâtrale. Tout en continuant à bénéficier des largesses des gouvernants, les marabouts ne sont désormais que de « simples citoyens » (cette expression utilisée par le Président Macky Sall est symptomatique de la dé-mystification, elle dérange les faux dévots mais c'est la pure vérité) dans l'ordre temporel, dont les consignes de vote en faveur de tel ou tel candidat ne sont plus aveuglément et naïvement exécutées par les citoyens-électeurs qui ont « tout compris ».


Ce qui caractérise donc la séquence historique ouverte par la première alternance politique de mars 2000, c'est le passage à ce que j'appelle « une nouvelle figure de la politique » dont le signifiant majeur est l'encastrement de la politique dans la lutte avec frappe, avec comme toile de fond la guerre. Chaque homme politique d'envergure a non seulement « son » lutteur, mais aussi « son » promoteur, « son » communicateur traditionnel et je dirais même « son » émission télévisée de lutte. Il suffit d'analyser soigneusement le fonctionnement des émissions télévisées dédiées à la lutte – Bantamba, Lamb Ji, Lewtoo, Caxabal, Jonganté, Grand combat, etc. – pour se rendre compte que ces émissions, politiquement colorées, sont aussi le lieu d'expression de positions partisanes. Les « amitiés » et connivences entre politiciens sénégalais et acteurs du monde de la lutte avec frappe sont légion : le lutteur Yawou Dial était « le fils » d'Abdoulaye Wade ; le lutteur Bathie Seras a été emprisonné pour connivence ostentatoire avec certains responsables du PDS ; le lutteur Balla Gaye 2 était « le frère » du patron du Grand parti, Malick Gackou, du moins jusqu'à sa défaite contre Eumeu Sène (avril 2015) ; Sérigne Modou Niang était le « promoteur de l'Alternance » sous le magistère de Wade ; le lutteur Modou Lô a reçu la visite de Youssou Ndour et Amadou Bâ (deux pièces de la machine APR) dans le but de faire triompher le « OUI » lors du référendum constitutionnel du 20 mars 2016, etc. Il y eut aussi le Far West du 22 décembre 2011 (dans un contexte pré-électoral tendu) à la mairie de Sicap-Mermoz, au cours duquel le lutteur Ndiaga Diouf a été tué par balle.


Je montre donc dans mon livre que la lutte avec frappe s'affirme de plus en plus comme adjuvant de l'action politique, de même que la politique, elle-même, se voit de plus en plus « luttifiée ». Politisation de la lutte, mais aussi « luttification » de la politique, parce que la manipulation-instrumentalisation fonctionne dans les deux sens. Sous ce rapport, une journée de lutte avec frappe, loin de se réduire à une joyeuse fête culturelle et sportive – « Not just a game » -, est aussi une journée de luttes politiques, dans la mesure où les victoires et défaites qui procèdent des duels en coups de poing, en chorégraphies, en mysticisme et même en capacité de mobilisation, sont aussi, symboliquement, des victoires et des défaites politiques.


L'espace politique sénégalais est devenu une arène ou tous les coups seraient permis. Cela dit, ne doit-on pas moraliser, réglementer cet univers ?


La guerre, sous toutes ses formes, y est devenue l'essence même des luttes politiques. Un nouvel imaginaire de la politique s'est constitué, dont le signifiant majeur est la violence, autrement dit la capacité d'ôter sa dignité et/ou sa vie à l'ennemi (politique). Ce n'est pas un hasard si, pour bon nombre de Sénégalais aujourd'hui, (la) politique = mensonges, roueries, ruse, roublardise. Ils n'ont vu que des soi-disant hommes politiques qui aujourd'hui trouvent noir ce que, hier, ils présentaient comme blanc. Au Sénégal, « Poleutik » comme « Lamb », impliquent la duplicité et le subterfuge.


De ce point de vue, le défi majeur auquel le peuple sénégalais est confronté est de moraliser la politique. C'est seulement à cette condition qu'on pourrait sortir du gouffre de la politique politicienne dont les conséquences sont dramatiques. Il faut, comme je le soutiens dans mon livre, « éthiquiser » le dialogue politique et social pour construire la confiance – qui n'a jamais véritablement existé - entre l'État et la société mais également entre l'opposition et les partis au pouvoir. Or, comme l'a dit Julien Freund dans L'essence du politique (2004) : « Confier le commandement à quelqu'un c'est faire un pari : seule la confiance est capable d'exorciser la crainte qu'il inspire ». Il faut « libérer » les citoyens sénégalais des multiples formes de dépendance communautaire (la confrérie, l'ethnie, le terroir, la famille, etc.) et des logiques de soustractions, afin de créer les conditions d'une subjectivation politique à même de promouvoir une culture politique républicaine. L'énormité de ce défi, de ces défis, est à la mesure de la ténacité du mythe de la « démocratie sénégalais ».


Vous êtes sociologue et politologue de formation, donc apte à créer des concepts : vous nous abreuvez de mots nouveaux - et c'est agréable – tels que « luttification » de la politique, « sportivisation » de la lutte, « éthiquiser » le dialogue politique, etc. Pensez-vous que ces concepts sont maitrisés par la majorité des acteurs sociaux et politiques ?


Le concept, disait le philosophe Gilles Deleuze, est ce « qui empêche la pensée d'être bavarde », c'est-à-dire de s'arracher de la multiplicité sensible, de l'événementiel, pour garder une certaine neutralité axiologique. Le fait scientifique, comme l'a dit Bachelard, est construit et c'est en cela que mon discours sur l'objet « Lutte avec frappe et politique » est aux antipodes de la phraséologie journalistique et des panégyriques des communicateurs traditionnels et autres gourous des arènes. Il m'échoit de rappeler au lecteur que ce sont là des concepts et en tant que tels, ils entretiennent avec la réalité un certain rapport que le sociologue allemand, Max Weber, explique en ces termes dans son ouvrage Économie et société (1): «[Le chercheur] s'éloigne de la réalité et rend service à la connaissance en ce sens que, en indiquant le degré de l'approximation d'un événement historique relativement à un ou plusieurs concepts, [il] permet d'intégrer cet événement. [...] »


Lorsqu'on investit un phénomène qui vient à peine d'être reconnu comme objet scientifique, le premier défi épistémologique que l'on rencontre, en tant que chercheur, est celui de la construction d'un appareillage conceptuel approprié pour rendre intelligible ledit phénomène. Que ces concepts soient en décalage avec le discours populaire sur la lutte/ou sur la politique, cela ne me semble pas poser de problème, scientifiquement parlant. Seule l'évolution du phénomène décidera du degré d'appropriation de ces concepts par les acteurs sociaux. Lorsque le chercheur en sciences sociales veut être coûte que coûte compris par tout le monde, il risque de ne pas faire œuvre de science parce qu'il tombe à coup sûr dans le populisme.


La figure de la politique a-t-elle changé la figure du politique, de la démocratie et celle du lutteur au Sénégal ?


À cause des configurations culturelles du politique au Sénégal, la politique s'inscrit dans la religion, l'ethnicité, la sorcellerie et, récemment, la lutte avec frappe. Cette historicité du politique génère de nouvelles façons de faire de la politique et donc de nouvelles figures du politicien. Le politicien sénégalais est désormais un « politicien-lutteur » qui emprunte les instruments de la lutte avec frappe – vulgarité, insultes, coups de poing, mystique – dans ses luttes politiques. Mais le politicien sénégalais est aussi un « politicien-sorcier » tant il est vrai que les rapports entre politique et sorcellerie s'y renouvellent sans cesse : l'occultisme n'en constitue pas moins un instrument politique et le « capital sorcier » compte dans les batailles politiques, même si les praticiens des sciences laissent cet objet aux journalistes et à Radio Trottoir. À l'instar du lutteur qui prépare un combat, le politicien sénégalais doit nécessairement « se blinder », mystiquement, surtout à l'occasion des batailles électorales. C'est tout ça, la politique au Sénégal. Ces mutations ont entraîné une perversion de la « démocratie sénégalaise », qui s'est carrément vidée de sa substance et dont le mode dominant d'être est la théâtralité, la mise en scène et la carnavalisation des rapports politiques.


La lutte, elle aussi, a subi des mutations profondes : professionnalisation, « sportivisation », quête du record et du rendement et, donc, inscription dans le paradigme de l'économie libérale. La mutation dans la lutte, c'est aussi et surtout son encastrement dans la politique et, conséquemment, sa médiatisation outrancière. Il me semble que le tournant a été opéré à partir de la fin des années 90 avec l'irruption du lutteur Mohamed Ndao Tyson, principale figure individualisée de la réussite du mouvement générationnel Bul Faalé (initié pourtant par les rappeurs du groupe Positive Black Soul, DJ Awadi et Doug E-Tee avec la sortie de la chanson « Bul Faalé »). Si Tyson a révolutionné la lutte sénégalaise (avec frappe) c'est parce qu'il a su inventer une nouvelle manière d'être lutteur. Avec lui, la lutte devient un « sport business » et, progressivement, sous le magistère de Wade, la lutte offre des services politiciens ; et le lutteur devient un « lutteur-politicien » qui sait faire des événements politiques des occasions pour monter en puissance.

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Le Directeur Général, de l’Institution de Prévoyance Retraite du Sénégal, en portant à la connaissance des retraités dans son entretien[1] cette malheureuse information : « IPRES, 40 milliards FCFA d’arriérés » voulait leur révéler quoi, au juste ? On peut bien remarquer que le DG de l’Ipres n’est pas allé au fond de la question, parce que l’information non seulement elle est incomplète mais aussi tronquée par son manque de précision, car, ce dernier a, délibérément omis de donner la liste complète des employeurs détourneurs qui sont mis en cause, parce qu’il s’agit effectivement de détournement de fonds et rien d’autre. Mais, pourquoi le DG couvre-t-il ces délinquants, en col blanc, en ne dévoilant pas l’identité complète des incriminés à la face du monde ? Ne serait-il pas, parce que des membres de Conseil d’administration ont des sociétés dans le lot ? Ou bien, est-ce alors, une fuite en avant comme réponse, à la promesse d’amélioration des pensions de retraite, dont l’effectivité intervenir depuis janvier 2018 que le DG veut camoufler ou dissimiler dans son long entretien qui, franchement, est sans intérêt pour les pensionnaires de l’Ipres. Mais, en tout état de cause, nous notons pour notre part, que le DG a révélé dans son entretien, toute son impuissance face à prédateurs, puisqu’il s’agit bien de cela et c’est bien le terme approprié, qui ont détourné une si importante somme destinée aux retraités de l’Ipres. Il a, aussi, étalé à travers l’entretien, sans s’en rendre compte évidemment, toute son incompétence et incapacité à recouvrer, cette somme qui a été, véritablement, détournée par des employeurs indélicats, par contrainte, comme la loi lui en donne entièrement droit. Mais pourquoi ne l’a-t-il pas fait, alors qu’il dispose pleinement de la force de loi avec lui pour agir dans ce sens ? On le voit bien qu’il est complaisant avec les voleurs, mais irrespectueux avec les retraités.

Pourtant, dans les statuts de l’Ipres il est bien dit ceci en son « article 33 : Attributions du Directeur ; paragraphe b) En matière de recouvrement des cotisations ; alinéa 1 voici ce qui est dit : « En matières de recouvrement des sommes dues, tant par les employeurs que par les travailleurs, à l’Institution de Prévoyance de Retraite, le Directeur de l’institution dispose de la compétence et des pouvoirs qui lui sont directement reconnus par l’article 17 de la loi N° 75-50 du 03 avril 1975. Il s’agit, dans ce domaine, au nom et pour le compte de l’institution dans les mêmes conditions que le Directeur de la Caisse de Sécurité sociale aux termes des articles 149 et 156 du Code de Sécurité Sociale. » Et les alinéas qui suivent donnent clairement la procédure à suivre au Directeur pour contraindre ces véreux employeurs à rembourser les sommes détournées. Mais hélas, malgré de tout cela le Directeur n’a rien entrepris. De ce point de vue, il n’est pas simplement fautif sur toute la ligne, mais l’est lourdement. Si le DG avait commis une aussi grave faute dans une société privée ou dans un Etat de droit, c’est sûr et certain qu’il ne resterait pas un jour de plus à son bureau après constat, car il aurait été licencié d’office et n’aurait pas eu le loisir de donner son entretien bidon. Mais dans le cas d’espèce, nous avons en présence ici, une chaine de responsabilités qui implique collectivement, en plus du DG, le Conseil d’administration globalement et l’Etat du Sénégal au plus haut niveau, pour complicité dans une entreprise de malversation.

Voilà pourquoi, nous sommes en droit, au vu de cette complicité monstrueuse, de douter encore de ces administrateurs de l’Ipres. En effet, tout cela sent encore l’odeur nauséabonde de l’impunité dont une certaine minorité, intouchable et privilégiée, bénéficie, dans notre pays et quelle que puisse être, du reste, la gravité de leurs fautes. Mais, en tant que retraités, nous sommes les premiers voire les seuls concernés, à avoir, absolument, le droit à une information complète, juste et vraie, du DG et du CA, relative à la gestion intégrale des ressources de l’Ipres. Et à cette fin et à l’attention de ceux qui dirigent l’Ipres, nous voudrions préciser que les retraités ne sont point des pauvres que l’on assiste par charité, mais ce sont bien des ayant-droits qui ont trimé pendant des années d’activités de dur labeur. Ils tirent ainsi, pleinement et dignement, leurs revenus d’une caisse commune de solidarité de l’ensemble des travailleurs du secteur privé. Rappelons au passage que, c’est avec l’argent des retraités que tout le personnel de l’Ipres est rémunéré.

Mais, face à cette situation très sérieuse au plan financier pour l’Ipres qu’il dirige, le DG ne nous a pas dit quelles sont les mesures et dispositions concrètes qu’il a prises, en direction des incriminés d’abord, comme sanction et ensuite, pour faire entrer dans les caisses de l’Ipres, dans les meilleurs délais, ces fonds détournés, grâce à ce qu’en dispose la loi ? Alors, que le DG et le PCA sachent bien cela, si tel n’était pas le cas jusque-là, à savoir que le fait de ne pas reverser les cotisations sociales est une délinquance sociale de fait que la loi punit sévèrement. Et, le fait en outre, de les détourner, est encore plus grave, parce qu’il est alors synonyme de crime économique qui prive à des personnes âgées de percevoir convenablement leurs si maigres pensions pour vivre.

Le DG de l’Ipres, nous apprend en outre et en parfaite connaissance de cause, sans autre forme de procès, que 50% des entreprises du Sénégal n’ont pas déclaré leurs employés à l’Ipres. Ce qui, bien évidemment, signifie donc, qu’elles n’ont pas aussi cotisé à l’Ipres. Mais, vous, M. le DG de l’Ipres, en tant que responsable de ce secteur quelles mesures idoines concrètes avez-vous prises face à cette ignominie ? Comment, dans un Etat où l’on décèle que 50% des entreprises du pays n’ont pas déclaré leurs employés à l’Ipres, peut-on, logiquement, y parler de rigueur, d’équité, etc. ? Un tel pays peut-il prétendre gouverner avec la vertu et le respect à son peuple ? Absolument non ! C’est inacceptable une telle révélation dans ce Sénégal! Car, cela dépasse l’endentement d’une simple pensée logique. Franchement, l’on n’ose même pas supposer qu’il puisse exister un gouvernement de la République qui est bien au courant d’un tel état de fait extrêmement grave. C’est hallucinant voire effroyable! Et dire que ces entreprises en question continuent non seulement d’exister mais de fonctionner d’ailleurs, comme si de rien n’était, sans recevoir la moindre sanction, de quelque nature que ce soit ? Mais où est la République alors ?, l’Etat, la Justice et le droit sont où, également ?

Nous pouvons noter à travers la gestion de l’Ipres, comme le miroir qui reflète l’exemple type de comment est géré aujourd’hui, notre pays, globalement. Et, si c’est par cette méthode empirique de gestion, que notre pays doit émerger, nous nous trompons lourdement et mettons vraiment le doigt à l’œil, car un pays ne se gère pas à l’aveuglette, à l’informel ou par la fraude, la malversation et j’en passe. Lorsqu’un pays traite de cette façon aussi scandaleuse et indécente ses travailleurs et ses retraités et en outre compte 50% de ses entreprises qui sont des hors-la-loi, vivent de fraude sur tous les plans, bénéficient d’impunité des pouvoirs, ignorent même ce que veut dire patrie ou patriotisme, un tel pays ne se développera jamais.

Désolé, mais là, je suis en désaccord total avec certains de mes amis pour dire que, je préfère de loin, avoir à faire avec des étrangers, tout-à-fait en règle et qui jouent le jeu plutôt, que de m’encombrer avec des nationaux apatrides, fraudeurs, corrupteurs, cupides et pour qui, seuls leurs intérêts personnels comptent et rien d’autre. Par conséquent, d’accord pour un patriotisme économique conséquent et humaniste, mais non à tout chauvinisme étroit et borné en faveur de nationaux qui cherchent plus à devenir des maitres dominateurs aristocrates, comme cela semble se dessiner malheureusement, plutôt que de développer économiquement, rationnellement et dans la rigueur intrinsèque de la gestion de notre pays, dans les règles de l’art.

Enfin, je termine pour dire que tous les capitalistes obéissent aux mêmes principes, mêmes logiques et mêmes règles du capitalisme, à savoir que ces derniers n’ont ni patrie ni race. Ils ne sont, tous, attirés et mus que par le profit, gain égoïste et foncièrement personnel de l’intérêt.

Mandiaye Gaye

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