Politique

Macky Sall : ''Je sais rectifier quand mes politiques ne marchent pas''

Le gouvernement s'est inscrit dans une logique de toujours rectifier quand les politiques qu'il initie ne trouvent pas un écho favorable chez les populations, a déclaré, mardi à Dakar, le président Macky Sall.

''Nous venons de prendre une décision majeure concernant la suppression du visa d'entrée au Sénégal. Quand j'initie une politique et que je constate qu'elle ne trouve pas un écho favorable, je sais m'arrêter et rectifier'', a notamment dit le président Sall.

Il présidait l’ouverture d’un forum sur le financement des projets de type partenariats public-privé à Dakar, sous le thème : ’’Les partenariats public-privé : colonne porteuse du Plan Sénégal émergent’’.

Cette rencontre, qui cible ‘’le potentiel des secteurs socioéconomiques du Sénégal’’, va proposer pendant trois jours, des sessions plénières, des ateliers techniques et des expositions autour des projets PPP et ses outils les plus actuels de financement de projets.

Il est prévu ‘’des expositions ainsi que des excursions sur le site de projets PPP déjà réalisés’’.

''Lorsque j'initie une politique et que je me rends compte qu'elle ne rencontre pas d'échos favorables, je m'arrête pour la remettre en cause'', a insisté Macky Sall.

Après la suppression du visa d'entrée au Sénégal, il a invité les compagnies aériennes à faciliter les prix aux usagers, avant de de préciser que la surtaxe sur le carburant et le kérosène ne dépend pas des Etats mais des compagnies aériennes''.

Ont pris part à cet évènement des investisseurs internationaux, le secteur privé sénégalais, les spécialistes des PPP, des hauts responsables d’institutions financières, des donneurs d’ordre, des partenaires au développement et des donateurs ainsi que des sociétés de services.

APS

Bilan de l'Apr (parti au pouvoir) : Les alliés socialistes sonnent la charge

La crise couve au sein de Benno Bokk Yakaar et pourrait conduire, à très court terme, à une implosion de la coalition au pouvoir, comme le relèvent nos confrères de Grand-Place dans leur édition du jour. Après les piques acerbes des Jallarbistes de la Ligue démocratique (Ld) contre la gestion-maison du pouvoir par le président de la République avec l'implication de quasiment toute la fratrie Faye-Sall (les frères et beaux-frères du Président Sall), et le rejet par le Parti socialiste (Ps) de la nouvelle culture de la transhumance prônée par ce dernier, voilà que les jeunesses du parti de Tanor Dieng se démarquent du bilan du parti au pouvoir, l'Alliance pour la République. En conclave hier, le bureau politique national des jeunes du Ps, appuyé par les bureaux des régions de Tambacounda et de Kédougou, a exprimé cette position sur la gestion du bilan du Président Sall. Pour ces jeunes, qui ne sont que la tête de turc du Bureau politique du Ps, aucune coalition au monde, serait-elle de majorité présidentielle, ne peut définir la politique de la nation qui relève exclusivement de la volonté du président de la République. Leur tête de file, le truculent député-maire socialiste, Barthélémy Dias, par ailleurs membre du Bureau politique national du Ps, s'est voulu clair sur cette question. " Il est clair que c'est lui (Ndlr. : Macky Sall) qui a été élu par les peuple sénégalais. Et c'est lui qui rendra aussi compte devant le peuple ", s'est-il fendu. Mieux, à l'attention de ceux qui s'agitent pour une candidature unique de la coalition au pouvoir à l'échéance 2017, Dias assène : " ceux qui pensent que le Ps, qui depuis l'aube des temps est dans l'arène politique, bien structuré, très bien organisé et très discipliné, n'aura pas ou doit pas présenter de candidat contre Macky Sall, se trompent et se sont sûrement réveillés tard, se trompent. Qu'ils se détrompent ! ". Ce qui en droite ligne avec la déclaration du premier secrétaire du Ps, Ousmane Tanor Dieng : " (...) évidemment, lorsqu'on crée un parti, c'est pour conquérir le pouvoir ". Une lapalissade qui, lâchée à quelques encablures de la présidentielle de 2017, garde tout son sens. Ce que précise, sans fards, Mame Bounama Sall, le patron des jeunesses socialistes : " Le Ps présenteraun candidat et briguera les suffrages des Sénégalais, quoi qu'il adviendra ". Voilà qui a le mérite d'être clair et qui effrite davantage la cohésion tant vantée de Benno Bokk Yakaar. 2017 n'est plus loin : à vos marques !

Leral

Libéraux de l’extérieur : «Les dirigeants africains sont dans un mutisme complice»

Le naufrage d’émigrés africains en Méditerranée ne cesse de soulever des réactions. En conférence de presse hier à la permanence Omar Lamine Badji, les fédérations du Pds de l’extérieur estiment que «les dirigeants africains sont dans un mutisme complice et qu’ils devraient attaquer l’Europe en justice pour non-assistance à personne en danger».

Cependant, pour eux, ce drame témoigne «d’un manque de vision en matière de gestion des migrations, d’une inconscience totale par rapport aux enjeux politiques, économiques et diplomatiques de la problématique migratoire». Le secrétaire national chargé des Sénégalais de l’extérieur du Pds, Papa Saër Guèye, constate que l’Etat ne parvient toujours pas à cerner la question de l’émigration. Pourtant, rappelle-t-il, le Sénégal compte «entre 2 et 3 millions d’émigrés» avec un transfert annuel de fonds estimé à «702 milliards en 2011, 749 milliards en 2012 et 835 milliards en 2013». Ces Libéraux, qui indiquent que le Président Wade avait «progressivement institutionnalisé» la migration, demandent à Macky Sall de «restaurer» le ministère des Sénégalais de l’extérieur et de poursuivre le plaidoyer sur le «renforcement de la protection des migrants réguliers et irréguliers». M. Guèye et ses «frères» dénoncent d’ailleurs «l’envahissement de l’Apr dans les représentations diplomatiques».

Macky Sall, le Président de la République veut nous convaincre de sa politique agricole de rupture. Nous sommes conscients des efforts mais pas convaincus du changement de paradigme. Pas du tout. Il n y a ni rupture, ni changement de paradigme dans votre politique et vos stratégies de production agricole. Car l’augmentation des moyens financiers (si augmentation, il y a) ne peut nullement pas constituer une rupture ou un changement de paradigme. Il faut des stratégies nouvelles. En répondant à la question d’Arame NDAW sur la commercialisation de l’arachide, vous avez abordé deux points pour montrer que vous changez de paradigme. Il s’agit du système de subvention (des intrants et matériels agricoles) et du système de commercialisation.

Pour la subvention des intrants, particulièrement sur les semences certifiées, vous dites être passé de 500 kg en 2012 à 25 000 tonnes en 2014 et que vous visez 50 000 t en 2015.Nous rappelons qu’entre 1959 et 1964, le président Mamadou DIA avait prévu et réalisé, environ 100000 tonnes de semences et plants certifiés. Cette politique avait permis de constituer progressivement puis de sécuriser le capital semencier même au plus fort des plans d’ajustement structurel des années 1980 et 1990. C’est seulement dans les années 2000 que ce résultat a été annihilé par le président Abdoulaye Wade, avec une distribution anarchique.

Il s’en est rendu compte tardivement. Il s’est lancé dans des programmes de reconstitution de capital semencier avec plusieurs financements (budget national, Union européenne et banque mondiale) à coût de milliards. Mais, ces opérations de reconstitution ont toutes échoué sous Wade non pas à cause de déficit de financement mais à cause de l’approche administrée des programmes. Votre gouvernement utilise la même approche que celui de Wade.

De toute façon, vous prévoyez l’atteinte de vos objectifs (50 000 tonnes) de reconstitution totale dans 2 ans. Nous applaudirons des deux mains, si vous les atteignez. Pour l’instant, les résultats provisoires annoncés ne sont pas visibles sur le terrain. Les semences étaient du tout-venant, elles n’étaient même pas écrémées. Pour l’engrais, vous avez annoncé 8 milliards pour l’arachide, mais en 2009 le président Wade avait budgétisé 554 471 T d’engrais pour un coût de 193 224 285 714 F et un programme de fertilité des sols pour 536 000 000 F. Ici pas besoin de commentaire.

Pour la subvention du matériel agricole, vous agissez sur le matériel léger et sur le matériel lourd. Pour le matériel léger, vous avez acheté 20 500 unités (charrue, semoir, houe, charrette et harnachement) avec un taux de subvention de 70%. Le Président Mamadou Dia avait distribué au début de l’indépendance, en moyenne 937 unités de culture mécanique attelée complète chaque année auprès des paysans. Récemment, le Président Abdoulaye Wade avait acheté 255 charrues et 100 semoirs pendant la campagne agricole de 2009 sans parler de des autres matériels (houe, charrette et harnachement). Aussi bien Dia que Wade ont subventionné à presque à votre hauteur. Ensuite, les dettes ont été épongé ; ce qui fait qu’on s’est retrouvé presque à 100% de subvention. Précisons que ces opérations se faisaient sur crédit bancaire.

Pour le matériel lourd (tracteur, moissonneuse, motopompe), vous avez annoncé 1 400 tracteurs avec une subvention de 60% matériel lourd. Un taux proche de celui de votre prédécesseur Abdoulaye Wade. Nous rappelons que de 1960 à 1964, 135 unités de culture mécanique ont été distribuées aux producteurs. En 2008, 1205 tracteurs équipés d’offsets et 225 remorques ont été achetées par le Président Wade. En 2008, il a été budgétisé 310 batteuses à riz, 200 faucheuses, 40 moissonneuses- batteuses, 250 batteuses à mil/ sorgho/mais, 6 rizeries, 7 maïseries, 14 unités de transformation du manioc. Faites la comparaison en actualisant.

Ces rappels ne sont pas faits pour minimiser les efforts du Président Sall sur le secteur, ni pour amplifier le travail des prédécesseurs. Pas du tout. Mais, il faut reconnaître qu’on ne peut pas justifier une quelconque rupture par un volontarisme et beaucoup de milliards. Tous les responsables du pays ont tous fait montre de ce volontarisme et budgétisé des milliards de francs CFA. Le problème est que vous restez dans la même approche. Cette dernière consiste à mettre à la disposition des paysans des intrants et matériels subventionnés à coût de milliards, comme si c’est le seul système de subvention de l’agriculture qui existe. Il en existe d’autres et pour parler de rupture vous devez les explorer.

L’Etat peut bien subventionner l’agriculture sans faire des marchés d’intrants et de matériels ni participer directement à la reconstitution du capital semencier. Si vous aviez changiez de méthode, on aurait applaudi des deux mains. Mais ce n’est pas le cas. Pire, avec ce système, vous ne maîtriserez jamais les statistiques de terrain, vous serez à la merci des manipulateurs qui sont plus dangereux que les spéculateurs que vous pointez du doigt. Pourtant, ce ne sont que des acteurs économiques qui ont su s’adapter à un système qui les favorise. Ils ne sont fautifs que de leur capacité d’adaptation. Changez de système au lieu de les dénigrer. C’est votre système qui favorise la spéculation et même les agents de l’Etat en sont des acteurs.

Vous avez aussi abordé le système de commercialisation arachidière. Sur celle-ci, deux remarques s’imposent. D’abord, le président s’est embourbé en expliquant le phénomène de la spéculation (Mbappat). Ce n’est pas trop grave mais nous lui conseillons modestement dans ses futurs exercices de communication de ne pas entrer dans les détails qu’il ne maîtrise. Restez dans le général, dans les orientations et dans les stratégies générales. Ne vous attardez pas sur les détails. La deuxième remarque est qu’il n’a pas compris la question posée qui était pourtant claire. Depuis la suppression de l’ONCAD et de la SONAGRAINE, la commercialisation de l’arachide a des problèmes, comment régler ces problèmes ? C’est pourtant simple, il s’agit de dire quel système d’accompagnement (de conseil) technico-économique, votre politique de rupture a mis en place pour régler les problèmes ? Nous répondons : AUCUN, dis moins, c’est le statuquo.

Il ne s’agissait pas de dire que le prix de l’arachide a atteint pour la première fois de 200frs CFA, depuis 2014. Sur ce fait, nous rappelons que dans les années 1990, l’Etat a mis en place le Comité National Interprofessionnel de l’Arachide (CNIA) qui a la charge de fixer le prix de l’arachide. En 1995, le prix au producteur de l’arachide était de 145 F/Kg. En 2010, le prix de l’arachide fut fixé à 165 F/kg, Cependant, une étude avait estimé cette même année à 192 F/Kg les charges de production de l’arachide. Si on actualise (avec l’inflation sur les facteurs de production), 200F le kg en 2015, n’est pas rentable. Alors que l’on ne soit pas surpris qu’il ait de la spéculation.

Par ailleurs, le président semble se satisfaire des possibilités d’exportation qui a pour effet d’augmenter un peu le prix. Ce satisfecit prouve que, si besoin en est, que la rupture n’est pas de rigueur. La rupture serait de transformer notre arachide dans nos structures agro-alimentaire pour créer et consolider des emplois dans le secteur secondaire. Il s’agit de construire un système agro-alimentaire (Food system) solide, gage du développement de notre agriculture. Votre stratégie, M. le Président, est fortement hachée c’est une stratégie très sectorielle.

Monsieur le Président, si vous voulez changez de paradigme et faire des ruptures, il faut quitter l’approche sectorielle analytique en cours depuis l’indépendance pour une approche systémique agro-alimentaire (Food- system) qui intègre les unités de production, les structures de transformation/ distribution et les unités de consommation. Cette approche Food-system entrainera surement un nouveau système d’encadrement technico- économique mais aussi et surtout un nouveau de système de subvention qui ne sera pas basé sur les mises à disposition des intrants et matériels agricoles subventionnés à hauteur de 80%. Ce sera ce système qui va permettre de nourrir les populations, de créer des emplois et de développer l’agriculture.

Vous utilisez les mêmes approches de mise à disposition de matériel et d’intrant agricole, les mêmes financements, les mêmes taux de subvention et les mêmes types de fermes clé à mains, vous parlez de rupture. La seule rupture est de n’avoir pas su mettre en place un système d’encadrement technico-économique des paysans.

P S : Pou l’autosuffisance en Riz, vous avez fait des calculs sur la double culture, il faut faire attention, l’intensité culturale n’est pas de 2. Le PRACAS l’estime à vers 1,6 (vous auriez dû multiplier par 1,6 au lieu de 2 dans l’opération sur les surfaces emblavées en irrigué (60 000ha X 2 : 120 000 x 8t : 960 000 t). Mais cette année dans la vallée du fleuve, les emblavures en contre saison sèche tourne autour de 20 000ha au grand maximum donc loin des 60.000ha. Alors l’intensité culturale tombe aux environs de 1, 3 ha. Surtout n’espérez pas avoir un rendement moyen de 8 tonnes à ha.

Avec ces chiffres, les paysans n’ont pas encore répondu à votre appel. Il faut au-delà des remerciements, féliciter Khoutia mais surtout lui demander de réorienter sa communication vers la cible paysanne.

Amadou NDIAYE,
UFR S2ATA UGB

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