Politique

Libéraux de l’extérieur : «Les dirigeants africains sont dans un mutisme complice»

Le naufrage d’émigrés africains en Méditerranée ne cesse de soulever des réactions. En conférence de presse hier à la permanence Omar Lamine Badji, les fédérations du Pds de l’extérieur estiment que «les dirigeants africains sont dans un mutisme complice et qu’ils devraient attaquer l’Europe en justice pour non-assistance à personne en danger».

Cependant, pour eux, ce drame témoigne «d’un manque de vision en matière de gestion des migrations, d’une inconscience totale par rapport aux enjeux politiques, économiques et diplomatiques de la problématique migratoire». Le secrétaire national chargé des Sénégalais de l’extérieur du Pds, Papa Saër Guèye, constate que l’Etat ne parvient toujours pas à cerner la question de l’émigration. Pourtant, rappelle-t-il, le Sénégal compte «entre 2 et 3 millions d’émigrés» avec un transfert annuel de fonds estimé à «702 milliards en 2011, 749 milliards en 2012 et 835 milliards en 2013». Ces Libéraux, qui indiquent que le Président Wade avait «progressivement institutionnalisé» la migration, demandent à Macky Sall de «restaurer» le ministère des Sénégalais de l’extérieur et de poursuivre le plaidoyer sur le «renforcement de la protection des migrants réguliers et irréguliers». M. Guèye et ses «frères» dénoncent d’ailleurs «l’envahissement de l’Apr dans les représentations diplomatiques».

Macky Sall, le Président de la République veut nous convaincre de sa politique agricole de rupture. Nous sommes conscients des efforts mais pas convaincus du changement de paradigme. Pas du tout. Il n y a ni rupture, ni changement de paradigme dans votre politique et vos stratégies de production agricole. Car l’augmentation des moyens financiers (si augmentation, il y a) ne peut nullement pas constituer une rupture ou un changement de paradigme. Il faut des stratégies nouvelles. En répondant à la question d’Arame NDAW sur la commercialisation de l’arachide, vous avez abordé deux points pour montrer que vous changez de paradigme. Il s’agit du système de subvention (des intrants et matériels agricoles) et du système de commercialisation.

Pour la subvention des intrants, particulièrement sur les semences certifiées, vous dites être passé de 500 kg en 2012 à 25 000 tonnes en 2014 et que vous visez 50 000 t en 2015.Nous rappelons qu’entre 1959 et 1964, le président Mamadou DIA avait prévu et réalisé, environ 100000 tonnes de semences et plants certifiés. Cette politique avait permis de constituer progressivement puis de sécuriser le capital semencier même au plus fort des plans d’ajustement structurel des années 1980 et 1990. C’est seulement dans les années 2000 que ce résultat a été annihilé par le président Abdoulaye Wade, avec une distribution anarchique.

Il s’en est rendu compte tardivement. Il s’est lancé dans des programmes de reconstitution de capital semencier avec plusieurs financements (budget national, Union européenne et banque mondiale) à coût de milliards. Mais, ces opérations de reconstitution ont toutes échoué sous Wade non pas à cause de déficit de financement mais à cause de l’approche administrée des programmes. Votre gouvernement utilise la même approche que celui de Wade.

De toute façon, vous prévoyez l’atteinte de vos objectifs (50 000 tonnes) de reconstitution totale dans 2 ans. Nous applaudirons des deux mains, si vous les atteignez. Pour l’instant, les résultats provisoires annoncés ne sont pas visibles sur le terrain. Les semences étaient du tout-venant, elles n’étaient même pas écrémées. Pour l’engrais, vous avez annoncé 8 milliards pour l’arachide, mais en 2009 le président Wade avait budgétisé 554 471 T d’engrais pour un coût de 193 224 285 714 F et un programme de fertilité des sols pour 536 000 000 F. Ici pas besoin de commentaire.

Pour la subvention du matériel agricole, vous agissez sur le matériel léger et sur le matériel lourd. Pour le matériel léger, vous avez acheté 20 500 unités (charrue, semoir, houe, charrette et harnachement) avec un taux de subvention de 70%. Le Président Mamadou Dia avait distribué au début de l’indépendance, en moyenne 937 unités de culture mécanique attelée complète chaque année auprès des paysans. Récemment, le Président Abdoulaye Wade avait acheté 255 charrues et 100 semoirs pendant la campagne agricole de 2009 sans parler de des autres matériels (houe, charrette et harnachement). Aussi bien Dia que Wade ont subventionné à presque à votre hauteur. Ensuite, les dettes ont été épongé ; ce qui fait qu’on s’est retrouvé presque à 100% de subvention. Précisons que ces opérations se faisaient sur crédit bancaire.

Pour le matériel lourd (tracteur, moissonneuse, motopompe), vous avez annoncé 1 400 tracteurs avec une subvention de 60% matériel lourd. Un taux proche de celui de votre prédécesseur Abdoulaye Wade. Nous rappelons que de 1960 à 1964, 135 unités de culture mécanique ont été distribuées aux producteurs. En 2008, 1205 tracteurs équipés d’offsets et 225 remorques ont été achetées par le Président Wade. En 2008, il a été budgétisé 310 batteuses à riz, 200 faucheuses, 40 moissonneuses- batteuses, 250 batteuses à mil/ sorgho/mais, 6 rizeries, 7 maïseries, 14 unités de transformation du manioc. Faites la comparaison en actualisant.

Ces rappels ne sont pas faits pour minimiser les efforts du Président Sall sur le secteur, ni pour amplifier le travail des prédécesseurs. Pas du tout. Mais, il faut reconnaître qu’on ne peut pas justifier une quelconque rupture par un volontarisme et beaucoup de milliards. Tous les responsables du pays ont tous fait montre de ce volontarisme et budgétisé des milliards de francs CFA. Le problème est que vous restez dans la même approche. Cette dernière consiste à mettre à la disposition des paysans des intrants et matériels subventionnés à coût de milliards, comme si c’est le seul système de subvention de l’agriculture qui existe. Il en existe d’autres et pour parler de rupture vous devez les explorer.

L’Etat peut bien subventionner l’agriculture sans faire des marchés d’intrants et de matériels ni participer directement à la reconstitution du capital semencier. Si vous aviez changiez de méthode, on aurait applaudi des deux mains. Mais ce n’est pas le cas. Pire, avec ce système, vous ne maîtriserez jamais les statistiques de terrain, vous serez à la merci des manipulateurs qui sont plus dangereux que les spéculateurs que vous pointez du doigt. Pourtant, ce ne sont que des acteurs économiques qui ont su s’adapter à un système qui les favorise. Ils ne sont fautifs que de leur capacité d’adaptation. Changez de système au lieu de les dénigrer. C’est votre système qui favorise la spéculation et même les agents de l’Etat en sont des acteurs.

Vous avez aussi abordé le système de commercialisation arachidière. Sur celle-ci, deux remarques s’imposent. D’abord, le président s’est embourbé en expliquant le phénomène de la spéculation (Mbappat). Ce n’est pas trop grave mais nous lui conseillons modestement dans ses futurs exercices de communication de ne pas entrer dans les détails qu’il ne maîtrise. Restez dans le général, dans les orientations et dans les stratégies générales. Ne vous attardez pas sur les détails. La deuxième remarque est qu’il n’a pas compris la question posée qui était pourtant claire. Depuis la suppression de l’ONCAD et de la SONAGRAINE, la commercialisation de l’arachide a des problèmes, comment régler ces problèmes ? C’est pourtant simple, il s’agit de dire quel système d’accompagnement (de conseil) technico-économique, votre politique de rupture a mis en place pour régler les problèmes ? Nous répondons : AUCUN, dis moins, c’est le statuquo.

Il ne s’agissait pas de dire que le prix de l’arachide a atteint pour la première fois de 200frs CFA, depuis 2014. Sur ce fait, nous rappelons que dans les années 1990, l’Etat a mis en place le Comité National Interprofessionnel de l’Arachide (CNIA) qui a la charge de fixer le prix de l’arachide. En 1995, le prix au producteur de l’arachide était de 145 F/Kg. En 2010, le prix de l’arachide fut fixé à 165 F/kg, Cependant, une étude avait estimé cette même année à 192 F/Kg les charges de production de l’arachide. Si on actualise (avec l’inflation sur les facteurs de production), 200F le kg en 2015, n’est pas rentable. Alors que l’on ne soit pas surpris qu’il ait de la spéculation.

Par ailleurs, le président semble se satisfaire des possibilités d’exportation qui a pour effet d’augmenter un peu le prix. Ce satisfecit prouve que, si besoin en est, que la rupture n’est pas de rigueur. La rupture serait de transformer notre arachide dans nos structures agro-alimentaire pour créer et consolider des emplois dans le secteur secondaire. Il s’agit de construire un système agro-alimentaire (Food system) solide, gage du développement de notre agriculture. Votre stratégie, M. le Président, est fortement hachée c’est une stratégie très sectorielle.

Monsieur le Président, si vous voulez changez de paradigme et faire des ruptures, il faut quitter l’approche sectorielle analytique en cours depuis l’indépendance pour une approche systémique agro-alimentaire (Food- system) qui intègre les unités de production, les structures de transformation/ distribution et les unités de consommation. Cette approche Food-system entrainera surement un nouveau système d’encadrement technico- économique mais aussi et surtout un nouveau de système de subvention qui ne sera pas basé sur les mises à disposition des intrants et matériels agricoles subventionnés à hauteur de 80%. Ce sera ce système qui va permettre de nourrir les populations, de créer des emplois et de développer l’agriculture.

Vous utilisez les mêmes approches de mise à disposition de matériel et d’intrant agricole, les mêmes financements, les mêmes taux de subvention et les mêmes types de fermes clé à mains, vous parlez de rupture. La seule rupture est de n’avoir pas su mettre en place un système d’encadrement technico-économique des paysans.

P S : Pou l’autosuffisance en Riz, vous avez fait des calculs sur la double culture, il faut faire attention, l’intensité culturale n’est pas de 2. Le PRACAS l’estime à vers 1,6 (vous auriez dû multiplier par 1,6 au lieu de 2 dans l’opération sur les surfaces emblavées en irrigué (60 000ha X 2 : 120 000 x 8t : 960 000 t). Mais cette année dans la vallée du fleuve, les emblavures en contre saison sèche tourne autour de 20 000ha au grand maximum donc loin des 60.000ha. Alors l’intensité culturale tombe aux environs de 1, 3 ha. Surtout n’espérez pas avoir un rendement moyen de 8 tonnes à ha.

Avec ces chiffres, les paysans n’ont pas encore répondu à votre appel. Il faut au-delà des remerciements, féliciter Khoutia mais surtout lui demander de réorienter sa communication vers la cible paysanne.

Amadou NDIAYE,
UFR S2ATA UGB

Réduction de l'opposition à sa plus simple expression : Me Wade raille le Président Macky Sall et l'exhorte à travailler

Au cours de l'entretien qu'il a accordé à certains groupes de presse, le chef de l'Etat a déclaré que lui et ses alliés veulent réduire l'opposition à sa plus simple expression. Une sortie qui fait, à la limite, rire le secrétaire général national du Parti démocratique sénégalais. En audience avec la Fédération du Pds de Kaolack, le pape du Sopi estime que les élections se gagnent en travaillant et le Président Macky Sall ferait mieux de redoubler d'effort."Quand Macky dit qu'il veut réduire l'opposition à sa plus simple expression, c'est parce qu'il n'a pas reçu les bons renseignements sur ce qui se passe dans ce pays. Donner de l'argent à gauche à droite pour corrompre les gens ne veut pas dire gagner les élections. Macky Sall nage dans l'erreur. Un sondage a été effectué il n'y a pas longtemps et les résultats le classent entre la 3ème et 4ème place. C'est-à-dire que si les élections sont organisées demain, Macky Sall ne sera pas au second tour. Le Pds reste le premier parti au Sénégal", a dit l'ancien Président Abdoulaye Wade. Aussi, conseille-t-il son ancien PM, dans les colonnes de La Tribune, de bien travailler pour pouvoir aller au second tour et peut-être remporter l'élection.

Au cours de la rencontre, les nombreux départs de certains membres du Pds, notamment celui de Souleymane Ndéné Ndiaye, ont encore été évoqués. Les libéraux de Kaolack ont tiré à boulets rouge sur l'ancien Premier ministre de Wade, l'accusant d'avoir toujours travaillé contre leur formation politique. D'autres vont jusqu'à révéler que si Jules Ndéné est allé apprendre l'anglais, au moment où ses frères de parti se retroussaient les manches pour sauvegarder le parti, c'est parce qu'on lui a promis un poste au tribunal de la Haye. En réponse à leur interpellation, nos confrères renseignent que Me Wade a d'abord soutenu que Kaolack a toujours joué un rôle important dans le Pds. Il a également reconnu que le parti souffre d'un manque d'organisation notoire dans le Sine-Saloum, d'où la pénétration de Macky Sall pour y puiser des militants. "C'est vrai que certains sont partis, mais, c'est la vie. Lat Dior a été trahi par ses plus proches collaborateurs. Ces départs ne peuvent pas affecter le Pds qui reste le premier parti au Sénégal", a tenu à rassurer Me Wade.

Passé-Présent - Théoricien de l’éthique politique en 2012 : Macky transhume

Le chef de l’Etat a fait l’apologie de la transhumance, jeudi, face à la presse à Kaffrine. Pourtant, candidat de Macky2012, il avait invité, sur Walf Tv, à mettre de l’éthique dans la politique. Sa position sur la question a changé parce qu’il se trouve dans une autre position.

Macky Sall au pouvoir ne veut plus entendre le terme «transhumance» qui est «inacceptable» à ses yeux. Mais Macky Sall candidat à la présidence de la République ne faisait pas cette remarque aux journalistes de Walf Tv qui le recevaient à l’émission Perspectives 2012. «Dès lors que les gens viennent avant la victoire», c’était concevable selon lui. Il refuse aujourd’hui que ces transhumants soient assimilés à du «bétail qui quitte des prairies moins fournies pour aller vers des prairies mieux fournies». Et il traitait hier ces mêmes transhumants de «rats qui quittent le navire parce que le naufrage est imminent». Face à la presse à Kaffrine, jeudi, le chef de l’Etat ne voit rien d’«amoral» dans ces mouvements politiques et se demande au nom de quel principe voudrait-on traiter ainsi les politiques. C’est bien au nom de l’éthique, comme il le disait lui-même : «Ce qui est déplorable, c’est que certains attendent que d’autres se battent et gagnent pour venir ensuite les bousculer.» Même si, assurait-il à Kaffrine, «nous ne les débauchons pas à coups de milliards ; nous ne leur donnons pas non plus tout de suite des postes». Face à Walf Tv, le candidat de Macky2012 ajoutait : «On ne peut pas continuer à faire la transhumance telle qu’elle se pratique aujourd’hui parce qu’il faut mettre de l’éthique dans tout cela. Il faut que les gens reviennent aux valeurs. C’est extrêmement important parce que nous ne pourrons pas changer positivement notre pays si nous restons dans le boul faalé (je-m’en-foutisme) et le masla (compromis) où chacun peut faire ce qu’il veut et, après, on se tapote l’épaule entre camarades.»

Transhumance n’est pas majorité
En justifiant la transhumance, Macky Sall a relevé que la Constitution garantit la liberté d’aller et de venir. Mais d’aller où ? De venir où ? S’il est vrai que tout parti au pouvoir peut légitimement se massifier pour se maintenir, il reste que ceux qui sont plus déterminants dans une (ré)élection sont plus ceux qui ne sont d’aucun parti. Et le Président Sall l’a compris en avouant que «les acteurs politiques au Sénégal ne sont pas nombreux». «Nous avons à peu près 5 millions d’électeurs sur 13 millions de Sénégalais», précise-t-il. Mais combien de transhumants y a-t-il parmi ces 5 millions d’électeurs ? Et combien sont-ils d’ailleurs à avoir sanctionné la transhumance version Wade avec sa Cap 21 et ses Fal2012 ?
En prenant exemple sur lui, il s’est pourtant rendu compte qu’il peut gagner sans eux. «Je viens du Pds. Je m’y sentais mal à l’aise. Je l’ai quitté, j’ai créé ma formation, j’ai travaillé et j’ai gagné», rappelle-t-il fièrement. Justement, lui-même a été victime d’une guerre sans précédent de ses adversaires, amorale parce qu’avec des armes non conventionnelles. En 2012, c’est le message de l’éthique et de la moralisation de la vie politique qui a parlé dans les urnes. Contre la transhumance et le wax waxeet ; donc le respect de la parole donnée, entre autres. Macky Sall estime que tirer sur la transhumance, c’est lui demander de «scier la branche sur laquelle (il) est assis». C’est que la «branche» de la transhumance n’est pas si rigide qu’on le croit. Sinon Wade n’en serait pas tombé.

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