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Politique

NON-APPLICATION DES RECOMMANDATIONS DES COMMISSIONS INSTITUEES PAR MACKY SALL : L’OPPOSITION ACCUSE, LA MAJORITE TEMPERE

Institués par le chef de l’Etat, Macky Sall pour obtenir de larges consensus, mais surtout des conclusions dynamiques dans divers domaines dont les Institutions, le foncier, la justice ou même la consolidation de la démocratie sénégalaise, les Commissions ou Comités peinent à voir leurs recommandations se concrétiser. Ainsi donc, avec acuité, se pose le débat sur le sort réservé aux recommandations de ces structures créées sur décret présidentiel, au vu des ressources humaines et financières mobilisées à cet effet. Dans son édition du mardi 26 juin 2018, Sud Quotidien posait déjà la problématique et donnait la parole à quelques membres de la société civile, lesquels avaient stigmatisé la propension du maître du jeu, en l’occurrence Macky Sall, à mettre le coude sur les conclusions des commissions par lui-même créées. Dans la continuité de la démarche, Sud Quotidien interpelle, tout naturellement, la classe politique sur le suivi des conclusions et recommandations des commissions mises en place par le régime. Résultat des courses : les tenants de la majorité comme leurs adversaires de l’opposition politique ne parviennent pas à trouver des plages de convergence sur cette question.  


CHEIKH BAMBA DIEYE, DÉPUTÉ NON-INSCRIT ET LEADER DU FRONT POUR LE SOCIALISME ET LA DÉMOCRATIE/BENNO JUBEL (FSD/BJ)
«LE PRESIDENT SALL UTILISE TOUT LE MONDE COMME UN STRATAGEME POLITIQUE…»

Les Sénégalais doivent savoir que ce que dit le président Sall n’est absolument pas conforme avec ce qu’il fait. Et il fait et parle si fort (sa manière d’être, de se comporter, de trahir ses engagements, de ne rien respecter sur le respect qu’il doit aux autres) qu’on n’a pas besoin d’entendre son discours sur le dialogue, sur sa démarche inclusive parce qu’il n’est pas crédible à ce niveau-là. Car, le classement sans suite des recommandations des commissions commence à être un mode de gouvernance chez le président Macky Sall. Autrement dit, pour le président de la République, c’est un jeu du chat et de la souris non pas dans le sens d’aller vers la consolidation de l’Etat de droit mais simplement de capter les besoins exprimés par les gens. Il envoie dans des nuages et à la fin, les gens se rendent compte, une fois que la première ouverture est faite, que les choses s’arrêtent là. Il en était ainsi pour les recommandations des Assises nationales.
Il a signé la charte de bonne gouvernance et au moment où il a eu la possibilité d’aller en profondeur sur les réformes préconisées par les Assises, nous avons tous constaté qu’il a fait autre chose que ce qui était préconisé. Chaque fois qu’il sent que la situation nationale est assez tendue, il fait une ouverture de façade parce qu’il n’y a rien derrière cette ouverture. Mais, il doit savoir que cette démarche n’est pas crédible pour un pays qui cherche à asseoir une paix sociale et un Etat de droit.
En plus, c’est assez onéreux pour les finances publiques dans le sens où, parfois, c’est beaucoup de millions qui sont mobilisés pour financer les activités de ces différentes commissions dont les rapports et recommandations sont ensuite classés aux oubliettes. Je pense que les acteurs de la société nationale, au-delà de la société civile et la société politique, doivent se rendre compte qu’ils n’ont pas un partenaire crédible en face d’eux. Ils doivent savoir aussi qu’ils n’ont pas quelqu’un qui est dans l’ouverture vers les autres. Le président Sall utilise tout le monde comme un stratagème politique juste pour embellir de manière folklorique les formes extérieures alors que dedans, il n’est rien d’autre qu’une dictature impitoyable. Il ne fait aucune place au respect de la loi, de la légalité et de l’ordre quand il ne donne aucun crédit à l’argent dépensé, au temps consacré aux études mais aussi au respect qu’il doit aux citoyens pour les avoir conviés à des réflexions.
 
YOUSSOU TOURE, ANCIEN MINISTRE ET MEMBRE DE L’APR
«CE N’EST PAS UNE COURSE DE VITESSE»

Il faut savoir que le président doit prendre en charge beaucoup de préoccupations des Sénégalais. C’est vrai que des fois, il y a des urgences. Mais, un président de la République ne peut pas s’occuper de tout à la fois. Il y a des commissions qui ont été mises sur pied. Ces commissions sont en train d’abattre un excellent travail. Mais encore, faudrait-il qu’on ait du temps pour prendre en charge toutes ces questions. Ce n’est pas une course de vitesse. Il s’agit d’impliquer les populations pour faire en sorte que tout le monde puisse se retrouver, que ce soit l’opposition comme le pouvoir. Il doit y avoir un minimum de consensus entre acteurs politiques.

Ce pays n’appartient à personne, mais à tous ses fils. Il faut qu’on siffle la fin de la récréation. Un pouvoir, c’est quand même lourd. Nous sommes dans une République, dans une démocratie et il y a partout des priorités. Le président Macky Sall n’a pas hérité d’un paradis. Il a trouvé sur place des dossiers extrêmement chauds, compliqués, que des problèmes. Le président Macky Sall ne dispose pas d’une baguette magique. De 2012 à maintenant, est-ce que vous entendez parler de pénurie ? Qu’on ait le courage de reconnaitre que, de 2012 à aujourd’hui, les choses marchent véritablement. Les recommandations ont été prises en charge par le président de la République. Il faut quelque part lui rendre hommage. Tous les présidents qui l’ont précédé ont été quelque part confrontés à de réelles difficultés. S’il ne s’agissait que du président de la République, le Sénégal serait un paradis. Je pense qu’il faut continuer le dialogue, la discussion, les échanges. Gérer un Etat, ce n’est pas gérer une borne fontaine. Donc, il faut qu’on fasse preuve de tolérance et de retenue».


THIERNO BOCOUM, ANCIEN DÉPUTÉ ET PRÉSIDENT DU MOUVEMENT AGIR
«CETTE DEMARCHE N’EST PAS UN FAIT NOUVEAU CHEZ LE PRESIDENT SALL»


Le président de la République est rarement dans le fond. Il est toujours obnubilé par la forme et les apparences. Pour toutes les réformes engagées sous son magistère, il a fallu seulement rassembler des ressources humaines du Sénégal dans leur diversité mais également les deniers publics. Mais, tout cela n’est qu’apparence, un manteau qu’il a fait porter à des projets personnels pour donner l’image d’une personne d’ouverture, un démocrate, donner l’image d’un Sénégal qui est à cheval sur les principes de démocratie, de liberté et de justice alors que, dans la réalité, il n’y a rien.

Et, cette attitude est extrêmement dommage parce qu’en réalité, la Commission nationale de réforme des institutions devait pouvoir régler énormément de choses avec ses recommandations très importantes mais le président a choisi ce qui l’a intéressé pour l’appliquer. C’est le même constat avec l’Ofnac qui n’a pas jusqu’ici publié son rapport alors que dans la Loi qui a institué cet organe de contrôle, il est clairement dit que l’Ofnac doit publier ses rapports par tous les moyens.
Toutefois, cette démarche consistant à mettre dans les tiroirs les recommandations des rapports produits par des commissions qu’il a lui-même instituées n’est pas un fait nouveau chez le président Sall. Je dirais même que c’est une pratique courante chez lui et c’est dommage parce que le Sénégal a besoin de se pencher sur des questions essentielles pour les régler de manière définitive. On ne peut pas à chaque fois, revenir sur les mêmes questions, mettre en avant des stratégies de maintien au pouvoir et essayer de jouer sur la forme et les apparences.  
    
DR CHEIKH LO, AJ-PADS-A
«PEUT-ETRE QUE C’EST UN PROBLEME DE CALENDRIER MAIS L’EXPLOITATION EST EN COURS»


Le président, en mettant en place ces différentes commissions, avait une bonne vision. Parce qu’il savait qu’en les mettant sur pied, ces commissions allaient lui donner les éléments de réponse dont il a besoin pour mener à bien sa mission. Sur ce plan, vous avez raison. Il y a beaucoup de commissions qui ont déposé leurs conclusions. Maintenant, ce que j’apprends du Chef de l’Etat, c’est qu’il a son calendrier. Il a mis en place des commissions qui ont produit des résultats. Ça ne veut pas dire qu’il va utiliser tous les résultats. Parce que, quand tu mets en place une commission, cette structure dépose son travail et tu choisis par rapport à ce que tu penses pouvoir utiliser pour mener à bien ta mission. C’est vrai qu’il a pris beaucoup de temps pour répondre à ces différentes recommandations. Il est bien de l’interpeller pour qu’il puisse aller un peu plus vite, par rapport à l’exploitation des conclusions. C’est mon avis.

C’est bon d’attirer l’attention. Mais, dans les jours à venir, je suis certain qu’il va travailler dans ce sens. Peut-être même qu’il y a des gens qui sont en train d’y travailler, de voir les conclusions et de pouvoir donner au président la substance de ces conclusions-là. Je ne suis pas dans le secret des dieux. Je pars du postulat de départ pour dire que le président de la République a pris la décision lui-même, sans pression, de mettre en place ces commissions pour qu’elles puissent travailler et qu’il puisse utiliser leurs conclusions. A mon avis, c’est peut être un problème de calendrier mais l’exploitation est en cours. Peut-être aussi que c’est très lent, et qu’il faudrait que très rapidement on exploite ces conclusions. Mais, il faut savoir que quand tu mets en place une commission, elle peut travailler au-delà de ses limites. Ce qui est important, c’est de ramener l’affaire par rapport aux contours que vous avez définis. Parce qu’il (Macky Sall-ndlr) ne peut pas mettre de l’argent pour créer ces commissions-là et jeter ce travail. Je n’ai donc pas de doute que ce sera pour bientôt.

Sudonline

Me Abdoulaye Tine, leader du l’Usl, candidat à la présidentielle : « Surmonter l’obstacle du parrainage »

Au lendemain de l’adoption de la loi sur le parrainage, les ambitions présidentielles de beaucoup de personnalités s’amenuisent. Avocat au barreau de Paris et leader de l’Union sociale libérale, Me Abdoulaye Tine, 43 ans, refuse de faire partie des candidats qui abdiquent. Tout en attaquant la loi sur le parrainage devant la Cour de justice de la Cedeao, il s’est lancé à la quête de signatures à travers son parti qu’il dit implanté dans les 14 régions du Sénégal et dans la Diaspora pour surmonter la barrière administrative afin de proposer aux citoyens un autre projet de société.

Vous avez créé l’Union sociale libérale en 2014. Qu’est-ce qui fait la spécificité de votre formation politique ?
C’est un parti qui est en croissance. Nous l’avons fondé le 12 mai 2014. Nous avons attendu jusqu’à l’obtention du récépissé qui a été signé par le ministre de l’Intérieur, le 24 septembre 2016, pour fixer la date de lancement qui a eu lieu le 27 février 2017. Depuis lors, le parti a continué sa stratégie d’implantation à travers les 14 régions du Sénégal. Aujourd’hui, sur les 557 communes, le parti est dans 357 communes. Des 101 pays de la Diaspora où les Sénégalais ont des consulats, nous sommes présents dans plus de 54 pays. Nous avons créé un laboratoire d’idées pour penser notre programme. Nous en avons lancé un à Dakar en février. Deux autres seront lancés à Paris et aux Etats-Unis. Cela vise à permettre à la Diaspora sénégalaise de participer à la coproduction du projet présidentielle que nous voulons proposer aux Sénégalais. Le parti est constitué de citoyens de la société civile ou de citoyens qui n’étaient pas dans les appareils politiques. Nous avons aussi beaucoup de personnes qui sont dans les appareils politiques et qui ont décidé de rejoindre notre parti. Plusieurs personnalités locales ont rejoint le parti à Pikine. Nous avons des citoyens de tous bords qui ont décidé de dépasser les clivages partisans. Ce qui importe pour eux, c’est de se mettre autour d’un projet pour servir l’intérêt national.

Les grands leaders politiques détiennent des bases affectives. Est-ce le cas pour vous ?
J’ai une base affective. La salle où nous avons tenu notre rencontre à Pikine a été remplie de monde. Je suis un enfant de Pikine. Je suis né dans cette ville. J’ai fait l’école primaire à l’Ecole 10 et le cycle moyen au Cem Fallilou Diop. J’ai obtenu mon Bac au lycée Limamoulaye. C’est après la maîtrise en Droit public que je suis parti à Paris. J’ai fait plusieurs institutions dont les Nations-Unies, le service international du barreau de Paris, mais je n’ai jamais coupé le lien avec cette localité. Même si ma famille n’y vit plus, il n’en demeure pas moins que lorsque j’arrive à Pikine, je me sens totalement chez moi. J’ai aussi une base affective aux Parcelles assainies où ma famille avait déménagé. Ma base affective oscille entre les deux localités, mais il y a une dominante pikinoise

Pourquoi êtes- vous candidat à la présidentielle ?
Je suis candidat à la présidentielle de 2019 pour plusieurs raisons. La première est qu’aujourd’hui, avant de lancer un parti politique, nous nous sommes investis en tant qu’acteur de la société civile pour qu’en 2012, nous puissions avoir un changement. Lorsque le pouvoir s’est installé, dès les premières années, notre analyse était que ce qui est en train d’être fait n’était pas conforme à notre engagement. C’est à partir de ce moment que nous avons commencé à réfléchir pour trouver des modalités alternatives. Avant de déposer les statuts du parti, nous avons commencé à écouter les citoyens sénégalais. Beaucoup de citoyens ont été interrogés. Et nous sommes arrivés à deux conclusions. La première est que les intellectuels ne sont plus dans les partis politiques, contrairement aux premières années de l’indépendance où on a eu Léopold Sédar Senghor, Galandou Diouf et tous les autres qui ont créé cette jeune nation. Quand on demande aux intellectuels pourquoi ils ne sont plus dans le jeu politique, ils répondent que la politique est souvent caractérisée par des complots, des règlements de compte, des scandales. La deuxième raison est que le parti majoritaire au Sénégal est celui des sans parti. Des gens qui vivent et qui ne sont affiliés à aucun parti politique. Ce manquement d’engagement ne s’explique pas par un manque d’amour pour le pays. Tous ces citoyens auscultent la marche de la Nation, mais ne s’engagent pas parce qu’ils ne se retrouvent pas dans le champ politique. Ils estiment que les politiciens les prennent pour des enfants et c’est pendant les élections qu’ils vont vers eux. Après les élections, ils disparaissent. C’est pourquoi nous avons décidé de créer un cadre qui va permettre à toutes ces personnes de se réconcilier avec la politique et de s’engager. Quand nous avons tenté de réussir ce double tour de force, notre analyse nous a conduit à marquer les clivages qui ont construit jusque-là l’espace politique sénégalais à savoir les socialistes et les libéraux. La Russie organise avec une logique capitaliste la Coupe du monde. Si Staline se réveille aujourd’hui, il ne reconnaîtrait pas l’ex-Urss. Quand Wade est arrivé au pouvoir, il a fait beaucoup de social même s’il se réclame du libéralisme. C’est sous les socialistes que la santé a été privatisée. L’Etat s’est désengagé dans plusieurs secteurs stratégiques. Nous avons estimé que la vérité se trouve entre les deux idéologies. Les Sénégalais sont à la recherche d’une doctrine capable d’identifier les problèmes, d’apporter des solutions et de bâtir un système de développement qui sera spécifique.

Quel plus comptez-vous apporter à la scène politique ?
Nous sommes convaincus qu’il y a une dynamique d’amorce lourde qui est en train de se faufiler. L’aboutissement de cette tendance sera forcément l’implosion du système politique sénégalais tel que nous l’avons connu. Quand on écoute les Sénégalais de la Diaspora ou d’ici, le discours est le même. Nous avons eu une première alternance et nous avons été trompés. Nous avons eu une seconde alternance et nous avons vu ce que cela a donné. Le régime actuel avait fait campagne autour du «Yonou Yokouté». Après la victoire, il nous a promis l’émergence en 2035. D’ici à 2035 qu’est-ce qu’on va faire ? Est-ce que nous pourrons continuer à nous soigner, à manger à notre faim ? Il faut qu’on continue à vivre. C’est pourquoi notre cible électorale est le parti des sans parti. Nous avons entrepris de constituer un appareil politique pour construire un nouvel électorat et une nouvelle génération d’acteurs pour réaliser les changements que les Sénégalais jugent indispensables.

Comment comptez-vous franchir l’obstacle du parrainage ?
Quand nous avons créé le parti, nous avons anticipé sur cette hypothèse. Ce n’est pas pour rien que nous avons décidé d’implanter le parti dans les 14 régions du Sénégal. Ce qui nous a permis de créer un mouvement des élèves et étudiants sociaux-libéraux. Nos étudiants peuvent nous amener une bonne partie des signatures. Mais nous ne sommes pas pour le parrainage. Il y a un argument officiel, mais il y a des motifs cachés. On a réussi à exiler certains et à mettre d’autres en prison. Pour ceux qui restent, le pouvoir a décidé de mettre un obstacle administratif quasi insurmontable. C’est pourquoi, j’ai attaqué cette loi devant la Cour de justice de la Cedeao. Je n’ai pas de doute que la Cour va trancher au nom de la légalité. Dès la semaine prochaine, nous allons ressaisir la Cour pour que l’affaire soit jugée en procédure d’urgence, parce que le gouvernement a changé la donne en retirant son projet de loi initial en mettant un autre pour donner un coup d’accélérateur à la procédure. Nous irons jusqu’au bout. Nous avons vu l’arrêt qui a été rendu au Burkina Faso concernant les membres du parti de Blaise Compaoré. Nous sommes convaincus que la Cour va nous donner raison. Comme elle l’a fait le 24 mai dernier dans l’affaire Nino Vieira. Après trois ans de procédure, nous avons fait condamner la Guinée-Bissau pour avoir manqué au droit à la vie et de n’avoir pas donné l’accès à la justice à ses héritiers.

La nécessité d’éviter les candidatures fantaisistes a été invoquée pour justifier le parrainage ? Avez-vous l’impression d’être parmi les personnes visées ?
Loin de là. Nous n’avons pas cette impression. Depuis la création du parti, je suis convaincu d’une chose : en politique, il y a deux temps. Il y a le temps de la mobilisation sur le terrain. Il y a le temps de la mobilisation par le discours à travers les médias. Nous n’avons pas créé un parti pour faire du bruit pour que les gens nous entendent afin que nous puissions entrer dans les coalitions. Nous avons un parti porteur d’un projet alternatif. C’est la raison pour laquelle nous travaillons sur le terrain. L’élection présidentielle est une élection majoritaire. Vous n’êtes pas obligés d’aller dans tout le Sénégal. Nous avons fait tous les départements. Cela nous permet de régler le problème du parrainage.

Pourquoi vous attaquez-vous à la loi sur le parrainage?
Quand il est arrivé au pouvoir, Abdou Diouf a trouvé une loi qui limitait le pluralisme qui disait qu’on ne peut pas avoir plus de quatre courants. Il a estimé que cette loi était anticonstitutionnelle. Il a changé cela en 1983 en adoptant le pluralisme intégral. La loi sur le parrainage remet en cause cette ouverture. Aujourd’hui, nous avons près de 300 partis politiques sénégalais. Avec le parrainage, il est demandé au candidat d’avoir au moins 52.000 électeurs. Cela veut dire que sur tous les partis politiques qui existent, moins de 100 partis auront le nombre demandé. L’idée consistant à dire que c’est pour parer les candidatures fantaisistes n’est pas recevable. Le maximum de candidats qu’on a eu à une élection présidentielle est de 15. Le verrou existe déjà. Les 65 millions de FCfa qui représentent la caution sont énormes. C’est beaucoup d’argent. Le parrainage est un double verrou. Mettre sur le même pied le parti politique et l’indépendant consiste à vider de sa substance les valeurs qui guident la création d’un parti politique. Si la collectivité est mise à la même enseigne que tout le monde, la création d’un parti n’aura plus d’intérêt. Quand on dit que le parrainage permet de mesurer la représentativité, cela veut dire que le fait de parrainer est un engagement de vote. Si ce n’est pas un engagement de vote, il ne peut pas permettre de mesurer la représentativité de quelqu’un. Le gouvernement demande des signatures alors que nous avons une population majoritairement analphabète.
Beaucoup ne savent pas signer. Comment les signatures seront authentifiées ?

Cela est pris en charge par la Loi électorale…
Le Conseil constitutionnel ne peut pas faire le contrôle dans un délai d’un mois. Certains invoquent les nouvelles technologies pour expliquer la possibilité de contrôler. Je défie quiconque. Je connais le nombre de juges que compte le Conseil constitutionnel. Je sais qu’il n’a pas la capacité de faire le contrôle. C’est pourquoi nous combattrons le parrainage par toutes les ressources de l’Etat de droit. Même promulguée, la loi sera attaquée pour exception d’inconstitutionnalité. Et le Conseil constitutionnel ne pourra pas dire qu’il n’est pas compétent. On va lui demander d’apprécier au vu de la hiérarchie des normes la validité de cette loi par rapport aux pratiques constitutionnelles.

Propos recueillis par Babacar DIONE

MISE AU PLACARD DES CONCLUSIONS DE LA CNRI, DE LA CNRF ET AUTRES COMMISSIONS : MACKY SALL, LE «COUDE LOURD» !

Les conclusions de la Commission nationale de réforme des institutions (Cnri) comme celles de la Commission nationale de réforme foncière (Cnrf), ou encore du Comité de concertation sur la modernisation de la justice, dorment toujours dans les tiroirs et/ou sont royalement ignorées par leur commanditaire. Pourtant, elles avaient été mises en place par le chef de l’Etat, Macky Sall, dans le but de trouver et de proposer des réformes consensuelles et inclusives dans ces dits domaines. Si les commissions en question ne sont pas accusées d’avoir «outrepassé» leurs prérogatives, on leur reproche d’avoir donné tous les pouvoirs aux collectivités locales en matière de gestion foncière, ou encore c’est le silence total.

 
La sortie du Pr Abdoulaye Dièye, ancien membre de la Commission nationale de réforme foncière (Cnrf), sur les ondes de la radio privée Sud Fm, le dimanche 24 juin dernier, remet au goût du jour la question du sort réservé aux conclusions des différentes commissions ou comités mis en place par le chef de l’Etat, Macky Sall. En effet, en prenant le contre-pied du chef de l’Etat sur les conclusions de ladite commission, réfutant ainsi ses reproches qui seraient alors à l’origine de la mise «sous le coude» des recommandations formulées, le professeur soulève la problématique des rapports ou conclusions mis au placard par le président.

En tout cas, le professeur de Droit à l’Ucad déplore le sort réservé par le chef de l’Etat aux 19 recommandations inscrits sur 3 pages, mais aussi le fait que Macky Sall ne rencontre pas le président de ladite commission, Pr Moustapha Sourang, pour des explications sur les recommandations faites. Déjà, en décembre 2016, le Cadre de réflexion et d’action sur le foncier au Sénégal (Crafs), composé d’organisations qui s’activent sur les questions foncières telles que Enda Pronat, l’Initiative prospective agricole et rural (Ipar), le Conseil national de concertation et coopération de ruraux (Cncr) avait dénoncé la dissolution de la Cnrf avant la fin du processus. A l’époque, la coordonnatrice d’Enda Pronat, Mariéme Sow, avait souhaité que le président de la République, Macky Sall, donne une suite au travail de la Cnrf. Pour elle, «nous ne pouvons pas dépenser du temps, de l’énergie et de l’argent pour un travail qui ne sera pas finalisé».
Que dire des conclusions de la Cnri ? Sur ce point, le régime avait été on ne peut plus clair. En effet, sur les travaux du Pr Amadou Makhtar Mbow, président de la Cnri et cie, le président Macky Sall avait décidé de prendre dans son contenu ce qu’il jugerait bon du rapport, sans «aucune contrainte», ni «aucun délai». Mieux encore, son ministre-conseiller juridique de l’époque, actuel ministre de la Justice, le Pr Ismaïla Madior Fall disait que ladite commission avait «outrepassé ses attributions». Arguments à l’appui, il avait convoqué le décret n° 2013-730 du 28 mai 2013 portant création de la Cnri et définissant la mission de la Commission, en ses articles 1 et 3. Cela, pour prouver que nulle part dans ces articles, il n’a été question d’une nouvelle Constitution, non sans remercier Amadou Makhtar Mbow et son équipe pour «la générosité de ses membres, de leur volonté de bien faire».

Cependant, il a été constaté qu’à de nombreuses reprises, des voix se sont levées pour déplorer le traitement fait par le président de la République des recommandations ou conclusions de commissions qui avaient été mises en place afin d’obtenir un large consensus. Il en est de la Charte de bonne gouvernance des Assises nationales, qu’il a lui-même signé. L’opposition reproche également aux président Macky Sall d’avoir porté le nombre de députés de la diaspora à 15 et sur les listes majoritaires, contrairement aux recommandations de la commission mise en place. Autant de choses, parmi d’autres, qui font craindre des lendemains sombres pour le comité de concertation sur la modernisation de la justice, installé depuis le 22 février dernier et devant formuler des recommandations dans un mois.

Sudonline

Remplacer Macky, « certains me l’ont suggéré en privé », déclare Aliou SALL

Le frère cadet du président SALL n’a pas d’ambition présidentielle. En tout cas c’est ce qu’Aliou SALL a déclaré dans une interview à paraître dans Jeune Afrique.

Sur la partie, reprise par le journal Enquête, le maire de Guédiawaye affirme toutefois que l’idée de succéder à son frère lui a été suggérée.

«Certains me l’ont suggéré en privé. J’affirme ici que cela ne m’intéresse pas et que je n’y songe pas», soutient le patron de la Caisse des dépôts et consignation. Et Aliou SALL d’expliquer son engagement politique par sa volonté de barre la route à certains. «Je continuerai à faire de la politique. Quand je vois l’opportunisme de certains leaders, je me dis qu’on n’a pas le droit de laisser faire ces guignols. En politique, hormis le poste de Président, je ne m’interdis rien», explique Aliou SALL.

Revenant sur sa candidature à la municipalité de Guédiawaye, il jure que Macky SALL ne l’a pas pistonné.

« Quand je me suis lancé dans cette campagne, je n’étais pas soutenu par le président Macky SALL, qui n’était pas enthousiaste du tout », avance l’ancien employé de Frank Timis qui assure que c’est par la suite que son frère a entériné sa décision de se présenter. « il a compris que j’étais le principal atout sur place de l’APR », explique-t-il.

WALFNet

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