Politique

Sénégal: Khalifa Sall convoqué pour la levée de son immunité parlementaire

Le député-maire de Dakar, en prison depuis mars dernier, soupçonné de détournements de deniers publics, est convoqué ce mercredi 22 novembre devant la commission de l’Assemblée nationale sénégalaise qui doit statuer sur la levée de son immunité parlementaire. Une convocation envoyée sous forme de lettre à la prison de Rebeuss qui n’a aucun sens, estiment les défenseurs de Khalifa Sall.

Cette lettre-convocation que RFI a pu consulter est datée du lundi 20 novembre et a été remise à Khalifa Sall le même jour. Elle est signée par Aymerou Gningue, le président de la commission de l’Assemblée nationale chargée de statuer sur l’immunité du député-maire de la capitale sénégalaise.

La commission « doit vous entendre le mercredi 22 novembre à 17 heures sur la demande de levée de votre immunité formulée par Monsieur le Procureur de la République ».

Le dernier paragraphe laisse également entendre que la commission pourrait statuer en l’absence de Khalifa Sall : « Conformément à l’article 52 de notre règlement intérieur, vous avez la possibilité de choisir, comme défenseur, un de vos collègues ».

Une lettre qui a provoqué la colère des avocats de Khalifa Sall qui ont répondu au président de la commission en indiquant : « Cette lettre semblant tenir lieu de convocation est irrégulière, nulle et non avenue ». Ils ont par ailleurs demandé, une fois de plus, sa libération immédiate.

Sur le compte Twitter de Khalifa Sall également, la lettre de convocation est publiée et une réponse est apportée à la commission ad hoc : « Je suis présentement dans les liens de la détention. Je ne suis donc pas libre de mes mouvements et je n'ai pas le droit de répondre à la convocation d'une autre personne autre qu'un juge ».

RFI

L’ancien chef de la diplomatie sénégalaise arrêté pour corruption aux Etats-Unis

L’affaire fait du bruit au Sénégal,  notamment la Une des journaux. Cheikh Tidiane Gadio, l’ancien ministre des Affaires étrangères sous la présidence d'Abdoulaye Wade, candidat à la présidentielle de 2012, a été interpellé vendredi dernier aux Etats-Unis. Il est soupçonné d’avoir aidé à l’obtention des concessions pétrolières au Tchad et en Ouganda en échange du versement de pots-de-vin.

L’inculpation est lourde. Les autorités judiciaires américaines ont arrêté Cheikh Tidiane Gadio et l’homme d’affaires chinois Chi Ping Patrick Ho pour des faits de corruption. Cette affaire débute en 2014 quand, à la tête de l’entreprise The Energy Company, monsieur Ho souhaite décrocher des contrats pétroliers au Tchad.

D’après les enquêteurs du FBI, Gadio aurait joué un rôle de lobbyiste. « The Energy Company a versé un pot-de-vin de deux millions de dollars au président tchadien en échange de sa bienveillance envers les intérêts de l’entreprise », indique le document publié par la justice américaine. L’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères aurait en personne amené la somme au président Déby et encaissé à titre personnel 400 000 dollars.

Cheikh Tidiane Gadio n’est pas cité dans le second dossier. Son co-inculpé, Chi Ping Patrick Ho aurait versé un demi-million de dollars à Sam Kutesa, ministre ougandais des Affaires étrangères, pour obtenir là encore des contrats pétroliers. Aux Etats-Unis, ce type de faits de corruption est passible de 20 ans de prison.

Rfi

 

Abdoul Aziz Tall, sur le dialogue politique : «Eviter une grand-messe sans lendemain»

Abdoul Aziz Tall sonne l’alerte. A 72 heures de l’ouverture des débats sur le dialogue politique initié par le Chef de l’Etat, Macky Sall, l’ancien ministre chargé du suivi du PSE, non moins conseiller en organisation, tire la sonnette d’alarme afin que ce dialogue soit «sincère et surtout inclusif». Parce qu’avertit-il, «si ces conditions ne sont pas remplies, nous risquons d’assister à une grand-messe, évidemment, sans lendemain». Dans cette interview accordée à Sud Quotidien, l’ancien directeur général de la LONASE remonte le temps en rappelant les nécessités d’un dialogue pour une paix sociale dans notre pays de Senghor à Wade, en passant par Abdou Diouf. A cet effet, il alerte aussi bien les tenants du pouvoir, notamment le Chef de l’Etat, à éviter de se retrouver dans des «postures ambiguës» que les leaders de l’opposition, à ne pas faire de la libération de Khalifa Ababacar Sall une condition sine qua non pour prendre part aux concertations.

Monsieur le ministre, à la veille du démarrage des concertations entre le pouvoir et l’opposition sénégalaise, quelle opinion faites-vous des rapports de forces en présence ?

Je pense d’abord que lorsqu’on s’achemine vers un événement aussi important que les concertations nationales, nous devons plutôt user de vocables positifs. Aussi, voudrais-je vous suggérer d’user du terme «acteurs» en lieu et place de «forces» qui nous renvoie à une logique de confrontation, alors nous allons vers des concertations. Cela dit, il faut noter que le Sénégal en tant que Nation, s’est toujours inscrit historiquement dans une tradition de dialogue et de concertation. Le premier président Léopold Sédar Senghor en avait fait sa principale stratégie de construction d’une nation où règne la cohésion, notamment entre les différentes communautés qui la composent, bien avant même l’existence d’une démocratie plurielle. Il avait réussi à débarrasser les ethnies, les communautés culturelles comme religieuses notamment, de toute velléité d’animosité à travers principalement l’usage de notre tradition de cousinage à plaisanterie. Non seulement il l’avait réussi, mais mieux, sur le plan international, il avait fini par exporter ce désir de vivre en commun à travers son fameux slogan «le commun vouloir de vie commune». A l’étranger, le nom de Senghor était fortement associé au dialogue. Il parlait souvent de dialogue des cultures et des civilisations ou de civilisation universelle, de métissage, de rendez-vous du donné et du recevoir etc. Quelle que soit l’opinion que l’on pouvait se faire de Senghor, il demeure qu’il nous a laissé un pays stable, sociologiquement cohésif où régnaient la paix et la sécurité. C’est dans ce contexte qu’il avait passé le flambeau à son successeur Abdou Diouf, non sans avoir autorisé l’existence du PDS, dont le leader justement s’était présenté dans une démarche de contributions à l’œuvre du Président poète.

En exerçant le pouvoir, Abdou Diouf s’était plusieurs fois heurté à une farouche opposition de Maître Abdoulaye Wade qui le considérait quelque part comme illégitime, au regard des conditions dans lesquelles Senghor l’avait choisi pour lui succéder. Il s’en est suivi des moments épiques de confrontation, dont les solutions finissaient toujours par être trouvées, et dans bien des cas avec le concours de chefs religieux crédibles et respectés comme mon homonyme El hadj Abdoul Aziz Sy «Dabaakh», Serigne Abdoul Ahad Mbacké et tant d’autres.      

Abdou Diouf, dans de telles circonstances faisait preuve de souplesse et d’humilité, quand bien même il devait s’opposer à l’aile dure de son parti qui était toujours prête à en découdre avec Wade et ses alliés, notamment ceux de la gauche. Quelle que puisse être l’intensité des hostilités, on finissait toujours par trouver des solutions qui mettaient notre pays à l’abri des soubresauts connus ailleurs dans le continent, et dont beaucoup sont à l’origine de changements de régime violents. C’est dans cette démarche de concertation qu’à plusieurs reprises, le Président Wade et ses alliés d’alors se sont retrouvés dans des gouvernements de Abdou Diouf. Il faut dire également que le Président Diouf se faisait entourer d’un dispositif informel composé de notables respectés et de hauts fonctionnaires rompus aux techniques de négociations, dont le rôle était justement de prévenir les conflits et/ou de contribuer discrètement à leur résolution. Serigne Lamine Diop, le doyen Momar Diao, Famara Ibrahima Sagna, Cheikh Hamidou Kane, le patriarche Médoune Fall, Fara Ndiaye, entre autres se distinguaient en vrais «sapeurs-pompiers» dans des moments critiques de notre histoire politique. Je suis sûr que Abdoulaye Moctar Diop, l’actuel Grand Sergine de Dakar pourrait aisément allonger la liste de ces hommes de l’ombre. Naturellement, leur capacité à résoudre les conflits n’avait d’égal que la discrétion totale qui entourait leur démarche. Le sens de l’état pour ainsi dire, faisait partie de leur ADN. C’était bien ça, un des secrets de leur succès.

Wade a-t-il perpétué cette tradition ?

Arrivé au pouvoir, Abdoulaye Wade qu’une réputation d’homme violent avait précédé, s’était empressé de vouloir effacer cette image en embouchant la trompette du dialogue et de la concertation. Même s’il n’a pas réussi avec autant de bonheur que ses prédécesseurs, il s’était toujours autoproclamé champion des appels au dialogue avec une comptabilité au nombre de fois qu’il les avait lancés sans succès. Certains de ses poches collaborateurs en avaient fait du reste leur fonds de commerce et le socle de leur stratégie de communication. Toujours est il que s’il avait suivi la même logique de concertation, probablement qu’il aurait pu faire l’économie de la manifestation du 23 juin 2011 et celles qui l’ont précédée et qui ont conduit à sa perte du pouvoir.

Pensez-vous que le Président Sall pourrait faire autant, voire mieux que ses prédécesseurs ?

Lorsqu’on détient les reines du pouvoir, la tendance naturelle est de vouloir en user de manière absolue. Chez nous africains, cela découle de la conception même que beaucoup se font de l’autorité. Un chef ne doit souffrir d’aucune contestation. Il décide et l’on exécute. S’y ajoute que la constitution de notre pays renforce cette idée, en faisant du chef de l’état, comme disait l’autre «un monarque républicain.» Il est la clef de voûte de l’ensemble des institutions et c’est à lui de nommer aux fonctions civiles et militaires. En quelque sorte il est le distributeur des prébendes de la République. Dès lors qu’on dispose de tous ces pouvoirs, il faut s’imprégner d’une forte dose d’humilité pour se rendre à l’évidence que l’Etat ne se résume pas à sa personne. De ce point de vue, je pense que la démarche du Président Macky Sall est salutaire, parce qu’Il aura fait preuve d’une grande humilité pour se rendre à l’évidence que l’Etat ne se résume effectivement pas à sa personne.

Pensez-vous que cette concertation a des chances de réussite ?

La réussite de l’exercice qui va démarrer ne dépend pas exclusivement du pouvoir et de ses alliés. Tous les acteurs doivent y contribuer avec un esprit patriotique et républicain. Il faut que ce dialogue soit donc sincère et surtout inclusif. Si ces conditions ne sont pas remplies, nous risquons d’assister à une grand-messe, évidemment sans lendemain. Il ne faudrait pas non plus que l’activisme débordant des partis politiques sans envergure, vienne polluer le vrai sens de cet évènement. Nombre d’entre eux sont plutôt soucieux, par simple opportunisme, de se faire remarquer, et de par leur sonorité, d’apporter les gages de leur allégeance au pouvoir en place.

Comment pourrait-on en apprécier les résultats ?

Comme dans toute entreprise qu’on engage, il est impératif de définir des termes de référence et dégager les indicateurs de résultats auxquels on veut aboutir. Cependant, Il reste entendu qu’on ne saurait consigner dans ces termes de références, tout ce qui touche le fonctionnement de notre pays. Les concertations ne sauraient être considérées comme une relecture ou réécriture de notre constitution. Vouloir les considérer comme telle, est d’avance une manifestation évidente d’une volonté de les voir échouées.

Certains partis politiques ont déjà annoncé qu’ils ne participeraient pas à ces concertations alors que d’autres ont donné leur aval. Qu’est que ce cela vous inspire par rapport au succès attendu de ces concertations ?

A mon avis, on ne devrait pas rejeter l’idée d’une participation sans au préalable connaître les termes de référence des concertations. On ne peut pas poser une problématique et vouloir lui trouver des solutions en dehors du cadre de discussions. Il ne faut tout de même pas perdre de vue, que c’est le Président de la République lui-même qui a initié la concertation et que c’est lui qui l’organise par le canal de son ministre de l’intérieur. A ce niveau il faut surtout éviter le piège de l’orgueil mal placé.

Justement pour les partisans du refus, la libération du Maire de Dakar doit être effective avant qu’ils n’acceptent de prendre part à la rencontre. D’abord quelle appréciation faites-vous de ce dossier ?

Lorsque la justice se saisit d’un dossier, il est un devoir pour tout citoyen justiciable de se garder de porter des jugements, voire de spéculer sur l’issue qui lui sera réservée. Cela relève même d’une question d’honnêteté intellectuelle, que de ne pas spéculer sur un dossier de justice dont on ignore assurément tous les contours. Cela dit, dans un dossier de la nature de celui du Maire de Dakar, on peut comprendre, au regard du contexte, que ses partisans puissent s’aménager des espaces où l’on peut légitimement s’interroger quant à la manière dont il est traité. De ce point de vue, le niveau d’analyse devrait être porté à mon avis, non pas sur le champ judiciaire, mais plutôt sous l’angle de l’équité dans le traitement des dossiers introduits par le parquet au niveau de nos différentes juridictions.

C’est quoi la différence ?

L’équité désigne une forme d’égalité ou de juste traitement. Elle appelle des notions de justice naturelle et d’éthique dans l’appréciation par tous et chacun de ce qui est dû à chacun. La notion d’équité appelle celles d’impartialité et de justice.

Vous parlez en connaissance de cause ?

Tout à fait ! Pour avoir été moi-même victime d’un manque criard d’équité dans le traitement des dossiers d’audit issus de la première alternance, je comprends que les partisans du Maire s’offusquent à l’idée qu’il y’a présomption d’une absence d’équité dans le traitement de ce dossier.

Pouvez-vous revenir sur cet épisode de votre feuilleton judiciaire ?

En 2001, le procureur de la République avait bouclé près d’une vingtaine de dossiers d’audit, sur lesquels seuls trois avait fait l’objet de poursuites impitoyables, pour la bonne et simple raison que les mises en cause à l’époque, avaient systématiquement refusé de transhumer en direction du camp des vainqueurs. Deux de mes collègues et moi-même furent mis en prison. Ce fut le point de départ d’un long marathon judiciaire à l’issue duquel je fus totalement blanchi au niveau de toute la chaîne de juridiction de notre pays, sans avoir eu à déposer la moindre caution. Du juge d’instruction jusqu’à la cour de cassation à l’époque, en passant par la chambre d’accusation. De ce long feuilleton judiciaire, le soutien le plus en vue que nous, les prévenus avions obtenus, venait non pas des politiques, mais surtout de la société civile, en particulier la RADDHO, dont le Président de l’époque Alioune Tine s’était illustré pour dénoncer, non pas le principe de la reddition des comptes, mais la discrimination et le caractère sélectif du choix des dossiers à diligenter. Au tribunal précisément à la cour d’appel, l’avocat général avait ébahi l’assistance en déclarant tout de go que mon dossier était tellement vide que je n’aurais même pas dû franchir l’étape du juge d’instruction, à fortiori aller en prison. Ce magistrat s’appelait Alioune Ndao, celui-là même qui a été procureur spécial près la Cour de Répression de l’Enrichissement Illicite, quelques années plus tard. Le courage dont il avait fait preuve, me dissuade aujourd’hui d’accréditer la thèse qui voudrait que les magistrats soient toujours à la solde du ministère public. L’évocation de ce dossier m’offre toujours l’occasion d’exprimer toute ma gratitude à mon jeune frère et ami Maître Papa Leyti Ndiaye qui m’avait accompagné dans ces moments difficiles.                                      

Pour en revenir au maire de Dakar, il est emprisonné depuis plus de 6 mois pour un délit présumé de détournement de deniers publics. Dès lors que le ministère public se saisit d’un dossier de cette nature, il est tout à fait logique donc qu’une instruction soit ouverte, pour lui permettre de se défendre avec l’assistance de ses conseils. Jusqu’ici rien d’anormal !         Mais là où l’homme de la rue s’interroge, c’est qu’au même moment où ce dossier qui porterait sur un montant inférieur à 2 milliards est traité avec autant de diligence et de célérité, la presse révèle tous les jours, sans être formellement démentie, l’existence de dossiers portant sur des montants nettement supérieurs, qui seraient issus des différents rapports d’audits de nos corps de contrôle. Ces mêmes corps de contrôle soupçonnés à tort ou à raison d’être sous anesthésie depuis un certain temps, pour éviter que des dossiers compromettants soient portés sur la place publique. Le fait que leurs rapports ne soient plus publiés à date, qu’on le veuille ou non, provoque un sentiment de scepticisme auprès des défenseurs de l’orthodoxie républicaine.

Ce qui crédite la thèse du deux poids, deux mesures défendus par les partisans de Khalifa Ababacar Sall, qui estiment qu’il ne s’agit rien d’autre que d’une cabale savamment orchestrée pour empêcher au maire de Dakar de briguer la magistrature suprême lors de la Présidentielle de 2019 ?

Des lors qu’on aborde la question sous l’angle strictement   politique, on est forcément dans l’interprétation, et par conséquent on peut se permettre d’accréditer la thèse qui va dans le sens des intérêts du moment. Par le passé il y a eu beaucoup de dossiers par rapport auxquels les interprétations ont évolué en fonction du contexte, voire de la position et des alliances des acteurs concernés.

A votre avis quelle solution le président Macky Sall devrait-il adopter, face à ce qui apparaît comme un véritable obstacle à ces concertations et notamment avec cette affaire Khalifa Sall ?

Le 19 Septembre 2012, précisément sept mois après l’installation du Président Macky Sall au pouvoir, j’avais accordé une interview au journal «l’Enquête» de mon jeune frère Mamoudou Wane, dans laquelle je disais exactement ceci :                     «La pire des situations qui puisse arriver au président Macky Sall sous son magistère, c’est de se retrouver dans des postures ambiguës où on le compare à Abdoulaye Wade». Dans la même veine je précisais «que le président de la République doit faire prévaloir la stricte application des principes et valeurs fondamentales qui guident le fonctionnement d’un Etat moderne. A savoir, mettre en avant les principes de neutralité et d’égalité envers ses concitoyens, et assurer une mutabilité, c’est-à-dire engager une série de véritables réformes qui vont marquer des ruptures salutaires par rapport au régime précédent. Il lui faut donc remettre l’Etat à l’endroit et restaurer l’orthodoxie dans l’administration publique. A cet égard, la nomination de personnes dans l’administration et ses démembrements, selon leur appartenance à un parti politique ou à des réseaux de relations, plutôt que selon leur mérite, pourrait remettre fortement en question la neutralité réelle de l’Etat envers ses propres citoyens et agents publics. Et c’est à la fois frustrant et démotivant pour les agents de l’Etat, de voir placer à la tête de leur structure des personnes sur lesquelles ils émettent des réserves fondées quant à leurs capacités à les diriger.

Pensez-vous qu’il en est arrivé à cette situation ?

A vrai dire pas encore ! Mais vous savez, je suis conseiller en organisation. Depuis plus de 30 ans, de par ma vocation, (comme du reste de par celle de mes autres collègues) je joue un rôle d’alerte et de conseil. De ce point de vue, je pense en toute modestie avoir suffisamment de recul pour dire qu’aujourd’hui plus que jamais, les populations accordent autant d’importance au bilan immatériel de leurs dirigeants qu’à celui de leurs réalisations sur le terrain. Même si ce volet est d’une extrême importance. Le Président Wade a certes réalisé des infrastructures, même si nombre d’entre nous demeurons encore dubitatifs, quant aux conditions dans lesquelles cela s’est fait. Mais ce que lui a fait perdre le pouvoir, ce qui a emmené les populations à se détourner de lui, c’était entre autres son entêtement à considérer qu’il y a personne qui compte dans ce pays, en dehors de son propre fils. Littéralement traduit du wolof, il affirmait que « les sénégalais ignorent jusqu’au menu du dîner qu’ils ont pris la veille ». Ne disait-il pas aussi qu’il pouvait même nommer son chauffeur ambassadeur ? Ignorant sans doute que si tel était le cas, ce n’est pas tous les états du monde qui seraient prêts à lui en accorder l’accréditation. Sa fameuse boutade «maa wakhone wakhête» l’aura définitivement achevé. Il avait fini par construire autour de sa personne l’image d’un chef peu respectueux à l’égard ses concitoyens et capable de reniement à tout bout de champs. Ce n’est pas rassurant ! Et ce n’est pas culturellement admis dans nos traditions. Ce bilan immatériel, il était loin de l’avoir intégré dans sa stratégie. Je n’ai pas le moindre doute que le Président Macky Sall est animé de bonne foi lorsqu’il prend certaines décisions. Mais quand, pour dans circonstances exceptionnelles il est obligé d’y renoncer, l’on semble éprouver énormément de difficultés à gommer dans la tête de l’opinion cette perception de tromperie, voire même de défi, délibérément entretenue. Et malheureusement, ses adversaires politiques ne manquent aucune occasion d’exploiter ce dysfonctionnement. Cette perception négative pourrait bien expliquer aussi, la réticence qu’ils ont à accorder du crédit à son appel au dialogue. Il arrivera un moment où ils le manifesteront avec plus d’emphase et de manière encore plus tapageuse. Dans ce dossier du maire de Dakar, la contre offensive déclenchée par ses partisans, surtout avec cette question de l’immunité parlementaire, pourrait laisser croire qu’il y a des allures de tâtonnements, voire d’improvisation. Dès lors, il appartient aux partisans du Président Macky Sall de déconstruire au plus vite cette image d’Epinal que déjà, la question de la durée de son mandat et la récente nomination de son frère à la tête de la Caisse de Dépôt et de Consignation pourrait bien avoir renforcée. 2019, c’est déjà demain.

SudOnline

 

Ouverture de l’aéroport international blaise Diagne et livraison des autoroutes en chantier : Le premier ministre presse les entreprises en charge des travaux

La livraison des différentes autoroutes en construction (Thiès-Touba, AIDB-Thiès, Sindia-Mbour) est prévue en décembre 2018. Cette échéance est trop lointaine pour le Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne, qui trouve même qu’avec l’ouverture prochaine de l’Aéroport International Blaise Diagne (AIDB) de Diass, les travaux devraient aller beaucoup plus vite. Il demande même l’ouverture de l’extension vers Mbour, en avril prochain. En compagnie du ministre des Infrastructures, des Transports Terrestres et du Désenclavement, Abdoulaye Daouda Diallo, il a visité les chantiers des autoroutes Thiès-Touba et AIDB-Thiès avant-hier, mardi 31 octobre.

L’ouverture, le 7 décembre prochain, de l’Aéroport International Blaise Diagne (AIDB) de Diass pousse les autorités à vouloir, vaille que vaille, l’achèvement des travaux des autoroutes, Mbour-Sindia, AIDB-Thiès et l’autoroute Ilaa-Touba. En visite sur les chantiers des autoroutes Thies-Touba et AIDB-Thies, avant-hier, mardi 31 octobre, le Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne a demandé aux différentes entreprises en charge de l’exécution des travaux de presser la pas.

«Le tronçon Sindia-Nguékhokh a commencé il y a de cela un an. Quand on est à Sindia, et on reprend la route nationale, tout le temps gagné on le perd à partir de Sindia-Mbour. Donc, le tronçon qui va sortir vers Ngaparou et Somone, il serait important de le livrer pour reprendre la route nationale à partir de Mbour. Au lieu d’attendre jusqu’à décembre 2018 pour aller à Mbour», a-t-il dit à l’équipe en charge de la réalisation de cette partie.

Pour se défendre, les responsables du projet ont insisté sur la difficulté de la traversée de Somone qui est une zone très marécageuse, disent-ils. Une difficulté qui les a poussés à faire recours à des travaux techniques.  Pis, ont-ils notifié au Premier ministre, la libération des emprises à Nguékhokh est une autre obstruction à lever pour la livraison rapide de l’ouvrage.

Pour lever ces écueils, Mahammed Boun Abdallah Dionne a dit que le décret est déjà signé et que les occupants illégaux seront déguerpis très prochainement. En dépit de ces problèmes signalés, le Premier ministre a demandé que les équipes soient multipliées, si nécessaire, pour que le tronçon soit livré en avril prochain, à la veille de la fête de l’indépendance. 

Mahammed Boun Abdallah Dionne a aussi insisté à ce que la partie de l’autoroute qui va jusqu’à Thiès soit livrée plus tôt que prévu. Il a trouvé trop long l’échéance fixée à 2018. «S’il y a un budget à mettre sur la table, il faut le signaler, a dit Mouhamad Boun Abdallah Dionne. Vous ne gérez pas des projets, mais une problématique, la mobilité», a-t-il dit. La livraison à court terme de cette partie de l’autoroute n’est pas possible à cause des mesures sécuritaires à prendre en compte et l’occupation des emprises sur cette voie, ont insisté l’Ageroute et la société chinoise en charge des travaux de ce tronçon.

LES 10 PREMIERS KILOMETRES DE ILAA TOUBA OUVERTS PENDANT LE MAGAL

Pour les besoins du Magal de Touba prévu le 8 novembre prochain, les 10 premiers kilomètres de l’autoroute Ilaa Touba seront ouverts au trafic pour les usagers, annonce le Premier ministre. L’ouverture se fera en un seul sens. Et les pèlerins qui quittent Dakar peuvent emprunter l’autoroute jusqu’au contournement de Thiès pour prendre la route nationale n°3. L’inverse sera fait au retour. 70 km de ce tronçon, long de 113 km, sont bitumés et 98% des terrassements ont été effectués. Au total, le taux d’exécution du projet est évalué à 58%.  Ilaa Touba, c’est 113 km d’autoroute à péage qui commence par la route Thies-Sindia. Elle se termine à Touba sur l’autoroute Ngabou-Touba. Elle est construite en 2 fois 2 voix extensibles à 2 fois 3 voies.

Sudonline

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