Politique

Politique de la chaise vide face aux initiatives de l’état : L’opposition boycotte, Macky déroule

Les parlementaires de l’opposition ainsi que les non-inscrits ont mis en exécution leur décision de boycotter le passage à l’hémicycle du président Cap verdien, Jorge Carlos Fonseca, le jeudi 26 avril dernier. Un boycott de plus qui vient rallonger le nombre de fois que l’opposition a refusé systématiquement de prendre part aux initiatives du régime de Macky Sall. Toutefois, force est de constater que, face à cette stratégie de la chaise vide, le pouvoir en place n’a jamais flanché et continue de dérouler librement ses projets.

En visite de travail au Sénégal, depuis le 25 avril, le président Cap verdien, Jorge Carlos Fonseca s’est résolu à s’adresser uniquement aux parlementaires de la majorité présidentielle, Bennoo Bokk Yaakaar. La cause, les députés du groupe parlementaire “Liberté et démocratie“ ainsi que les non-inscrits ont tout bonnement refusé de prendre part à la séance plénière de l’Assemblée nationale convoquée le jeudi 26 avril dernier, pour écouter le message de l’hôte de Macky Sall. Une manière, selon les opposants au régime en place, de lancer un «signal fort» à l’opinion nationale et internationale sur «les graves atteintes aux libertés collectives et individuelles» qui prévalent au Sénégal.

Cependant, force est de reconnaitre que l’opposition sénégalaise n’en est pas à son coup d’essai, depuis l’avènement du président Macky Sall à la magistrature suprême. A de nombreuses occasions, les adversaires politiques du pouvoir actuel ont systématiquement refusé de prendre part, à bien des occasions, aux manifestations ou rencontres initiées par les tenants du pouvoir, avec comme argument : la rupture de confiance. L’on se rappelle de leur bouderie lors du vote du projet de loi N°13/2018 portant révision de la Constitution, dès que la majorité a décidé de passer au vote de ladite loi sans débat. Une manière pour eux de ne pas participer à la «forfaiture» du régime, qui viserait à barrer la route à certains potentiels adversaires à la présidentielle de 2019. Ce qui n’a pas, pour autant, empêché à la majorité parlementaire qui, à elle seule, atteint le quorum requis pour modifier la Constitution, à procéder à l’adoption du projet de loi. Et cela, sans débat.

LA PERSONNALITE NEUTRE A L’ORIGINE DU BOYCOTT

Il en a été de même en novembre dernier, lorsque le ministre de l’Intérieur, Aly Ngouille Ndiaye, a invité les acteurs politiques et autres acteurs impliqués dans le processus électoral, à se retrouver autour d’une table pour discuter des problèmes liés à l’organisation des élections. Le Parti démocratique sénégalais (Pds) et ses alliés de Wattu, ainsi que la coalition Mankoo Taxawu Senegaal formée autour de Khalifa Sall, avaient tout bonnement refusé de répondre à l’appel du gouvernement, récusant ainsi la personne du ministre Aly Ngouille Ndiaye, responsable politique du parti présidentiel (Apr) à la tête de l’organisation des élections. Une démarche de l’opposition qui n’a pas freiné la dynamique du régime. En dépit de l’absence de l’opposition dite «significative» à ces concertations, la question du parrainage a été discutée, comme tant d’autres, puis soumise au chef de l’Etat, pour arbitrage. La suite, tout le monde la connait, notamment l’arbitrage en faveur des propositions de la majorité présidentielle. Mieux, jusque-là, le régime n’a pas confié l’organisation des prochaines joutes à une personnalité neutre.

Autre rencontre boudée par les opposants au régime actuel, la concertation initiée par la Commission électorale nationale autonome (Cena) pour proposer une modification de la loi électorale, afin de permettre à l'électeur, avant d'aller à l'isoloir, de ne prendre que 5 des 47 listes en lice pour les élections législatives du 30 juin dernier. Lors de cette rencontre, certains représentants de listes, à l’image de Déthié Fall de Mankoo Taxawu Senegaal, ont quitté la table des concertations pour dénoncer une «mascarade»  consistant à modifier la loi électorale à 30 jours du scrutin, contrairement aux dispositions de la Cedeao interdisant la modification de la loi à 6 mois des élections, sans consensus. Pour autant, la proposition de la Cena a été adoptée par la majorité des plénipotentiaires des listes engagées pour les législatives, présents à la rencontre.

WADE BOYCOTTE L’INAUGURATION DE SON AEROPORT

Autre rencontre boycottée par l’opposition, sans pour autant être exhaustif, la cérémonie de lancement de la carte d’identité biométrique de la Cedeao, en octobre 2016. L’opposition qui était en pleine préparation de sa marche du 14 octobre, n’entendait pas se laisser «distraire» pour telle ou telle autre activité. A cela s’ajoute le refus de l’ancien président, Abdoulaye Wade, de prendre part à la cérémonie d’inauguration de l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd), le 7 décembre dernier. Cela, bien qu’étant son « géniteur ». Autant de cas, parmi tant d’autres, qui posent l’équation de la pertinence et de l’efficacité de la politique de la chaise vide adoptée par l’opposition.

Sud quotidien

Une justice sénégalaise sous tutelle ?

Il y a quelques années, la question aurait été jugée subversive. Le fait de la poser aurait été jugé comme une impertinence portant en elle-même atteinte au respect dû à la Justice. Le procureur de la République rappelle qu'une sanction pèse désormais pour tout contrevenant. Mais si la question de l’indépendance et de l’impartialité de la Justice est remise en cause, c’est en raison du traitement sélectif des dossiers judiciaires.

Une atteinte à l’Etat de droit


Nous constatons que derrière les bâtiments fortifiés de la DIC ou du Parquet, il n'y a pas d'enquêteurs autonomes et que le procureur de la République n'est qu'un fonctionnaire politique. La suspicion est renforcée dans l’opinion publique sénégalaise lorsque le président Macky Sall, évoquant le principe de l’opportunité des poursuites, avoue avoir gardé sous le coude certains dossiers ou ordonne au parquet des classements sans suite de ces "sales affaires". L'existence de décisions judiciaires régulièrement dictées par le pouvoir politique, et non par les éléments du dossier, est une atteinte à l'Etat de droit. L’indépendance est une interdiction faite au pouvoir politique de s’immiscer dans la magistrature tandis que l’impartialité est une obligation faite au magistrat de juger en toute neutralité l'affaire qui lui est soumise.

Le mythe de David contre Goliath


Le président Macky Sall qui est sensé être le garant de la justice est en train de détruire le système judiciaire, un des fondements du vivre-ensemble de la République. Toutes les décisions judiciaires sont suspectées ou regardées sous le prisme de la connivence politique. Le motif politique de la condamnation de Khalifa Sall, maire de Dakar anéantit toute objectivité de la procédure judiciaire. L’interpellation précipitée de Barthélémy Dias, un de ses proches, accusé « d’outrage à magistrat », de « discrédit sur l’ordre judiciaire et une décision de justice », démontre la connivence des relations entre le pouvoir judiciaire et l’exécutif.  On voit, avec plus d’acuité dans le contexte politique pré-électoral combien le discours gouvernemental se durcit et exige de la Justice d’adopter une réponse pénale toujours plus rapide, toujours plus sévère, toujours plus soucieuse de répondre aux inquiétudes d’un président obsédé par un second mandat. Au détriment d’une justice équilibrée.
Force est de constater qu’il y a une main mise sur l’arsenal judiciaire par le pouvoir politique qui bloque et détourne les règles du droit à son profit. L’institution judiciaire s’est complétement effondrée car elle est de plus en plus empêtrée dans un tissu de relations politiques et d’intérêts qui rend difficile son fonctionnement efficace et impartial. Le mythe de David contre Goliath ne serait qu’une belle histoire contée aux enfants !

Le discrédit de l’Institution judiciaire


La réputation de nos magistrats est mise à mal dans l’opinion, leur impartialité et l’indépendance remises en doute. La justice sénégalaise est à bout du souffle, dépourvue de moyens, saisie par le doute, confrontée au poids des pressions hiérarchiques et politiques. Elle dysfonctionne, avec ses lenteurs et ses corporatismes. S
inistrée, en état d'urgence absolue " la justice sénégalaise est au bord de l'embolie.Le manque de moyens et la pesanteur hiérarchique fragilisent encore plus cette institution et la transforment en une "justice sous tutelle", dont le pouvoir politique s'accommode.

L’emprise du pouvoir politique

Dans une démocratie, l’autorité judiciaire doit être placée à l’abri des tentations de l’exécutif de contrôler les affaires, non pas dans le but de donner aux magistrats davantage de pouvoirs, mais parce que l’indépendance de la justice est une garantie pour les personnes, pour protéger leurs libertés et assurer l’égalité en droits. L'impartialité est au même titre que l'indépendance un élément essentiel de la confiance du public en la justice. Mais nous déplorons la mainmise voire l’emprise du pouvoir politique sur l’appareil judiciaire. 

Au-delà des interrogations, des soupçons ou des suspicions, les citoyens sénégalais redoutent que le pouvoir exécutif ouvre une brèche dans le sacro-saint principe de la séparation des pouvoirs. Les arrestations, les interpellations, les menaces de poursuite et les détentions ne légitiment-elles pas les critiques d'une justice sous contrôle ? le Président « Macky Sall est-il la fontaine de toute justice ?»  

Ibrahima THIAM,

Président du mouvement UN AUTRE AVENIR

Machiavel contre le machiavélisme Au début du XVIe siècle, le philosophe florentin Nicolas Machiavel a ouvert la voie à la pensée politique moderne. On associe souvent son nom à l’action de gouvernants cyniques et manipulateurs. Forgée par ses détrac

 

Machiavel contre le machiavélisme : "un penseur de la liberté mal comprise"

Un auteur mal compris victime d'un ouvrage ( La prince)  alors qu'il a pensé des théories sur la liberté et autres. Un auteur à relire. P B Cissoko  


Au début du XVIe siècle, le philosophe florentin Nicolas Machiavel a ouvert la voie à la pensée politique moderne. On associe souvent son nom à l'action de gouvernants cyniques et manipulateurs. Forgée par ses détracteurs, cette « mauvaise réputation » cache en fait un authentique théoricien de la liberté et du pouvoir populaire.


par Olivier Pironet


https://www.monde-diplomatique.fr/2013/11/PIRONET/

On ne compte plus les études, biographies, colloques qui ont célébré cette année le cinq centième anniversaire du Prince (1). Dans cet opuscule consacré à l'art de gouverner, Nicolas Machiavel (1469-1527) expose sans détour « ce qu'est la souveraineté, combien d'espèces il y en a, comment on l'acquiert, comment on la perd (2) ». Il dévoile ainsi les rouages du pouvoir et les fondements de l'autorité, ce qui lui a valu une réputation sulfureuse, des interprétations contradictoires, et a fait de son ouvrage « le livre de pensée politique le plus lu et commenté (3) » depuis un demi-millénaire.


Ecrit en 1513, Le Prince est publié à titre posthume en 1532 — fait rare, c'est donc sa rédaction que l'on commémore — et mis à l'Index par l'Eglise catholique, comme tous les livres du Florentin, de 1559 jusqu'à la fin du XIXe siècle. En 1576, l'auteur huguenot Innocent Gentillet contribue à forger sa mauvaise réputation en inventant le terme de « machiavélisme », promis à un bel avenir. Du penseur Jean Bodin (1529-1596), qui l'accuse d'avoir « profané les mystères sacrés de la philosophie politique », au savant Bertrand Russell (1872-1970), pour qui Le Prince est un « manuel pour gangsters », Machiavel passe communément pour le théoricien cynique du pouvoir et des techniques de manipulation, celui qui murmure à l'oreille des tyrans.


Pourtant, sa pensée se prête aussi à de tout autres interprétations (4). Le Prince est le « livre des républicains », selon Jean-Jacques Rousseau ; celui où « Machiavel lui-même se fait peuple », pour Antonio Gramsci. A vrai dire, des penseurs de la Contre-Réforme, au XVIe siècle, jusqu'aux libéraux du XXIe siècle, en passant par les auteurs des Lumières, les Jacobins, les marxistes, les fascistes ou les néorépublicains, tous y sont allés de leur lecture. Aujourd'hui, le Florentin inspire tout autant des romans policiers ou des jeux vidéo (5) que des bréviaires de « management entrepreneurial » ou même de « gouvernance familiale » — comme Machiavelli for Moms (« Machiavel pour les mamans »), de Suzanne Evans (Simon & Schuster - Touchstone, 2013)...


Dans son autre œuvre majeure, les Discours sur la première décade de Tite-Live, publiés en 1531, Machiavel examine, en relisant l'histoire romaine, les principes du régime républicain, et démontre sa supériorité par rapport aux systèmes despotiques ou autoritaires (principati).

Le Prince et les Discours s'articulent autour d'une même problématique : comment instaurer et maintenir un régime d'autonomie et d'égalité — la république — dans lequel les rapports de domination sont exclus ?

Comment constituer un Etat libre fondé sur des lois communes, des règles de justice et de réciprocité et la réalisation du bien public ?

Le Prince, théorie de la fondation de la république, ou de sa refondation en situation de crise, ainsi que des méthodes adéquates — parfois violentes — pour en construire les piliers, et les Discours, réflexion sur la forme qu'elle doit prendre — la démocratie — comme sur les moyens de la préserver, sont indissociables. Tous deux naissent du contexte historique où Machiavel les rédige et de la tradition intellectuelle dans laquelle il s'inscrit pour mieux s'en détacher.


Quand il s'attelle au Prince, la République florentine, qu'il a servie pendant quatorze ans en tant que haut diplomate, minée par les divisions et la corruption, vient d'être renversée par les partisans des Médicis avec l'aide des Espagnols (septembre 1512). L'intermède républicain a duré dix-huit ans : une république théocratique, de 1494 à 1498, placée sous l'autorité du moine Jérôme Savonarole, puis une république laïque, de 1498 à 1512. Depuis des décennies, la Péninsule est soumise aux appétits des grandes monarchies qui s'allient au gré de leurs intérêts avec les nombreuses cités-Etats du pays, empêchant l'unification territoriale et nationale que Machiavel appelle de ses vœux. C'est cette situation qui explique l'objet du Prince : il s'agit pour son auteur de réfléchir aux moyens de rétablir la république dans la cité toscane et d'édifier un Etat suffisamment fort pour « prendre » (unifier) l'Italie et la « délivrer » des puissances étrangères. Le Prince s'adresse à celui qui sera capable de réaliser ce double objectif.


C'est à la fois un manuel d'action pour répondre à l'urgence et une réflexion sur la nature du pouvoir, dans la lignée des ouvrages didactiques en vogue parmi les humanistes. Il rompt néanmoins avec les idéaux classiques. Et édicte les préceptes et méthodes que doit suivre le (re)fondateur d'un Etat, en inversant le rapport traditionnel de subordination de la politique à la morale au nom de la « vérité effective des choses » : l'art de gouverner obéit à des règles spécifiques liées à l'instabilité des relations humaines (les hommes suivent leurs intérêts et leurs passions, dont l'ambition) ainsi qu'à l'irrationalité de l'histoire. Tout dirigeant doit connaître ces règles s'il veut « se préserver » et « maintenir l'Etat ».
En définissant la politique comme un champ d'action et de réflexion autonome sur lequel la morale n'a pas prise, Machiavel déclenche, pour citer Louis Althusser, une « véritable révolution dans le mode de penser (6) », qui débouchera plus tard sur la constitution de la science politique moderne. C'est cette innovation qui lui vaudra tant d'inimitiés. Les uns lui reprochent d'avoir mis au jour les mécanismes de la domination et enseigné aux gouvernés comment les gouvernants s'y prennent pour asseoir leur pouvoir ; les autres d'avoir détruit, au nom de l'efficacité de l'action, le lien intrinsèque existant selon eux entre la politique, la morale et la religion.


Machiavel développe cependant une autre problématique essentielle. Selon lui, chaque régime repose sur l'opposition fondamentale entre deux grandes classes, ou « humeurs » (umori) sociales, qui en détermine la forme : le peuple, c'est-à-dire le commun des citoyens, et les grands, ceux qui constituent l'élite sociale, économique et politique. Les seconds, minoritaires, veulent la domination ; le premier, majoritaire, la conteste. « Et de ces deux appétits opposés naît dans les cités un de ces trois effets : ou monarchie, ou liberté, ou licence. »


Aucun Etat ne peut faire l'économie de cette division sociale : le conflit entre les deux classes, qui recouvre des différences de rang, de richesse et d'aspirations, est universel, et sans résolution définitive possible. Pour diriger, il faut choisir un camp. Pour Machiavel, ce ne peut être que celui du peuple, « car ses buts (...) sont plus honnêtes que ceux des grands, les uns voulant opprimer, l'autre ne pas être opprimé ». La monarchie, ce principato autoritaire que Machiavel voit également dans l'oligarchie, est incapable de résoudre la question sociale. Il faut donc lui préférer un régime républicain, seul système à même de garantir l'égalité des citoyens, la réalisation du bien public et l'indépendance du pays.
Mais cette république, comme le précisent les Discours, ne peut s'appuyer que sur l'institution de la discorde civile entre les élites et la plèbe, autrement dit sur la reconnaissance politique du conflit inhérent à la cité. L'idée d'une société pacifiée est un mythe, voire une aberration. Machiavel estime ainsi que la République romaine « n'arriva à [sa] perfection que par les dissentiments du Sénat et du peuple ».


Par là, il s'écarte radicalement du modèle classique, selon lequel l'Etat doit reposer sur des rapports de concorde. Pour lui, au contraire, l'institution de cette discorde civile est le fondement même de la liberté : « Dans toute république, il y a deux umori (...) et toutes les lois favorables à la liberté ne naissent que de leur opposition. » C'est pourquoi il est essentiel de mettre en place un dispositif légal par lequel le peuple puisse faire entendre ses revendications et ses droits.


Une fois admise la participation commune du peuple et des grands au pouvoir par le biais de leur opposition, la question se pose de savoir à qui confier la « garde de la liberté » et le soin de veiller au bon fonctionnement des institutions. Ce problème est d'une importance capitale, car du contrôle de l'intérêt public par l'une ou l'autre de ces deux catégories dépendent la solidité et l'unité de l'Etat. Quelle forme la république doit-elle donc prendre : aristocratique ou démocratique ?
Alors que la grande majorité des penseurs républicains de son époque prônent une oligarchie, le Florentin préconise l'instauration d'une république populaire (stato popolare) fondée sur l'autorité suprême d'une assemblée au sein de laquelle le peuple peut participer, au même titre que les grands, à la direction des affaires de la cité. Il qualifie ainsi, dans le Sommaire des choses de Lucques, de « bonne disposition » le fait qu'un « conseil général ait autorité sur les citoyens, parce que c'est un frein efficace contre les ambitions de certains. (...) Le grand nombre sert à sévir contre les grands et contre l'ambition des riches ». Est plus à même de protéger la liberté et l'égalité, celui qui a intérêt à les voir se maintenir : « Il faut toujours confier [le dépôt de la liberté] à ceux qui ont le moins le désir de la violer. »


En revanche, quand ce ne sont pas « ceux qui [ont] le plus de mérite, mais ceux qui [ont] le plus de puissance » qui occupent les fonctions élevées de l'Etat, un autre conflit apparaît : la division entre groupes d'intérêts rattachés le plus souvent à des clans familiaux, à des systèmes clientélistes ou à des monopoles financiers — ce que Machiavel range sous le nom de sette (factions, lobbys). Dès lors que « les riches seuls et les puissants propos[ent] des lois, bien moins en faveur de la liberté que pour l'accroissement de leur pouvoir », l'Etat est miné à sa racine même, corrompu. C'est ainsi que la République romaine se perdit, comme la République florentine.
Que faire alors ? Les citoyens « doivent examiner la force du mal, et, s'ils se sentent capables de le vaincre, l'attaquer sans considération ».


Olivier Pironet


(1) Signalons l'étude d'Emmanuel Roux, Machiavel, la vie libre, Raisons d'agir, Paris, 2013, 267 pages, 20 euros. Filippo Del Lucchese, auteur de Tumultes et indignation. Conflit, droit et multitude chez Machiavel et Spinoza (éd. Amsterdam, Paris, 2010), a coordonné un site Internet autour du Prince, « Machiavelli : A multimedia project ». Cf. également John P. McCormick, Machiavellian Democracy, Cambridge University Press, 2011.
(2) Lettre à Francesco Vettori, 10 décembre 1513.
(3) Emmanuel Roux, op. cit.
(4) Sur les différentes interprétations de la pensée du Florentin, cf. Claude Lefort, Le Travail de l'œuvre Machiavel, Gallimard, Paris, 1986 (1re éd. : 1972).
(5) Cf. Ranieri Polese, « Machiavel mène l'enquête », Books, n° 46, Paris, septembre 2013.
(6) Louis Althusser, L'avenir dure longtemps, Flammarion, coll. « Champs essais », Paris, 2013 (1re éd. : 1992).

Sénégal: «Le parrainage citoyen est introduit dans la Constitution depuis 1991»

Au Sénégal, une nouvelle loi introduit la notion de parrainage à tous les futurs candidats à une élection, donc à la présidentielle. Avant, cette disposition ne s'appliquait qu'aux candidats indépendants. Concrètement aujourd'hui, pour être candidat, il faut être en mesure de réunir le parrainage de 0,8% du corps électoral, c'est à dire de 52 000 personnes, réparties dans au moins sept régions différentes du pays. Des électeurs qui, selon le texte, ne peuvent parrainer qu'un seul candidat à la fois. « Pour des raisons de contrôles », souligne ce texte, chaque électeur doit décliner l'ensemble de son identité et fournir son numéro de carte d'électeur. L'opposition est vent debout contre cette loi. Ce texte est-il dangereux pour la démocratie sénégalaise ? Pour le ministre de la Justice et professeur de droit constitutionnel, Ismaila Madior Fall, le président Macky Sall veut « assainir la démocratie » et prévenir une éventuelle inflation du nombre de candidats à la présidentielle.

Rfi: Est-il normal, dans une démocratie, qu’un candidat, pour se présenter à une élection, soit parrainé par des citoyens électeurs ?

Ismaïla Madior Fall: On en parle comme si c’était une nouveauté. Or, c’est depuis 1991 que le parrainage citoyen populaire est introduit dans la Constitution sénégalaise, dans le code électoral et la pratique électorale du Sénégal. Depuis 1993, nous avons des candidats indépendants qui ont dû  fournir 10 000 signatures. Donc, cela va être la énième fois que nous allons avoir des candidats sénégalais qui ont présenté des milliers de signatures dont la vérification et l’authentification n’ont posé aucun problème. 

Ici, lorsque des candidats indépendants déposaient leur candidature, le Conseil constitutionnel qui est l’organe habilité à recevoir et à vérifier la validité des candidatures, a toujours vérifié et authentifié ces signatures, avec l’aide de la direction de l’automatisation du fichier qui est au niveau du ministère de l’Intérieur. Par conséquent, c’est un argument qui est complètement incompréhensible.

Donc là, nous sommes quand même sur 52 000 parrainages, c’est à dire 0,8 % du corps électoral. C’est un véritable sondage ?

Nous sommes dans un pays où l’on vote, depuis cent cinquante ans. Nous sommes dans un pays où on va organiser la 11ème élection présidentielle, presque autant que les Français, sinon davantage. Nous sommes donc un pays qui est habitué au jeu démocratique. Ce n’est pas parce que vous avez parrainé quelqu’un, que vous allez voter pour lui. La preuve : aux dernières législatives, on avait enregistré 47 listes, ce qui fait qu’à la présidentielle on va avoir aussi 47 candidats, ce qui est qui est quand même inadmissible.

En réalité, il s’agit ici d’anticiper et d’arrêter la pagaille qui était en train de gangréner le pays, considéré comme un modèle démocratique. Pendant la campagne électorale, c’était la cacophonie parce que les 47 devaient avoir un temps équitablement réparti à raison de trois minutes par candidat. C’était la pagaille ! Nous ne sommes pas un pays qui va consacrer tout son budget à organiser les élections.

C’est pour cela que nous avons pensé qu’il est opportun de rationaliser les candidatures aux législatives, à la présidentielle et aux locales. Et puis, ce qu’il y avait aussi, c’est qu’au fond, on exigeait des parrainages aux candidats indépendants mais pas à ceux émanant des partis politiques. Nous disons fin à la discrimination. Evidemment, il ne s’agit pas du tout de sondage ou de pré-sondage.

Dites-vous aux Sénégalais, aux futurs parrains : ayez confiance en l’impartialité de l’administration sénégalaise ?

Nous sommes quand même un pays qui a tout de même pratiqué deux alternances. En réalité, nous sommes un pays où l’élection est, pour ainsi dire, banalisée. On n’a pas de problématique de démocratie au Sénégal.

Aucun risque de mélange entre le politique et l’administration qui couvre le système électoral ?

Il n’y a aucun risque dans la mesure où, au Sénégal, le pouvoir aujourd’hui ne bénéficie d’aucun outil, d’aucun levier, d’aucun moyen ni d’aucun pouvoir pour influencer le sens des résultats des élections. Il y a une attitude chez certains opposants au Sénégal. Quand ils perdent, l’élection n’est pas normale et quand ils gagnent, l’élection est normale. Je pense aussi qu’il y a la nécessité de davantage de bonne foi sur tous les actes politiques.

Donc, le président Macky Sall ne va pas baisser sa garde et l’opposition, la coalition vont rester vent debout ?

Aujourd’hui, avant le vote de la loi sur le parrainage, pendant le vote de la loi sur le parrainage et après le vote de cette loi, le président de la République a réaffirmé son attitude de toujours, c’est-à-dire l’ouverture. Le président s’est dit ouvert à la majorité, à l’opposition, à la société civile pour s’accorder sur les modalités de mise en œuvre du parrainage.

L’opposition pourra-t-elle manifester, dans les rues, son mécontentement ?

Mais bien sûr. La liberté de manifestation est inscrite dans la Constitution et il n’existe aucun problème pour que cette liberté de manifestation soit mise en cause. Aujourd’hui, si vous regardez les statistiques, il y a plus de 95 % d’autorisations de manifestations. Il y a juste des cas pour lesquels il y a des risques de troubles à la République. Là évidemment, tout pouvoir sérieux, tout pouvoir au monde soucieux d’ordre sur son territoire, ira quand même soit encadrer, soit interdire les manifestations.

RFI

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