vendredi, 19 avril 2019 16:53

Une colonisation rampante et sournoise

En lisant ces jours-ci « Ivoire » le très beau roman de Niels Labuzan, je me faisais la réflexion qu’en Afrique les effets pervers initiés par les empires coloniaux, essentiellement européens, n’avaient pas totalement disparu. Et qu’au fond la mondialisation n’était que le rejeton incestueux de la colonisation.

Certes on ne parle plus d’esclavage et la colonisation d’aujourd’hui est plus insidieuse, pernicieuse, rampante. Elle s’exprime sous la forme du braconnage (pillage des ressources de la faune et de la flore sauvages) et de soi-disant « partenariats » économiques comme l’atteste la présence massive des intérêts chinoise en Afrique. La Chine avec son appétit d’ogre qui pour alimenter sa croissance capte des matières premières dans des proportions vertigineuses (pétrole, bois précieux aux essences rares, sable, millions d’hectares de terres arables, permis d’exploiter les sols pour des dizaines d’années, etc.). L’ancienne dictature maoïste qui pratique un capitalisme autoritaire exerce sur le continent africain une forme de colonisation qui n’ose pas dire son nom.Et que lui apporte-t-elle en échange ? des barrages, des ports, des aéroports, des trains, etc. Comme la France, le Portugal, l’Italie, l’Allemagne construisaient hier dans ces mêmes pays des routes, des écoles et des hôpitaux. L’empire du Milieu n’a fait que succéder au vieux continent, la nature ayant horreur du vide. Et puis comment critiquer une puissance qui hier était chef de file du tiers-monde et appelait à la libération des peuples et l’indépendance des Etats ? Nous avons beaucoup à apprendre de la diplomatie chinoise.

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Quand on dilapide l’héritage

Mais il y a également le braconnage pratiqué à l’échelle industrielle à savoir les différents trafics d’animaux sauvages, espèces le plus souvent rares et protégées * au profit de particuliers et des zoos de Hangzhou et Shangaï, les cornes de rhinocéros transformées en poudre de perlimpinpin sensée redonner leur virilité aux personnes défaillantes, les défenses d’éléphants destinées à de riches collectionneurs, l’artisanat d’art ou les ateliers de sculpture chinois et japonais,** qui, au passage, enrichissent des réseaux criminels. Résultat, cette disparition de la faune impose une nouvelle identité à l’Afrique. De plus en plus de forêts deviennent des fermes, des routes coupent en deux l’habitat naturel des animaux sauvages, des barrières électrifiées bloquent les chemins des migrations. Là comme ailleurs des hommes gaspillent l’héritage et redessinent l’environnement légué par leurs prédécesseurs.

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Un braconnage qui modifie l’écosystème

De l’Afrique du Sud, la Namibie, le Zimbabwe à l’Afrique de l’Ouest en passant par l’Afrique centrale, (lieu des principaux points de vente de produits illicites) les effets destructeurs du braconnage sont considérables*** et modifient l’écosystème. La Tanzanie a perdu 60 % de ses éléphants en cinq ans, le Mozambique presque 50%. Au Soudan, en République démocratique du Congo (RDC) ce sont le plus souvent des milices qui organisent le trafic au profit d’achat d’armes. La colonisation de la RDC s’est autant faite au prix des éléphant qu’à celui du caoutchouc, de l’or, du manganèse, du cobalt et de l’uranium. 

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Quand le bush et la savane ne seront plus que des mots exotiques

A ce rythme-là, un jour viendra où le bush sera vidé de ses animaux. Dépourvu de ses lions, ses éléphants, ses rhinocéros et ses girafes ce monde, qu’on a qualifié de sauvage, ne sera plus qu’une savane qui n’aura d’exotique que son nom. Il est vrai que dans le même temps, ailleurs dans le monde, il n’est question que de la fonte des Pôles et la défense des glaciers, des émissions de gaz carbonique, de la montée du niveau des eaux, de l’immigration climatique, de la famine, des guerres, etc. I faut bien en effet s’efforcer de sauver un monde des déviances qu’on a laissé s’installer.

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Le braconnage à l’origine d’une mutation génétique

Il se peut aussi que la nature elle-même s’en charge comme au Mozambique, où de plus en plus de femelles éléphants ne possèdent plus de défense, une évolution qui aurait été provoquée par l’homme. Le braconnage, dans ce pays a été tellement intensif durant la guerre civile, où les pointes d’ivoire servaient de monnaies d’échange contre des armes, que les pachydermes ont commencé à muer génétiquement. Une majorité d’éléphants ont ainsi été tués sans avoir eu le temps de partager leur patrimoine génétique. L’avantage est qu’un éléphant qui ne possède pas d’ivoire à moins de chance d’être chassé et le gène de l’absence de défenses se propagerait au sein de l’espèce, lui offrant une chance de survie. L’inconvénient est qu’au-delà de priver les éléphants d’une caractéristique emblématique, cette mutation les privent d’un moyen de se nourrir et de se défendre. Le braconnage apparaît ainsi, de façon inattendue, comme une nouvelle forme de sélection des espèces, très loin de ce qu’avait imaginé Darwin.   

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La mondialisation fille incestueuse de la colonisation

Au nom de la cupidité, de la bêtise et de l’impuissance des dirigeants planétaires la mondialisation n’a fait que remplacer la colonisation. Et l’exploitation des individus et des continents n’a sans doute jamais été aussi brutale et dévastatrice (moyens modernes obligent) qu’aujourd’hui. Ainsi va le monde au 21èmesiècle avec ses impérities et sa volonté autodestructrice. C’est affligeant et triste à en pleurer.

Jean-YvesDuvalDirecteur d’Ichrono

Crédit photo : Jean-Paul Erpelding

Notes :

* La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacée d’extinction (CITES) a étendu sa protection à 35 000 espèces sauvages. Depuis 1989 elle interdit le commerce de l’ivoire.

** Ce marché représente plusieurs centaines de tonnes d’ivoire, en sachant qu’une défense d’éléphant achetée quelques centaines de dollars à un braconnier au Mozambique peut être revendue, sculptée, à Pékin, jusqu’à 350 000 dollars.

***. Au Botswana trente mille éléphants sont abattus chaque année et si on recense aujourd’hui quelques 450 000 spécimens sur tout le continent  d’ici quelques années on commencera à parler d’extinction.

Paris, ville phare de l’humanité, Paris ville lumière, Paris qui en quelques semaines est passée de la clarté à une des nuits les plus noires de son histoire sous l’action des « gilets jaunes » et l’incendie d’un des monuments les plus emblématiques de la capitale.

On ne dira jamais assez à quel point la vie s’est accélérée au 21ème siècle avec l’apparition des nouvelles technologies, en particulier de la communication. Il suffit pour s’en convaincre de voir comment quelques appels dans les réseaux sociaux ont suffi au début du mois de novembre dernier à mobiliser des centaines de milliers de français et à embraser les rues des grandes villes françaises.

En quelques semaines tout a basculé

Hier encore, dans l’imagerie populaire et pour le monde entier Paris était avant tout la plus belle avenue du monde. Il aura suffi de quelques « samedi » pour défigurer les Champs-Elysées sous les coups de boutoirs assenés par des hordesdéchaînées qui n’étaient pas seulement des black blocks. Ces ultrasde droite comme de gauche, ont même accompli le sacrilège suprême en s’en prenant à un symbole

national : L’Arc de Triomphe. Honte à eux ! Aucune condamnation ne sera assez forte pour condamner de tels agissements qui défient les lois de la République et mettent en péril la paix civile.

 

Larc de Tromphe- PARIS

 

Un symbole mondial

Récemment, le 15 avril, au cours de la soirée, il aura suffi de quelques heures pour que le monument le plus visité d’Europe, la cathédrale Notre-Dame,ne parte en fumée,couvrant de cendres plus de huit siècles d’histoire.Notre-Dame de Paris, au-delà d’un symbole mondial pour la chrétienté, d’une architecture exceptionnelle œuvre de bâtisseurs d’exception,a été le témoin privilégié de la grande Histoire de France. Elle  a vu défiler dans sa nefplusieurs rois et Napoléon Bonaparte y a été couronné Empereur en 1804. En dehors du tocsin ses carillons ont fait raisonner des Te Deum chargés d’émotion lors des obsèques de Georges Pompidou et de François Mitterandainsi que dans des circonstances mémorables,comme ce jour du 24 aout 1944 lors de la libération de Paris alors que des balles allemandes sifflaient encore sur le parvis etquele général de Gaulle prononçait, non loin de là, à l’Hôtel de ville, ces mots gravés dans la plupart des mémoires : « Paris ! Paris outragée ! Paris brisée ! Paris martyrisée ! mais Paris libérée !  Paris libérée par elle-même, libérée par son peuple avec le concours des armées de la France, avec l’appui et le concours de la France tout entière, de la vraie France, de la France éternelle ». Nous ne saurions oublier également le symbole inter-religieux que représenteNotre-Dameà travers le culte de la Vierge Marie est également priée par les musulmans. Aujourd’hui laïcs comme croyants, incrédules et choqués, éprouvent la même tristesse, la même émotion. 

 

Notre Dame de PARIS-Avant- 2

Victor Hugo est en deuil et Quasimodo pleure

Soixante-quinze ans après cette période sombre de notre histoire, Paris est de nouveau outragée. Outre que son image a été détériorée par les saccages, les pillages et les violences commises par les « gilets jaunes » sur une avenue que le monde entier nous envie et que les touristes de toute nationalitéadmirent ellevient d’être à nouveau d’être écornée douloureusement avec l’incendie de Notre-Dame. La carte postale a perdu ses couleurs, Victor Hugo est en deuil et Quasimodo pleure.Avec les Champs-Elysées et Notre-Dame Paris pouvait s’énorgueillir d’accueillir près de quinze millions de visiteurs chaque année. Qu’en sera-t-il demain ? Nul doute que ces deux évènements, d’une intensité dévastatriceincroyable, auront un impact économique négatif considérable à la fois en terme de croissance et pour tous les commerçants qui vivent du tourisme. Quant à Notre-Dame il faudra des années, des décennies de travaux et des sommes colossales pour lui redonner son lustre d’antan car la cathédrale n’appartient pas aux seuls parisiens et Français, elle appartient à l’humanité toute entière. C’est un devoir de mémoire vis-à-vis des générations passées et une exigence pour les générations futures. Une souscription nationale et internationale devrait y pourvoir.

 

Avenue D Champs ÃlysÃes-Paris

 

La fureur des hommes et la force des flammes

Autant dire que Paris, en quelques mois, a ététouchée en plein cœur et avec elle notre patrimoine, notre histoire, notre culture, notre chair. Par la faute de la fureur des hommes et la force des flammes.  

Jean-Yves Duval, Directeur d’Ichrono  

Dessin : Paul Baringou

Crédit photo : Jean-Paul Erpelding 

Au Sénégal, le président Macky Sall réunit ce lundi 15 avril le secrétariat exécutif de son parti. Les cadres de l’Alliance pour la République ont rendez-vous avec le chef de l’État à 17h. La formation du nouveau gouvernement n’a pas plu à tout le monde. Il va falloir désamorcer les frustrations et les tensions.

Écouter les ex-ministres et les recalés du nouveau gouvernement, Macky Sall va devoir faire de la pédagogie au siège de l’Alliance pour la République. Dans le premier cercle du président, tous le reconnaissent, la frustration de ceux qui ont été laissés sur le bord de la route est bien visible. Il faut éviter les tensions qui peuvent devenir dangereuses, menaçant l’unité du parti et de la majorité présidentielle.

« Certains ont cru qu’en se battant pour la victoire, un poste au gouvernement leur serait automatiquement attribué », explique un proche du président. « Il va falloir rappeler que l’État est différent du parti », souligne à son tour le porte-parole de l’APR, Seydou Gueye. Qui ajoute : « Ce ne sera pas une réunion de lamentations, personne n’est propriétaire de son ministère », ciblant les ministres qui comme lui n’ont pas été reconduits.

Dernier défi pour le chef de l’État : maintenir dans le parti, comme les appelle l’opposition, les « transhumants », les anciens opposants ralliés à la majorité qui n’ont obtenu aucun ministère. Remotiver les troupes, tel est l’enjeu de la rencontre, pas seulement pour le quinquennat, mais également en vue des élections locales de décembre 2019.

RFI

vendredi, 12 avril 2019 17:54

Ainsi va l’actualité de la planète

En cette fin de semaine, les feux de l’actualité se tournent vers deux capitales, Khartoum et Londres. Et pour cette dernière une fois n’est pas coutume ce n’est pas pour le Brexit qui fait tourner en bourrique tous les européens.

Premier coup de projecteur : le Soudan. Voici un pays en proie à la guerre civile depuis des années, cause de milliers de victimes et d’importants déplacements de populations réduites à l’exil. Et comme l’actualité internationale nous offre assez peu d’occasions de nous réjouir saluons comme il convient la chute d’un tyran. Celle d’Omar el-Béchir qui dirigeait le pays d’une main de fer et avec un pouvoir absolu depuis trente ans.

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Crimes contre l’humanité

 Là où on pensait que la Cour pénale internationale saisie pour « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité » finirait par avoir raison de lui c’est finalement son peule, avec la complicité d’un putsch militaire, qui aura été le plus fort après quatre mois de contestation dans la rue. Là, comme en Algérie Vox populi, vox Dei.Cette destitution n’effacera pas cependant l’horreur du Darfour, la famine et les camps de réfugiés. Avec la chute de ce dictateur de 75 ans et de son régime la situation n’est pas pour autant réglée. Il faudra du temps pour oublier qu’il avait accueilli Oussama ben Laden et rêvait de faire de son pays l’épicentre d’une internationale islamiste, d’avoir soutenu le terrorisme et surtout occasionné un génocide qui après vingt et un ans de combat aura fait deux millions de morts et quatre millions de déplacés. La nausée collective au Soudan vient de prendre fin cette semaine. 

Julien Assange n’est pas un ange !

Second coup de projecteur : la Grande-Bretagne qui fait la Une des grands quotidiens en cette fin de semaine avec l’arrestation surprise à l’ambassade équatorienne de Julian Assange. Pour le lanceur d’alerte, fondateur de Wikileaks la fuite aura duré sept ans. L’homme, barbu, vieilli, qu’on a vu hier emporté comme un vulgaire baluchon dans le fourgon de la police anglaise était à peine reconnaissable. Avec cette arrestation spectaculaire prend fin un feuilleton géo-politico-judiciaire qui aura duré six ans neuf mois et vingt-deux jours. Et si aujourd’hui certains crient leur indignation à cette « exfiltration » d’une ambassade, voulue par l’Equateur, il ne faudrait pas oublier qu’en 2010 la Suède à émis un mandat d’arrêt à son encontre pour l’entendre dans une affaire d’agressions sexuelles sur deux jeunes femmes. Assange n’est peut-être pas l’homme aussi vierge qu’il prétend l’être. Il ne faudrait pas non plus oublier que la publication de centaines de milliers de documents et la divulgation de renseignement classés secrets de l’armée américaine a été la cause de dégâts collatéraux inestimables pour l’occident. 

JULIAN ASANGE

Une extradition vers les Etats-Unis ?

Son passage vers la Suède pourrait-elle être l’occasion d’une extradition vers les Etats-Unis ? C’est là toute la question car sur place une condamnation est très vraisemblable pour « piratage informatique ». Sept ans d’exil plus cinq ans de détention, la facture risque d’être lourde pour cet Australien aujourd’hui âgé de 47 ans. La juge britannique Emma Arbuthnot, du tribunal de Westminster a quant à elle estimé que « Assange était un narcissique incapable de voir au-delà de son propre intérêt », Theresa May indiquant que « personne n’était au-dessus des lois ». L’arrestation d’Assange est tout sauf la chute d’un héros.

Jean-Yves Duval, Directeur d’Ichrono 

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