Filtrer les éléments par date : lundi, 11 décembre 2017

Les acteurs du secteur des assurances entendent redorer le blason du secteur des assurances pour augmenter leur produit intérieur brut. C’est ce qui ressort d’un séminaire de sensibilisation et de concertation sur le management des risques et des assurances des entreprises, organisé hier, vendredi 8 décembre, à Dakar par le Cnp.

Le secteur des assurances au Sénégal est mal en point du point de vue structurel, organisationnel et managérial. Et ceci fait de lui, le secteur le moins productif au produit intérieur brut (Pib). En effet, «la part des assurances dans le Pib est seulement de 1,5% sur plus de 12 500 entreprises immatriculées, soit seulement 10% assurées», a vigoureusement déploré Mouhamadou Moustapha Noba, président de la Fédération sénégalaise des sociétés d’assurances (Fssa). Il l’a fait savoir, hier vendredi 8 décembre, à Dakar, lors d’un séminaire de sensibilisation et de concertation sur le management des risques et des assurances des entreprises», sur initiative du Conseil national du patronat sénégalais (Cnp) en collaboration avec la Fondation Konrad Adenauer à l’attention de la Fssa et du Syndicat des assureurs conseils africains (Saca). Aujourd’hui, selon lui «les risques managers sont les traditionnels soucis», a-t-il avoué. Nous avons des solutions à portée de main pour protéger le patrimoine de l’entreprise. Mais ce qui faut défaut c’est la communication. Le sénégalais n’a pas encore la culture de l’assurance. Et j’en veux pour preuve, les incendies dans les marchés et autres notamment ce qui vient de passer au ‘’Parc Lambay’’ est suffisamment éloquent pour prouver à combien les sénégalais n’ont pas fini de comprendre l’importance de s’assurer», regrette-t-il.

Toutefois, il fait remarquer qu’ «il y a un énorme travail d’image des assureurs auprès des populations. Et ce travail est interne aux assureurs», a-t-il soutenu tout en indiquant ceci: «Nous devons systématiquement travailler à rendre notre image beaucoup belle pour développer ce secteur qui en dépit de tout continue de créer de l’emploi et par ricochet de la richesse».

Racky Wane, présidente du Syndicat des assureurs conseils africains (Saca) dira: «J’estime que des rencontres du genre sauront apporter des idées nouvelles à valoriser pour développer ce secteur, aujourd’hui, plus proactif en terme de mobilisation de ressources pour le financement de projets du Sénégal», a-t-elle soutenu. Et pour se faire, ajoute-t-il: «Tous les acteurs doivent se mobiliser et s’inscrire dans une dynamique de revaloriser la profession, qui semble bien mal compris par les populations», estime-t-elle.

SudOnline

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Les charges retenues contre le maire de Dakar, Khalifa Sall, et ses coinculpés, ont été corsées pour annihiler les prétentions présidentialistes du premier. Moussa tine en est convaincu. Invité hier de l’émission Objection sur Sud Fm Sen Radio, le président de l’Alliance démocratique Penco souligne que «le problème, c’est qu’on cherche à rendre Khalifa Sall inéligible». Tout en relever des violations de la procédure qui n’est pas épuisée, il prévient qu’ils ne se laisseront pas faire car ils vont engager la bataille sur les plans juridique, politique, mais aussi institutionnel.

«Non c’est vrai que Khalifat Sall est maire de Dakar, c’est vrai qu’il y a un certain nombre de problèmes entre lui et les tenants du pouvoir. Le problème, il est très simple, les gens ne veulent pas qu’il soit candidat. Tout le problème qu’on a aujourd’hui, c’est qu’on cherche à rendre Khalifa Sall inéligible. Il n’a pas un autre problème.» Moussa Tine est formel. Le président de l’Alliance démocratique Pencoo et membre de la coalition Mankoo Taxawu Senegal (MTS) était l’invité, hier dimanche, de l’émission Objection sur Sud Fm Sen Radio. Selon lui, «pendant très longtemps on cherché à (lui) mettre les battons dans les roues, depuis l’Acte III, l’emprunt obligataire, quand il a commencé à faire des tournées à l’intérieur du pays…»

Moussa Tine dénonce la précipitation dans le dossier du maire de Dakar. «Le problème, c’est que plusieurs fois, dans plusieurs affaires, dans plusieurs arrêts et décisions rendues par la justice de ce pays, y compris par les meilleurs juges, on a déjà accepté des cautions en nature. Aujourd’hui, le juge a décidé de ne pas accepter la caution, le juge a décidé qu’on va aller vers un procès. Nous n’avons jamais eu ce qu’on appelle un procès équitable. Nous n’avons jamais eu un service public de la justice qui ait donné le visage qu’on attend de lui. Dans cette affaire là, on ne cherche pas à préserver les biens de l’Etat… Qu’est-ce qui explique la précipitation dans cette affaire là. Combien de gens attendent encore un procès dans ce pays», parce que les juges sont en sous effectif et qu’il y a beaucoup d’affaires en instance, s’interroge-t-il ?

VIOLATION DE LA PROCEDURE ET DES DROITS DE LA DEFENSE

Et d’ajouter que «pour le cas de Khalifa, non seulement ils ont rejeté sa caution, alors que ces avocats on réagi, on append, par voie de presse, que le juge a déjà rendu son ordonnance. La notification est venue après, les gens ont eu l’information par voie de presse. Et, avant même qu’il ne soit notifiée l’ordonnance de renvoi, il y avait déjà l’avis d’audience. Et l’audience est déjà fixée pour jeudi», en violation de la procédure, des droits de la défense, insiste Moussa Tine.

Or, affirme-t-il, «physiquement, le juge là (d’instruction Samba Sall, ndlr) n’a plus de dossier parce qu’on a relevé appel contre sa décision. Il y a aujourd’hui une affaire pendante devant la Cour d’appel et une affaire pendante devant la Cour suprême. Comment lui, dans ces moments là, peut rendre une décision alors qu’il n’a pas de dossier avec lui ? Comment vous pouvez rendre une décision de renvoi (disant que telle personne doit aller en procès) alors que vous, dans le cadre de l’instruction, vous avez pris des actes qui ont été contestés devant un tribunal supérieur notamment la Cour d’appel et la Cour suprême ? Ces juridictions supérieures n’ont pas encore rendu de décision sur l’appel, vous, vous rendez votre ordonnance de renvoi. Tout ça c’est entre mardi, mercredi et vendredi… On n’a pas épuisé toute la procédure. Justement on nous renvoie en procès alors que la procédure n’est pas épuisée. C’est ça la différence», explique-t-il.

A l’en croire, Macky Sall et son régime sont prêts à tout pour écarter un adversaire politique. C’est cette logique qui les a conduits à corser les charges retenues contre Khalifa Sall et ses partisans, pour annihiler les prétentions présidentialistes de ce dernier. Car, en plus du «détournement de deniers publics», le délit de «blanchiment de capitaux» a été ajouté au dossier rien que pour pouvoir le mettre en prison et beaucoup de décisions de justice sur cette affaire ont été pilotées par l’exécutif.

BATAILLES INSTITUTIONNELLE, INTERNATIONALE…

Cependant, lance-t-il, les pro-Khalifa ne se laisseront pas faire. Au contraire, ils vont se battre avec tous les moyens dont ils disposent pour sortir le député-maire de Dakar de cette situation. Et la bataille sera menée sur les plans juridique, politique, mais aussi institutionnel. Bref, sur tous les fronts, aussi bien sur le plan national qu’international puisque, dévoile-t-il, l’innovation de taille dans leur défense sera la bataille institutionnelle. Et ce combat se fera en concomitance avec ceux politique et juridique. D’ailleurs, prévient-il, la question de la levée de l’immunité de Khalifa Sall va revenir pendant le procès en ce sens que «cette levée n’a pas été faite dans les règles de l’art».

Sudonline

Publié dans Politique

 

Getran au cœur du rêve sénégalais de Diamniadio: Mar THIAM un polytechnicien sénégalais  inventif et novateur à la conquête de l'Afrique.

Mar Thiam, PDG de Getran parle
• Christine Holzbauer


Le groupe Getran n'a pas l'intention de se reposer sur ses lauriers et souhaite obtenir des positions fortes dans l'ensemble du BTP, des matériaux de construction à la conception de villes nouvelles respectueuses de l'environnement. Son président Mar Thiam affirme aussi: « Je suis fier de construire à Diamniadio »
Propos recueillis par Christine Holzbauer


Avez-vous créé Getran en 1998 pour pouvoir revenir au Sénégal ?


Oui, Getran SA est une société anonyme que j'ai créée en 1998 avec mon épouse, qui est juriste, après de nombreuses années passées hors du Sénégal. Son domaine d'activité regroupe l'ingénierie, la construction, le bâtiment, les travaux publics, le transport et le négoce. Ayant débuté comme conducteur de travaux dans le BTP après des études d'ingénieur, à chaque fois, les circonstances ont fait que je me suis retrouvé à conduire de très grands travaux, mais toujours à l'étranger. Ce fut le cas quand j'ai commencé à travailler au CDE (Consortium d'entreprises, leader dans le secteur du bâtiment et des travaux publics classé en 2000 parmi les 20 meilleures entreprises sénégalaises). Puis, ensuite, comme directeur général à la société Gamsen construc¬tion dont je suis actionnaire et avec laquelle j'ai bâti l'aéroport international de Banjul considéré comme l'un des dix meilleurs aéroports au monde. C'est là où j'ai fait la connaissance de Pierre Goudiaby Atépa qui en était le concepteur et l'architecte et nous ne nous sommes plus quittés depuis...


Quelles sont les principales réalisations du groupe Getran ?


Dans le BTP, Getran compte à son actif plusieurs réalisations d'envergure comme l'Agence nationale de la BCEAO en Guinée-Bissau, le monument du Cinquantenaire et l'hôpital central de Ndjamena au Tchad, les bâtiments du ministère de l'Environne¬ment à Dakar, l'hôpital régional de Fatick, les gares routières de Daroukhane et Lat-Dior, l'École de formation en économie familiale et sociale, l'agence Bicis prestige, la caserne des sapeurs-pompiers de Tivaouane, les bassins de rétention de Thiès, le centre polyvalent agricole de Bambey pour n'en citer que quelques-uns. Lorsque nous sommes rentrés au Sénégal, ma femme et moi, nous sommes partis de zéro. Il a fallu que je mette ma maison de Yoff en gage pour réaliser mon premier gros chantier en Guinée-Bissau. Mais, ensuite, les clients ont afflué


Vous construisez plus au Sénégal ou dans les autres pays de la sous-région ?


Getran a des activités dans quatre pays africains que sont le Tchad, le Congo Brazzaville et la Côte d'Ivoire en plus du Sénégal. En termes de chiffre d'affaires (20 milliards de F.CFA sur le dernier exercice), ce n'est que récemment que la part du Sénégal a augmenté, passant de 10 % à 30 %. Jusqu'en 2014, le groupe réalisait près de 60 % de son activité au Tchad. Évidem¬ment, le Sénégal comme la Côte d'Ivoire, où les taux de crois¬sance sont très élevés, sont sur la pente ascendante. Alors qu'avec la chute du prix du pétrole, l'activité au Tchad stagne.


Est-il vrai que vous vous êtes endettés à hauteur de 15 milliards de F.CFA pour démarrer les travaux à Diamniadio.

Pourquoi avoir pris un tel risque ?


Ce vaste programme du Pôle urbain s'inscrit dans le cadre du PSE (Plan Sénégal émergent) dont l'une des compo¬santes majeures consiste à permettre aux populations d'avoir un accès facile à un logement de qualité. Étant Sénégalais, c'est un défi que j'avais envie de relever. Et étant de surcroît un développeur en plus d'être un bâtisseur, j'avais là une fabuleuse opportunité de faire sortir de terre une cité de l'émergence qui puisse offrir des appartements de grand standing, des villas avec cuisines équipées, des plateaux de bureaux modulables, des salles de sport, des centres de loisirs, des lieux de culte, etc., à côté de logements écono¬miques disposant de commodités qui les mettent à un niveau de confort supérieur ainsi que des locaux commerciaux conformes aux standards internationaux. Lorsque le président Macky Sall a décidé d'offrir 20 appartements dans l'une de mes « Résidences de l'espoir » aux Lionnes du basket, j'ai su que j'avais fait le bon choix et que l'engouement pour cette ville du futur serait au rendez-vous. Je ne me suis pas trompé. Alors que je ne voulais pas commencer à commercialiser la deuxième phase avant d'avoir fini de construire la première, j'y ai été contraint puisque tout a été vendu sur plan en un temps record. Les premiers acomptes entrent bien grâce à des prêts immobiliers facilités par la BHS, je fonce.


Envisagez-vous de déménager à Diamniadio ?


J'ai décidé d'installer toutes mes entreprises à Diamniadio car c'est le futur grand centre urbain de Dakar. Donc les trois sièges que j'ai aux Almadies, à Mermoz et à la cité SICA (Foire) seront regroupés à Diamniadio, y compris le service commercial de Getran Immo. J'ai aussi investi dans une usine avec une grande capacité de production de béton, afin d'amener une offre de qualité sur place et diminuer ainsi les coûts de construction. Il en va de même pour les deux unités que je suis en train d'implanter dont l'une va fabriquer des éléments pour la voirie (pavés, agglos et bordures de route) et l'autre produira des plaques de béton préfabri¬quées permettant d'accélérer les délais de livraison.


Le siège de Getran Industries sera-t-il au Sénégal ?


Non, comme c'est mon fils aîné, Falla Thiam, qui a pris la direction générale de la société industrielle, il a préféré l'implanter à Abidjan d'où nous allons produire des matériaux de construction et notamment des maisons préfabriquées pour la Côte d'Ivoire, bien sûr, mais aussi pour toute la sous-région.
Vous n'avez pas mentionné le volet environnemental...
Il est important, car on ne peut pas envisager la construc¬tion de villes nouvelles, aujourd'hui, sans prendre en compte la durabilité des matériaux et les mix énergétiques adéquats. Toute la nouvelle cité artisanale sera d'ailleurs construite en consé¬quence, avec l'éclairage solaire, notamment. Notre ambition est de satisfaire une clientèle de plus en plus exigeante sur la qualité et le coût proposés par nos entreprises industrielles. J'ai l'inten¬tion d'investir davantage dans ce secteur en créant une filiale Getran Environnement. De même que j'ai prévu de me diversi¬fier dans les transports pour mettre à disposition des bus afin de relier la Cité de l'émergence.


À ce jour, de quoi êtes-vous le plus fier ?


Sans doute de la réputation de Getran dont j'ai fait mon credo, et qui est « Produire dans les meilleurs délais ». En décembre 2003, l'entreprise a été primée par la Fondation pour l'excellence dans les affaires qui est basée à Genève. J'ai égale¬ment reçu plusieurs distinctions parmi lesquelles le trophée du Millenium Award, le trophée du Forum des opérateurs pour la garantie de l'émergence économique en Afrique, et le SEDAR du magazine Nouvel Horizon. Mais, le jour de mes 65 ans, le 27 mars 2026, je veux avoir franchi la barre des 100 milliards de F.CFA de chiffre d'affaires !

Written by Christine Holzbauer

Christine Holzbauer travaille comme journaliste en Afrique pour les éditions en français de New African, African Business et African Banker depuis 2012. Auparavant, elle était correspondante régionale pour «L'Express », « La Croix » et « La Tribune », d'abord basée au Mali puis au Sénégal. Elle est diplômée de Sciences Po. Paris, a obtenu un DESS de la Sorbonne et fait ses études de doctorat à American University (Washington, D.C.) en relations internationales, développement et communication internationale.

http://magazinedelafrique.com/mar-thiam-pdg-de-getran-

Lire ceci : cet homme discret fait de bonnes choses ;
Getran au cœur du rêve sénégalais de Diamniadio


Le président Sall a offert vingt appartements aux Lionnes du basket. Il consacre ainsi le lancement de la phase pratique du plus grand pôle urbain en construction en Afrique de l'Ouest francophone. Diamniadio est en chantier depuis bientôt un an et demi et un homme, Mar Thiam, fondateur de la société Getran est le premier homme d'affaires Sénégalais à avoir cru à ce projet. " Il est venu sur la pointe des pieds sur le projet et quand il a été reçu par le président, il a été directement séduit par le projet. C'est un homme qui croit en son pays et il s'est dit qu'il a un challenge personnel à relever."
En quelques semaines, il mobilise des grues. "

Tous les passants de l'autoroute ont été surpris de la rapidité et du nombre de grues en installation. Pour la première fois au Sénégal on a installé autant d'instruments de chantier en même temps." En quelques mois, Mar Thiam fait sortir une vingtaine d'immeubles sur cet espace naguère sans relief. Près d'un millier d'ouvriers sont sur place et une centaine de m3 de béton est coulée chaque jour. Pour montrer le sérieux du projet, cet ancien de Polytechnique a installé la plus grande centrale à béton du pays. " Il a démarré le projet sur fonds personnel, et a investi au passage plusieurs milliards pour le démarrage du projet. " Un gros risque qualifie de fou par certains. " Il faudrait vraiment être audacieux pour lancer un chantier de 600 appartements d'un seul coup à Diamniadio. Il était le seul avec le président Macky Sall à croire en ce projet qui a suscité les craintes les plus ardues dans le milieu immobilier de par son gigantisme."

Ne se décourageant pas, Mar Thiam bâtit immeuble par immeuble, pierre par pierre. Les premiers clients se manifestent, pour la plupart des sénégalais du pays qui rêvent d'un appartement bon marché et de qualité entre 15 et 20 millions. Aujourd'hui, les réservations se passent très bien et des acomptes sont régulièrement versés par les clients. Beaucoup de coopératives ou d'entreprises sont déjà surles listes de la société.
D'ici avril, Getran compte livrer les premiers appartements et le holding de Mar Thiam compte donner le ton." Il a décidé d'installer toutes ses entreprises à Diamniadio. Il veut donner l'exemple que le futur grand centre urbain de Dakar est Diamniadio."

https://www.dakaractu.com/Getran-au-coeur-du-reve-senegalais-de-Diamniadio_a103314.html

 

Publié dans Afrique

 

Felwine SARR résident à l'Université de Nantes-Projet de recherche : L'Ecriture des humanités à partir de l'Afrique.

Souhaitons bonne chance à ce jeune penseur des utopies actives/ qui se réalisent...P.B. CISSOKO

Période de résidence : Octobre 2017 à Juin 2018


Notre projet de recherche part du postulat de la diversité des modes d'approches du réel selon les civilisations et les époques, la pluralité des modes de connaissance, ainsi que la relativité gnoséologique et épistémologique. Il se propose de penser la pluralité des aventures de la pensée humaine en partant de l'idée de l'égalité de principe des différentes traditions de pensée et en prenant acte de leur incommensurabilité. Ceci nous amène à envisager ces différentes traditions de pensée à partir de leurs horizons et des configurations du pensable qu'elles proposent, comme des aventures singulières de l'esprit qui se sont développées de manière parallèles et adjacentes, tributaires des cultures desquelles elles émanent.


Penser ces questions en contexte africain appelle un déplacement épistémique.

Il s'agit d'intégrer la complexité des formations sociales africaines et les assumer dans leur spécificité culturelle et historique. Ce qui nécessite un travail de déplacement à l'intérieur des champs des savoirs constitués et de reprise ; un acte de penser qui porte une attention particulière à son milieu archéologique et aux tendances réelles des sociétés qu'il appréhende.


Ce projet de refondation requiert un travail de reprise dans les sciences sociales qui passe par une interrogation épistémologique sur les objets, les méthodes et le statut du savoir produit par les sciences humaines et sociales, telles qu'elles sont pratiquées sur les réalités africaines. L'obstacle majeur d'une telle démarche demeure la détermination d'un champ épistémologique, c'est-à-dire, d'objets spécifiques à appréhender, mais également des méthodes singulières pour y parvenir.

Une critique récurrente adressée à la conception occidentale du savoir est qu'elle surestime les prérogatives du sujet en se fondant sur l'illusion que ce dernier, par ses seuls moyens (raison et/ou sens) peut produire une pensée qui rende compte de la complexité du réel. Le piège de la méthodologie européenne consiste à sélectionner un critère unique pour expliquer le réel. Par ailleurs, sa démarche se fonde sur la volonté de produire en matière de connaissance une réalité exclusivement soumise au constat de l'expérience et au débat de la raison. La fécondité de la démarche méthodologique basée sur le principe du tiers exclu[1] sera interrogée.

Celle-ci, pour appréhender le réel, distingue le sujet de l'objet. La ponctualisation de l'objet et le découpage de la réalité en infimes portions, que l'on tente ensuite de recoudre. Elle relève d'un positivisme résiduel dans la tradition gnoséologique occidentale, héritière d'un atomisme qui date de deux mille ans. Cette démarche a été utile pour le développement de la physique et des sciences exactes ; mais se révèle inféconde lorsqu'il s'agit des sciences humaines et sociales, car les objets étudiés ont une épaisseur et le sujet n'est pas disjoint de l'objet. Comme pour la physique quantique, la position de l'observateur modifie la chose observée.


Mais de manière plus fondamentale, il s'agit d'accéder à une connaissance plus approfondie des sociétés et cultures africaines, parce que fondée aussi sur leurs propres critères gnoséologiques. Pour cela, il est nécessaire de prendre en charge d'autres modes d'appréhension de la réalité, que le savoir scientifique tel qu'il s'est constitué jusque-là.

L'exploration de territoires relativement inabordés que sont les ontomythologies et les épistémogonies africaines, ouvre à une meilleure prise en charge de savoirs divers, ayant assuré la pérennité des sociétés africaines. Il s'agit d'explorer les possibilités qu'offrent les autres formes de savoirs et d'appréhension du réel. Ceux-ci constituent des modes de connaissance qui ont démontré leurs qualités opératoires sur la longue durée, dans divers domaines de l'activité humaine : savoirs thérapeutiques, environnementaux, savoir-faire techniques, savoirs sociaux, historiques, psychologiques, économiques, agronomiques. Ces savoirs ont assuré la survie, la croissance et la pérennité des sociétés africaines. Pour les mobiliser, explorer les cosmogonies, les mythes, les expressions culturelles diverses, ainsi que les ressources linguistiques africaines est nécessaire.


Il s'agira aussi d'engager un débat autour d'une théorie de la connaissance bornée par les limites de la vision occidentale de ce qu'est un savoir, en interrogeant l'exclusivité de l'épistémè logocentrique, et l'arraisonnement des modes d'intelligibilité par le seul mode de la pensée écrite. Cette interrogation reprend à sa racine la question de la connaissance. Il s'agit de penser à nouveau les conditions de possibilité d'un savoir.

Que puis-je connaitre est la question que pose Kant dans sa Critique de la raison pure ?

Comment une connaissance est-elle possible ?

Ces questions ont défini la physique et la métaphysique au 18 ème siècle.


Des questions que l'on pourrait se poser ou reposer pourraient être celles-ci : Peut-on accéder à une connaissance en dehors de l'expérience ? Peut accéder à une connaissance par le sensible ?

Que nous apprennent arts et les formes de pensée non discursive du réel ?

Peut ton procéder à une épistémologie du sensible ?


Cette interrogation sur le savoir devra s'approfondir en pensant les objets de la quête épistémologique mais aussi ses modalités d'appréhension de la réalité. Expliquer, depuis Aristote à consister à élucider les causes où à remonter à la cause première. Considérer que l'explication est la seule façon de penser le monde est un parti pris. La pensée de la causalité linéaire à une butée, c'est la cause première. La pensée complexe (Morin) et dialogique a permis de relativiser ce mode d'appréhension de la réalité en indiquant ses limites.


L'Intelligence humaine réside dans la capacité de passer à travers les différents possibles de la pensée, à les comprendre l'un et l'autre, et à les faire dialoguer. L'objectif n'est point cependant de résoudre l'écart des différentes approches du savoir et du réel par une dialectique unitaire et convergente. Il ne s'agira pas d'une recherche systématique d'une vérité ultime, ni d'une synthèse, mais de faire communiquer ces possibles afin de produire de l'intelligible à partir de leur auto-réfléchissement.

________________________________________
[1] Cette conception est également remise en cause au sein de l'épistémè occidentale par les tenants de la physique quantique et par des penseurs comme Nicholas Georgescu-Rogen promoteur de la transdisciplinarité et du principe du tiers inclus.

Biographie


Felwine Sarr est un universitaire et écrivain sénégalais né en 1972 à Niodior. Après des études primaires et secondaires au Sénégal, il poursuit ses études supérieures à l'université d'Orléans où il obtient un doctorat en économie en 2006. Agrégé des universités et professeur titulaire du CAMES, il enseigne à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal) depuis 2007.

Ses cours et travaux académiques portent sur les politiques économiques, l'économie du développement, l'économétrie, l'épistémologie et l'histoire des idées religieuses.

En 2010, il est lauréat du Prix Abdoulaye Fadiga pour la Recherche Économique. En 2011, il devient Doyen de la Faculté d'économie et de gestion de l'Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis et directeur de la nouvelle UFR des Civilisations, Religions, Art et Communication (CRAC) de l'UGB. Il est aussi écrivain et a publié plusieurs romans et essais. Musicien, il a publié à ce jour trois albums : Civilisation ou Barbarie (2000), Les Mots du Récit (2005) et Bassaï (2007). Avec les écrivains sénégalais Boubacar Boris Diop et Nafissatou Dia, il est le cofondateur de la maison d'édition Jimsaan. Felwine Sarr est aussi l'éditeur de la Revue Journal of African Transformation (Codesria-UNECA). Il organise avec Achille Mbembé en 2016 les Ateliers de la pensée de Dakar et de Saint-Louis, réunissant une trentaine d'intellectuels de l'Afrique et de ses diasporas pour réfléchir aux mutations du monde contemporain.


Bibliographie sélective


SARR, Felwine, Habiter le Monde, Montréal, Mémoire d'encrier, 2017.
SARR, Felwine, Ishindenshin, Montréal, Mémoire d'encrier, 2017.
SARR, Felwine et MBEMBE, Achille (co-dir.), Ecrire l'Afrique-Monde, Paris, Philippe Rey, 2017.
SARR, Felwine, Afrotopia, Paris, Philippe Rey, 2016.
SARR, Felwine, "Economics and Culture", Handbook of Economics and Africa, Oxford, Oxford University Press, 2015.
SARR, Felwine, Méditations Africaines, Montréal, Mémoire d'encrier, 2012.
SARR, Felwine, 105 rue Carnot, Montréal, Mémoire d'encrier, 2011.
SARR, Felwine, Dahij, Paris, Gallimard, "L'arpenteur", 2009.

https://www.iea-nantes.fr/fr/

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