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Politique

Interview exclusive de l’ambassadeur du Sénégal en France (3ème partie)

Nous poursuivons et terminons aujourd’hui l’entretien exclusif qu’a bien voulu accorder à Ichrono son excellence M. Bassirou SENE.

Q – Lors de la mise en place des parrainages pour l’élection présidentielle en février prochain l’opposition a parlé de tripatouillage constitutionnel, ce qui va un peu à l’encontre de la sérénité du président Macky Sall que vous évoquiez à l’instant.

B.S – C’est tout simplement la vitalité de la démocratie sénégalaise, on a cinquante quotidiens, presque une dizaine de télévisions …

Q - … dont on dit que la plupart sont aux ordres du pouvoir …

B.S – Oui, je sais et c’est de bonne guerre, chacun dit ce qu’il veut, mais en réalité la démocratie sénégalaise est reconnue à travers le monde car c’est une démocratie ouverte, respectueuse des droits des uns et des autres.

Q – Du fait de l’empêchement à se présenter aux présidentielles de deux des leaders de l’opposition que sont Karim Wade et Khalifa Sall ce dernier ayant été démis de maire de Dakar par un décret présidentiel, ne redoutez-vous pas des manifestations populaires dans les mois qui viennent ? N’y a-t-il pas là un risque d’agitation dans la rue ?

B.S – Les sénégalais sont très attachés à leurs institutions, et quand celles-ci se prononcent on les respecte. En 2012 un candidat a été reconnu par le conseil constitutionnel malgré l’opposition d’une partie de la population. Les sénégalais en bons démocrates sont respectueux de l’Etat de droit et je suis convaincu que cela prévaudra et que la raison l’emportera.

Q – Il n’empêche qu’à propos de ces deux hommes politiques certains évoquent une manipulation, une instrumentalisation de la justice et y ont vu là une façon par le pouvoir de se débarrasser de deux opposants notoires au président …

B.S – Vous n’avez pas manqué de suivre le processus judiciaire jusqu’à son terme, depuis deux ans. La justice s’est prononcée, je suis un républicain et je fais confiance à la justice du Sénégal. Nos magistrats sont bien formés et collaborent a des institutions internationales telles que la CPI ou encore au tribunal du droit de la mer où des juges sénégalais siègent en toute impartialité, avec compétence.

Q – Pour conclure, quels rapports entretenez-vous, ici à Paris, avec les partis d’opposition représentés en France ?

B.S – J’ai reçu leurs dirigeants à deux ou trois reprises. Chaque fois que des élections sont organisées ou encore récemment la révision des listes électorales l’opposition est réunie dans une sorte de plate-forme et est accueillie à l’ambassade. Ensemble nous avons examiné la situation et réglé les difficultés qui pouvaient exister comme leur présence dans les bureaux de vote, la question du transport des personnes. 

Disant cela l’ambassadeur pensait ainsi à la commémoration qui s’est tenue à l’ambassade le 2 mai dernier à l’occasion du 58èmeanniversaire de l’accession du Sénégal à la souveraineté internationale, manifestation pour laquelle les sénégalais vivant en France s’étaient déplacés en nombre.

Interview réalisée par Jean-Yves Duval, directeur d’Ichrono  

Appel du président Macky Sall pour une année scolaire et universitaire apaisée : Le pm Dionne mis devant ses… responsabilités

L’ambassadeur du Sénégal répond en exclusivité aux questions d’Ichrono

Pour une bonne préparation et un déroulement normal de l’année scolaire et universitaire 2018/2019, le Chef de l’Etat, Macky Sall, a invité, avant-hier, mercredi, en Conseil des ministres, le gouvernement à «prendre toutes les dispositions administratives, techniques, budgétaires et financières requises, en vue d’assurer une bonne année scolaire et universitaire, sur toute l’étendue du territoire national.» Aussi a-t-il insisté sur «l’impératif de veiller au respect des différents accords conclus avec les organisations syndicales d’enseignants ainsi qu’à l’orientation adéquate des nouveaux bacheliers dans nos établissements universitaires en fonction des critères académiques définis.» Non sans exhorter le Premier ministre «à suivre l’application effective des mesures volontaristes qu’il a prises en faveur des enseignants et des étudiants, afin d’améliorer significativement les conditions sociales et d’études dans la sphère universitaire.» Interpelés, le syndicaliste Saourou Sène, Secrétaire général du Saems et Cheikh Mbow, Coordinateur de la Cosydep, apprécient et livrent leurs secrets pour année scolaire et universitaire apaisée. 

SAOUROU SENE, SECRETAIRE GENERAL DU SAEMS : «L’appel du Chef de l’Etat s’adresse fondamentalement au gouvernement»

«C’est une invite qui s’adresse fondamentalement au gouvernement du Sénégal qui est appelé et qui est habilité à concrétiser les accords que nous avons signés depuis le 30 avril 2018. Dans le processus, il y a quand même quelques manquements. En ce qui concerne les passerelles professionnelles, la montagne a accouché d’une souris parce que pour le nombre d’enseignants qui se sont inscrits, on nous a indiqué, du point de vue du quota, qu’il n’y avait que soixante-sept (67) agents à passer. L’autre point, c’est que le corps des administrateurs scolaires peine à être matérialisé parce qu’ils n’ont pas encore tenu l’atelier. Nous avons effectivement tenu l’atelier qui portait sur la rémunération des agents de l’Etat. Encore que durant cet atelier, il a été noté des manquements liés au fait que nous n’avons pas reçu l’intégralité du rapport qui a été produit par le cabinet MGP Afrique. Sur les lenteurs administratives, il y a encore des efforts à faire. Je crois que c’est un appel qui vient à son heure et le gouvernement sénégalais doit tout faire pour que nous puissions aller vers la concrétisation des accords que nous avons signés pour un système éducatif stable»

CHEIKH MBOW, COORDINATEUR DE LA COSYDEP : «Nous espérons que le Pm a été «instruit» sur les réunions pour le respect des engagements»

«Nous savons que nous aurons sûrement une année scolaire menacée, menacée parce qu’on fait face à une année électorale. On devait pouvoir anticiper sur les problèmes. Une année aussi avec une menace liée aux respects des engagements. Nous espérons que le Chef de l’Etat a «instruit» son Premier ministre sur les réunions pour le respect des engagements. Les réunions devraient être trimestrielles, mais, jusque-là, elles ne sont pas encore tenues. Les menaces liées à la pression des étudiants concernant l’orientation des nouveaux bacheliers: on a vu ce qui s’est passé avec le privé. Des menaces qui sont liées aux syndicats des inspecteurs de l’éducation. Et nous savons qu’avec le déficit d’enseignants qu’il y a, nous devons compter sur le dispositif initial de formation pour permettre de combler en partie ce déficit des enseignants. Donc, tout ceci montre que ces vingt (20) jours de vacances qui restent devraient être mis à profit pour faire avancer le dossier. C’est ce qui pourrait nous assurer d’avoir une année scolaire correcte et aussi d’avoir un déroulement normal de l’année. Autrement, avec ces élections en vue, nous risquons d’avoir une année perturbée. Par ailleurs, nous invitons les différents acteurs à faire preuve d’évaluation. Il est important aujourd’hui qu’on ait cette culture de l’évaluation pour pouvoir nous permettre de discuter sur tout ce qui s’est passé l’année dernière».

L’ambassadeur du Sénégal répond en exclusivité aux questions d’Ichrono

Nous poursuivons aujourd’hui l’entretien que nous a accordé la semaine dernière à l’ambassade du Sénégal à Paris, avenue Robert Schuman, son excellence M. Bassirou SENE.

Q - M. l’ambassadeur, sur l’important dossier de l’immigration, quelles solutions entrevoyez-vous lorsqu’on sait que 340 millions d’africains vivent avec moins d’un dollar par jour, que l’espérance de vie est de seulement cinquante-quatre ans et que le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans est de 140/1000 ? Comment stopper, freiner la tentation à l’exode dans de telles conditions ?

B.S – La migration est dans l’ADN de l’homme depuis notre création. Il y a même eu par le passé des flux migratoires beaucoup plus importants que ce que nous connaissons actuellement. Aujourd’hui on pointe du doigt les migrants africains mais il y a quelques années c’était en sens inverse. Dans beaucoup de régions du monde si les migrants regagnaient aujourd’hui leur pays d’origine l’économie locale s’effondrerait du fait que beaucoup de professions, de métiers sont exercés par eux. Par ailleurs en raison de la pyramide des âges, près de 60% de la population de nombreux pays occidentaux a une moyenne d’âge supérieure à cinquante ans grâce à l’espérance de vie qui est plus grande en raison des découvertes scientifiques, des progrès médicaux et d’une meilleure alimentation et hygiène de vie. Par suite de leur vieillissement ces peuples ne peuvent plus être des opérateurs économiques. Ils ont donc besoin des migrants pour faire un travail, qu’au demeurant leurs nationaux n’acceptent pas le plus souvent. Il ne faut pas se voiler la face, or c’est cette situation bien réelle, concrète que l’on veut occulter. La migration est utile dans les deux sens, d’un côté pour l’Europe qui n’a plus les capacités humaines suffisantes pour faire face à son développement et de l’autre pour l’Afrique car l’apport en argent des migrants en direction de leurs pays d’origine représente une manne financière supérieure à l’aide publique au développement en Afrique. Pour le cas spécifique du Sénégal nous faisons en sorte de pouvoir retenir nos compatriotes qui veulent rester et vivre décemment au pays. Mais vous n’empêcherez jamais de partir des individus qui veulent explorer d’autres horizons, en dehors de tout besoin économique et social, d’aller à la rencontre d’autres milieux, d’autres communautés. Grâce à Dieu le Sénégal est un pays stable, où nous avons une nation sénégalaise, où il n’y a pas de tensions religieuses entre musulmans et chrétiens et où la démocratie fonctionne. Nous ne connaissons pas les problèmes politiques, religieux, sociaux, environnementaux qu’on voit ailleurs chez certains de nos voisins qui expliquent que les populations quittent ces pays. Nous sommes pour notre part épargnés par ce fléau.

Q - Dans ces conditions, comment interprétez-vous les signaux qui sont envoyés par certains pays européens qui entendent fermer leurs frontières aux nouveaux migrants ? 

B.S - Cela s’explique par la montée des populismes qui sont en mal de programme et qui jouent sur la corde sensible, sur la peur des populations à qui on présente les migrants comme des gens dangereux, qui apportent des maladies et nuisent à leur bien-être. Ce sont là des programmes de parti, mais pas un programme politique.

Q. - Redoutez-vous qu’un jour en France un mouvement de ce type puisse exister ?

B.S – Mais cela existe déjà ! Il y a ici des partis politiques qui professent le mépris de l’autre. Cette réaction est essentiellement le fait de pays développés qui possèdent 80 % des ressources alors qu’ils représentent à peine plus de 5% de la population. Dès lors ils ont une réaction de repli sur soi, de méfiance,voire d’hostilité pour l’autre, qu’on soupçonne de vouloir prendre ce que vous possédez. Or ces autres cherchent seulement à obtenir leur dû et il ne faut pas oublier que ces « autres » en question, qu’on chasse aujourd’hui, étaient hier colonisés, esclavagisés et privés de toutes leurs ressources, leurs biens, leurs enfants. Penser que la richesse d’aujourd’hui a été travaillée par ceux qui en bénéficient est une erreur.

Q – La Chine est de plus en plus présente économiquement sur le continent africain, le président Macky Sall a accueilli il y a peu le président chinois, cela signifie-t-il que le Sénégal entend faire de l’Empire du milieu un partenaire privilégié ?

B.S – Mon pays est ouvert à tous les partenaires potentiels, nous avons d’excellentes relations avec la Chine en effet, mais aussi avec l’Inde, le Brésil, l’Arabie Saoudite ou encore le Maroc, mais je le répète la France est notre premier partenaire en ce qui concerne notre développement et elle assure les subventions les plus importantes pour le Sénégal.

Q – J’en reviens à la Chine, pardonnez-moi, on l’accuse souvent de piller les ressources du continent africain, comme hier, vous le rappeliez à l’instant, les colonisateurs européens ont pu le faire.  C’est vrai pour les forêts, le bois, des terres mais aussi le sable dont ils ont besoin pour alimenter les cimenteries et faire face à leurs besoins énormes en matière de construction, etc.

B.S – A la différence du passé, aujourd’hui nous signons des marchés, des accords avec la Chine alors que du temps de la colonisation il n’y avait rien de cela. C’est la différence entre piller et commercialiser. En 2018 les dirigeants qui s’engagent dans ces partenariats économiques ont été démocratiquement élus par leur peuple et sont légitimes pour contracter ces marchés, dans l’intérêt de chacune des parties. 

Q – Vous ne redoutez donc pas de voir demain les chinois comme de nouveaux colonisateurs ?

B.S – L’Afrique à trop souffert de ce genre de situation dans l’histoire pour l’accepter aujourd’hui. La Chine met actuellement soixante milliards à la disposition de l’Afrique sur trois ans, vingt milliards par an, qui va refuser cela ? Nous avons des déficits d’infrastructures, il y a des pays où entre la capitale et les autres villes il n’y a pas de connexion, pas de ponts, il n’y a pas de ports, pas d’eau, pas d’électricité, comment voulez-vous que nous refusions cette main tendue.

Q – S’agissant des Etats-Unis, dont l’actuel président a eu des mots très durs, presque injurieux à l’égard des africains, quelle est votre position ?

B.S – Le président du Sénégal à réagi en son temps à cette attitude de D. Trump. Le plus important est qu’au-delà de tels propos le Sénégal entretient d’excellentes relations avec l’Amérique, d’Etat à Etat. Nous avons en commun plusieurs programmes, économiques mais aussi sur la santé, en particulier pour lutter contre le sida et ceux-ci fonctionnent bien.

Q – Dans sept mois, monsieur l’ambassadeur, des élections présidentielles vont avoir lieu au Sénégal. Aujourd’hui on est à plus de quatre-vingt candidats à la candidature (qui devront satisfaire au paiement d’une caution et à la réunion de milliers de parrainages avant d’être officiellement déclarés), face à un chiffre aussi pléthorique faut-il voir là un signe de vitalité ou plutôt caricatural de la démocratie ?

B.S – Nous pensons que c’est plutôt le signe de la pertinence, de la sagesse de notre président qui a fait du Sénégal un pays stable, où il fait bon vivre, où il y a des opportunités. D’ici 2021 nous serons peut-être le cinquième producteur de pétrole et de gaz, alors inévitablement cela nourrit quelques appétits. Quant au prochain président c’est Dieu qui en décidera, car le pouvoir sur les hommes est un prolongement du pouvoir divin. Peut-être aussi qu’en France aux prochaines élections il y aura une avalanche de candidats inconnus. Le système de parrainage que nous avons mis en place permettra cependant de filtrer les candidatures pour ne retenir que les plus représentatives.

Demain, suite et fin de notre interview de l’ambassadeur du Sénégal en France, Monsieur Bassirou SENE. 

Bassirou Séne, ambassadeur du Sénégal en France répond en exclusivité à Ichrono

Voici quelques jours son excellence Bassirou Sene, ambassadeur du Sénégal en France nous recevait dans ses bureaux de l’avenue Robert Schuman à Paris et nous accordait une interview exclusive. Cet homme, affable, avec qui notre directeur d’ Ichrono a pour point commun d’avoir été auditeur à l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale (IHEDN), n’a refusé aucune de nos questions, acceptant même de répondre à certaines malgré leur caractère légèrement provocateur. Ce dont la rédaction d’ Ichrono le remercie.

C’est le résultat de cet entretien, qui couvre aussi bien l’état des relations diplomatiques entre le Sénégal et la France, l’immigration, les accords économiques entre le Sénégal et la Chine que les prochaines élections présidentielles de février 2019, que nous publions à partir d’aujourd’hui.

Q. – Quel est, monsieur l’ambassadeur, l’état actuel des relations diplomatiques entre le Sénégal et la France ?

B.S – Comme vous le savez nos deux pays entretiennent des relations particulières compte-tenu de l’histoire qui lie le Sénégal et la France mais aussi du dynamisme des deux chefs d’Etat qui gouvernent actuellement. Il y a une communauté de vues et une orientation partagée pour le développement, les questions de paix et de démocratie, celles relatives à la façon d’endiguer les problèmes du terrorisme. Sur tous ces aspects nos chefs d’Etat sont sur la même longueur d’ondes. Comme vous le savez en 2016 et en 2018 il y a eu deux visites de chefs d’Etat, le président Macky Sall est venu ici en décembre 2016 et en février 2018 le président Macron s’est rendu au Sénégal. C’est dire l’importance de nos rapports sans parler des séminaires inter-gouvernementaux qui existent entre nos deux gouvernements et qui sont présidés de part et d’autre par les Premiers ministres. Nous en avons déjà tenu deux, un à Paris et un à Dakar avec Manuel Valls et chaque séminaire à son propre thème, son ordre du jour. Généralement il s’agit de questions d’actualité où l’enseignement est en pôle position, les questions d’éducation, de formation, de paix et de sécurité.

Q. – On se souvient par le passé des rapports, parfois agréables, parfois tumultueux, sur le mode « je t’aime moi non plus, » entre Chirac - Abdou Diouf, Sarkozy - Wade, quelle est aujourd’hui la nature des relations entre les présidents Macky Sall et Emmanuel Macron ?

B.S – Ce sont des relations solides, très suivies, amicales et fraternelles. Je les ai vus ensemble, je les ai entendus discuter de questions importantes, mais je les ai vus aussi en privé et à chaque fois c’était dans un climat fraternel et amical. 

Q. – En dépit de ce climat chaleureux entre les deux chefs d’Etat existe-t-il néanmoins des dossiers épineux, des sources de conflits entre les deux pays ?

B.S – Si je peux me permettre un trait d’humour je dirai qu’entre le Sénégal et la France la difficulté c’est qu’il n’y a pas de difficultés. Je pense en particulier à l’éducation où nous avons une vision commune par rapport à la nécessité d’apporter un maximum de savoir et de capacité professionnelle à nos populations. Cela passe par des outils nécessaires pour faire face au défi du développement du monde. En ce sens l’Agence française de développement joue un rôle essentiel dans le cadre du programme d’appui au développement de la diaspora. Et ce programme aujourd’hui joue un rôle important dans la construction de collèges à travers le Sénégal, afin de remédier à ce que nous appelons des « abris provisoires », autrement dit des classes dans une situation précaire. Nos enseignants viennent aussi en France pour renforcer leur formation, des bourses sont également accordés à nos étudiants pour augmenter leur capacité, au niveau du doctorat par exemple, avant de retourner au pays. Cette collaboration, très suivie, permet au système universitaire sénégalais d’être le plus performant possible en s’appuyant sur l’expertise française qui est avérée.

Q. – Malgré cela, 24% des diplômés sénégalais de l’enseignement supérieur quittent le Sénégal pour l’étranger. Comment pensez-vous enrayer cet exode des élites intellectuelles ?

B.S – La liberté de mouvement est un élément du développement. Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’il faudrait le restreindre, les déplacements des uns et des autres sont un facteur d’enrichissement, de consolidation des acquits en bénéficiant de l’apport des autres. A propos des diplômés auxquels vous faites allusion je ne suis pas certain que ce soit une mauvaise chose pour le Sénégal. Par ailleurs le Président prend toutes les dispositions pour permettre aux étudiants diplômés sénégalais de pouvoir s’épanouir au pays grâces à des mécanismes qui sont mis en place. Si vous n’êtes pas salarié, vous pouvez créer votre propre entreprise avec un soutien de l’Etat avec différents d’aide. Nous avons des secteurs porteurs, l’agriculture, trois mille heures de soleil pour l’énergie, nous avons besoin de quinze mille logements par an et nous avons donc besoin d’expertise dans ces différents domaines.

Q. - Aujourd’hui la France est-elle pour le Sénégal le partenaire européen privilégié au sein de l’Union européenne, ou un partenaire comme les autres ? 

B.S – La France est notre premier partenaire, notre premier bailleur financier, sa place est indiscutable, du fait de l’histoire mais aussi de la réalité économique de nos pays.

Q. - Quelle idée vous faites-vous du rôle d’ambassadeur aujourd’hui, à un moment ou les bureaux économiques, commerciaux jouent un rôle de plus en plus important dans les relations internationales. Est-ce que cela ne bouleverse pas un peu le rôle traditionnel du diplomate que vous êtes ?

B.S – La diplomatie du développement n’est pas nouvelle. Elle a été professée du temps de Boutros Boutros Ghali *. Nous pensons que la vocation des diplomates n’est pas d’être en nœud papillon pour fréquenter les salons. Nous sommes des acteurs du développement et devons apporter notre contribution pour un maximum d’investissements dans notre pays, le rendre le plus intéressant pour les industriels et attractif pour les touristes. C’est la vocation première d’une mission diplomatique. Le Quai d’Orsay lui-même s’occupe désormais du commerce et du tourisme. Ici, à l’ambassade j’ai un bureau économique avec un staff important qui a vocation à négocier et à assumer cette dimension et quant il le faut je suis là pour porter la parole, ouvrir le débat, et montrer fortement notre présence dans les grandes manifestations, les salons, etc.

Q. - Ce n’est donc pas une mutation de la fonction d’ambassadeur à laquelle nous assisterions aujourd’hui ?

B.S – En tant que diplomate de carrière je ne le pense pas. Je vous rappelle qu’au cours de la formation à l’ENA nous avons des cours d’économie politique, de stratégie, de négociation, etc. ce qui fait de nous des fonctionnaires pluridisciplinaires, si j’ose dire multi sectoriels. Nous sommes formés au droit, à la politique et à l’économie.

Entretien réalisé par Jean-Yves Duval, directeur de publication

(A suivre demainla suite de l’interview avec l’ambassadeur Bassirou Sene)

*   Universitaire, juriste, politologue, né en Egypte, il fut diplomate, le sixième secrétaire général de l’ONU et le premier secrétaire général de la Francophonie. Il est décédé le 16 février 2016 à l’âge de 93 ans.

 

 

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