Opinions et Débats

La philosophie en crise dans le système éducatif sénégalais ; le Pr Alpha SY veut y remédier à travers son nouvel ouvrage : UN PAS DANS L'UNIVERS DE LA PHILOSOPHIE

UN PAS DANS L'UNIVERS DE LA PHILOSOPHIE-Manuel à l'usage des candidats au bac et des professeurs de philosophie par Alpha Amadou Sy/ L'harmattan

La philosophie a une spécificité, c'est qu'elle est toujours en crise, elle nous interroge toujours. Mais comment préciser ou comprendre cette crise ?
Qui est en cause, qu'est-ce qui est en cause ; une approche systémique permet de panser les maux afin de comprendre et permettre aux élèves, aux professeurs et amateurs de 'acquérir les rudiments de l'existence.
Bien philosopher c'est pour bien vivre diraient certains.
Notre ami le philosophe, l'acteur social, le citoyen engagé, l'animateur de café-philo, l'écrivain, le polymathe Alpha SY, nous revient avec un "ouvrage remède" e pour nous éclairer. Je vous invite à le lire ici en apéritif avant de découvrir son ouvrage bientôt dans les librairies. Pape CISSOKO ichrono.info

A l'écoute de Alpha SY

La philosophie en crise dans le système éducatif sénégalais ; le Pr Alpha SY veut y remédier à travers son nouvel ouvrage ( à paraître bientôt)

-Vous venez de publier encore une fois un ouvrage « remède » sur la Philosophie. Est-ce à dire qu'il y a une vraie crise de l'enseignement de la philosophie au Sénégal ou des enseignants au Sénégal ?


Depuis au moins trois mois, la crise de l'enseignement de la philosophie est établie au Sénégal. Cette date renvoie aux résultats enregistrés lors du concours général sénégalais : mes compatriotes ont su mesurer l'ampleur du problème en apprenant l'inexistence de citation pour cette discipline. Autrement dit, aucun des candidats n'a su avoir la note de 12/20. Jusqu'ici, le fait que les élèves aient de mauvaises notes en philo semblait, à tort ou à raison, participer de l'ordre normal des choses. Et dans cette situation des plus alarmantes ce qui ressort c'est la crise, à la fois, du système éducatif sénégalais et de l'enseignement de la philosophie. Je renvoie au livre pour les facteurs qui, selon moi, sont à la base de cette situation.

Et votre ouvrage résulte du diagnostic de cette situation ?

Je rappelle d'abord qu'à plusieurs occasions j'ai eu à me soucier du sort de notre discipline et à proposer des pistes de réflexion. Ces idées - demeurées jusqu'ici sans écho - j'ai eu à les partager avec mes pairs du Centre Régional de Formation des Personnels de l'Education, avec mes jeunes et dynamiques collègues professeurs de philosophie des régions nord du Sénégal. Elles ont aussi été systématisées dans ma communication, présentée à Stuttgart, à la Conférence internationale « Socialisation-Éducation- Formation », organisée, en juin 2012, par la Stiftung Wissensraum Europa – Mittelmeer (WEM) e.V. en coopération avec le Département d'Allgemeine Paedagogik, Karlsruher Institut für Technologie (KIT).
Le nouveau pas que je viens de franchir est de proposer un support didactique à l'usage des professeurs de philosophie et des candidats au bac. Ce document me semble d'autant plus important- sous réserve de l'avis plus objectif des experts et des lecteurs - que depuis l'africanisation des programmes, fin des années 1970, il existe un véritable déficit de manuels de philosophie. Je viens m'inscrire dans la même perspective que Mme Ramatoulaye Diagne, Mamadou Mbodj et Momar Lissa Fall qui ont déjà consenti de sérieux efforts dans ce sens.

- Je reviens sur une critique que vous faites dans votre ouvrage : « Confronté à ce flux démographique scolaire, l'Autorité s'est confinée à recruter des professeurs dont la plupart, pas plus qu'ils ne maîtrisent les contenus, n'ont bénéficié d'aucune formation pédagogique – Cette lacune est gravement accentuée par le fait que rares sont les établissements dotés de bibliothèques, à fortiori de médiathèques. Quant à la connexion internet, elle reste aujourd'hui encore un luxe dans des localités ou la rareté des ordinateurs rivalise avec l'irrégularité de la fourniture en électricité »


Paradoxalement, le Sénégal d'aujourd'hui souffre terriblement de la politique d'implantation des collèges de proximité. Si l'idée en soi est excellente en ce qu'elle participe à sortir des milliers d'enfants de l'obscurantisme, il reste que sa mise en œuvre a généré de réelles difficultés. Au nombre desquelles, le passage des collèges de proximité aux lycées sans s'assurer des conditions de possibilités : classe physique obsolète voire inexistante, personnel enseignant insuffisant. La mise à profit la plus rationnelle possible des technologies est fortement hypothéquée par l'irrégularité de la fourniture en électricité dans les zones les plus déshéritées. Cela prouve, si besoin en est, que le développement s'il n'est pas pensé globalement reste chimérique car délesté du Projet.

Est- ce la raison par laquelle vous avez tant insisté sur le Projet et l'éthique ?

Et là vous touchez du doigt cette question, à mes yeux, essentielle : l'enjeu de l'enseignement de la philosophie déborde de loin le cadre académique pour revêtir un cachet, disons citoyen. L'une des urgences dans ce monde nôtre où le soleil ne cesse de pâlir est d'apprendre ou alors de réapprendre à créer les conditions d'une reprise en main de l'humaine destinée. Cet impératif se décline essentiellement en termes de réhabilitation et de revalorisation de l'acte de penser, avec les immenses perspectives qu'il ouvre dans l'axe de l'épanouissement intégral de l'Homme.
Penser, c'est s'éloigner de l'animalité dont l'empire de prédilection est l'immédiateté. Du coup, l'homme s'insère dans la temporalité. Et, en toute rigueur, conscient de sa finitude, fort de son passé et édifié sur son présent, il se projette en toute connaissance de cause dans le futur. Et cette perspective, là où elle est de rigueur, articule rationalité, éthique et sens de l'altérité. Elle met en demeure l'homme de tenir compte, dans ses moindres actes d'aujourd'hui, des intérêts fondamentaux et des droits inaliénables à une vie de qualité des générations à venir.


Vous avez aussi ne serait qu'en filigrane parler de la mort de la philosophie ?

Préoccupation essentielle pour mes principaux lecteurs qui en sont certainement à se demander quelle lecture faire de ce déconcertant constat de Karl Jaspers : « Concernant la philosophie, on n'est d'accord ni sur ce qu'elle est ni sur ce qu'elle vaut». Il est de la question de la mort de la philosophie comme de celle de la mort des idéologies. Il s'agit de dévaloriser l'acte de penser pour s'occuper de qui est dit essentiel et concret. Or, depuis Hegel au moins on sait que le Vrai est Tout, un Tout qui tient sa vérité dans le mouvement. C'est là une méprise d'autant plus dangereuse que ceux qui diffusent ces théories eux-mêmes ne cessent d'avoir recours à la réflexion et à la spéculation positive pour élaborer des stratégies de domination. La première version de l'anthropologie américaine n'a- t- elle pas débouché sur la théorie du rattrapage et la problématique du transfert des technologies ? De l'infléchissement de la théorie des arcs culturels cher à Ruth Benedict a résulté le gap approach courant idéologique ayant accompagné et légitimé la démocratisation. Autrement dit, par le recours à la pensée, les autres ont la latitude de dire ce qui est bien pour les Africains. Par conséquent, l'enjeu de la philosophie est aussi dans une réappropriation de cette thèse chère à Senghor : « penser par nous-mêmes et pour nous-mêmes ».

-Votre ouvrage comme toute votre bibliographie est opportune et renseigne beaucoup, mais je pense qu'il aurait été souhaitable de parler des autres pratiques à visée philosophiques comme sources d'information : café philo, la nuit de la philo avec l'Institut Français de Saint-Louis (bibliothèque, revue de presses, multimédias, théâtre, musique, etc), sans oublier le fait d'initier de façon précoce les tout petits aux questionnements ou à la maïeutique.

Des questions d'un enjeu indéniable. Mais faute de ne pouvoir tout faire, l'on est mis en demeure d'opérer des choix. Au demeurant, j'ai ouvert bien des portes par un exposé critique de bien des versions de l'eurocentrisme avec le chapitre De la philosophie ou des philosophies ? Nous pourrons en reparler en d'autres occasions.

- Cher alpha Sy, il me reste à vous remercier pour le travail monumental que « tu » déploies pour l'accès à la pensée critique, à un enseignement de qualité pour la formation du citoyen libre et capable de choisir en connaissance de cause. Il faut continuer dans cette voie ou ouvrir les portes de champs gigantesque qu'est la philosophie en n'oubliant surtout pas les philosophies, arabes, la patrologie ( Clément d'Alexandrie, Origène, etc. )

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C'est à moi de vous remercier et pour ce travail de presse remarquable et pour votre promptitude à participer aux Nuits de la philosophie régulièrement organisées par l'Institut français de Saint-Louis du Sénégal.

Afrique : un poison dénommé la famille ?  ou la famille est-ce le boulet de l’Afrique qui l’empêche de décoller ou l’équation famille et développement, les pesanteurs sociales ( Sénégal et autres)

 

Photo http://lascreation.over-blog.com

 

Bel article qui est un point de vue que beaucoup réfute mais aussi qui est admis et accepté par une grande partie des africains. Le débat est posé, bonjour la critique pour aller de l'avant.

pape cissoko ichrono


Alors que toutes les autres sont laminées, l'une des dernières institutions qui titube encore en Afrique est en train de subir des attaques de plus en plus sanglantes de la part des esprits « noirs » éblouis par les phares de l'individualisme occidentaliste vanté, aussi bien par les canaux ordinaires de la communication que par le biais des nouvelles techniques de la propagande, par le capitalisme libéral et marchand triomphateur. Il s'agit de la famille.
En effet, ces derniers temps, la famille, cellule de base de toute société, est élevée au rang de l'ennemi à abattre. Les guerriers, partant de quelques exemples de conflit familial, affirment que pour que l'homme aille mieux en Afrique, il faut qu'il se coupe de sa famille.
Quelles seraient donc les fautes de la famille africaine pour qu'elle devienne cette nouvelle cible à abattre ?
Il est dit que l'africain qui a « réussi » serait tiré vers le bas par ses frère, sœur, mère et père, cousin, cousine, neveu, nièce, tante, oncle, grands-parents, nièce...
Il est dit aussi que la famille africaine ruinerait les économies des personnes qui, en son sein, se sont hissé, par des entreprises individuelles, solitaires dans lesquelles ces héros samsonniens n'avaient eu aucun coup de main, au sommet de la vie matérielle.


Il est affirmé que la famille africaine ne favoriserait pas l'épargne et donc l'investissement capitaliste et qu'elle serait le vivier d'êtres très méchants, bêtes, malfaisants et gratuitement haineux alors même que l'individu ayant « réussi » se tue à les aider.
Comme on peut le constater, il manque de peu pour que les guerriers contre la « famille africaine » ne tombent pas bien bas en nous sortant l'argument qui tue : celui des frères et sœurs qui vont voir le charlatan pour bloquer le succès du héros de la famille ou de la tante sorcière, de l'oncle sorcier et des grands parents sorciers qui se transforment en rat ou musaraigne pour ronger ou imbiber de son odeur les produits de la boutique du neveu de la cousine de l'oncle ; ou qui rentrent dans le corps du hibou au regard gluant qui, par ses cris stridents dans la nuit, empêche l'élève de l'école coloniale africaine d'assimiler ses leçons et de réussir à l'examen de fin d'année, ou encore qui ont mangé l'utérus de la fille d'un proche qui a eu « la chance » d'avoir épousé un « blanc »...

Ainsi, la famille africaine est actuellement portée au rang d'un des derniers obstacles à abattre pour que l'africain, enfin, vole vers les cimes du succès miroité par les lumières aveuglantes du libéralisme marchand qui ne cesse de séduire les esprits africains complètement désorientés.
Cette thèse de la « famille africaine-obstacle » ne date pourtant pas d'aujourd'hui. Elle vient de la colonisation, puis elle a été reprise par les africanistes, notamment les économistes tiers-mondistes des années 70-80 pour qui, si l'Afrique ne décollait pas économiquement, c'est parce que l'individualisme prôné par le capitalisme libéral et consumériste n'était pas assez avancé en Afrique où la solidarité est, à leur goût, trop forte. Rapidement, et comme toujours, cette idée a gagné des esprits en Afrique où, d'ordinaire, toute pensée en provenance de l'extérieur trouve écho au-delà même des espérances de leurs émetteurs vivant loin, au-delà des Pyrénées. Mais, c'est de nos jours que l'idée de la famille-obstacle trouve le plus de résonance en Afrique ; et les temps à venir ne sont pas faits pour arranger la détestation rampante de la cellule de base de la société africaine, elle-même mise à mal depuis si longtemps.

L'une des caractéristiques les plus marquées d'une société gravement malade est son incapacité à comprendre ses problèmes et à leur formuler les solutions les plus adaptées. Depuis bientôt 03 millénaires, l'Afrique est ce continent qui ne sait plus résoudre ses problèmes. Parce qu'elle ne sait plus les analyser convenablement et surtout courageusement, en remontant au racine de ses maux. C'est qu'au lieu de voir en la famille l'obstacle à éliminer, l'on devrait plutôt constater que c'est le manque d'Etat, c'est-à-dire, la structure au-dessus des familles qui fait que l'ensemble de l'édifice sociétale africaine s'écroule et n'élève plus l'africain dont la préoccupation essentielle se résume globalement à ce qu'il doit manger dans les heures qui suivent. Et pour ceci, il est prêt quasiment à tout.

C'est que l'africain qui a « réussi » et qui, urbi et orbi, appelle son alter égo féminin ou masculin, à ne penser qu'à lui-même, en s'écartant dorénavant de sa famille, a la mémoire courte. Il a, grâce à une ignorance crasse, oublié que lorsque les structures au sommet se sont effondrées, c'est la base, la famille africaine, qui a reçu tout le fardeau. Car, depuis que la société africaine est déstructurée puis démolie par les razzias négrières de toute sorte, puis par la colonisation qui perdure sous nos yeux paludiques, c'est le cadre familial qui prend en charge l'individu qu'il est. Du sperme de son géniteur à sa tombe en passant par le ventre de sa mère, ses couches, ses vêtements, ses premiers pas, sa scolarité coloniale...La famille africaine, malgré son affaiblissement progressif et ses conflits intérieurs ouverts ou larvés, n'a pas démérité. Si les parents directs n'ont pas fait, un oncle a fait ; une tante a fait ; une nièce a fait ; un neveu a fait ; un cousin a fait ; un grand parent a fait ; une sœur a fait ; un frère a fait...Qu'il y ait des variations en la matière, comme d'ailleurs en toute autre, qui peut le nier ? Mais, ces variations n'excluent pas le fait que ce soit la famille qui ait jusqu'ici assumé la responsabilité première en Afrique depuis que ses structures supérieures furent dynamitées et remplacées par des anomalies institutionnelles abusivement appelées Etats africains. Que des familles aient adopté des valeurs qui ne sont pas authentiquement africaines et en meurent en dévorant leurs propres enfants transformés en machine à sous, est-ce la faute à la « famille africaine » ? L'Etat colonial avec sa nationalité coloniale et ses identités coloniales dont beaucoup d'africains sont si attachés et si fiers, est-il un Etat véritable et prescripteurs de normes, organisateur de la solidarité à une échelle plus élevée et régulateur plus ou moins autorisé des phénomènes sociaux dans un cadre organisé en Afrique ? N'eût été donc la famille les chocs subis par les individus seraient encore plus violents et le chaos, plus généralisé.

Là où l'africain qui a « réussi » veut rompre avec sa ruineuse et méchante famille, devrait plutôt émerger une critique agissante contre une Afrique minée par des Etats garde-barrières coloniales, continuant joyeusement l'œuvre coloniale du démantèlement complet de la société africaine qui, hier, avait merveilleusement bien fonctionné sur le principe de la solidarité. Ainsi, l'appauvrissement grandissant, les régulateurs socio-économiques étant dynamités, les « réussites » secrétées au compte-goutte par le libéralisme marchand étant de plus en plus inégalitaires, il n'est que logique de voir les charges familiales pesées sur un nombre de plus en plus réduit d'individus, portant à bout de bras toute une famille africaine.

Le devoir auquel nous sommes appelés en tant que masses d'hommes et de femmes en lutte pour redevenir un peuple, c'est d'aller de manière organisée et disciplinée, sous un leadership nouveau et foncièrement africain, à la reconquête de notre espace qui nous a échappé depuis si longtemps afin de le transformer et d'y faire émerger une nouvelle civilisation qui retrouve les traces de ses précurseurs dont la pensée doit être améliorée, si besoin. Il ne s'agit pas pour nous de relayer les guerres que les autres ont décidé de nous livrer pour mieux nous désarmer en s'attaquant nous-mêmes aux derniers bastions qui résistent péniblement en Afrique et ainsi nous transformer durablement en consommateurs serviles qui se taillent les pieds pour les faire entrer dans leur modèle. Il ne s'agit pas pour nous de commencer une bataille suicidaire supplémentaire contre la famille, qui, si elle a besoin d'être probablement réformée à la suite d'une refondation globale de l'éducation en Afrique, ne doit pas être détruite, comme nos « nouveaux riches » qui se dénomment fièrement Africapitalistes nous le recommandent incessamment ces derniers temps. Il est question plutôt de redynamiser les liens familiaux. Remettre au sein de la famille, les valeurs ancestrales de la solidarité et de l'autorité fondée sur le respect de l'Être et non de l'Avoir, car il faut être avant d'avoir. L'Afrique, ça n'est pas l'individualisme (libéralisme) contre la société, ça n'est pas non plus la société contre l'individu (socialisme/communisme), mais c'est le couple inséparable Société-Individu (la solidarité). C'est autour de ce principe cardinal que l'Afrique des temps détruits a connu ses heures de gloire. C'est uniquement autour de ce principe, s'il le faut modernisé et proportionné aux réalités de notre situation dans le monde, que les africains, éclairés par l'ensemble de leur parcours historique, feront renaître ce continent qui est actuellement dans l'errance et dans un mimétisme plat, au lieu de se réconcilier avec lui-même, sous un leadership éclairé et courageux, pour redevenir grand.

KPOGLI Komla     http://www.togocity.fr/spip.php?article9047

 

Peut-on ralentir le temps ? La tyrannie de la vitesse par Déborah Corrèges-scienceshumaines.com

 

Peut-on ralentir le temps ? La tyrannie de la vitesse.

Pourquoi aller vite quand on peut prendre son temps  ?

Nos sociétés ont accéléré la cadence. Accélération technique, accélération des rythmes de vie, accélération des changements sociaux. Comment en sommes-nous arrivés là ? Et si on prenait le temps de penser nos vies...

Des journées trop chargées, à se dépêcher, à courir, pour tenter d'effectuer ce qui, en se couchant, restera à faire. À terminer demain. « Il faudrait allonger les journées ! », dit une collègue. « Le temps passe trop vite ! », se plaint l'autre. « On vit comme des dingues », renchérit la troisième.

« Vous les Occidentaux, vous courez vers la mort ou quoi ? », m'a un jour demandé un Sénégalais. Avant de me conseiller, en wolof : « Danke, danke » (« doucement, doucement »). « Être affamé de temps ne provoque pas la mort, rassurent John Robinson et Geoffrey Godbey, mais, comme l'avaient observé les philosophes antiques, empêche de commencer à vivre (1). » L'existence pleine a besoin de temps pour se déployer.

Depuis quelques années, des ouvrages de sciences sociales aux titres évocateurs ont envahi les tables des libraires : Accélération (2) du sociologue allemand Harmut Rosa, Le Grand Accélérateur (3) du philosophe Paul Virilio, le dossier de la revue Esprit « Le monde à l'ère de la vitesse » (4), La Dictature de l'urgence (5) de l'essayiste Gilles Finchelstein, et d'autres encore. Le phénomène est pourtant ancien : le sentiment d'une accélération est exprimé dès le XIXe siècle avec l'apparition du chemin de fer et se concrétise, dans une multitude d'expériences, au cours de la révolution industrielle. Pourtant, de nombreux penseurs tiennent le phénomène comme caractéristique de notre époque récente, qu'ils appellent la « postmodernité », la « seconde modernité » ou la « modernité tardive ».

Mais que recouvre cette expression d'« accélération du temps », si répandue ? La formule est à prendre avec précaution, laissant entendre que le temps lui-même s'accélère. Or personne ne dira voir les aiguilles de sa montre tourner plus vite. Donc, le temps que l'on appelle objectif, c'est-à-dire mesuré par des instruments – tels que les chronomètres, montres, horloges –, est stable et ne s'accélère pas. En revanche, l'accélération des rythmes de vie provoque « un sentiment que le temps passe plus vite », selon les mots d'H. Rosa.

Où est passé le temps libre ?

Cette modification perceptive du temps est fondée. Les faits témoignent indéniablement d'une « accélération technique » – la plus visible et documentée : l'augmentation de la vitesse de déplacement, de transmission de l'information et de production. Dans ces domaines, la technique nous permet d'effectuer, par rapport à nos grands-parents, les mêmes actions dans un temps beaucoup plus court. L'histoire de la vitesse de transport – de la marche à pied au navire à vapeur, au vélo, à l'automobile, au train à grande vitesse (TGV), à la fusée spatiale – montre que l'on effectue la même distance en beaucoup moins de temps. Pareil pour le transport des informations : alors qu'il fallait des semaines aux messagers à cheval et aux pigeons voyageurs pour transmettre des informations, le temps requis avec Internet est celui d'un simple clic.

Pourquoi sommes-nous alors débordés, en manque de temps, alors que la technique est censée nous en avoir libéré ? Voici l'un des plus grands paradoxes : plus nous gagnons du temps, moins nous en avons. Le calcul, illogique, interpelle. Où sont alors tous ces gains de temps, ce nouveau « temps libre » généré par la technique ? Remis en circuit. Comme le souligne H. Rosa, « nous produisons plus vite mais aussi davantage », les gains de temps étant ainsi absorbés par l'augmentation de la croissance. Voilà le problème : l'homme moderne est si gourmand qu'il veut parcourir, transmettre, produire trois fois plus (de distance, d'informations, de choses) alors même que la technique lui permet d'aller seulement deux fois plus vite. Si bien qu'il en vient à avoir moins de temps que son congénère en avait au siècle dernier.

Par conséquent, un sentiment d'urgence, anxiogène, pousse à accélérer la cadence. Ce qui entraîne, selon H. Rosa, une « accélération du rythme de vie », qualifiée de « densification » ou « intensification du temps quotidien », dans le but d'effectuer plus d'actions dans une même unité de temps. Selon l'auteur, l'homme use de deux stratégies pour y arriver.

La première consiste à augmenter immédiatement la vitesse d'action, consacrant ainsi moins de temps qu'auparavant à une même activité. À cet égard, les enquêtes de l'Institut national du sommeil et de la vigilance révèlent en effet que les Français dorment une heure et demie de moins que dans les années 1950 et deux de moins qu'au début du XXe siècle. On passerait également moins de temps à cuisiner. Selon l'Insee (Institut national de la statistique et des études économiques), la part des dépenses de repas en conserves et en produits surgelés a presque été quadruplée depuis 1960. Un ménage sur deux pratique le plateau-repas au moins une fois par semaine, sans compter l'essor du fast-food.

La seconde stratégie consiste à effectuer plusieurs activités en même temps, de façon à optimiser le temps présent. Ce que les Américains appellent le multitasking (le multitâches), comme travailler durant le temps d'un transport en train, plutôt que de discuter avec son voisin ou contempler le paysage. Ou bien faire réciter les devoirs de son enfant pendant que l'on lave la vaisselle. Ces tâches que nous effectuions auparavant moins vite et l'une après l'autre, c'est-à-dire successivement, s'effectuent aujourd'hui plus vite et en même temps, c'est-à-dire simultanément.

Une vie sociale en renouvellement perpétuel

H. Rosa observe également une « accélération du changement social », c'est-à-dire un changement plus rapide des rythmes de transformation eux-mêmes. Si la vie de nos grands-parents était plus ou moins stable tout au long de leur existence, les nôtres sont en perpétuel changement, bousculées par le déchaînement événementiel du monde.

D'abord, la rapidité des rythmes de transformation du monde social est en partie liée à la diffusion plus rapide des nouveautés technologiques. Chiffres à l'appui, le chercheur bruxellois Francis Heyligen démontre en effet qu'il s'écoula 175 ans entre l'invention de la machine à écrire en 1714 et sa diffusion mondiale, contre environ trente ou quarante ans pour des inventions comme le réfrigérateur et l'aspirateur au début du XXe siècle, et seulement une décennie pour que des nouvelles technologies comme les lecteurs de CD ou les magnétoscopes connaissent une diffusion de masse (6). Ce qui est significatif, c'est que leur pénétration dans le tissu social modifie la vie pratique et les orientations de l'action, et ceci plus rapidement qu'auparavant.

Au passage de plus en plus rapide des « nouveautés » technologiques, P. Virilio rapproche les renouvellements, de plus en plus fréquents, des partenaires amoureux. Les études de l'Insee révèlent qu'en France, le nombre de mariages ne cesse de baisser tandis que celui des divorces augmente. Aujourd'hui, près d'un mariage sur deux se terminera par un divorce, au bout de quatre ans en moyenne. D'où l'augmentation du nombre de pacs, depuis 2000, en partie symptomatique de l'incertitude liée à la vie de couple.

La dislocation de la vie quotidienne

Il n'y a pas qu'à la maison que les changements se répètent à un rythme de plus en plus rapide, la vie professionnelle est également affectée par ce que Paul-André Taguieff nomme le « bougisme ». P. Virilio rappelle en effet que « l'emploi à vie » est en passe de disparaître, d'un temps presque révolu. L'augmentation des contrats à durée déterminée (CDD), le développement du travail intérimaire et de la formation continue attestent qu'aujourd'hui une personne est amenée à occuper plusieurs emplois dans une même vie, voire à apprendre plusieurs métiers. Par ailleurs, la forte mobilité professionnelle des jeunes amène à déménager plus souvent et à se réhabituer à une nouvelle ville, voire à une autre culture. Sans parler des conséquences sur la création du lien social, amical comme amoureux.

L'accélération des rythmes du changement social chahute notre vie sociale. Dans Le Grand Accélérateur, P. Virilio met en garde contre cet excès de mouvement et voit dans l'effacement du « lieu » stable (le village, la maison, la famille, l'entreprise) une perte de repère social entraînant « la dislocation de la vie quotidienne ».

La représentation du temps, qui découle de cette inconstance de la vie quotidienne, modifie en tout cas nos actions. Trop de mouvement réduit considérablement notre horizon temporel, le passé étant déjà obsolète à peine passé tandis que le futur est difficilement prévisible. Reste une durée raccourcie, le présent, ayant encore un caractère durable et offrant un degré plus ou moins élevé de stabilité. Selon le philosophe allemand Hermann Lübbe, cette « compression du présent (7) », caractéristique de l'accélération sociale, illustre l'incertitude de notre monde et génère des hésitations au sujet des projets d'avenir.

Cependant, ces critiques à l'égard de l'accélération, et des effets qu'elle génère, sont assez récentes. Longtemps, l'accélération du progrès technique fut même très valorisée, promettant une plus grande maîtrise du monde. C'est pourquoi la société s'est investie avec autant d'énergie en faveur de la révolution industrielle. Progressivement, l'idéologie d'une modernité fondée sur l'éloge de la vitesse, la rapidité des échanges, le mouvement d'une vie animée et dynamique s'est répandue jusqu'à l'émergence du Culte de la performance, selon le titre de l'ouvrage du sociologue Alain Ehrenberg (8).

Au début des années 1980, l'éloge de la vitesse s'imposa jusqu'au corps physique avec le développement de pratiques sportives agressives destinées, comme le rappelle le sociologue Yves Travaillot, à « conquérir la forme », pour « être actifs, libres et dynamiques (9) ». « Surtout, ne vous reposez pas trop », conseillait le magazine Vital. Cependant, la vitesse semble aujourd'hui un impératif plus subi que véritablement recherché, à écouter ceux qui aimeraient bien un peu se reposer sans se sentir pour autant moins performants, peut-être même plus.

Sans doute, l'homme s'est pris à son propre piège de l'innovation technique. L'élément constitutif de la société moderne est, comme le souligne H. Rosa, sans aucun doute « l'accélération en vue de l'augmentation ». Dans la logique du capitalisme, le moteur essentiel de l'accélération est l'argent. Il écrit : « L'augmentation de la productivité permet de marquer des points dans la compétition – tout au moins jusqu'à ce que la concurrence en fasse autant, en réduisant le temps de travail socialement nécessaire à la nouvelle norme, ce qui déclenche une spirale de l'accélération potentiellement illimitée. » D'où l'introduction de nouvelles technologies qui feront gagner du temps et une accélération également recherchée au niveau du transport et de la distribution des produits.

L'accélération de la consommation

Par conséquent, la productivité, comme nerf de l'économie capitaliste, modifie considérablement l'activité de travail. La marchandisation du temps de travail pousse sans cesse les ouvriers à « aller plus vite » pour augmenter la rentabilité. D'où les emplois du temps destinés à augmenter les cadences (plannings, délais de production, calendriers de livraison). Ce que Michel Foucault a décrit comme un « pouvoir disciplinaire » s'accompagne de mécanismes de contrôle (horloges, contremaîtres, pointeuses) et de sanctions et de récompenses (primes ou blâmes).

Comme le remarque H. Rosa, « l'accélération sociale de la modernité est un processus autoalimenté » et il est presque devenu impossible de ne pas jouer le jeu de l'accélération, à moins de vivre en ermite. Nous-mêmes devenons complices de notre accélération au travail car le système capitaliste nécessite notre participation, impliquant une augmentation de la vitesse de consommation et de l'élévation du rythme de vie. « Dans le monde d'aujourd'hui, ce n'est pas le gros qui mange le petit, c'est le rapide qui mange le lent », affirme John Chambers, l'ancien PDG de Cisco (10).

Travailler plus, courir plus, alors pour quoi faire ? La question éthique posée par Jürgen Habermas, « Comment je veux vivre ? (11) », prend un nouveau sens. H. Rosa l'entend comme un questionnement sur « la manière dont nous voulons passer notre temps ». Sans doute, le temps est ainsi venu d'y penser, non pas le temps d'un instant fugitif, mais d'y réfléchir pendant une durée suffisamment déployée jusqu'à ce que se profile, à l'horizon, la consistance d'un futur.

NOTES

(1) John Robinson et Geoffrey Godbey, Time for Life. The surprising ways Americans use their time, 2e éd., Pennsylvania State University Press, 1999.
(2) Hartmut Rosa, Accélération. Une critique sociale du temps, La Découverte, 2010.
(3) Paul Virilio, Le Grand Accélérateur, Galilée, 2010.
(4) Paul Zawadzki, Olivier Remaud, Gil Delannoy et Alexandre Escudier, dossier « Le monde à l'ère de la vitesse », Esprit, n° 345, juin 2008.
(5) Gilles Finchelstein, La Dictature de l'urgence, Fayard, 2011.
(6) Francis Heylighen, « Technological acceleration », Principia Cybernetica Web, 23 mars 1998, disponible sur http://pespmc1.vub.ac.be/TECACCEL.html
(7) Cité par Hartmut Rosa, op. cit.
(8) Alain Ehrenberg, Le Culte de la performance, Calmann-Lévy, 1991.
(9) Yves Travaillot, « Les Français à la conquête de leur corps », Sciences Humaines, n° 132, novembre 2002.
(10) Cité par Gilles Finchelstein, op. cit.
(11) Jürgen Habermas, L'Avenir de la nature humaine. Vers un eugénisme libéral ?, Gallimard, 2002.

Être dans son temps : garder le cap au milieu du changement

Selon Peter Ahlheit et Anthony Giddens, les individus doivent composer avec trois horizons temporels distincts : le temps de la vie quotidienne, le temps de la biographie et le temps historique. Le temps de la vie quotidienne se structure principalement autour des routines et des rythmes récurrents de l'alternance entre travail et loisir, veille et sommeil etc. (comment travailler et réussir à récupérer à l'heure ma fille à la maternelle ?). « Plus le degré de routine et d'habitude diminue (...) plus le temps devient alors un problème », écrit Harmut Rosa. En deuxième lieu, le temps biographique offre la perspective temporelle de l'ensemble de l'existence (puis-je attendre de terminer mes études pour avoir des enfants ?). Enfin, le temps de la vie quotidienne et de la biographie est nécessairement enchâssé dans le temps de l'époque. « De mon temps, les choses étaient différentes », disent les gens âgés.

Ces trois niveaux temporels constituent « l'être-dans-le-temps » d'un être humain. Ils ont chacun leurs propres rythme, vitesse, durée, mais leur imbrication oblige à les ajuster entre eux. Comment y parvenir ? Selon H. Rosa, l'accélération sociale franchit « un point critique au-delà duquel il est impossible de maintenir l'ambition de préserver la synchronisation et l'intégration sociales ». D'une part, la société imposerait à l'homme un rythme si rapide qu'il lui deviendrait impossible de suivre la cadence dans la vie quotidienne. Stressé et surmené, il finirait par lâcher prise. Dépression. Burn out. D'autre part, le temps de l'époque serait tant soumis aux changements sociaux, se renouvelant à un rythme de plus en plus rapide, que l'homme aurait des difficultés à les prendre tous en compte et à projeter dans le futur un plan de vie cohérent, c'est-à-dire à adapter son temps biographique. 
Comment prévoir un plan de vie sans voir si je vais conserver mon emploi, déménager à nouveau ? La rapidité des changements sociaux offre un horizon instable, soumis à l'incertitude, peu propice à l'élaboration de projets de vie. ?

Déborah Corrèges

L'accélération du temps politique

Dans les hautes sphères de l'État, le temps de la politique s'est accéléré. En témoigne l'utilisation de plus en plus fréquente, par le gouvernement français, de la « procédure accélérée » (auparavant appelée « procédure d'urgence ») qui limite à une seule lecture par chambre l'examen des textes de loi. Le philosophe Paul Virilio dénonce « une frénésie législative (1)». Ce que confirme Guy Carcassonne, professeur en droit public : « On légifère d'abord puis, rarement et seulement si l'on n'a rien de plus rentable à faire, on réfléchit ensuite (2) », écrit-il. Si bien qu'au début de 2010, le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, s'opposait à cette situation : « Nous ne pouvons pas travailler ainsi, pour la qualité de la loi et celle du débat démocratique. Une bonne loi nécessite un temps de réflexion incompressible (3) ». Durant son enquête au Conseil constitutionnel, la sociologue Dominique Schnapper observe que, malgré la procédure normale d'un mois, « le Conseil est parfois dans l'obligation de statuer à la hâte », s'imposant des « acrobaties ». Elle conclut : « Les délais imposés limitent l'instruction des dossiers (4) ». Cette « dictature de l'urgence », selon les mots de Gilles Finchelstein, viendrait « ébranler la légitimité même du politique en le frappant d'inadaptation, d'inefficacité, d'inéquité et d'illisibilité (5) ». La vitesse législative s'accorde d'autant plus mal avec le fait que le politique a désormais une vision à court terme de l'histoire, poussant à « gouverner contre le futur (6)». Or, le philosophe espagnol Daniel Innerarity rappelle que la tâche principale de la politique démocratique consiste à établir une médiation entre l'héritage du passé, les priorités du présent et les défis du futur. Ce qui implique de sortir de ce que l'auteur appelle une « coalition des vivants », c'est-à-dire d'une situation opposant le peuple et les politiciens hâtifs, ces « ennemis du futur » qui tendraient à lui « confisquer l'avenir (7) ». « Les problèmes écologiques seront-ils un rappel à une autre temporalité que la nôtre ?, interroge Gil Delannoi. La pollution, la fin des stocks, les déséquilibres face au très lent (climat, espèce) soulignent que la lenteur s'opposera à la vitesse (8). »

NOTES
(1) Paul Virilio, Le Grand Accélérateur, Galilée, 2010
(2) Guy Carcassonne, « Penser la loi », Pouvoirs, n° 115, 2005.
(3) Le Monde, 11 février 2010. Cité par Paul Virilio, op. cit.
(4) Dominique Schnapper, Une sociologue au Conseil constitutionnel, Gallimard, 2010.
(5) Gilles Finchelstein, La Dictature de l'urgence, Fayard, 2011.
(6) Ibid.
(7) Daniel Innerarity, Le Futur et ses ennemis. De la confiscation de l'avenir à l'espérance politique, Climats, 2008.
(8) Gil Delannoi, « Maître et esclave de la vitesse : le tachysanthrope », Esprit, Le monde à l'ère de la vitesse, n° 35, juin 2008.

Déborah Corrèges in scienceshumaines.com

A.	Tsipras : Magistrale leçon de courage, démocratie et confiance à l’expression populaire.

Le président Macky Sall a là, un cas d’école et un exemple concret à tous égards, qui tombe à point nommé et lui indique assurément la voie royale à suivre, sans calcul politique tendant à fausser la libre expression populaire. C’est décidément une voie par-dessus tout, absolument démocratique. A savoir : quand un dirigeant d’un peuple butte devant une question nationale d’importance capitale, il doit, sans hésitation, s’adresser à son peuple par référendum, car, c’est l’instance suprême de la nation au dessus de tout, afin de recueillir son avis incontestable et irrévocable. Toute autre solution ou attitude dans des cas d’espèce, ne sera qu’une violation flagrante de la démocratie véritable et du rôle éminent du peuple.

Ceci dit, le président Macky Sall doit prendre, son courage à deux mains, une bonne fois pour toutes, et soumettre enfin au référendum, sans tarder, la nouvelle constitution proposée par la CNRI, après amendement de sa part s’il y a lieu. Et qu’on en finisse, vraiment et définitivement, avec des institutions archaïques, obsolètes peu crédibles et non fiables. Des institutions très fluctuantes de surcroit et soumises au gré du changement, selon la volonté, les intérêts personnels et l’humeur de chaque nouveau président. Il est cependant évident, que si le président Macky Sall a pu bénéficier des faveurs de certains électeurs, c’était pour beaucoup, à cause de son engagement de campagne à réformer fondamentalement nos institutions actuelles, afin de les rendre plus démocratiques, crédibles, fiables et pérennes. Mais voici que depuis 2012, cette question capitale n’arrive pas à trouver, non seulement, une solution juste et définitive, mais, même pas un début sérieux de solution. Il faut le dire tout net, cette faute incombe et ne relève que de la seule responsabilité du président Macky Sall, car, c’est lui qui est élu à cet effet, pour régler les problèmes, les priorités et les urgences des Sénégalais.

Alexis Tsipras vient d’organiser deux référendums en moins d’un an sur des questions capitales pour son pays, dans une démocratie exemplaire, qu’il a remportés haut la main, sans tambour ni trompette. Il a ainsi, de nouveau, administré à ces dirigeants de pays, qui s’aplatissent docilement et se soumettent sans objection  aux conditions draconiennes des institutions financières internationales (BM et FMI), une magistrale leçon de courage, de démocratie, de patriotisme et de confiance à son peuple. Il est certes vrai, qu’il n’est pas donné à tous les dirigeants de pays, de procéder à ce genre d’exercice, compte tenu des sérieux risques qu’il comporte, à savoir la perte du pouvoir à l’occasion. Mais, comme pour lui, l’objectif principal, c’est de servir son peuple, de le conduire vers le mieux être, et que le pouvoir politique est le cadet de ses soucis, il le relègue alors à l’arrière plan. Autrement dit, pour lui, c’est bien la Patrie qui passe avant le parti. Voilà pourquoi, de tels dirigeants sont toujours accompagnés par leur peuple, et ont également leur confiance et soutien effectif. Alors, en tout état de cause et quelle que soit l’issue demain, en tout cas, Tsipras a collé à son peuple jusqu’à la fin, comme le veut la règle.

Aujourd’hui, avec ce non massif, il est clair pour le peuple grec, et pour tous ceux qui sont de bonne foi d’ailleurs, que Tsipras s’est engagé résolument dans la voie de défendre son pays avec tous les risques. Et, qu’il est aussi déterminé à rompre avec les anciennes pratiques qui ont conduit son pays à la faillite et dans la situation actuelle, bien entendu, avec la complicité des régimes précédents. Il est aussi démontré clairement, que, tant que l’action, des gouvernants mène inéluctablement dans le sens de la sauvegarde des intérêts supérieurs de la nation, le peuple les soutiendra et sera toujours prêt à serrer la ceinture, comme il acceptera aussi de supporter tous les sacrifices nécessaires, en vue des lendemains meilleurs pour lui.

Dans un Etat de droit, où les circonstances de l’avenir de la nation qui est en jeu, il est absolument exclu, à qui que ce soit de s’offrir des privilèges à soi et aux siens. Moins encore, de tolérer des enrichissements illicites par des détournements de deniers publics et des malversations financières impunies, qui mettent à genou ou en faillite, le pays.

Comme c’était le cas hier sous Wade, et aujourd’hui encore sous Macky Sall dans notre pays, une gestion quelconque des ressources, dans laquelle, chaque gestionnaire indélicat peut puiser à volonter dans les biens qui lui sont confiés sans risque pour lui. Nous nous répéterons peut être à l’infini et inlassablement sur cette question, mais c’est tant mieux.

Alors, quoi qu’il en soit, sans une rupture effective et l’éradication de ces pratiques dévastatrices de nos ressources nationales, au seul profit d’une minorité apatride et vorace, qui décime le pays et y installe durablement les inégalités sociales inacceptables, le Sénégal, c’est sûr et certain, est condamné irrémédiablement à l’échec ou non émergence.

Voilà pourquoi, l’exemple de la Grèce avec A. Tsipras est très intéressant et doit inspirer le président Macky Sall, s’il a une réelle volonté politique de redresser la situation économique, financière et sociale du pays. Pour cela, il faut qu’il cesse de prêter oreille attentive aux marchands d’illusions et, de n’écouter que le peuple souverain, en lui faisant confiance car, en dernier ressort, c’est lui seul qui est détenteur du pouvoir, et le donne à ceux dont il a la confiance. Tout le reste, n’est que du bavardage inutile.

Mandiaye Gaye

Mandiaye1(@gmail.com

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