Opinions et Débats

Didier Fassin : « Sauver des vies est devenu illégitime et condamnable »

 

Didier Fassin : « Sauver des vies est devenu illégitime et condamnable »

« Il faut considérer les migrants comme des figures centrales du monde contemporain »

Libération, 2 février 2018
Retour sur les récentes interventions de Didier Fassin, médecin, anthropologue, directeur de recherche (CNRS/EHESS) :

Entretien avec Didier Fassin

Dans son dernier livre, «la Vie, mode d'emploi critique», l'anthropologue démontre que même si les Occidentaux affirment que toutes les existences sont sacrées, ils n'accordent pas la même valeur à chacune, comme le montre notamment le traitement infligé aux migrants.

Extrait :

Didier Fassin : « La raison humanitaire reste présente dans notre société, mais sur un mode mineur et intermittent. Mineur parce qu'elle est débordée par d'autres raisons – à commencer par la raison sécuritaire. Intermittente car il subsiste des moments qui vont susciter des émotions et des protestations sincères mais éphémères, quand on découvre le corps d'un enfant mort sur une plage de Turquie par exemple. Mais c'est vrai, si la fin du XXe siècle était le moment de la raison humanitaire, le début du XXIe marque l'heure de la raison sécuritaire : celle du contrôle des flux, de la brutalité à l'encontre des exilés, et même de la répression des acteurs de l'humanitaire. On stigmatise les organisations qui viennent en aide aux exilés en Méditerranée, on sanctionne les citoyens qui hébergent des étrangers en perdition comme dans les Alpes. Sauver des vies devient illégitime et condamnable.

http://www.liberation.fr/debats/2018/02/02/didier-fassin
Par Sonya Faure, Recueilli par — 2 février 2018 à 17:06

Dans son dernier livre, «la Vie, mode d'emploi critique», l'anthropologue démontre que même si les Occidentaux affirment que toutes les existences sont sacrées, ils n'accordent pas la même valeur à chacune, comme le montre notamment le traitement infligé aux migrants.

La vie n'a pas de prix. Mais les vies ne se valent pas toutes. Il y a huit ans, Didier Fassin tirait de sa double expérience de médecin et d'anthropologue une hypothèse : les sentiments moraux et la compassion, le fait de sauver des vies, étaient devenus, depuis les années 70, un ressort essentiel des politiques contemporaines. C'était le cœur de son essai la Raison humanitaire (Seuil), qui ressort ces jours-ci augmenté d'une postface inédite. Mais peut-on en dire autant aujourd'hui, quand l'Europe laisse à la Turquie le soin de gérer l'afflux de migrants à ses portes et que le gouvernement français hésite à leur offrir des points d'eau dans le Calaisis ? Dans son dernier livre, la Vie, mode d'emploi critique (Seuil), issu de conférences données à l'Institut de recherche sociale de Francfort, le professeur de sciences sociales à l'Institut d'étude avancée de Princeton revient sur un paradoxe : jamais la vie n'a été aussi sacralisée dans nos sociétés occidentales. Mais rarement les vies n'ont paru si inégales.

Qu'appelez-vous la «raison humanitaire», qui a sous-tendu selon vous nombre de politiques menées en Occident ces dernières décennies ?

A partir des années 70, les victimes - de pauvreté, de conflits, d'épidémies... - deviennent une «cause». Médecins sans frontières est créée en 1971, les puissances internationales interviennent dans des pays tiers au nom de la survie des populations locales comme en Somalie en 1993, et le principe de responsibility to protect [«responsabilité de protéger»] est voté par les Nations unies en 2005.

Cette «raison humanitaire», ces actions déployées au nom de sentiments moraux et particulièrement de la compassion, formait un langage que tout le monde pouvait s'approprier, des ONG aux Etats, des gouvernements conservateurs aux partis progressistes. Elle est devenue consensuelle, au point d'être utilisée par certains de manière cynique, comme lors des interventions en Afghanistan ou en Libye, et de pouvoir justifier des opérations qualifiées de militaro-humanitaires, au Kosovo ou en Irak. On peut en effet difficilement s'opposer à l'idée de sauver des vies. Mais cette logique prévalait aussi sur le territoire national, en France notamment, à l'égard des personnes sans emploi ou des étrangers en situation irrégulière.

Est-ce encore d'actualité quand on voit l'attitude de l'Europe face aux migrants ?

La raison humanitaire reste présente dans notre société, mais sur un mode mineur et intermittent. Mineur parce qu'elle est débordée par d'autres raisons - à commencer par la raison sécuritaire. Intermittente car il subsiste des moments qui vont susciter des émotions et des protestations sincères mais éphémères, quand on découvre le corps d'un enfant mort sur une plage de Turquie par exemple. Mais c'est vrai, si la fin du XXe siècle était le moment de la raison humanitaire, le début du XXIe marque l'heure de la raison sécuritaire : celle du contrôle des flux, de la brutalité à l'encontre des exilés, et même de la répression des acteurs de l'humanitaire. On stigmatise les organisations qui viennent en aide aux exilés en Méditerranée, on sanctionne les citoyens qui hébergent des étrangers en perdition comme dans les Alpes. Sauver des vies devient illégitime et condamnable.

Ce revirement spectaculaire est au cœur de la tension que vous analysez dans la Vie : comment une société qui place la vie au-dessus de tout peut-elle accepter que certaines vies ne valent rien, ou pas grand-chose ?

J'ai laissé de côté la question classique en philosophie - qu'est-ce qu'une vie «bonne» ? - pour m'intéresser à une question plus rarement posée : qu'est ce qui a fait que la vie est devenue, assez récemment d'ailleurs, la valeur suprême de nos sociétés ? Le christianisme a joué un rôle central dans la sacralisation de la vie, mais, fait relativement nouveau, cette dimension sacrée s'est déplacée vers la vie physique ou biologique.

C'est-à-dire ?

Le philosophe anglais Locke avait bien noté que n'importe qui se sentirait insulté si on lui demandait s'il sait ce qu'est la vie. Et pourtant, tenter de la définir est une impasse. Notamment parce qu'il y a ce grand écart entre la vie biologique - la vie d'une cellule, la vie telle qu'elle s'exprime dans le génome - et la vie biographique - celle qu'on peut raconter, la vie sociale. Hannah Arendt le dit bien : on a d'un côté ce qui va de la naissance à la mort et qui est commun à tous les êtres humains (la vie biologique) et de l'autre, ce qu'on peut raconter des événements qui se sont déroulés dans cette période (la vie biographique).

Pendant deux millénaires, d'Aristote à Hegel en passant par Descartes, des théories ont essayé de tenir ces deux bouts. Puis au XXe siècle, les travaux scientifiques, qu'ils cherchent des traces de vie infiniment loin dans l'univers ou qu'ils pistent les origines de la vie infiniment loin dans le temps, se sont de plus en plus approchés d'une vie molécularisée. L'exploration de la vie comme phénomène biologique a considérablement éloigné les deux formes de vie, celle du scientifique et celle du romancier. A la fin du XXe siècle, c'est la vie physique, corporelle, qui a été sacralisée.
Vous prenez l'exemple des migrants...

Dans les années 90, alors que les portes des pays européens s'étaient progressivement refermées face aux migrants économiques comme face aux réfugiés politiques, on fit une exception. En France, on ajouta un nouveau critère de régularisation : un étranger en situation irrégulière dont la vie est menacée par une maladie qui ne peut être soignée dans son pays d'origine peut obtenir un droit de séjour et une prise en charge médicale. Cette «raison humanitaire» a connu un succès très rapide, au point de dépasser significativement, dans les années 2000, le nombre de personnes bénéficiant du statut de réfugié. Les choses sont plus compliquées aujourd'hui car même cette raison médicale est à son tour devenue suspecte aux yeux de l'Etat, tandis qu'un léger ressaut s'est produit dans le traitement des demandes d'asile.

On voit bien, malgré tout, le glissement qui s'est opéré dans l'éthique de la vie : on vient plus naturellement en aide aux personnes exposées à des pathologies qu'à celles menacées par des persécutions. Le certificat médical devient plus crédible que le récit des demandeurs, de plus en plus souvent remis en cause. On retrouve la même logique avec les mineurs isolés étrangers, qu'on soumet à des tests osseux pour vérifier qu'ils sont bien mineurs. Cette prééminence du biologique sur le biographique est dans ces différents cas d'autant plus remarquable que le premier n'est guère plus fiable que le second.

C'est ce que vous appelez l'avènement d'une «citoyenneté biologique» ?

En effet, c'est la reconnaissance d'une place légitime dans la société sur la base de critères biologiques - une affection ou un test osseux. Prenons un autre cas. Le saturnisme infantile, c'est-à-dire l'intoxication au plomb par ingestion ou inhalation de vieilles peintures, touche essentiellement des enfants de familles migrantes. Il a fallu qu'on découvre cette maladie dans les années 80 pour qu'on pose enfin dans l'espace public la question du logement particulièrement insalubre de ces populations et qu'on cherche des solutions pratiques. Pour mobiliser les autorités, les associations ont dû traduire des inégalités sociales dans le langage de la maladie, de la souffrance, de la biologie.

Vouloir sauver des vies est un progrès. Pourquoi estimez-vous que c'est aussi un risque ?

Il n'y a pas lieu de contester la légitimité de l'action humanitaire. Mais elle se fait au détriment d'autres approches. Prenons le cas des Territoires palestiniens. Pour alerter sur la souffrance des jeunes hommes menant l'intifada, les ONG les ont présentés comme des victimes, des êtres traumatisés par l'occupation. Ils le sont sans doute, mais les considérer uniquement ainsi fait perdre la signification politique de leur geste. On risque de les priver de leur parole, qui est celle d'une révolte, et de leur histoire, qui est celle d'une oppression : ce ne sont pas seulement des gens qui souffrent, ce sont des hommes spoliés et humiliés qui refusent leur condition. Walter Benjamin avait déjà pointé ce risque d'une vie réduite au seul fait de vivre, comme il le dit. La citoyenneté biologique restreint l'espace des droits sociaux. L'urgence humanitaire réduit la force de la demande de justice sociale.

Comment expliquer ce paradoxe : la vie est devenue à nos yeux inestimable, mais on le voit tous les jours, toutes les vies n'ont pas le même prix...
L'idée que la vie humaine pouvait avoir un équivalent monétaire a fini par s'imposer au XIXe siècle, avec l'essor des assurances vie et l'indemnisation des accidents du travail. Mais toutes les vies n'ont pas le même prix. Un fonds de compensation des victimes du 11 Septembre a ainsi été créé après l'attaque du World Trade Center. Les familles ont été indemnisées en fonction, notamment, des revenus de leurs proches décédés. Ce qui a amené à ce que certaines familles obtiennent des réparations huit fois plus élevées que d'autres et à ce que, parmi les victimes, mécaniquement, les femmes se voient accorder une valeur un tiers plus faible que les hommes.

Il y a aussi des inégalités de traitement selon l'événement tragique dans lequel on trouve la mort : ni l'attentat d'Oklahoma City en 1995 (168 décès), ni l'ouragan Katrina en Louisiane en 2005 (1 245 décès) n'ont ouvert le droit à des indemnisations par les pouvoirs publics. Le World Trade Center était un élément fédérateur contre un ennemi extérieur. Dans le cas d'Oklahoma City, l'ennemi était intérieur : c'était un ancien militaire blanc. Dans le cas de la Lousiane, les victimes étaient essentiellement des Noirs américains. Mais parler de vies inégales va bien plus loin. Il y a des inégalités invisibles, comme celles mesurées par les statistiques. On croit bien souvent qu'on meure plus ou moins tôt pour des raisons génétiques ou par manque de chance. Or les individus ne sont pas égaux face au diabète, au cancer, mais aussi aux accidents ou aux suicides. En France, les ouvriers meurent deux fois plus que les cadres supérieurs entre 35 et 65 ans. Des études récentes ont montré que l'expérience même de la discrimination et de la dépréciation a un effet néfaste sur l'espérance de vie. Comme l'écrivait Maurice Halbwachs il y a un siècle, la mort n'est pas une sorte de fatalité, elle est la conséquence de «l'importance attribuée à la vie humaine».

Or la question des vies inégales est peu abordée dans nos sociétés. Cette inégalité n'est, du reste, pas uniquement quantitative, comme le révèlent l'évaluation monétaire et la mesure de la mortalité : elle est aussi qualitative. Elle se lit dans les conditions de vie faites à certaines parties de la population, qu'il s'agisse de logement, d'éducation, de travail, de rapport à la police, à la justice et à la prison. Ainsi faudrait-il entendre l'expression «espérance de vie» non seulement dans le sens de durée moyenne de l'existence, comme le disent les démographes, mais aussi dans le sens ce qu'on est en droit en attendre en fonction de qui l'on est et où l'on vit : ce qu'on peut en espérer.

Continuer de dire et de croire que la vie est notre valeur suprême, est-ce alors une manière de s'aveugler ?

On le voit dans la manière dont nos gouvernants parlent des migrants. Le chef de l'Etat dit à Calais : «Notre honneur est d'aider sur le terrain celles et ceux qui apportent l'humanité durable dans la République.» Ses propos sont démentis sur le terrain par les actions des agents qui, à la demande du pouvoir, œuvrent de manière aussi indigne qu'inefficace. Mais il est important de faire croire et de se faire croire que toutes les vies auraient le même prix. Sinon, ce serait tout notre édifice humaniste qui s'effondrerait. L'honneur, aujourd'hui, est du côté de celles et ceux qui dénoncent cette mystification.
Sonya Faure Recueilli par

« Il faut considérer les migrants comme des figures centrales du monde contemporain »
Le Nouveau Magazine littéraire, 31 janvier 2018

Entretien avec Didier Fassin La vie d'un réfugié vaut-elle autant que celle d'un Français ou d'un Américain ? A priori, oui. Mais la réalité est toute autre, comme le démontre l'anthropologue Didier Fassin dans son dernier essai.

Extrait de l'entretien :

LNML : Vous confrontez dans votre essai l'approche philosophique de la vie, selon laquelle toutes les existences se valent, aux résultats d'enquêtes anthropologiques où le concept apparaît pluriel et fortement inégal. Comment expliquez-vous cette tension ?

Didier Fassin : Lorsqu'on s'interroge sur la vie, on est à la fois confronté à l'immensité du concept et à la polysémie du mot. J'ai tenté de nouer cette tension entre deux grandes orientations : la « vie biologique », celle qui commence avec la naissance et se termine à la mort, et concerne tous les vivants, et la « vie biographique », au sens où elle est constituée d'évènements, que l'on peut raconter et auxquels on donne un sens. Le philosophe et médecin Georges Canguilhem distingue ainsi le participe présent et le participe passé du verbe vivre : le vivant et le vécu. Pendant deux mille ans, les philosophes ont tenté de les penser ensemble.

Mais depuis un siècle, ces deux voies ont bifurqué. D'un côté, les sciences de la vie ont cherché à aller de plus en plus loin dans la compréhension du vivant à travers notamment l'exploration du génome, noyau ultime de la question de l'identité d'un individu, jusqu'à la vie qu'on cherche sur d'autres planètes. On est ici sur une réduction biomoléculaire de la vie. D'un autre côté, les sciences humaines mais aussi la littérature ont développé un tout autre chemin, celui de la vie vécue et racontée. Partant de ce constat, j'ai tenté de voir s'il était possible de renouer ces deux conceptions de la vie, de reconstituer une sorte de puzzle avec ces fragments de vie, d'où ma référence au roman de Georges Perec, La Vie mode d'emploi. Le paradoxe que j'essaie de montrer est qu'il s'est produit dans nos sociétés contemporaines un mouvement par lequel la vie biologique a pris le pas sur la vie biographique....

« Didier Fassin et des vraies vies »

France inter, lundi 8 Janvier 2018

Didier Fassin, anthropologue, directeur de recherche CNRS/EHESS est l'invité de Laure Adler dans « L'Heure bleue »

Penser et agir de telle sorte que puisse s'inventer un nouveau mode d'emploi pour une vie plus juste : telle est la tâche à laquelle Didier Fassin s'attache. Pour ce faire il s'appuie sur ses propres enquêtes de terrain, à travers le monde, comme sur son savoir et sa pratique médicale ou encore sur ses lectures, philosophiques et littéraires. Il est l'invité de l'Heure Bleue pour présenter ses deux livres « La vie : mode d'emploi critique« , et « L'ombre du monde : une anthropologie de la condition carcérale suivi de Portrait de l'ethnographe en critique » parus aux Editions du Seuil.
(Re)écouter l'intégralité de l'interview

"Le vivre-ensemble exige de casser les compartiments"- Le gite, le couvert et la culture Par Cyril Aouizerate, philosophe et urbaniste

 

"Le vivre-ensemble exige de casser les compartiments"- Le gite, le couvert et la culture Par Cyril Aouizerate, philosophe et urbaniste -


Pour mieux réussir sa construction du monde il lit Spinoza, Jankélévitch et Levinas la nuit


S'il y a bien une chose avec laquelle Cyril Aouizerate a du mal, c'est le concept de fatalité. Philosophe par formation, urbaniste par vocation et révolutionnaire par nécessité, il se bat depuis toujours contre la pensée dominante voulant qu'une ville devient intouchable dès lors qu'elle est décrétée esthétiquement parfaite. Selon lui c'est cette vision - particulièrement répandue à Paris, "ville en cours de muséification" - qui contribue à produire une société segmentée, articulée autour d'enclaves de populations clairement identifiées – "les riches avec les riches, les pauvres avec les pauvres" - alors même qu'il en est convaincu : les compartiments, quels qu'ils soient, sont contraires au principe même du vivre-ensemble. Celui qu'invoquent en continu les politiques mais que l'on interdit aux urbanistes de mettre en œuvre au nom de ce que Cyril Aouizerate appelle "l'idéologie du patrimoine" qui fige la ville dans une perfection de vitrine au détriment des nouvelles réalités sociétales. Sa conviction ?

Le vivre-ensemble passera par une révolution urbaniste. Une révolution qui consistera à "accepter l'idée que le monde a changé pour créer des territoires de liberté" urbaine et architecturale. Des territoires où la mixité sociale deviendrait une réalité et le vivre-ensemble autre chose qu'un argument de campagne. Rencontre avec un libre-penseur adepte de Spinoza et du mélange des genres qui ne craint qu'une chose : la tyrannie de la performance et ses effets toxiques sur l'organisme.


"A l'origine, j'étais parti pour être philosophe – spécialiste de Spinoza - mais je ne voulais pas faire profession de pensée. Je voulais agir. J'ai décidé de bifurquer lorsque j'ai pris conscience du fait qu'en France, la philosophie était réservée soit aux penseurs médiatiques soit au carcan universitaire. J'ai alors cherché un domaine d'application concret pour mes idées. C'est un homme d'affaires qui m'a permis de faire le lien entre mon passé philosophique et l'urbanisme : Alain Taravella, président du groupe Altarea Cogedim.

J'ai été son conseiller pendant des années et c'est lui qui m'a tout appris sur la façon de monter un projet et de le financer. A cette expertise, j'ai accolé mon regard de philosophe. Un regard de non-bourgeois. Même si j'en suis devenu un et que j'ai un certain respect pour le terme car, pour moi, être bourgeois c'est aussi prendre le temps de réfléchir et d'être seul, autrement dit, être capable de résister aux impulsions massives et à l'exigence d'immédiateté qui caractérisent l'époque. On l'oublie souvent mais c'est la bourgeoisie qui a impulsé le mouvement de la Révolution. Même si je ne suis pas né bourgeois mais que je le suis devenu par le travail, je m'inscris dans cette sensibilité de rupture. Je suis un fils d'ouvrier mais j'appartiens à une génération où, avec de l'énergie et du travail, on pouvait encore prendre l'ascenseur social. Personnellement, je suis heureux de ce chemin parcouru mais je ne pourrai jamais me contenter de ma petite accumulation de richesses personnelles. L'autre me pose problème. Il me préoccupe au quotidien. Si bien que ce qui m'importe aujourd'hui c'est : que fait-on pour vivre ensemble ?


Vivre ensemble


Je crois que, à notre époque, il ne suffit plus d'utiliser des mots qui font sens dans l'inconscient collectif. Le vivre-ensemble est une très belle marque mais pour l'heure, celle-ci n'existe que sur le plan virtuel. Ce n'est pas une réalité. Paris en est la preuve flagrante : les gens y vivent surtout les uns contre les autres ; c'est le triomphe de l'individualisme. Je ne suis pas contre la revendication de l'individualité et de la différence de chacun, au contraire, mais à partir du moment où l'on s'efforce de définir des choix collectifs, un projet commun de société comme c'est le cas aujourd'hui, on se doit de développer des systèmes de valeurs partagées aptes à nous permettre d'avancer ensemble, dans la même direction.


C'est pourquoi je considère que le vivre-ensemble – non pas tel qu'on le pratique aujourd'hui, à savoir au sens d'incantation politique mais au sens de réalité sociétale - passe par une série de mesures très concrètes. Des mesures qui permettraient de repenser l'urbanisme pour faire autre chose de Paris qu'une ville-musée. Il ne faut pas se leurrer : la mixité sociale passe par une politique de prix plus bas. On ne peut la décréter mais si on densifie l'urbanisme, inexorablement, le prix du m2 baissera. Pour moi il est là le projet de société.

Voilà pourquoi je suis convaincu que la volonté de faire du vivre-ensemble une réalité passe par des décisions fermes, fortes et presque violentes parfois. Par la déclaration politique d'un maire qui osera dire : "Pendant 5 ans, je vais faciliter l'obtention des permis de construire et autoriser les bâtiments en hauteur." Dès le lendemain, le prix de l'immobilier aurait baissé de 15 à 20 %, ce qui reviendrait à reconnaître l'autre. Celui qui, pour l'heure, ne peut pas vivre dans cette ville parce qu'il n'en a pas les moyens. Cela permettrait de dépasser cette dimension individualiste pour donner enfin du sens à un projet commun. Cela rendrait le vivre-ensemble possible, tout simplement.


La muséification de Paris


Le paradoxe est saisissant : plus la vie individuelle se vide de sens, plus on manque de dynamique intellectuelle, culturelle et citoyenne, plus on cherche à préserver une part de théâtre en gardant intact le Paris d'avant ; celui d'une époque où il se passait des choses. Comme un bon souvenir. On pourrait établir le même constat sur New York qui était une ville bouillonnante, contestataire et en contrepartie très dangereuse et qui, aujourd'hui, est totalement sécurisée mais où ne subsiste pas la moindre étincelle de créativité et surtout, où le quartier de Manhattan est devenu totalement inaccessible. Même chose à Paris qui est sous l'emprise réactionnaire de ses habitants et de leurs attentes : pas de bruit, pas de chiens, pas de cigarettes, pas de pauvres. Cette volonté de pureté absolue a figé la ville. A croire que le XIXe siècle a marqué la fin de tout ce que l'architecture et l'urbanisme pouvaient offrir de beau. C'est une idéologie : on a décrété que Paris était parfait en l'état et devait rester intouché. Or cette idéologie est totalement contraire à la réalité de la société actuelle.

Ce n'est pas en refusant de modifier quoi que ce soit sur le plan de l'urbanisme que l'on répondra aux enjeux d'une époque marquée par le manque de logements et surtout, de logements accessibles. Pour solutionner le problème il faudrait une sorte de plan Marshall qui permette de repenser la ville. De nous décomplexer face à la notion de patrimoine en désacralisant le bâtiment haussmannien, avec ses façades décorées de meringue et de personnages à barbe et à couronne de fruits. Evidemment que c'est très beau ! Mais déclarer ce type de bâtiment exceptionnel au point d'être intouchable relève pour moi du comble de la pensée bourgeoise dans le sens réactionnaire du terme cette fois. Personnellement, je n'ai aucun problème à admettre qu'il faille, dans certains quartiers, détruire des bâtiments anciens si cela peut permettre d'apporter une vraie réponse à la carence de logements.


L'idéologie du patrimoine


Voilà pourquoi le vivre-ensemble passe par une déculpabilisation, par un renoncement à cette idéologie du patrimoine et aussi par une démarche de densification urbaine assumée. Que ce soit via des immeubles de hauteur, des tours ou des ajouts sur des bâtiments anciens. C'est ainsi que l'on mettra un terme au processus de muséification de Paris et que l'on parviendra à réintroduire un peu d'hétérogénéité dans la typologie des Parisiens, laquelle est de plus en plus lisse depuis que la contagion des prix élevés gagne peu à peu tous les quartiers de la ville. Au final, tout est très propre et très beau, certes, mais pour moi ce n'est pas cela une ville.

Il existe d'autres villes historiques, comme Vienne, qui ont su réconcilier respect du patrimoine et exigence sociétale en autorisant à ce qu'on construise du nouveau au-dessus de l'ancien. Un peu comme une couche archéologique supplémentaire qui permettrait non seulement de diversifier la population mais aussi de témoigner, à travers une touche de modernité, de la réalité d'une autre génération. Jusqu'à maintenant, seul l'ancien est considéré comme méritant d'être visible et de durer. Mais la génération actuelle compte également des architectes et des urbanistes de qualité qui méritent de laisser une empreinte sur la ville. De s'inscrire dans son histoire. Pour cela, il faut accepter l'idée que le monde a changé et créer des territoires de liberté.


Mixité sociale


Consentir à cet effort, désacraliser la ville en désegmentant ses territoires permettrait de faire du logement social ailleurs que dans les seuls quartiers populaires et désenclaverait les populations en permettant aux enfants issus de familles modestes d'être scolarisés dans de bonnes écoles. Cela aboutirait à de la vraie mixité sociale. A du vrai vivre-ensemble, tel que l'ont connu les générations précédentes. Alors qu'aujourd'hui nous vivons dans une société ultra-segmentée : les quartiers des riches ont leurs écoles et les quartiers des pauvres les leurs, et chacun doit rentrer dans une catégorie. Personnellement, je crois que le vivre-ensemble exige de casser les compartiments. C'est la logique sur laquelle nous avons pensé et conçu – Serge Trigano, Philippe Starck et moi - le Mama Shelter : comme un lieu non-segmentant en lui-même, ouvert à tous, mais surtout, désegmentant pour son quartier : le XXe arrondissement. Il faut savoir que la rue de Bagnolet où nous avons choisi de bâtir notre projet était un quartier où la plupart des Parisiens refusaient d'aller. Depuis l'ouverture du Mama, l'appréciation du quartier a changé. Avec un peu de volonté et d'esprit de rupture, on pourrait reproduire l'expérience dans bien d'autres quartiers de la ville.


Biographie


Cet appartement, je l'ai acheté 230 000 euros en 2002, on m'en propose aujourd'hui 600 000. Je ne trouve pas que cela soit normal. C'est pourquoi je rêve d'une politique qui empêche les prix d'exploser dans de telles proportions.


Pour accepter de ne plus alimenter cette surenchère du prix immobilier au final totalement déconnectée des réalités, il nous faut une dimension d'exemplarité. Il nous faut une élite qui soit capable d'impulser ce genre de dynamique. Or le problème que l'on rencontre aujourd'hui dans notre classe politique tient au fait qu'aucun d'entre eux n'a une biographie. Pas plus à droite qu'à gauche. De même que les intellectuels qui devraient être en mesure de tracer la voie n'ont plus aucune crédibilité au sein du peuple, contrairement aux grands penseurs du XIXe qui, eux, avaient une véritable incidence sur l'opinion publique, ce qui leur donnait une réelle capacité d'influer sur la société. Et je pense que le fait de ne pouvoir se raccrocher à personne plonge le peuple dans le désespoir alors qu'il suffirait de quelques signes forts pour montrer que, même dans une époque complexe, il est possible de construire un destin commun qui dépasse les questions d'identités, de religions, de générations... Tout ce qui segmente et sépare les individus. Possible de replacer au centre des débats cette notion de destin commun qui nous fait défaut.


Barack Obama, lui, a une biographie. Il est fils d'Africains, il a fait des études brillantes et, au terme de ces études, il a décidé d'être animateur social à Chicago. Cela lui confère une exemplarité. De même qu'en France, Charles de Gaulle en avait une. C'est pour cela que nous avons besoin de sang frais, de renouveau. De jeunes dans le sens de gens non-formatés. Pour l'heure, l'univers politique est détenu par des bureaucrates. Des petits bureaucrates.


Identité collective


Plus, faute de valeurs communes pour l'irriguer, on vide l'identité nationale de sa substance, plus les gens tentent de se créer une identité collective. Que ce soit via leur compte Facebook ou via les marques qu'ils portent. Le sentiment d'appartenance à une identité nationale ou républicaine ayant quasiment disparu, on est bien obligé de s'en inventer une. Cela passe par différentes aspirations communautaires – de la religion aux marques en passant par le travail ou le mode de consommation – mais n'a plus rien à voir avec un quelconque projet commun que la société française pourrait proposer. C'est pourquoi je trouve qu'il faut une grande force intérieure pour résister à ces phénomènes et accepter une part de solitude. Quand j'étudiais à Jérusalem, j'ai été amené à faire l'expérience de cette solitude et je pense pouvoir dire que cela a été une des périodes les plus heureuses de ma vie.

Et aussi une des plus utiles. Car on a beau être connecté à une communauté – religieuse, professionnelle ou familiale –, la condition humaine reste la solitude. Et ce statut fondamental de l'homme, aujourd'hui, est tabou. Il est nié. Chacun est censé avoir des centaines de copains sur Facebook même si c'est totalement virtuel ; des contacts, du réseau, des connections. On est dans une logique clanique. Et comme le monde est un village, on peut retrouver ces clans quasiment partout dans le monde. Si bien que l'on assiste ainsi à une réduction des possibles, chacun réduisant son périmètre relationnel à une caste – celle qu'il s'est choisie – qu'il peut identifier et retrouver partout : à Paris, New York, Londres ou Bombey. Cette logique d'enfermement volontaire s'accompagne d'une obsession de la mise en scène, chacun devant, sur Facebook ou ailleurs, se rendre visible et influent.


La société de la performance


Ce type de comportements désormais totalement normalisés alimente l'exigence de visibilité et d'immédiateté qui permet à chacun de se revendiquer comme appartenant à la société des gagnants. De ceux qui font des choses, qui connaissent des gens, qui produisent. Ce qui est un enjeu essentiel car il est devenu impossible de faire partie de la société de ceux qui doutent ou de ceux qui sont seuls ; ceux que l'on juge improductifs et que, pour cette raison, on cherche à écarter du tableau urbain.


Pour moi, l'événément qui a marqué le summum de cette violence propre à notre époque est celui de la canicule au cours de laquelle, il y a quelques années, on a laissé mourir 15 000 personnes. C'est plus de morts qu'en Syrie ou en Lybie, et ceci dans une société dite civilisée. On a abandonné à leur sort des gens implicitement considérés comme faisant partie de la frange non-active de la société. On pourrait envisager le même schéma avec des handicapés ou avec toute population non-représentative de la société actuelle et de ses exigences. Personnellement j'ai toujours pensé que les sociétés se jugeaient à la façon dont elles traitaient les plus faibles, ce qui en dit long sur ce que la nôtre est devenue. Pour moi, cet événement est indissociable de la façon dont on vit et perçoit la ville aujourd'hui. A savoir que n'a le droit de rentrer dans cette ville que celui qui a le salaire qu'il faut, l'attitude qu'il faut et qui, dans tous les domaines, dégage cette espèce de puissance que l'on attend aujourd'hui des gens qui doivent tous être beaux, riches, minces, actifs, être allé 10 fois à New York et avoir un super profil Facebook. On est dans une société qui vise à créer un homme moderne le plus lisse possible. Quelqu'un qui ne fume plus, ne boit plus, est productif, sportif, sain, drôle, etc. Du point de vue humain, cette exigence d'accumulation de performances n'a pas de sens. Elle est même intolérable.


Climat révolutionnaire


On ne compte plus le nombre de gens qui s'arrêtent tout simplement. Qui, par la dépression ou le suicide, rejettent cette forme de dynamique folle sur laquelle on prétend construire l'efficacité d'un pays mais qui, en réalité, détruit beaucoup plus qu'elle ne construit. C'est une logique équivalente à celle que l'on a dénoncée dans la finance et qui a mené à la crise. Celle des produits toxiques et des exigences de rentabilités financières déconnectées du réel et de ses mécannismes. C'est le principe de l'emballement qui a mené aux subprimes. Ce qui me fait dire que tous les ingrédients sont aujourd'hui réunis pour rendre une population révolutionnaire. Ceci dans le même objectif que depuis toujours : s'élever contre la tyrannie.


Certes les composantes de cette tyrannie ont changé mais celle-ci n'en demeure pas moins omniprésente. Elle s'exerce au quotidien sur les individus, par l'attention obsessionnelle accordée au physique, aux performances économiques, aux accomplissements personnels... Or exiger de l'individu qu'il soit performant dans tous les domaines est selon moi totalement impropre à la condition humaine. L'homme a besoin de temps de réflexion et de doute. C'est même selon moi ce qui le différencie de l'animal. Or dans une société telle que la nôtre, tournée vers la rapidité et la performance, ces deux dimensions sont à bannir. Voilà pourquoi, selon moi, cette société de la perfection dans laquelle nous vivons est une folie totale.


MOB


Après que l'aventure du Mama Shelter a abouti, je me suis tourné vers un autre projet. Celui d'un fast-food végétarien qui ouvrira dans un quartier très populaire de Brooklyn début novembre et quelques semaines plus tard rue Charlot, à Paris.


Ce projet est pour moi le point d'intersection entre mon passé de philosophe et d'autres réalisations type Mama Shelter. Je l'ai baptisé MOB, pour "Maïmonide of Brooklyn", Maïmonide étant un philosophe du Moyen Age, médecin du roi Saladin qui, il y a 1000 ans, a rédigé un document exceptionnel dans lequel était expliqué comment combiner les fruits et les légumes pour rester en bonne santé. J'ai utilisé cette philosophie de l'alimentation pour développer un concept de restauration rapide sain et pas cher, fondé sur des sortes de tartes – des "mobs" - ayant la forme des arches du pont de Brooklyn et offrant au consommateur 24 combinaisons, salées ou sucrées, ayant toutes une vertu - détox, énergétique, etc. Un peu comme s'il s'agissait pour moi de sacraliser la nourriture après avoir cherché à désacraliser la ville."


Par Caroline Castets


https://www.lenouveleconomiste.fr/le-vivre-ensemble-exige-de-casser-les-compartiments

 

Cyril Aouizerate, fondateur de Mama Shelter et Mob Hôtel
Le gite, le couvert et la culture


A 48 ans ce créateur de restaurants et hôtels, qui lit Spinoza, Jankélévitch et Levinas la nuit, cherche à faire de ces espaces des lieux de culture. Et cela fonctionne...
A Saint-Ouen, à deux pas du marché aux puces, dans un ancien immeuble de General Electric à l'esprit indus' coiffé de végétation, est né un hôtel d'un nouveau genre. D'autres suivront de par le monde, à en croire Cyril Aouizerate qui y voit l'aboutissement d'une vie de réflexion et d'entrepreneuriat. Car le fondateur et dirigeant d'Urbantech depuis 2002 s'imprègne des évolutions de la société pour imaginer des lieux plus adéquats aux aspirations actuelles. Avec les Mama Shelter, résidences de tourisme de « luxe low cost » dans des quartiers populaires, pensées avec Philippe Starck, Serge Trigano, Roland Castro, et implantées dans plusieurs villes de France et aux États-Unis, il a amorcé le virage de l'hôtellerie décomplexée au design branché. Il a aussi réanimé la Cité de la Mode et du Design, imaginé les Mob restaurants, fast-good à tendance végétarienne. Mais cette fois-ci le Mob Hôtel a une saveur particulière : « Parmi les autres projets urbains, c'est vraiment celui-ci qui est à la conjonction de l'immobilier, de l'hôtellerie, de la restauration, du partage, du bien-être de la culture... », précise cette tête pensante qui vit l'hôtellerie comme un mouvement permanent.


Lieu de mixité sociale au-delà du périph'


Ici les textes des philosophes qui ont éclairé ce passionné de culture sont cités, comme ceux de Jankélévitch. Composé d'une centaine de chambres, le lieu se veut un espace d'expériences et de rencontres. Les résidents du quartier peuvent faire pousser ce qu'ils veulent dans les potagers installés sur les toits. Les clients peuvent savourer les produits bio des coopératives agricoles de la région, parcourir les grandes œuvres de la littérature et de la philosophie disponibles dans une librairie jouxtant le bar, ou visionner les films d'auteur projetés sur le cinéma en plein air installé sur la grande terrasse – la télévision étant bannie des chambres. Ne lui parlez pas d'une approche « bobo »... Ce type d'hospitalité, pour ce visionnaire d'identité juive algérienne, serait intimement lié à son enfance et adolescence au Mirail, quartier populaire de Toulouse. Et il répondrait à une aspiration mondiale, une envie d'expérience de la part des clients qui veulent qu'on leur raconte une histoire. De la réflexion donc, mais aussi un sens pratique indéniable : un autre Mob Hôtel a récemment ouvert à Lyon, et des établissements vont voir le jour à Washington ou Los Angeles avec l'aide de Steve Case, dirigeant d'America Online. « Je ne mènerai pas d'autre grand projet hôtelier. Je vais essayer de le parfaire », avance celui qui aspire au long terme.


Du penseur au faiseur


L'homme au style hors norme – barbe, lunettes et costume saharien –, dont le père était typographe et syndicaliste, a grandi dans une ambiance de contestation qui l'a naturellement conduit à la philosophie et à un doctorat consacré à Spinoza et à la critique de l'idolâtrie, puis à... l'hôtellerie ! Atypique pour un intellectuel qui a participé aux lectures d'Emmanuel Levinas ? Pas d'après lui. « J'ai passé ma vie à étudier, puis en homme libre l'envie de faire m'a taraudé. Réfléchir sur l'immobilier, et plus largement l'urbanisme, les ilots urbains... m'a séduit. S'extraire du dogme des territoires excentrés m'est devenu fondamental », explique ce chantre du « faire ensemble ». « Si le Mob Hôtel est bien entendu une entreprise capitaliste, c'est aussi un lieu de mixité sociale qui cherche à perpétuer l'idée d'hospitalité », déclare ce « disrupteur » qui a déjà étonné et détonné dans l'hôtellerie avec ses Mama Shelters. « Dans cet univers les acteurs traditionnels – grands groupes ou indépendants – n'ont pas forcément vécu la révolution digitale. Ils avaient l'habitude de s'asseoir sur cette manne de taux d'occupation dans les grandes villes, et se sont retrouvés sonnés par les coups de boutoir de Airbnb par exemple », remarque le partisan de la réinvention. « Le temps du voyageur d'affaires qui recherche le logement sans identité, services et expérience vécue particulière, est bien révolu. »


Une vision entrepreneuriale nourrie par la culture


S'inscrivant dans la lignée des entrepreneurs qui veulent changer le monde, celui qui met en valeur les coopératives agricoles bio, les potagers des voisins... aspire à créer des lieux de bienveillance pour ceux qui sont inquiets du monde. A l'instar des fondateurs des GAFA, il ne cherche pas seulement à gagner de l'argent. Ses hôtels sont des centres culturels, qui donnent lieu à des conférences littéraires ou des concerts live en petit comité d'artistes de hip-hop. « Nous vivons dans un pays conservateur qui affectionne les caricatures à propos des territoires, des identités, de la naissance des uns et des autres. Ceux qui font de l'argent sortent forcément d'HEC, X ou l'Ena », ironise celui qui se garde bien d'idéaliser les autres pays. « Il existe ici une créativité et une solidarité sociale très intéressantes. Mais les préjugés restent dommageables, sur les patrons suceurs de sang, les fonctionnaires paresseux ou les salariés obnubilés par leurs avantages », déplore celui dont le management se fonde en priorité sur la confiance. « Je ne suis pas dans une relation d'autoritarisme, mais plutôt dans la volonté de créer une organisation horizontale.

Ceux qui aiment les schémas pyramidaux s'en vont. Avec moi les réunions ne durent pas plus de 45 minutes et la responsabilisation est de rigueur : il faut en finir avec cette habitude de "se couvrir" parce qu'on a envoyé un mail soulevant les problèmes et désagréments », affirme ce « bougeur » de lignes. Dans son prisme l'entrepreneur est cet être qui a la capacité à anticiper le marché, à comprendre ce que pensent et vont penser les gens. « Pour y prétendre, il faut une réflexion sur l'état du monde. Celui qui vend des produits alimentaires industriels et s'étonne de voir ses ventes baisser est irrémédiablement condamné. » Un côté pionnier qui comporte aussi son risque d'échec, qui ne lui fait pas peur : « Le revers permet de voir le monde avec plus de réalisme, mais aussi de compter ceux qui sont là, qui appellent », s'amuse ce défricheur d'expérience...


Julien Tarby


https://www.ecoreseau.fr/portraits/2017/11/03/cyril-aouizerate-fondateur-de-mama-shelter-

« RELIGION, SPIRITUALITÉ ET PENSÉE AFRICAINES », PAR DOMINIQUE ZAHAN NOTE DU PHILOSOPHE ET ANTHROPOLOQUE LOUIS-VINCENT THOMAS

« RELIGION, SPIRITUALITÉ ET PENSÉE AFRICAINES », PAR DOMINIQUE ZAHAN NOTE DU PHILOSOPHE ET ANTHROPOLOQUE LOUIS-VINCENT THOMAS

Un article d'autorité  à lire. P B CISSOKO


« RELIGION, SPIRITUALITÉ ET PENSÉE AFRICAINES », PAR DOMINIQUE ZAHAN
NOTE DU PHILOSOPHE ET ANTHROPOLOQUE LOUIS-VINCENT THOMAS
(Éditions, Payot, Paris, 1970)


Zahan titulaire de la chaire ethnologie et de sociologie africaines l'Université de Paris-V (Sciences humaines Sorbonne), reste un des meilleurs connaisseurs actuels des religions négro-africaines traditionnelles. Spécialisé tout particulièrement dans étude des Bambara auxquels il a déjà consacré deux remarquables ouvrages qui font autorité (Sociétés d'initiation bambara : Le N'domo, le Koré, Mouton, 1960 ; La dialectique du verbe chez les Bambara, Mouton 1963) et des populations maliennes (Mosi Dogo), il nous livre avec le présent ouvrage sa première synthèse articulée autour des trois pôles majeurs de l'âme noire : religion, spiritualité, pensée africaine. Sujet difficile s'il en est un, non seule ment parce que l'on se heurte à l'étonnante diversité des croyances, à la multiplicité des rites et des pratiques, mais encore et surtout parce que l'Auteur s'efforce d'appréhender « du dedans » une réalité complexe, profonde, malaisément saisissable et on ne livre qu'avec réticence surtout à l'observateur occidental. Précisément si Dominique Zahan parvient nous donner une anthropologie voire une théologie africaine, c'est parce qu'il attache moins aux éléments ou aux produits qu'inventorie habituellement le chercheur africaniste qu'à l'attitude de l'homme noir face au numineux et à l'univers au sein duquel il inscrit son action : telle est originalité principale de ce remarquable ouvrage. En s'appuyant sur sa propre expérience et des lectures riches et variées, l'Auteur ne veut pas faire œuvre d'érudition mais plutôt s'efforce de « pénétrer en profondeur dans l'âme noire afin découvrir le principe animateur de vie » (page14) ; c'est en tout cas par ce biais que l'on parvient plus aisément à la compréhension de l'« Universel africain ».


Un tel projet suppose, au préalable, une mise en situation de homme noir, « microcosme où aboutissent, invisibles, innombrables fils qui tissent les choses et les êtres entre eux, en vertu des règles de correspondance fournies par les catégories et les classifications. Il est pas le « Roi » de la création, mais plutôt l'élément central d'un système auquel il imprime une orientation centripète » (page 16). Les rapports de homme à Dieu et aux « esprits subalternes » que fondent les mythes et que révèlent les pratiques, puis au monde, sorte de tissu de signifiants, de locuteur privilégie,́ nous sont rappelés avec finesse Là encore ce qui frappe est la modestie des apparences : « Des petits amas de sable et de terre, des cônes en pise,́ se distinguant souvent peine des autres éléments d'un décor désordonne,́ des pierres des arbustes et des arbres, tels sont les autels sur lesquels des milliers de victimes ont expiré depuis des générations, en imprimant à leur sang, dans un dernier sursaut de vie, le rythme qui ouvre au fidèle la porte de Invisible » (page 61).

C'est également ce primat de intériorité qui apparaît dans les formes supérieures de initiation : par le médias de la connaissance et des épreuves le sujet se dépasse, tait en lui l'ancienne personnalité (il y a là une mise à mort symbolique suivie une renaissance rituelle) et accède à l'union en Dieu. Ainsi comprise, la voie mystique du Koré, revêt son plein sens. « Elle est une ascension vers le ''mariage'' et l'union intime avec Dieu ; elle est une échelle permettant de monter jusqu'à l'être divin. Plus on s y élève plus profonde est l'union avec l'être convoite »́ (page 218). Mais ce mysticisme rien de l'évanouissement dans la transcendance ; jamais il ne coupe homme du milieu qui est le sien, jamais il ne l'éloigne de ses occupations habituelles ; bien au contraire, il lui permet « de se réaliser plus pleinement dans son activité quotidienne ». En fait, l'état de béatitude, « les moments de communication de homme avec l'invisible sont, semble-t-il, tout aussi naturels et conformes aux fonctions de la vie que tout autre genre activité » (p. 196). Ce souci de la réalité quotidienne, quête à la fois de la certitude et de la paix, maintien de ordre (garanti par les ancêtres) et désir de réussite transparaît dans certaines pratiques : l'art de la divination (« les messagers de l'inconnu » : devins interprètes et devins messagers (p. 129-43), le recours aux magiciens (nyctosophes et guérisseurs, (p.144-70). Qu'on ne s'étonne pas par ailleurs, si le contenu de la déontologie reste en étroit rapport au « metier » : ainsi l'homme chez le Bambara, « recoit sa définition sociale et éthique par rapport au métier qu'il exerce, ou aux matières qu'il manipule » (p. 187). Un des traits les plus typiques de la pensée négro-africaine est bien, en effet l'amour de la vie ; d'où le respect pour la femme « donneuse de vie et de nourriture », d'où la richesse des mythes justifiant l'apparition de la mort (p. 62-86 ; le chapitre de loin le plus original du livre), d'où les rites et leur symbolique niant la mort comme destruction pour ne plus y voir qu'un passage...


Un mot enfin pourrait résumer la spiritualité africaine : la maîtrise de soi, clef de voûte de toute l'architecture religieuse du Noir singulièrement lors de l'initiation et dont le silence constitue l'un des aspects le plus typique (p. 175). Ce pouvoir sur soi source principale de l'estime de soi : de la dignité.

« Ce légitime orgueil est la ''foi'' très vive dans la valeur de l'homme, la conscience aussi de la supériorité de l'être humain par rapport au reste de la création ; il est ce quelque chose qui explique, au moins en partie, non seulement le penchant du Noir pour le sacrifice sanglant, mais surtout le sacrifice de soi dont la forme la plus subtile apparaît dans la mystique, lors du don de soi de l'adepte devenu épouse « de Dieu » (p. 239).


Il était difficile d'en dire d'avantage dans un cadre aussi restreint. Déplorant cependant que Dominique Zahan ne dégage pas suffisamment la signification profonde des rites comme le fait par exemple V. W. Turner ou la portée exacte des symboles comme le réalise Luc de Heusch.


La perspective anthropologique ne devrait pas non plus se priver de l'apport si enrichissant de la psychanalyse (il y a pourtant beaucoup de choses stimulantes dans l'Œdipe africain de M. C. et ED. Ortigues jamais cité) ; pas plus qu'il ne devrait négliger la place qu'il revient à la sociologie (rôle des structures politiques ; importance des tensions, des déséquilibres ; primat de la formation sociale au sens marxiste du terme). Si la religion est l'instance dominante en Afrique, n'oublions pas, pour reprendre le langage d'Althusser, que l'économique (mode de reproduction) reste déterminant en dernier ressort. Dire que le Noir est incurablement religieux est une affirmation que gagnerait sans aucun doute à être nuancée ; oublier pourquoi il l'est reste une position mutilante. Certes tel n'était pas le projet de D. Zahan ; disons seulement qu'il nous a présenté avec beaucoup de talent et de perspicacité un volet de la réalité et nul avant lui ne l'avait fait avec autant de réussite ; mais en oubliant de nous dire que ce n'est qu'un volet, il risque d'égarer un lecteur non averti. Ainsi une autre lecture de l'âme africaine reste possible et souhaitable.

Laissons tranquille le Pr SONGUE : expliquer n’est pas faire de l’apologie et cherchons d’autres bouc-émissaires qui plongent le pays dans une tension palpable. Face aux intimidations, que doit faire le monde libre ? Resistez..Toute interprétation se

 

Laissons tranquille le Pr SONGUE : expliquer n'est pas faire de l'apologie et cherchons d'autres bouc-émissaires qui plongent le pays dans une tension palpable. Face aux intimidations, que doit faire le monde libre ? Resistez..Toute interprétation serait une trahison.


Face aux intimidations, au lynchage, que doit faire le monde libre ? Peut-on penser au Sénégal Laissez tranquille le Pr SONGUE et changez de cible ; notre problème est politique.

Il ya des violences intrafamiliales au sénégal dont le viol, les violences conjugales, l'excision, etc, de vraies cibles à porter au crible de la justice.

Heureusement qu'il a des défenseurs qui le soutiennent dans cette épreuve et moi je défends la pensée et je respecte ceux qui secoue le joug pour nous sortir de nos torpeurs, de nos façons de vouloir régir notre société. Le viol est un crime, il est grand temps au Sénégal de lever le voile sur cette question.

La famille et la société  étouffent tous les jours ces faits sociaux graves au Sénégal. Voici un objet de bataille mais pas le Pr SONGUE; laissons-le tranquille nous dire sa pensée en toute liberté en plus c'est un homme bien éduqué calme en tout cas quand je le vois à la télé je vois une personne calme et attentive, je précise que je ne bois pas le thé avec lui.

 


Avant de défendre le professeur Songue que je ne connais pas, que je vois à la télé faire et dire ce qu'il pense tout en convoquant la tradition woloff pure avec un woloff clair, la pensée philosophique claire et argumentée ce qui ne veut pas dire qu'il a la Vérité, il ne fait qu'exposer ce qu'il pense et nous invite à aller plus loin dans la pensée en refusant la superficialité des choses.


De quoi s'agit –il ?


Le professeur dit ceci :


Une pétition que je ne signerai pas « Pour des excuses publiques du professeur Songué Diouf suite à ses propos sur le viol!


Traduction de Amina BA 'a lancé cette pétition adressée à Emission JAKAARLO - TFM)


« Vous faîtes tout pour que nous vous violons, et quand nous vous violons, nous allons en prison et vous qui avez tout fait pour qu'on vous vous viole, vous continuez à être libres". C'est par ses propos que le professeur Songué Diouf a exprimé sa position sur la question du viol des femmes au Sénégal. Il renchérit en estimant que la "violence" qu'exerce la femme habillée d'une manière qu'il juge indécente est aussi grave que la violence exercée par le violeur sur sa victime et que le violeur serait une pauvre victime tombé dans le panneau de sa........... victime. »


Ce nous c'est chacun de nous qui sait ce dont l'individu est capable, est-on maître de soi en tout temps. Pour éviter tout risque l'humanité a mis en place un Contrat social pour refreiner les pulsions et les passions brouillonnes immorales. Il y a un code de comportement mais aussi la liberté de choix, ces deux ne font pas souvent bon ménage et le trouble le dérapage grave peut arriver avec des conséquences fâcheuses pour la victime.

A aucun moment cet homme ce Professeur n'à Incité les hommes à violer, il faut cesser de lui coller ce qu'il n'a pas dit. Ne pensons pas à sa place. La languie peut trahir une pensée.
Il explique les causes qui pourraient inciter des personnes en situation de handicap ou des pervers à passer à l'acte violent.


Le Pr est dans sa réflexion, il ne valide pas il explique les conditions qui poussent certains à violer, il explique les comportements qui seraient susceptibles d'être ciblés et violés en aucun cas il dit qu'il valide l'acte -. Il met en garde pour éviter que des malades s'en prennent à des gens libres de s'habiller comme ils veulent même si notre société pudique met des freins. Ces freins sont relâchés et violés chaque jour au Sénégal. Voyez ce qui se passe dans les soirées au nom du Buzz. Voyez ce qui est arrivé à Waly Seck avec son sac qui ressemblerait au sac d'une femme on a dit au Sénégal qu'il incite à l'homosexualité et il a été décrié set soumis à la vindicte populaire.


Il y a une époque au Sénégal ou le dial dialy dans l'espace public était interdit. Pourquoi parce que le "cliquement" attirait les instincts animaux et les déviants aux aguets incapables de se retenir.
Non Non arrêtons au Sénégal de vouloir restreindre la pensée de vouloir à chaque fois réglementer la vie des gens voire à lui dicter ce qu'il doit dire ou ne pas dire, faire ou ne pas faire.
De la mesure dans toute chose.
Il y a une violence des deux côtés même si pour moi le viol est d'une cruauté sans égal.
Pourquoi on parle du choc des images pour protéger les âmes sensibles, etc ?

Il y a une éducation du regard et une façon de se comporter. Pour ma part chacun est libre de se comporter comme il veut tant que le droit ne l'interdit pas mais les codes sociaux sont là pour remettre la norme la convention et heureusement.


Quand je parle au Sénégalais je lui demande toujours de m'écouter avec la Raison et non son Cœur pour pouvoir asseoir une discussion apaisée et profitable pour nous deux.
Il y a des sujets que je refuse d'aborder avec le sénégalais lamda, la foi, le coran, l'homosexualité. Mais pourquoi en ma qualité de penseur je dois plier ma réflexion pour faire plaisir à celui qui ne secoue jamais le cocotier.


La pensée est libre.


Au Sénégal nous avons de très grands penseurs des religieux qui vont très très loin dans la pensée pour nous réveiller de notre sommeil. En disant ils nous préviennent nous informent dévoilent les non-dits : ils nous incitent à dépasser l'accidentel pour retrouver le vrai esprit.


Difficile certes à cause de notre éducation qui fait que nous réagissons dès que le fait ou le dire heurte nos représentations, notre éducation ou notre morale. Il est vrai que nous avons une culture qui censure beaucoup pour que toute bonne chose ne soit dite de façon violente mais de façon mesurée avec tact et pédagogie mais tout le monde ne peut y prétendre.
J'ai recensé ici des cas similaires pour dire au sénégalais, que nos soucis sont ailleurs et certainement pas le Pr SONGUE qui doit vivre sa vie de penseur en homme libre et respectueux des normes qu'il connait en Français et en Wollof.


Notre école souffre, nos concitoyens sont de plus en plus pauvres alors que l'argent circulent entre des mains sales, nos enfants sont dans le rue et on les kidnappent, nos hôpitaux sont malades, le chômage augmente, les conflits fonciers sont légions, les violences faites aux femmes s'amplifient, les enfants sont dans la rue, l'insécurité est grandissante, l'indiscipline de trop, l'immigration clandestine, le xessal, les faux médicaments, le diabète, le cholesterol, la tension , la pollution, notre environnement est violé et menacé, l'érosion maritime, changeons de logiciel et de cible et laissons le PR SONGUE nous parler et à chacun de nous de l'écouter ou de fermer son poste mais il ne dit à personne de faire un acte odieux comme le Viol.


Encore une fois je ne connais pas ce Mr mais j'aime l'entendre ce qui ne veut pas dire que je bois tout ce qu'il dit je suis aussi bien formé que lui pour pouvoir choisir le vrai de l'ivrai dans ses pensées.
Je dirai ici que cette occasion est une façon de faire une pause pour que notre société se réévalue se pense et cherche une bonne direction. Il y a eu des contres et des défenseurs ; à présent tous au travail pour un Sénégal meilleur.


• Robert Redeker (Philosophe. Professeur au lycée Pierre-Paul-Riquet à Saint-Orens de Gammeville. Les réactions suscitées par l'analyse de Benoît XVI sur l'islam et la violence s'inscrivent dans la tentative menée par cet islam d'étouffer ce que l'Occident a de plus précieux qui n'existe dans aucun pays musulman : la liberté de penser et de s'exprimer.
Comment expliquer l'interdiction du string à Paris-Plages, cet été ?


Étrange fut l'argument avancé : risque de «troubles à l'ordre public». Cela signifiait-il que des bandes de jeunes frustrés risquaient de devenir violents à l'affichage de la beauté.
Le Pr SONGUE donne aussi cet argument mais jamais ne justifie ou valide cet argument. Mais cette idée existe et fonctionne.
Pourtant, la non-interdiction du port du voile dans la rue est, du fait de la réprobation que ce soutien à l'oppression contre les femmes suscite, plus propre à «troubler l'ordre public» que le string.


Février 1989 : Salman Rushdie condamné à mort


19 février 1989 : les "Versets sataniques" provoquent la colère des intégristes musulmans. L'ayatollah Khomeyni appelle au meurtre de l'auteur.
C'était le 14 février 1989, le jour de la Saint-Valentin. Jusqu'à cette date, Salman Rushdie était un romancier britannique d'origine indienne, né à Bombay en 1947 dans une famille musulmane. Il avait reçu en 1981 le prestigieux Booker Prize pour un roman qui lui avait valu un début de notoriété internationale, Les Enfants de minuit, la naissance de l'Inde moderne vue par un jeune garçon. Il avait ensuite publié La Honte, puis, à la fin de 1988, Les Versets sataniques. Ce roman avait déclenché la colère des musulmans intégristes, et été interdit dans de nombreux pays. Rushdie recevait des menaces de mort, et était protégé par Scotland Yard. Le 14 janvier 1989, 1 500 personnes s'étaient rassemblées devant la mairie de Bradford, une ville industrielle du nord de l'Angleterre, pour brûler des piles d'exemplaires des Versets sataniques. Un mois tout juste plus tard, en Iran, l'ayatollah Khomeyni lançait une fatwa contre Salman Rushdie, appelant à son meurtre.

Socrate boit la ciguë -399 Condamné pour impiété et corruption de la jeunesse, Socrate boit la ciguë après avoir passé ses dernières heures à disserter avec ses amis. Interdit d'enseignement sous le Régime des Trente, Socrate s'était attiré la haine en remettant en cause certaines traditions religieuses.

Pr Oumar Sangaré: « ce qui se trouve dans le Coran, on le trouve déjà dans d'autres livres »
Publié par Jean-Patrick Grumberg le 2 juin 2014


Contrairement à la rhétorique bien huilée des islamistes qui vivent de la religion, le Coran n'est pas un livre « incréé » par Allah.
Le Coran a été écrit par des hommes, car « ce qui se trouve dans le Coran, on le trouve déjà dans d'autres livres », démontre le Professeur Oumar Sangaré, universitaire et helléniste sénégalais, auteur d'un ouvrage paru en janvier, Le Coran et la culture grecque * qui lui a valu menaces de mort et demandes de radiation de l'université où il enseigne tant les musulmans sentent les édifices de leur religion fragiles, qu'ils en ont éprouvé l'urgence de se mobiliser pour « protéger leur foi ».
Tout a commencé après l'émission «L'entretien», le lundi 14 avril 2014.


En montrant les similitudes entre le Coran et la culture grecque dans les domaines de la mythologie, de l'histoire, de la littérature, de la philosophie, de la philologie, et de la rhétorique, le professeur Sankharé explique qu'elles sont dues au fait que le texte coranique a été simplement inspiré au Prophète et que «ce n'est pas Dieu qui a donné le texte mais ce sont les hommes qui ont donné le texte».
Oumar Sangaré: « Tout ce que je dis, c'est que ce que j'ai vu chez Platon, c'est la même chose que ce que j'ai vu dans le Coran. Ce que j'ai vu chez Parménide, c'est la même chose que j'ai vu dans le Coran »
Oumar Sangaré: « Abdoul Aziz Sy Dabakh*, dit-on, était persuadé que Platon était un prophète de Dieu, et le Coran étant imprégné de culture grecque, Dieu s'est toujours adressé à l'humanité. Ce n'est pas seulement aux Arabes qu'il s'est adressé ». (*Cheikh El Hadj Abdou Aziz Sy Dabakh, troisième khalife de la confrérie musulmane soufie Tidjane du Sénégal, 1957 – 1997).


Laissons tranquille le Pr SONGUE

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