Opinions et Débats

Quand la ville lumière sombre dans la nuit noire

Paris, ville phare de l’humanité, Paris ville lumière, Paris qui en quelques semaines est passée de la clarté à une des nuits les plus noires de son histoire sous l’action des « gilets jaunes » et l’incendie d’un des monuments les plus emblématiques de la capitale.

On ne dira jamais assez à quel point la vie s’est accélérée au 21ème siècle avec l’apparition des nouvelles technologies, en particulier de la communication. Il suffit pour s’en convaincre de voir comment quelques appels dans les réseaux sociaux ont suffi au début du mois de novembre dernier à mobiliser des centaines de milliers de français et à embraser les rues des grandes villes françaises.

En quelques semaines tout a basculé

Hier encore, dans l’imagerie populaire et pour le monde entier Paris était avant tout la plus belle avenue du monde. Il aura suffi de quelques « samedi » pour défigurer les Champs-Elysées sous les coups de boutoirs assenés par des hordesdéchaînées qui n’étaient pas seulement des black blocks. Ces ultrasde droite comme de gauche, ont même accompli le sacrilège suprême en s’en prenant à un symbole

national : L’Arc de Triomphe. Honte à eux ! Aucune condamnation ne sera assez forte pour condamner de tels agissements qui défient les lois de la République et mettent en péril la paix civile.

 

Larc de Tromphe- PARIS

 

Un symbole mondial

Récemment, le 15 avril, au cours de la soirée, il aura suffi de quelques heures pour que le monument le plus visité d’Europe, la cathédrale Notre-Dame,ne parte en fumée,couvrant de cendres plus de huit siècles d’histoire.Notre-Dame de Paris, au-delà d’un symbole mondial pour la chrétienté, d’une architecture exceptionnelle œuvre de bâtisseurs d’exception,a été le témoin privilégié de la grande Histoire de France. Elle  a vu défiler dans sa nefplusieurs rois et Napoléon Bonaparte y a été couronné Empereur en 1804. En dehors du tocsin ses carillons ont fait raisonner des Te Deum chargés d’émotion lors des obsèques de Georges Pompidou et de François Mitterandainsi que dans des circonstances mémorables,comme ce jour du 24 aout 1944 lors de la libération de Paris alors que des balles allemandes sifflaient encore sur le parvis etquele général de Gaulle prononçait, non loin de là, à l’Hôtel de ville, ces mots gravés dans la plupart des mémoires : « Paris ! Paris outragée ! Paris brisée ! Paris martyrisée ! mais Paris libérée !  Paris libérée par elle-même, libérée par son peuple avec le concours des armées de la France, avec l’appui et le concours de la France tout entière, de la vraie France, de la France éternelle ». Nous ne saurions oublier également le symbole inter-religieux que représenteNotre-Dameà travers le culte de la Vierge Marie est également priée par les musulmans. Aujourd’hui laïcs comme croyants, incrédules et choqués, éprouvent la même tristesse, la même émotion. 

 

Notre Dame de PARIS-Avant- 2

Victor Hugo est en deuil et Quasimodo pleure

Soixante-quinze ans après cette période sombre de notre histoire, Paris est de nouveau outragée. Outre que son image a été détériorée par les saccages, les pillages et les violences commises par les « gilets jaunes » sur une avenue que le monde entier nous envie et que les touristes de toute nationalitéadmirent ellevient d’être à nouveau d’être écornée douloureusement avec l’incendie de Notre-Dame. La carte postale a perdu ses couleurs, Victor Hugo est en deuil et Quasimodo pleure.Avec les Champs-Elysées et Notre-Dame Paris pouvait s’énorgueillir d’accueillir près de quinze millions de visiteurs chaque année. Qu’en sera-t-il demain ? Nul doute que ces deux évènements, d’une intensité dévastatriceincroyable, auront un impact économique négatif considérable à la fois en terme de croissance et pour tous les commerçants qui vivent du tourisme. Quant à Notre-Dame il faudra des années, des décennies de travaux et des sommes colossales pour lui redonner son lustre d’antan car la cathédrale n’appartient pas aux seuls parisiens et Français, elle appartient à l’humanité toute entière. C’est un devoir de mémoire vis-à-vis des générations passées et une exigence pour les générations futures. Une souscription nationale et internationale devrait y pourvoir.

 

Avenue D Champs ÃlysÃes-Paris

 

La fureur des hommes et la force des flammes

Autant dire que Paris, en quelques mois, a ététouchée en plein cœur et avec elle notre patrimoine, notre histoire, notre culture, notre chair. Par la faute de la fureur des hommes et la force des flammes.  

Jean-Yves Duval, Directeur d’Ichrono  

Dessin : Paul Baringou

Crédit photo : Jean-Paul Erpelding 

Quand le monde condamne (modérément) la peine capitale

 

Selon Amnesty International, 2018 aurait enregistré, avec 690 exécutions capitales, le chiffre le plus bas depuis dix ans. Il y aurait là de quoi se réjouir sauf que …

…force est de constater une hausse dans plusieurs pays dont les Etats-Unis et le Japon, pays pourtant parmi les plus civilisés en Occident. Sauf aussi que ce résultat ne comprend pas la situation en Chine où les chiffres sont classés secrets d’Etat. Or selon des observateurs bien informés ceux-ci seraient de l’ordre de plusieurs milliers, ce qui évidemment, s’ils étaient avérés, rehausseraient tragiquement le constat établi par l’ONG internationale.

Prise de conscience ?

La peine de mort n’apparaîtrait-elle plus comme la panacée universelle, le remède, la solution à la criminalité ? Où s’agirait-il d’une prise de conscience face à un châtiment jugé cruel, voire barbare, indigne au 21esiècle ?

Dix ans après y avoir renoncé la Thaïlande renoue avec la peine capitale

Si en Irak, en Somalie, en Pakistan, ou en Iran le nombre des exécutions capitales à notablement baissé, en revanche en Arabie Saoudite (142), ou au Vietnam (85) celui-ci a augmenté, de même qu’aux USA (25), au Japon (15), à Singapour (13), au Soudan du Sud (7) et il est à noter que la Thaïlande à renoué avec la peine de mort qui n’avait plus cours depuis 2009.

De l’électrocution à la pendaison

Quant aux modes d’exécutions ceux-ci varient d’un pays à l’autre : décapitation en Arabie Saoudite, électrocution aux Etats-Unis, pendaison en Afghanistan, au Japon et à Singapour, injection létale en Chine et arme à feu en Corée du Nord et au Yémen.

Un acte politique courageux

Décider d’abolir la peine de mort n’est jamais chose facile. En France, en 1981, François Mitterand, sur la proposition de Robert Badinter alors ministre de la justice, à été à contre-courant de l’opinion publique en décidant de renoncer à l’emploi de la guillotine. Il est des moments ou un homme politique se grandit de ne pas épouser la volonté populaire basée sur des sentiments de revanche, de haine et non de justice. Cette question n’a pas été posée lors du grand débat que vient d’organiser Emmanuel Macron, heureusement sans doute, car il y a fort à parier qu’une majorité de l’opinion publique, trente-huit ans après l’abolition de la peine capitale, serait pour son rétablissement.

Un referendum ?

Il y a des sujets, même en démocratie, qu’il ne vaut mieux pas remettre sur le tapis, ou soumettre à une consultation populaire du genre de ce fameux RIC (referendum d’initiative citoyenne), réclamé à cor et à cri par les « gilets jaunes », au risque de faire reculer l’évolution d’une société et les progrès de l’humanité.

Jean-Yves Duval   

Dessin : Paul Baringou

                                                         Le Dessin de la semaine

                                                         Paul2

ARMEE ALGERIENNE : ARBITRE OU RECOURS ?

Cela fait plusieurs semaines que les grandes villes d’Algérie sont le théâtre de manifestations monstres contre le pouvoir politique en place depuis vingt ans à Alger.

Cette période a fait l’effet d’un roman feuilleton aux multiples rebondissements. Dans un premier temps, l’armée, premier pilier du régime à soutenu Abdelaziz Bouteflika puis, sentant l’opposition grandissante monter dans le pays, a pris ses distances avec un chef d’Etat moribond. Elle a obligé celui-ci à renoncer à l’exercice d’un cinquième mandat présidentiel et Bouteflika a alors annoncé, sous la pression de la foule, qu’il quitterait le pouvoir après avoir prolongé son mandat, prévu se terminer le 27 avril, jusqu’à la fin de l’année. Prétexte invoqué : la promulgation d’une nouvelle constitution. Une véritable pantalonnade et une décision considérée par la foule qui grondait dans les rues de la capitale comme une « mascarade », une « insulte au peuple algérien », une « provocation supplémentaire ».

Quatorze millions de personnes dans la rue

Il faut se souvenir qu’au plus fort de la contestation ce sont près de quatorze millions d’algériens, dont une majorité de jeunes, qui ont participé aux marches à travers le pays. Face à des manifestations d’une telle ampleur l’armée ne pouvait rester silencieuse et par la voix de son chef d’Etat-Major, le général Gaïd Salah « la grande muette » a finalement appelé à l’empêchement de Bouteflika évitant que les manifestants ne fassent d’elle une complice du pouvoir et qu’elle soit emportée dans la tourmente populaire. Et le 2 avril dernier la démission de celui-ci était annoncée avec la perspective de l’organisation d’une élection présidentielle dans les 90 jours.

« Ils ont des millions, nous sommes des millions »

Exigeant une plus grande démocratie, une société moins corrompue avec des slogans du genre : « Ils ont des millions, nous sommes des millions » ou « C’est une République, pas un royaume » les algériens ont finalement obtenu gain de cause. Le départ de Bouteflika a été acté après que le chef d’Etat-Major l’ait exhorté à quitter immédiatement le pouvoir. Il est des amitiés qui ne résistent pas aux épreuves du temps et les fidèles de la veille peuvent compter parmi les plus hostiles le lendemain. Les retournements de veste sont d’autant plus violents lorsqu’il s’agit d’uniformes. Le vieux chef pourra méditer sur cette leçon dans sa propriété, où il va se réfugier et vivre les derniers moments de sa vie, au terme d’un pouvoir absolu qui aura duré vingt ans. Piteusement, il aura même demandé pardon au peuple des erreurs commises sous son règne. L’histoire est pleine de ces puissants qu’on disait indéboulonnables dont la vindicte populaire a eu finalement raison.

Un Etat dans l’Etat

La question qui se pose maintenant est la suivante : l’armée algérienne, considérée comme un Etat dans l’Etat, va-t-elle se contenter d’arbitrer le débat démocratique en cours ou va-t-elle s’imposer comme un recours face à d’éventuels désordres, ou le risque d’un danger islamiste ? Personne en Algérie ne veut voir resurgir le spectre de la guerre civile qui a endeuillé le pays de 1992 à 1999 et a fait une centaine de milliers de morts. Garantir une transition propre à sortir l’Algérie de l’impasse actuelle - en faisant respecter la volonté du peuple, qui selon l’art. 7 de la constitution est « la source de tout pouvoir, la souveraineté nationale » - telle devrait être la mission de l’armée dans les semaines et mois à venir.

A moins qu’elle ne décide de sortir de ses casernes et de suppléer à la vacance du pouvoir, la nature ayant horreur du vide.

Jean-Yves Duval

•Le copiste PAR NICOLAS DUTENT IN MEDIAPART



 A la suite de l'article érudit de notre ami Malick SONKO j'ai trouvé cette lecture pour augmenter la pensée. P B CISSOKO

 Le copiste est celui qui, au sens matériel du terme, écrit le texte. Les mots qui le composent sont d'abord passés au travers du filtre – et du crible – de sa tête, puis ont été mis en état d'être conservés grâce à l'adresse de sa main.


Nous n'avons pas d'originaux des auteurs grecs et romains, à part, peut-être, quelques fragments sur papyrus de lettrés à peine connus. Cela vaut aussi en partie pour le Moyen Âge : nous ne disposons même pas du manuscrit autographe de la Divine Comédie de Dante. Alors, que lit-on, et surtout qui lit-on, quand on a sous les yeux les textes de l'Antiquité, ces textes qui fondent notre connaissance du passé le plus ancien ? On fait trop souvent l'économie d'une analyse attentive des siècles qui séparent leur fabrique du moment de leur lecture. Les textes classiques qui nous sont parvenus (l'Iliade et l'Odyssée d'Homère bien sûr, mais aussi les tragédies d'Eschyle ou de Sophocle, les comédies d'Aristophane, l'Histoire de Thucydide, les discours politiques de Démosthène et bien d'autres pièces de l'antiquité gréco-romaine) sont pourtant les produits d'une histoire tempétueuse : transmission orale et copie, remaniements et réorganisations, corruptions et pertes, corrections, restitutions et réécritures.
Un chaînon indispensable à la transmission des textes antiques : le copiste comme auteur

Il existe un livre heureusement matérialiste sur l'histoire ancienne des textes grecs et latins : c'est l'indispensable ouvrage d'Alphonse Dain, Les manuscrits (première édition en 1949, seconde édition, plus riche et mise à jour, en 1964). Tandis que la plupart des manuels concernant la critique des textes parlent d'une façon abstraite des « témoins » conservés, Dain eut le grand mérite de s'interroger tout d'abord sur l'acte même de la copie, sur le « métier » du copiste. Et la phrase du moine byzantin qu'il place au début du livre (« Soyez forts, Messieurs les calligraphes »), tirée d'un texte à l'époque inédit, vise à documenter la conscience qu'à l'époque byzantine les savants avaient de l'importance, des difficultés et des risques de l'acte de copier.

Entre l'auteur antique et nous, œuvre donc le copiste. Au fond, le copiste est le véritable artisan des textes qui sont parvenus à survivre. Il en fut ainsi jusqu'à ce que leur conservation soit prise en charge par des typographes, avec l'invention de l'imprimerie, au XVe siècle.
Le copiste regardait un modèle ou écoutait la dictée du texte dont il réalisait la copie. Les quatre opérations de son travail – lecture du modèle, rétention du texte (une phrase plus ou moins longue qu'il vient de lire), dictée intérieure (le scribe se dicte intérieurement le texte qu'il va écrire), le travail de sa main qui obéit à la dictée – sont en même temps matérielles et intellectuelles, d'une façon inextricable.
Matérielle, d'une part, tant le corps dans son ensemble est engagé dans le travail d'écriture. Un apophtegme du copiste dit : « tres digiti scribunt, totum corpus laborat » [« trois doigts écrivent, tout le corps travaille »]. Et Léon de Novara (Xe siècle) décrit de la façon suivante les effets physiques du travail prolongé de copie : « dorsum inclinat, costas in ventrem mergit et omne fastidium corporis nutrit » [« il (le travail de copiste) courbe le dos, fait rentrer les côtes dans le ventre et nourrit toutes sortes de gênes pour le corps »] !

Intellectuelles, d'autre part, dans la mesure où le copiste doit être considéré avant tout comme un lecteur, je dirais même comme le seul véritable lecteur du texte. Étant donné que la seule lecture qui mène à une appropriation complète du texte est l'acte de la copie, le seul moyen de s'approprier un texte consiste à le copier. C'est pourquoi on ne copie pas n'importe quel texte. Et c'est pourquoi aussi la diffusion de la photocopie, ou des autres formes sommaires de reproduction mécanique, s'est révélée être le principal obstacle et le principal antidote à la lecture. Avec la photocopie, nous sommes hélas devenus de simples lecteurs potentiels : nous savons qu'à un moment quelconque, nous pourrons lire ce que nous avons reproduit par un éclair instantané.

Mais revenons au point dont nous sommes partis : la seule forme d'appropriation effective d'un texte consiste à le copier. L'étape qui suit immédiatement, c'est qu'avec cette appropriation totale qui se produit, naît – dans le lecteur copiste – le désir même d'intervenir : voilà la réaction typique, et presque obligée, de celui qui est entré dans le texte. C'est comme ça que le copiste, précisément parce qu'il copiait est devenu le protagoniste actif du texte. Parce qu'il est celui qui, plus que tout autre, l'a compris, le copiste est devenu coauteur du texte. Voilà qui pourrait pousser à soutenir que le plagiaire n'est donc rien d'autre qu'un copiste qui a perdu la notion de soi et se sent désormais l'auteur de ce texte qu'il a lu d'une manière si approfondie, parce qu'il l'a copié. Il n'est pas superflu de rappeler que les plagiats étaient beaucoup plus fréquents, lorsque les copies se faisaient à la main (et ils sont peut-être appelés à redevenir fréquents, maintenant que l'écriture est devenue numérique et se peut « couper » et « coller » en à peine quelques secondes).

En général, le copiste ne se résigne pas à écrire quelque chose qui lui semble dénué de sens ou à ne pas donner ce qui lui apparaît, à lui, qui est influencé par sa compénétration du texte, comme le sens le plus désirable dans un passage donné. Après avoir lu et au cours de la dictée intérieure, le copiste doit comprendre ce qu'il vient de lire, et c'est justement à ce moment qu'il devient, du moins en partie, auteur du texte qu'il est en train de confier à la postérité grâce à son travail (à un certain degré pourrait-on comparer son rôle à celui du pianiste qui joue Chopin au piano). Si le copiste ne comprend pas, ou s'il comprend à sa façon son modèle, il le modifie au cours des quatre « opérations », surtout lors de la deuxième (rétention du texte) et de la troisième (dictée intérieure). Il lui semble d'autant plus nécessaire de le faire afin d'honorer l'idée qui le sape et le soutient partout et toujours, d'un sens meilleur. La personnalité d'un copiste joue donc un rôle essentiel dans la transmission des textes, par sa culture, son ignorance, sa mentalité, ses prédilections stylistiques, ses conjectures... De ce point de vue, avec l'invention de l'imprimerie, le typographe sera moins actif, moins entreprenant que le copiste d'autrefois, surtout parce qu'il travaille au sein d'une division du travail articulée et contraignante.

Partant de ces quelques réflexions, il faut bien admettre une donnée demeurée longtemps ignorée, quoique capitale : ce que nous lisons n'est pas ce que les auteurs ont écrit ; nous lisons ce que les copistes ont réalisé. En somme : ce sont eux, ces copistes, nos « auteurs ». Mais, attention, il ne s'agit pas simplement des « derniers » copistes, à savoir des copistes auxquels nous devons les exemplaires subsistant, mais aussi leurs « prédécesseurs », des copistes-auteurs des exemplaires sur lesquels ont travaillé les « derniers ». Une telle chaîne remonte donc jusqu'à l'auteur !


Copiste : d'une pratique de groupe au travail individuel

Il est probable que dans l'Antiquité – surtout dans certains ateliers de libraire – on réalisait plusieurs copies simultanément grâce à la dictée : « par des entreprises, écrit Dain, désireuses de publier hâtivement un texte en le dictant à une troupe d'esclaves spécialisés ». Même les traités d'Aristote que nous lisons, non sans sérieuses difficultés, sont le résultat d'une élaboration dans laquelle ce que les élèves d'Aristote ont écrit pendant que le maître parlait a probablement une part non négligeable. Une situation analogue devait être habituelle dans l'officine des orateurs chefs de partis politiques.

Au Ve siècle avant J.-C., à Athènes, des orateurs mineurs travaillaient autour de Démosthène et se répartissaient les tâches et les rôles d'une manière qui ne fut pas toujours bien claire (elle ne l'est du moins pas pour nous), de même que nous nous interrogeons aujourd'hui sur la contribution des nègres sur lesquels s'appuie l'éloquence des grands leaders de la politique et de l'État. Une des raisons pour lesquelles les critiques anciens ne venaient déjà pas à bout des problèmes d'attribution des discours conservés sous le nom de Démosthène est qu'il s'agit véritablement d'une pratique de groupe. Dans certains cas, plusieurs mains alternent ou se succèdent dans le même discours, comme c'est le cas dans le Contre Néère. La donne n'est probablement plus la même au Moyen-Âge, au moins en partie, dès lors que les signatures des copistes à la fin du produit de leur travail laissent entrevoir qu'il s'agit d'un travail individuel, solitaire et (il va de soi) très fatigant.


Le matériel du copiste


Enfin, ajoutons que la forme, même extérieure, du texte a changé au cours des siècles : des tablettes de cire (dont l'usage se prolonge jusqu'à la Renaissance) aux rouleaux de papyrus, du rouleau au codex (c'est-à-dire un livre comme nous le pratiquons). Et chacun comprend aisément que la modification de l'objet a comporté inévitablement une modification du texte : l'exemplaire qu'Eschyle ou Aristophane préparaient pour les acteurs était tout à fait autre chose, non seulement face aux livrets que nous lisons aujourd'hui dans la collection « Budé », mais surtout face aux gros manuscrits du Moyen-Âge où Eschyle et Sophocle sont rassemblés dans un seul volume (conservé à Florence à la bibliothèque Laurentienne), ou les onze comédies d'Aristophane réunies dans le manuscrit conservé à Ravenne. La métrique est déformée, la musique a disparu. Les aèdes chantaient les rhapsodies homériques, nous lisons les vingt-quatre livres de l'Iliade comme s'il s'agissait d'un gros livre d'histoire. Or, c'est justement à la longue chaîne des copistes que nous devons cette image moderne et « inauthentique » d'Homère.  


*Luciano Canfora est historien. Il est professeur de philologie grecque et latine à l'université de Bari (Italie).


Autre article important sur le copiste ...

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Le volumen et le scribe

La copie


Le travail du scribe antique était particulièrement fatigant, sinon ingrat. D'abord, il semble qu'il n'écrivait pas sur un rouleau posé sur un lutrin ni sur une table horizontale, mais que, assis sur un tabouret, il déroulait (et enroulait) le rouleau au fur et à mesure de la copie sur une planchette de bois posée sur ses genoux qu'il surélevait à l'aide d'un petit banc placé sous ses pieds. Pareille position était sans doute peu confortable, comme le confirment certains colophons (littéralement : « couronnement » ) : ce sont de courtes interventions personnelles (mais anonymes) du copiste présentes parfois en fin de rouleau, après le titre final du livre. Citons ici (en traduction) la restitution du colophon (fig. 1) (partiellement conservé) découvert à la fin d'un rouleau incomplet qui nous a conservé la comédie de Ménandre, Les Sicyoniens : « Ne vous moquez pas de l'écriture, [vous qui lisez !

En effet,] la jambe de celui qui se moque [est en mesure de se mouvoir], tandis que [la mienne, je] n'ai pas cessé de la mettre à la torture ! »
L'examen attentif de la nature des fautes constatées dans les papyrus carbonisés d'Herculanum amène à la conclusion que la copie des livres était habituellement faite par lecture directe d'un original présent sous les yeux du scribe professionnel, et non sous la dictée, comme dans des ateliers de copistes tels que celui d'Atticus à Rome à la fin de la République, au témoignage de Cicéron dans sa correspondance. Par exemple, le « saut du même au même » (fig. 2), à quelques lignes de distance, est en effet une faute caractéristique d'une copie (plutôt que d'une dictée), ou encore la répétition à l'identique de plusieurs lignes qui viennent juste d'être copiées, de même que des erreurs relatives aux désinences de verbes (« ils disent » pour « nous disons » (fig. 3), ou vice versa) :
de telles fautes sont clairement la conséquence d'un instant de distraction ou de fatigue d'un scribe qui reproduit un original placé sous ses yeux, tandis que les fautes de dictée, liées principalement à la prononciation, en particulier au iotacisme qui, dès cette époque, transformait un certain nombre de voyelles ou de diphtongues en « i », sont à peu près inexistantes dans les livres d'Herculanum.


Il est, par ailleurs, probable qu'à Herculanum, dans la Villa des Pisons, on réalisait une copie à la fois, en fonction des besoins. La bibliothèque philosophique de Philodème étant destinée prioritairement au cercle épicurien de Campanie (comme on s'accorde à le penser de nos jours), les livres qu'elle regroupait ne devaient guère circuler à l'extérieur et ne faisaient donc pas l'objet d'une « publication », au sens d'une diffusion publique (plus ou moins large), qui aurait nécessité la production simultanée de plusieurs exemplaires. Dans ces conditions, la dictée ne se justifiait pas, et la copie directe sur l'original restait la solution économique et la plus naturelle. En outre, dans la majorité des cas à Herculanum, l'écriture du livre reste la même du début à la fin du rouleau. Un scribe était donc, apparemment, chargé de copier l'intégralité d'un livre. Toutefois, quelques (rares) volumina carbonisés témoignent d'un changement de « main » en cours de route, parfois au beau milieu d'une colonne, pour une raison qui nous reste inconnue (suite à une indisponibilité pour maladie ou autre empêchement du premier scribe, probablement).

Dans ce cas, le livre offre une moindre homogénéïté dans sa forme, les deux écritures pouvant être sensiblement différentes l'une de l'autre. Ajoutons que certaines des 34 « mains anonymes » récurrentes d'Herculanum identifiées par le paléographe G. Cavallo ont copié plusieurs rouleaux chacune, sans que ceux-ci aient nécessairement appartenu à un même ouvrage (qui pouvait se composer de plusieurs livres). Par exemple, la version « définitive » de la somme que Philodème avait consacrée à la rhétorique (sous ce titre), et qui comptait au moins dix livres, fut copiée par un minimum de six scribes différents. Le souci d'homogénéité dans la présentation des livres semble donc s'être limité à l'unité-rouleau, sans s'étendre à la totalité de l'ouvrage. Cela est facilement compréhensible si l'on songe au temps nécessaire (au moins plusieurs semaines, à raison de quelques colonnes seulement par jour afin de limiter les fautes) pour copier un texte occupant une longueur de dix mètres ou plus (soit 150-200 colonnes bien remplies).


En général, dans les copies libraires, l'interligne est égal à la hauteur de la ligne d'écriture, ce qui confère à la colonne une structure régulière et un bon équilibre entre l'encre du texte, qui est noire, et l'espace laissé vide, qui est de couleur claire. Dans de nombreux rouleaux soignés d'Herculanum, le bloc constitué par dix lignes et leurs interlignes (qu'on nomme aujourd'hui « unité de réglure ») offre une hauteur souvent proche de 4 cm. Cela signifie que la ligne d'écriture ne dépassait guère les 2 mm de hauteur, ce qui est certes peu, mais reste malgré tout lisible avec des lettres capitales grecques. Comme les corrections se faisaient systématiquement dans l'interligne supérieur (pour éviter d'enlaidir la copie), il fallait que le scribe écrive en caractères encore plus petits pour les insérer, y mettant un soin tout particulier et utilisant alors sans doute un calame plus fin. Lorsque des lettres étaient à supprimer purement et simplement (fig. 4), l'adjonction d'un point au-dessus de la lettre concernée (ou exponctuation) évitait de gâcher la copie et indiquait au lecteur qu'il ne devait pas en tenir compte. À moins que ce ne fût un « correcteur », ou diorthotès, qui ait eu la responsabilité de relire la copie une fois terminée et de la « rectifier » (diorthoun en grec, corrigere, puis emendare en latin) en se reportant à l'original, comme cela était probablement de règle dans les ateliers de librairie, par exemple celui d'Atticus, ami et éditeur de Cicéron .
Dans le cas de la bibliothèque de la Villa des Papyrus d'Herculanum en revanche, ce sont vraisemblablement des scribes professionnels grecs attachés à la maison du propriétaire, en l'occurrence Calpurnius Pison Caesoninus, qui copiaient les livres composés par Philodème sous la dictée de l'auteur lui-même. Ce dernier en effet, en tant que philosophe attitré du beau-père de César, avait sans doute toutes facilités pour travailler dans les meilleures conditions. Il convient de rappeler au passage que l'écriture, considérée comme un métier manuel, était dans l'antiquité une affaire de professionnels (esclaves ou affranchis) et que, en règle générale, les auteurs ne copiaient pas leurs textes de leur propre main sur papyrus (encore moins dans leur version définitive). D'ailleurs, G. Cavallo a identifié dans la bibliothèque d'Herculanum nombre de mains et de groupes de mains différents, y compris parmi les exemplaires des nombreux ouvrages de Philodème : cela confirme la règle et exclut que nous puissions jamais identifier la manus Philodemi (p. 26-27).

Le titre


Certains scribes pouvaient avoir des spécialités, par exemple celle de confectionner des « titres d'apparat ». Plusieurs rouleaux d'Herculanum ont en effet conservé des titres finaux (ou subscriptiones) très soignés (fig. 5), dont la « mise en espace » révèle un souci esthétique : le module d'écriture (dite « d'apparat ») en est grand et élégant, et la distribution spatiale du contenu (nom de l'auteur, titre de l'œuvre, numéro du livre, etc.) sur plusieurs lignes également espacées et parfaitement axées les unes par rapport aux autres (fig. 6), apparaît soigneusement calculée ; enfin, la disposition du bloc-titre dans la hauteur du rouleau le met bien en évidence, soit dans le premier tiers supérieur soit au beau milieu de la colonne (fig. 7).

Même si une certitude en ce domaine est impossible, il semble probable que ces divers titres « élégants » aient été tracés à Herculanum par une seule et même main, sans doute bien après la copie du livre, peut-être même tardivement , pour conférer une plus grande unité à l'œuvre de Philodème, au sein de la bibliothèque.


Nous allons examiner maintenant plus précisément ce que contenaient les titres finaux des rouleaux libraires. Mais auparavant il est nécessaire de signaler que les volumina avaient à leur début (sans doute de manière habituelle) un titre, indispensable à leur identification (en cas de perte de la sittubos ou étiquette-titre), en plus de la subscriptio ou titre final.

Certes, on n'en a retrouvé que fort peu dans la bibliothèque de Philodème pour la simple raison que la partie la plus extérieure des rouleaux est la plus maltraitée, et en général impossible à décoller. Mais actuellement, on a identifié quelques restes de titres initiaux, parmi lesquels celui du livre IV de La Musique de Philodème. Écrit lui aussi en caractères « d'apparat », il donnait le nom de l'auteur (au génitif), puis le titre du livre (la préposition peri suivie du génitif mousikès). Son numéro d'ordre (IV) devait figurer sur la ligne suivante, mais celle-ci est perdue. Ce sont là les informations habituelles minimales pour identifier un ouvrage de librairie.
Fig.8
Source : Daniel Delattre-Laurent Capron, CD-Rom « Les Sources documentaires du Livre IV des Commentaires sur la musique de Philodème » (réalisation: Institut de Papyrologie de la Sorbonne - Université de la Sorbonne, Paris IV), Paris, 2007.
La première subscriptio(finale) de ce même rouleau (fig. 8), écrite (dans la même taille de caractères) par la main qui a copié le texte, se trouve placée à droite de la dernière colonne écrite, après un espace vide de 2,8 cm. Centrée en hauteur, elle comporte les mêmes données (dont le numéro du livre), complétées par une ligne supplémentaire où se lit le nombre « 152 » encadré (par dessus) de deux petits traits inclinés symétriques. Ce nombre est en fait celui des colonnes du rouleau. Un second titre, « d'apparat » celui-là, lui fait suite, décalé vers la droite d'une largeur de 10,8 cm, soit près de deux colonnes, et disposé aussi au centre de la hauteur du volumen. Comme l'indication du total des colonnes ne figure pas dans ce titre, on pourrait bien l'interpréter comme le titre de l'ouvrage entier consacré par Philodème à la musique (le chiffre aurait cette fois une valeur non plus ordinale, mais cardinale : « en 4 livres »).


D'autres titres finaux sont plus complets ; ils précisent par exemple le sous-titre spécifique du livre : ainsi (fig. 9) « De Philodème, Sur les caractères et les genres de vie à partir des conférences de Zénon, le livre consacré au Franc-parler » (accompagné éventuellement de son numéro d'ordre dans l'ouvrage), et plus souvent le « nombre » des stiques constitutifs du texte (exprimé selon le système acrophonique de numération et précédé le plus souvent de l'abréviation l'abréviation ΑΡΙΘ pour arithmos) ; ou encore, mais rarement, le nombre total des colonnes (fig. 10) (quelquefois même des kollèmata) que comptait le volumen. Si ces deux dernières indications servaient à vérifier que le rouleau était bien complet, la première d'entre elles était indispensable lorsqu'on se proposait d'exécuter une copie du livre. Le nombre des stiques (fig. 11) était en effet une indication conventionnelle de longueur des textes, que le scribe avait tôt fait de convertir, à l'aide d'une règle de trois, dans le format de colonnes (largeur et nombre de lignes par colonne) qu'il adopterait pour sa propre copie. Il pouvait de la sorte faire préparer un volumen de la longueur voulue avant de démarrer son travail et savait, avant de commencer, combien de temps lui serait nécessaire pour exécuter la copie. En même temps, ce nombre récapitulatif permettait sans doute au scribe de recevoir la juste rémunération de sa tâche. La présentation de type « acrophonique » de cette numérotation récapitulative laisse entendre que son usage en librairie remonterait à une époque lointaine où les lettres grecques ne servaient pas encore de chiffres.

Quand il y a présence à la fin d'un rouleau du nombre total de stiques, on peut être assuré que les centaines de stiques y étaient repérées dans la marge gauche des colonnes (fig. 12) par les 24 lettres de l'alphabet (considérées comme telles et non comme des chiffres). La plupart du temps, quand la ligne comptait autour de 18-20 lettres, deux lignes effectives équivalaient à un stique conventionnel . On rencontrait donc un premier A stichométrique après la deux-centième ligne du rouleau, puis un B après la quatre-centième et ainsi de suite. Quand la longueur du livre dépassait les 4800 lignes copiées, on recommençait avec une seconde série de 24 lettres jusqu'à la fin du texte. Cette indication stichométrique (discrète) était habituellement surmontée d'un trait vertical caractéristique, et parfois soulignée de même. On comprend qu'elle pouvait aussi aider le lecteur à savoir à quel endroit du volumen se situait approximativement tel passage qui l'intéressait plus particulièrement.

Terminons ce point par l'évocation des autres outils permettant de se repérer à l'intérieur d'un si grand nombre de colonnes, presque toujours supérieur à la centaine, sinon aux deux cents. Quelques volumina d'Herculanum ont, par chance, conservé des traces de numérotation des colonnes. La colonne 150 de La Musique IV est surmontée en son centre du nombre 150 (PN) (fig. 13), donc placé dans la marge supérieure, tandis que les colonnes 120, 130 et 140 (seules à porter encore un numéro) sont surmontées des nombres 12, 13 et 14 (IB, IΓ, IΔ) qui numérotent les dizaines de colonnes. On serait tenté d'en déduire qu'il en était de même dans les 119 colonnes initiales ; à moins que les deux premières cinquantaines aient été numérotées 50 et 100 ? Toutefois, dans certains autres cas, les colonnes étaient comptabilisées une par une, à l'aide d'une indication chiffrée figurant dans la marge inférieure, comme dans le cas du livre Sur la piété, où la numérotation encore lisible permet de savoir que la dernière colonne est la col. 343 . Il n'y avait donc probablement pas de règle fixe en la matière, mais ces deux exemples soulignent le souci d'aider le lecteur à circuler plus aisément dans des rouleaux plutôt longs et, de ce fait, mal commodes à manœuvrer.

Conservation


Comment le rouleau libraire se présentait-il sur les rayonnages ? Quand il était simplement enroulé sur lui-même, et qu'on voulait en assurer la conservation optimale, on pouvait introduire à chacune des extrémités du cylindre complet un petit bâtonnet, souvent de cèdre (bois connu comme insectifuge) ou d'ivoire, de quelques centimètres de longueur et taillé légèrement en pointe. On a donné à ce type de courte et fine baguette ronde la dénomination latine d' « umbilicus (en grec, omphalos) court ».

Ce « nombril » du rouleau avait deux avantages principaux : outre celui d'empêcher la poussière d'y pénétrer, et surtout les insectes et les vers de ronger le livre de l'intérieur, ces bâtonnets suffisaient à conférer aux volumina rangés sur les étagères des niches murales la rigidité nécessaire pour empêcher que le poids des rouleaux superposés n'écrasât ceux qui se trouvaient en dessous. M. Capasso (1990) a bien mis en évidence la présence de tels umbilici dans les volumina retrouvés dans la Villa des Papyrus. Il a signalé également la présence d'un second type dont la longueur avait cette fois la hauteur du livre, et qu'il a désigné comme « umbilicus long ». Généralement plus épais que le premier du fait d'une longueur plus grande (jusqu'à 2,5 cm de diamètre), mais aussi parfois plutôt aplati, et arrondi à ses extrémités, il avait pour effet d'élargir légèrement le diamètre hors tout du rouleau, mais garantissait une résistance encore meilleure au risque d'aplatissement. À la différence de la première sorte d'umbilicus, il était sans doute collé à l'extrémité de l'eschatokollon. On sait aussi, par des témoignages tant écrits que figurés, que les rouleaux libraires étaient habituellement pourvus d'une petite étiquette de parchemin ou de papyrus, attachée par une ficelle et indiquant le nom de l'auteur, le titre et la tomaison éventuelle de l'œuvre. On la désignait par le terme grec de sillubos (« petit morceau de peau ») ou de sittybos . De la sorte, retrouver un ouvrage sur les rayonnages d'une bibliothèque était chose aisée. Comme on ne sait toujours pas précisément à quel endroit du rouleau était attaché le lien servant à tenir l'étiquette, il n'est pas interdit de supposer, avec O. Montevecchi (p. 15), que l'umbilicusétait l'endroit idéal pour une telle fixation, bien plutôt que la marge (fragile) du papyrus même ; court ou long, il assurait du même coup une troisième fonction, celle de point d'attache de l'étiquette-titre.

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